‹ Portraits littérairesChapitre 13 sur 55 · Ifi-8°. Calmann Lévv · texte numérisé non relu

Ifi-8°. Calmann Lévv

78 POIITRAITS LITTÉRAIRES.

j'ajouterais qireii justifiant les uns il ne donnait pas tout à fait lurt aux aiilres, car, si c'est bien Thumble et patient animal, serviteur de riioinme, que la fantaisie étrange et hardie du poète met en scène, c'est en vér^é de Pâme humaine qu'il s'agit.

Le temps est loin où son gônie se complaisait à saisir et à peindre les innombrables phcnomcnes et les formes infiniment renouvelées du monde réel. La nature alors enchantait ses regards, et l'histoire des sociétés oiTrnit à sa splendide imagination ces beaux décors et ces belles draperies changeantes que les siècles tour à tour jettent sur les nations. Mais l'heure devait arriver où, ayant tout exp'oré, tout contemplé et tout décrit dans ce mond^ physique dont la terre et l'humanité sont comme le double théâtre, sa penséedevait s'élever du naturel au surnaturel, et de la matière tangible et bornée s'élancer dans les insondables abîmes de Tlnfini, de Tlricréé, de l'Inconnu. Il y a trois ans déjà, en étudiant ici même^ la seconde partie de la Légende des siècles, }c signalais celle évolution. Depuis, elle s'est manifeslcc dan^s le livre qu'il a publié, Tan passé, Religions et Beligion, et elle âpnaraît de nouveau dans ce pocmc de VAne qui est, au fond, la suite du précédent, plein des mornes idées, et où circule le môme soufde, eu sorte que tous deux semblent dos cliapilros détachés d'une épopoo grandiose qui dé-

t Journal den -i'

roulerait à nos yeiix l'histoire de Tàme humaine, sestravaux, ses conquêtes, ses sublimes tâtonnements, et les misères de sa condition terrestre, et la vanité de SCS aspirations, et cette impuissance où est l'homme à pénétrer le mystère éternel de sa propre nature, de l'origine des êtres et de la fin dernière de tout.

Quelle était sa thèse dans Religions et Religion^ Il démontrait comment les religions sont des inventions tout humaines, et qui portent la marque de notre infirmité; qu'elles naissent de l'imai-inalion de leurs prophètes, de l'imposture de leurs ministres, de la crédulité superstitieuse des foules, et qu'aucune de leurs fictions souvent ridicules, toujours imparfaites, n'exprime fidèlement et pleinement l'idée de Dieu. Et il le démontrait par une dialectique étonnante, avec ce style qui n'est qu'à lui, qui vous ravit et qtii vous déconcerte, qui fait alterner dans ses vers prodigieux les nuées obscures et les clartés radieuses. Il démontrait enfin que ce ne sont pas les seuls prêtres qui enseignent de trompeuses vérités, mais que les philosophes, dans leurs systèmes, n'ont pas réussi davantage à atteindre jusqu'à Dieu.

"N'est-ce pas en réalité cett'e^même thèse que- M. Victor Hugo a reprise dans le poème de l'Ane'f S.îule'nenf, ici, ce n'est plus la fausse religion qu'il alla luc, c'est le faux savoir; ce ne sont plus les croyances des théologiens de toutes les églises, mais les coni.aissances des docteurs de toutes les écoles ;• il fait le procès na:i

80 ' rOUTIlJIlTS LITTÉRAlitCS.

plus (les korans et des bible.^y mais des glossaires it des in-folio. Ce second poème a plus encore f|uc le premier rniliire d*un pamphlet : la verve satirique y Ctlate. Le poète raillait, il y a u:i an, lei mensonges de rhomme et sa vanité dans les choses de la foi; aujourd'hui il flagelle rorgueîl ^ notre science, seloA lui, non moins vainc; et, comme pour rendre plus frappante son ironie, c'est l'animal devenu le symbole populaire de Tigiiorancc slupide à qui il Tait prononcer ce réquisitoire passionné contre les livres, contre les savants, contre les maîtres, contre les musées, les bibliothèques, les académies, les collèges. C'est un philosojdie, c*est le profond Kant que H. Victor llugo a choisi pour être Tintcrlocuteur ou plutôt Fauditeur de Tùne Patience, — non moins patient luî-ménne^ nllondu qu'il doit subir un monologue assez long et des vérités fort dures, sans donner même la réplique» — ' Que dit donc Tâne de M. Victor Hugo?

Il <sorl d'une grande épreuve; il vient de parcourir la science humaine. Comme il broutait au seuil de Tantiqiie Soi*bohnej il a voulu y entrer, il a pénétra ju;8qirau pied de ces cliuires célèbres, il a écouté les hommes graves qui y professont, il a visité li^s bibliothèques oùdur.ueut les idées de tant de gét^érations, il a voyagé à travers le labyrinthe des théories et des controverses, remon!a:it tour à lo;ir chacune des pentes de ce savuir humain, im<ncnse et ariJi*, il a fait le tojr des doctrines, et compa.é les opi.iiuns, il a pesé ce qu^

talent les plus mémorables découvertes, il a en un mot tout feuilleté, tout compulsé, lout lu, anciens et mo-' dernes, auteurs de toutes nattons, et il les énumère avec cette faculté merveilleuse d'évucatiou dont M. Victor Hugo use à outrance, déployant devant les regards du lecteur le défilé interminable de ces centaines de noms, la plupart inconnus et bizarres, qqe son érudition facile entasse comme en se jouant. C'est là, on le sait, un de ses procédés ordinaires; vous le retrouvez dans ses romans ainsi que dans ses poèmes, et si je le rappelle ici, c'est pour avoir le malin plaisir de remarquer en passant combien le poète se sert volontiers de celte science quM traite avec un si superbe dédain. Et en effet Tâne est impitoyable aux livres et à ceux qui les écrivent, il ne leur pardonne pas son formidable mécompte, seul fruit qu'il en ait retiré. En vain s'y estil repris maintes fuis; toujours, dit- il,

La science in*a fait manger de la poussière.

Et apostrophant tous ces livres où il n'a trouyé que le néant :

Livres \ q«i, compulsés, aJorcs, vermoulus, Sans cesse 'envahissant l'homuie de^pius en plus. De la table des temps épuisez les rallonges, D*où sortent des lueurs, des visions, des songes, Lt des mains que les morts mettent sut* les vivants, Codes des sanhédrins, oracles des divans, Textes graves, ardus, austères, dirticilcs, Afpendiecs fameux des siècles, codiciUes

It POUTHAlTS LITTÉRAIRES.

D 1 t'sslinicfit t\c riioinrn^ à ch:iq*ie â^*! récrit. Q>icl délire m'a pris d'aller sur votre Talte Brouter Tortio liuniaioe?...

Et aiVèurs :

.. J'en conviens, on a le vertige en voyant Ce s>m!)re aligaemcnt île livres, clTrayant, Inou'i'i se perdant sous les bahuts qui tremblent, * Ces vastes rendez-vous de volumes, qui semblent Les légions du faux et du vrai s'avançant En b m ordre, sous l'œil trouble du tempi présent, Pour se livrer combat au fond des hypogées.

Et de l'esprit humain les bulailles rangées ; Certes, j'admets que V3iis les hommes, soyez vains De cet onlasso lient épique d'écrivains...

Mais, d dignes humains pris sous tant de l^andcaus, G<i profond répertoire où la doctrine abonde, Ce sombre ca>)inet de lecture du monde...

Cvitte bibliopole auguste et colossale Qu'on voit, jetant uu loin sa lueur aux cerveaux, Flamboyer au-dessus de tous vos noirs travaux. Comme la cheminée éuorfne.de l'usine; Toute celle raison que l'homme enmag.tsine, Etngeant (;recs sur juifs, juifs sur égyptiens; Ces volumes nouveaux ajoutés aux anciens Qu.^ le temps sur le tas vient vider par hollées... Qu'est-ce si tout cela ne vjus rend pas meilleurs ?

Voilà pour les livres. Les maîtres, les savants ne sont pas plus épar<,més. Dans ce monde de la science il ne voit pas les honnêtes gens sincères/ il ne rencontre que des pharisiens : ici, des rhéteurs ; là, des sophistes ; ailleurs, des naturalistes bien rentes par le budget qui évitent prudemment que leur paléontologie donne des démentis trop fàcbeu.x aux Écritures; partout des charIatanS| des

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pcdanls, des cuistres guindés dans leurs personna!;cs... En vérité, l'àne a joué de malheur! Et je ne croyais pas que le Collège de France, les Facultés, le Muséum elles cinq sections de l'Institut fussent si mal composés. L'âne est-il sûr que les défaillances morales qu'il reprothe aux savants ne se retrouvent pas aussi chez les ignorants, dans toutes les professions et dans tous les rangs de la société, cnr ccs'faiWesses tiennent au fond même de riiomme? — A quoi sert, dites-vous, cette science qui ne le rend pas meilleur? — Permettez, réponlraisjc, srrail-il meilleur s'il ne Tavait pas? El nous voici revenus à la querelle fiimeuse que Rousseau insliluail au siècle dernier, quand il accusait les sciences et les arts d'avoir corron.pu les hommes. Eh quoi ! vous aussi, ô maîlre, regretli*riez-vous Taimablc igiioranco du monde ualssanl? Ei vous Imccz l'anallièmo sur ces livres qui ont charmé et consolé tant d'esprits, sur vos livres à vous et sur c«îîui-là mé.nc où vo;i3 ondunnez tous les autres?

Je n'essaie pas de suivre le détail du poème. L'analyse en serait difficile, car, bien qu'il soit divisé en chapitres, il n'odre pas des parties très distinctes. Le poète ne s'est pas astreint à une marcha régulière; au lieu d'avancer pas à pas, menant à la Itataillc ses arguments dans un bel ordre, il les lance pôlc-mèle à l'assaut. Telle idée semblait épuisée, et, vingt pages plus loin, il lu reprend et de nouveau la développe avec sou inépuisable abondance d'idées, de mots et d'images. Jo

voudrais pourtant ilonuer un aperçu i'c l'ensemble^ < t pour ceh je dois in*arrô'cr à deux chapitres caractéristiques. Dans l'un et dans Tautre il prend les inaitrcs de la science à parlio; mais dans Tun^ îjtilulé Coup d*igil général^ ce qu'il conlamne en vériléy ce qu'il bafoue, sout-co bien les professjuri, aux divers degrésde rensei^ement, et n'ciUcQ pas plutôt cet msatiable besoin de connaître qui est au cœur de riiominc, u*esl^ ce pas cet instinct sublime qui le pous^j à pàuctrer les secrets de l'univers, n'est-ce pas cjUc soif de vérité qui est comme le signe évident de rexcellence d? son être dans la création ? Rhéteurs, s'écrie Tàne,

Rhéteurs, q leljinol «liviii fa'tos-v )us empaler? . liilc^, qu*ciiscigncz-vous*.' Que venez-vous p.ulop DUilcal, de réel, cl nous roiiipr.: lu lÀeT;.. (Quelle solution donne vulrc savoir ))ur èc qui noif» étonne ou ce qui nous crTrnie?^ Av.z-vous seul nunl u:i pc i do lucu.* vraie /

Ilélas! non, et il est certain q^ie le plus grnaJ pliilosophs n'en sait gjièri» plus que la brute elle-même sut* le prublo.'ne insoluble de notre deslinée en celte vie, sur le mystère eiïrayaiil (\\\}. la mart non» cache, qu'il ignbrc

Qiiellc es-pècc dî jour pfissc aux forttis des tombe»,

d'où vient C3 monde incon:iu, aii milieu duquel lio.is vivans quelqties liioments dans la suite infmie dcS li?clef!, et où il va, et ce <^u*esl réternilé.

VICTOR HUGO. a'i

HonJrôre rhominc, il. Taut se faire uns raidon, Nous suDuiics vous cl uoui da^s la môme prison ; La porie on esl massive et la voûte en est 4ure; Tu rcgar Jes parfjis au li'ou de la serrure, Ll lu nommes cela Science ; mais tu n'as l'as do ciel' pour ouvrir le l'atal cadenus...

Hais « reg.irder au irou de la serrure » u'est-ce ricU; 6 maître ! et uVst-cc pas par où lliomme s'élève hvplus au-dessus de la brute? Et enlhi est-ce toute la science? Oui, il y a là uue porte éleruclleinent murée ; mais il est . à côté maiute autre porle secrète naguère et que cotte science selon vous si vaine a pu cependant ouvrir ! Il y. a dans ce ciiapilre une pai^^e bien belle où M. Victor Hugo, décrivant la genèse terrestre, a fait revivre en ; quelques larges traits Fimage des prcniieâ'*s âges. du globe :

Vois, ce monde est d'abord, un n3yau de vapeur Qui tourne comme un. globe énorme de fumée ; Vaste, il bout au soleil qui luit, braise cnllamiaée ; 11 bout, puis s'ultiédit et se condense, et Teau Tombe au cenlre du largQ et téuébreux halo ; Puis la terre, eucor fange, au foad de l'eaa s'amasse; Sur cette vase on voit ramper u:ie li:nac6, C*est riiydre, c*est la \ie; et la mer s'arrondit Autour d*un point qui sort des eaux et qui verdit ; C*est l'ile surbaissant des profandears bôantes ; Des vers tiians parmi dos fougères géantes Fourmillent; et du bord des boueux archipels Des colosses se font de monstrueux appels ; LMiipp3potamo sort de Timmcnse onde obscurOr Le se^peal cherc'ac un flanc où plonger sa piiûrc. De vastes millcpieds sj lraîncnt> le kraken.

Semble un rocher vivant sous l-algue et le licUen^

8", POlîT.lAITS LlTIÊIiAUlES.

El lo poulpe, agitaut xa louTe coutrarlile,

Tâche d*élrciii(lre au vul TalTreux ptérodactyle ;

Vkïii des millions d'ans se passent; du roseau

Sort l'arbre, et Pair devient respirable à Toiseau,

Kt la chauve-souris décroît, et^ voi.:i l'ai^^le.

Le vent Tralchit, le Ilot -baisse, la mer se régie,

L*ilc soudée à l'ile ébauche un continent,

i t l'homme apparaît nu, pensif et rayonnant ;

C'est liui ; Taubs émerge et le recul immeiisc

Des monstres, du chaos, des léuèhrc^, cjmmeuco ;

La tempête do Téire a cessé de soufller ;

Kt Ton enlend des voix£Ur la (erre parler... ««

Ma^Miiiiquc peinture, et qui m'a fuit soMgcr aux veis immortels du poèie Lucrèce eu squ cinquième livre ! Je trouve même la p iuturo de M. Victor Hugo plus belle encore, et pourquoi? Est-ce pour la vigueur Je la pensée, ou pour la grandeur des images ? Non, mais il manquait au tableau de Lucrèce cette apparition saisissante de la vie, de celle vie dcborJante^^et monstrueuse des plantes et des animaux antédiluviens que le penseur romain soupçonnait peut-être, mais que la science de son temps ignorait. Et qui donc vous les a fournis, côs traits nouveaux par où vous surpassez Lucrèce, sinon les savants du Muséum que percent vos épigrainmes, et leurs décou* verles que vous moconnaisstîz?

J*arrive à Tautre chapitre. Il s*agit là de Téducalion. M. Victor Hugo condamne les maîtres de renfance, comme les autres, comme tous les savants. J'ai cru d'abord qu'il ne visait que l'enseignement ecclésiastique; mais je crois que la malédiction dont il Taccable alleinl aussi l'Université. L'àne sindigne au spectacle

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que lui offrent les écoles dans lesquelles reiifance languit comme dans des prisons, et le poète a exhalé sa colère en une boutade où passe un adorable rayon de grâce légère et d*ardeute ironie, et où résonneut ces accents de tendresse émue que renCance a inspirés toujours à M. 'Victor Uugo :

£1 i'ànc s*écria : — Pauvres ious ! Dieu vous livrô L'enfant, du paradis des anges encore ivre ; \ite, vous, m'empoignez ce marmot radieux, A}ant trop de clarlé, trop d'oreiilus, trop d'yeux, £t vous me le fourrez dans un ténébreux cloître... Oh t qu3 de fois, depuis qu'licias ! ou m'eutrcpnl, J'ai vu l'dbrulisseur en caef, le grand pontife Qui, lu^aùre, a îe plus de craise daus sa grilfo, Dans i'a.ilre où se tenaient nos ré^j^e-ils, noi dragons Les plus chauves, les plus gnuiteux, les plus boudons, Entrer, tenant par l'aile où la patte sa.iglanle Une pauvre petite àme loulc tremblante, kt dire, en la jetant aux vicax : Plumez-moi ça ! Je me souviens des cris que plus d'une poussa Pendant que son plumage auroral, sou enfance. Sa blanclieur, sa candeur, si gaiti sans dcfensj, Suus les vils ouglvis noirs d'uu rustre aux yeux éteints,

To.nliaieat, duvet cliarmant, et qiie les sacrliiuins

Heureux de voir l'oiseau tout nu dans leurs mains dures . Balayaleat ces spleai^urs des cieux au tas d'ordures!

L'aile pourtant n'eit p jiht arrachée au moignon ;

£lle repjusse grise et faite a<j cabanon ;

L'enfant vit; nul ne peut diro : Celte àme est morte,

L'àme prôud la couleur du v r.ou de la porte ;

Voilà tjut, et son œil clignote ; et maiuieuanl,

Avec un un encrier au croupion, trainaut

Bréviaires, gradus, glossaires, cent volumes.

Toute la cuistrerie engluée à les plumes, ' Voie donc, alouette, au fond du libre azur !

C'est la même critique que Taimable Montaigne

8» PORTRAITS LlTTÊRAiUbS.

adressait aux collèges de soq temps, lorsqu'il s'écriait : tC\st une vraie geaule de jeunesse captive. Arrivez-y sur le point de leur odice ; vous n'oyez que cris et d'enfanls suppliciés et de maîtres euyvrés en leur colère. •. » C'était il y a trois siècles, et à présent ou ne bat plus les écoliers, mais lei lycées ressemblent encore trop à d'étroites prisons, et l'enseignement qui s'y donne, notamment dans les classes élémentaires, a gardé beaucoup de la routine scolastique. Est-ce là cependant tout renseignement? M. Victor Hugo nourrit contre rUni«vcrsité je ne sais quel vieux reste de rancune ou de déûance romantique; elle a toujours été pour lui- le repaire où s'était réfugié l'ennemi.

Un le voit, ce qui domine dans ce livre étrange et ce qui obsède, on le sent, Tâme du poète, ce n'est pas seulement la pensée que la science bumaine est impuis* saute à pénétrer le mystère de la création ; c*est atssi, c'est surtout un sentiment amer et presque douloureux de doute et de dédain pour tout 1 effort scientifique de l'humanité. C'est une inspiration bien pessimiste qui anime l'auteur de VAne! Ce qui frappe ses regards tandis qu'il contemple la vie, ce sont les ombres, non les rayons, ce sont les misères de notre nature, non les sublimités qui les rachètent. Comme Pascal, M. Victor Hugo senible se complaire, dans ce poème, à humilier l'orgueil de notre raison ; mais Pascal en même temps relevait notre humilité : il comprenait que la nature de i'U<^mrae n'a point une si désolante unité, qu'il est un

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itiélaiig[e tncoinprcbeusibie de petitesse mais aussi de grandeur, et que sa science est à la fois vaine et souveraine. C'est la^yanilé de nutrc raison et les bornes éternelles de notre science, non ses conquêtes et ses perpétuoUprogrci que M. Victor Hugo envisa}çe,.pour 11 igeller, railler et confondre; et il Ta fait avec su puissance et^ c;>mniont dirais-je? avec sa fougue décininée de géant qui se rit de tous les obstacles. Mon Dieu ! j'entends bien ce qu on chuchote autour de ce livre, et je ne crois pas être suspect de faiblesse pour le procédé d'école da H.Victor Hugo ! Eh ! croyez-vous donc que je n'ai pas, moi aussi^ quand je le lis, de terribles scrupules? ci qu'il n*y a pas en moi un vieux fonds de pruderie classique qui s'effarpuche de ces incroyables hardiesses que le maUre prodigue, et comme à plaisir? U est des instants où je ne puis m'empêcher de croire qu'il en sourit tout le premier, et s'amuse du scandale. Biais il me semble que la critique doit être lasse de lui faire la leçon et de démontrer sans cesse par où il pèche contre les règles; car enfin ne trouvez-vous pas que nous avons un peu l'air, autour de lui, critiques pointilleux et minutieux qui voulons l'enserrer dans le réseau des clissiques bienséances, de ces pygmées qui essayaient de garrotter le géant? 11 nous échappe, d'un j!u de ses muscles rom^)t njs lien.% et poursuit sa marche triomphante vers la poster tl%

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