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a proclamé le premier, Doo-seolemenl les apôtres tt les martyrs ool répanda, au prix de leur sang, toutes « •• g vérités qui forment la base des luis civiles, mais encore les lois civiles les ont empruntée! au christianisme, qui seul les a conçues et établies; mais encore les lois civiles ne sont, sous tous ces rapports, que les lois religieuses elles-mêmes; mais encore le pouvoir civil n'a en luimême aucune base, aucune cause, aucun principe : c'est une ombre, un mot, rien du tout; car le citoyen n'a de droits ,[ue ceux que le chrétien lui a donnes.
Comment se fait-il néanmoins que le pouvoir civil, qui n'est rien, se soit révolte contre le pouvoir spirituel, qui est tout; et que l'ombre lutte contre le corps? C'est une histoire belle à taire.
Cette lutte comprend trois grandes périodes., qu'il importe de distinguer soigneusement.
La première période embrasse l'établissement plus ou moins complet du pouvoir spirituel au milieu du paganisme. C'est un des nombreux recoins de l'histoire qu'on a eu. selon nous, le tort de ne point fouiller, et dans lequel nous allons tâcher de faire pénétrer quelque lumière.
Le procédé humaiu à l'aide duquel s'est établi le christianisme est contenu tout entier dans ce mot de Jesus-Christ aux pharisiens, sur le tribut que les Juifs payaient à Tibère : Rendez à César ce qui est à César, et a Dam ce qui est à Bien. Lu effet, pour arriver à détruire le paganisme, à remplacer toutes les choses séculaires du monde par des ehoses nouvelles et jusqu'alors inouïes, le christianisme ne procéda jamais violemment. Rien ne lui était pourtant plus facile Après avoir élevé les fem-
mes au niveau des hommes, les esclaves au niveau des maîtres, les enfants au niveau de leurs ascendants, c'està-dire, après avoir modifié, complètement changé, les bases de la morale, de la famille et des lois, ainsi que nous l'avons expliqué dans un précédent article, si le christianisme avait dit tout d'un coup, aux inférieurs : Elevez-vous; aux opprimés, révoltez-vous; aux esclaves, échappez-vous, il est bien clair que des principes qui étaient assez puissants sur leurs adeptes pour les faire se dépouiller spontanément de leurs biens, pour leur faire braver la misère, la honte, la persécution et la mort, auraient été assez puissants pour les faire entrer en lutte ouverte et violente contre la société, car il est plus agréable et plus facile à l'homme d'être fier que d'être humble, d'être honoré que d'être honni, de recevoir un coup d'épée sur un champ de bataille qu'un coup de hache sur un échafaud. Cela est si vrai, que les idées morales du christianisme excitèrent sur quelques points plus d'exaltation que de calme, plus de fierté que de modestie; et que saint Paul fut obligé d'écrire aux églises d'Éphèse, pour modérer quelques femmes un peu trop pressées de jouir de leurs nouvelles prérogatives, quelques enfants trop impatients de la tutelle, et quelques esclaves trop curieux de la liberté. Supposez M. de Lamennais à la place de saint Paul, et le Livre du Peuple à la place de l'épîlre aux Éphésiens, et le monde était tout d'un coup, de l'orient au couchant, du nord au midi, couvert de sang, de cendres et de ruines. Mais c'était là le côté vulgaire, le côté inintelligent, le côté en quelque sorte bestial des révolutions; c'est ainsi que procèdent les novateurs qui ont des poings, mais qui n'ont pas des idées ;
i ainsi qu'avaienl procédé, cent ans auparavant, les esclavei cl lea gladiateurs, Spartacus le Thrace, en Iialie; Eunua le Syrien, el Athénion de Cilicie, en Sicile. aussi qu'est-il resté des trois armées de soixante mille hommes chacune qu'ils liront dévorer? Rien, pas même une larme îles poètes.
Non, le christianisme ne procéda pas ainsi; il rendit à César ce qui est à César, c'est-à-dire il ne voulut point supplanter le pouvoir d'alors, l'empereur et ses ministres, dans les fonctions diverses par lesquelles se dirigeait la société, parce que ces fonctions étaient assises sur des principes qu'il réprouvait; il ne voulut être ni décurion d.uis Tordre civil, ni sénateur dans l'ordre politique, u tribun dans l'ordre militaire, ni llainine dans l'ordre religieux; parée que, s'il l'avait fait, s'il s'était contenté d'une révolution de places, il aurait bien gouverne le monde, puisque ces diverses puissances le gouvernaient; niais eu gouvernant le inonde, il l'aurait laisse ce qu'il était; il aurait fait ce qu'on faisait déjà avant lui, il aurait été un César juif à la place d'un César romain, voilà tout. Ce n'était pas pour si peu que le premier-né de Dieu avait vécu, pleure et souffert; aussi eut-il soin de dire devant ses^apôlres: Respectez les puissances établies, ne portez pas la main aux lois d'aujourd'hui, car toutes ces choses sont d'un monde qui va mourir et que vous remplacerez: toutes ces choses appartiennent à la vieille théologie du paganisme et à la science augurale des démons; toutes ces choses sont à César, laissez-les à César
Oui, rendez a (tsar ce qui est à César, et a Dieu ce qui est à Dieu, c'est-à-dire composez-vous désormais, à l'écart de la vieille société, une société nouvelle, couse-
quente avec les dogmes divins que je vous enseigne ; organisez vos actions intérieures et extérieures par rapport à celte donnée suprême et immuable; coordonnez-y votre morale, votre famille, vos lois, votre gouvernement, de telle façon que, faisant toutes choses ici-bas en raison du mystère de votre origine et de votre fin, que je vous révèle, vous vous conduisiez en réalité selon ma parole : de telle façon que, les règles ultérieures de votre vie vous étant tracées par ma main, tous les actes auxquels vous vous livrerez en conformité de ces règles rapportent à Dieu des choses qui sont à Dieu, puisque c'est lui qui vous les aura inspirées.
C'est ainsi que le christianisme se trouva naturellement établi comme pouvoir social, sans lutte, sans bataille et sans usurpation. Et, à ce sujet, qu'on nous permette, chemin faisant, une réflexion qui ne sera pas longue. Nous avons entendu fort souvent bien des gens répudier, au nom du christianisme, toute participation aux choses de la société, sous prétexte que le royaume de Dieu n'est pas de ce monde. 11 y a ici une grande confusion. Non, sans doute, le royaume de Dieu n'est pas de ce monde, en ce sens que rien de ce qui concerne les rapports de l'homme à Dieu n'y commence et n'y finit, et que la royauté de Dieu n'est bornée ni par le temps, ni par l'espace; mais ce serait une grave erreur de croire que la loi de Dieu ne doit pas régner ici-bas. Dieu a réglé la loi du mariage, la loi de la paternité, la loi de la tutelle, la loi de l'égalité civile, et apparemment que toutes ces choses sont de ce monde ; d'ailleurs, que devonsnous croire là-dessus, si ce n'est la parole divine ellemême; et cette parole n'a-t-elle pas dit, dans le modèle