‹ Portraits littérairesChapitre 18 sur 55 · I. ISDN, à part · texte numérisé non relu

I. ISDN, à part

...On nous. a souxent, le soir, à la veillée, Dit des contes de fée où l'on voit qu'au priutemps II arrive parfois aux filles de vingt ans De trouver^'au milieu de bur chambre un jeune homme Portant un astre au front, qui leur dit : Je mo nomme Le prince Azur, je t^ofTre un palais où tout rit. Chante et danse, je l*uime, et je suis un esprit.

102 rOUTRAlTS LlTTÊRAÏUKS.

{CôtisiJ ranl ma'Ure Ilarou.) Ce n'est pas ça...

Mais il faut lire celte scône enlièi*e et ceilo qui y succède. Uuilrc Ilarou est partie faisant claquer son fouet eti si^ne de bonheur, et LidOn est demeurée pen* sive, mortellement anxieuse et incertaine, dans ces heures suprômes qui vont décider de son sort; et tandis qu^elle est ressaisie de ses rêves, et qifelle songe, penchée sur le cristal d'une source qui lui sert de miroir,, voilà qu'une main mystérieuse a mis soudain dans ses cheveux un épi de diamants*. Elle sere'ouine et du buiston voit sortir une glace de Venise qui reflète ses traits. Elle porte h main ai bouquet de diamants et s*écrie avec une naïveté clKirmante :

...Ail! Icï rciiKs sont àc Kt sorte coilTcc:»! Kst-cc que par hasard il passe un vol do fccrs Qui b'cât venu pusor sur lus braucliei du t>oi'S? Ai-jc peur? ISon. J'ai f.iit ce rôvo bien des fois. Autour do ni n tout trcinlilo et devient incfTablc,

{Aliniranl l'eufanl qui tieut le miroir.) Qu*il est joli! C est ça! la nai i ! C'est uno AitiKe Qui nrairivc. Hi^csl fée. Es-tu fée? oui, poi»r sûrl Quelle est la rci.ic?

LE NAfX.

Vcus, madame. .r

Et au bouquet de diamants li m.iine maia mystérieuse ajoute un collier de perles. Enfin, le duc Gallus apparaît, précédé d'un nè^'re et vêtu de pourpre r « Mon-

Yicrou nu G a. 105

scr^neur le démon », sVcrie Liso», interdrle. Gallus, souriant, à pari:

£Ue a€ecpte rabimc.

Et la vi-ion magique devient uue réalité pressanle. Celte fois Gallus a trouvé, et il exprime son admiralloi) avec son persiflage de roué grand seigneur :

C*cst vraiment

Non idéal. Le diable a fait évidemment

Taut de pcrfeclionsjpour y loger des vices.

Une telle rencontre est un 'des grands services

Que peulrendre Tenfer à quelqu'un d'ennuyé...

Elle sera perverse en étant bien conduite.

Rien qu'à la voir songer, j*ai compris.lout de suite

Qu'en cette fille pauvre et coquette j'avais

Un bon assortiment de tous les guâls mauvais...

Lisonhésile. Mais déjà Ton entend au loin le fouet de nia]tie Harou et les violons de sa noce. D'un côté llarouet sa charrelle; deTaulre le prince, les diamants, le carrosse doré. Comment hésiter encore? Et Lison éperdue part avec Gallus.

Au second acte, le décor cal changé. Nous ne somm es plus dans les bois, nous sommes au milieu des pompes d'un palais fastueux, et, aux sons d'une auSade, V)ous assistons au lever d'une favorite princière. Cette favorite, c'est Lison, mais sous quel aspect difl'érent! Elle est marquise. Elle a ses laquais; elle a, comme une grande damé, son abbé servant, et les bouquets, les bijoux, les cadeaux charmants, toujours envoyés par une maia

toi PORTRAITS LITTÉRAIRES.

mystérieuse, s*en(as8enl autour île la maîtresse forlunée de Gallus. Mais Lison souffre, car elle iç seiif déchue^ Elle est blessée au vif par rimpcrliucnce frivole et hau-: taine de cet essaim de jeunes seigneurs qui la courtisent en la criblant de leurs méchantes épigrammes. Et ici la comédie cesse et le drame commence.

La vérité est que ce railleur et blasé Gallus s*est pris dans ses propres filels. Où il pensait ne chercher qu*unQ volupté nouvelle, il a trouvé Tamour; la passion s'est glissée dans son cœur et le possède malgré lui. Il a beau s'en défendre et protester contre Gunîch qui le lui démonlrc : admirable épisode où Gallus se disculpe (le ce sentiment dont rougit son scepticisme dliomme de cour!

Ah ! mon pauvre cspiun myope, lu vois trouble.

Ail ! je suis amoureux parce que je distrais

Mes cinquante ans à mettre eu relief des attraits

Qui, charmants sous des fleurs, sont exquis sous des perles!

Parce que le sommeil des moineaux et des merles

Ne m*est pus à ce point sacrô que ditns ce bois

Je ne me glisse avec des joueurs de h.iutbois,

£1 parce que j'ordonne à cinq ou six marouflas

De faire avec leurs chants, leurs gammes et leurs soufflais,

Flotter un songe d'or sur do b -aux yeux fermés! .

Et s'adressant à Lison :

Ce tout n*est rien, madame. Une femme est un être Charmant parce qu*il est tremblant, fjrt éperdu, Tràs frôle et qui doit être en t)ul temps défundu Contre tout ce qui peut d'un3 ride ôtrc cause, Goi^trc un frisson d^aurore et contre un pli de rose. 11 faut sur son alcôve un chant de séraphin,

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Lo nectar à sa soif, Tambroisie à sa faim;... La yie enfin doit presquo être un conte de fée. Je la rcux de chansons et de joie cloiïec; Phébu?, si cet orchestre à ma guhe marchait, Ne serait pas de trop pour en tenir l'archet.

Mais Liâon est déjà rassasiée de ces splendeurs, de ces délices, et lé déshonneur la consume. Dans un rendez-vous suprême, elle éclate soudain :

Savez-vousce Qu*il faut à la femme, motisicur? C*est Tamour. Je n*ai pas ce pain sacré de ràmo, kt je me sens haïe et je me vois infâme.

Soyez maudit. Ces ducs, ces princes, ces marquis ! Tous ! ils sont monstrueux, à force d'ôtre exquis!... Vous n*avez vu dans moi qu'une esclave qui ploie, Une. chair misérable, un vil spectre de joie. Acceptant ce veuvage éternel, rinipudcur...

Et, portant àlses lèvres une bague empoisonnée, la malheureuse Lison tombe morte au.K'fieds de Gallus.

Me voici arrivé presque à la (in de cet article, et je n'ai point ouvert encore le second volume. Je voudrais en donner pourtant un aperçu rapiilc. Deux livres le composent : le « livre lyrique » et le « livre épiqu© *• De celui-ci je dirai peu de chose. Il m'a pluj'avo icrais-

lOtiL POUTlUirS LrTTtRAlUtS.

je? moins que les trois autres. El, d^aillemv, ce lifre épique est seulement un récit^ un de ces récits comme on en rencontre plus iÏvliï dans les volumes de la Légende des siècles. C*est la même inspiration, ce so^t les môjies apparitions ou évocations de fantômes énormes, de larves grimaçantes, et les inô.nes décors i Toura^an décluiné, les nuages noirs, la lune cclalranl des spectres et illuminant des chiruiers, Tcclair livide^ sillonnant le gouîFre ténébreux; les proportions démesurées, upDcalyptiques, dei êtres et des choses, le mélange manstruenx du réel et de Tabstrail, et cette musiqu'e des mots sonore, étrange et confuse, cet âpre et strident cl.quelis des épiihètes entrechoquées, bruit de fer et de cuivre, au milieu duquel, perçant cette nuit lugubre, jaillissent de grandes lueurs et des éclairs éblouissants.

C'est un récit faulastique, intitulé ta lt&volutiol9^ où nous voyons, par une nuit de la Terreur,, tandis que la tempête mugit et gémit autour des beffrois de Notre- Dame et des arches des ponts, la statue équestre d& Henri IV, comme la statue du Commandeur, se détacher de son sojle, et, sinistre fautème^ chemiiier de son pas d airain à traverj les ru^s déseries. Elle arrive à la placj dû se drcfsall la stalue Ai Louis XIII, et les deux statues royales en vont trouve r une troisijiue, la statue de Loui:) XI V *, [mis les trois rois se dii i^eut vers la place Louii XV. Là, ils voient se dre.-ser la guillolinj veiigcicssj, et la tèle de Louis XVI paiser dans le ciel ai-

dessus d'eux comme un sanglant cl plaintif météore... Mais, en vérilo, comment résumer cela? Gomment donner, par exemple, en quelques lignes, une idée c'e Tcpisode des Cariatides ? Comment donner la sensation de eet amon^ceilement prodigieux do grands vers où le poète décrit et exalte Tocuvre de Germain Pi!on avec une intensité, une exubérance et un relief étonnants? Il faut lire ce récit. Est-ce bien un récit épique? Et décidément serait-il vrai, commç le disait Voltaire, que les Français n'ont pas la tête épique? Pourtant quel poète eut jamais autant que M. Victor Hugo le large souffle et la voix retentissante de Téfo- |)ée, et la richesse poétique intarissable, et le don d'évoquer les morts, et de faire revivre les siècles disparus?

Le a; livre lyrique » ( ourrait former à lui seul un ouvrage, ua recueil de poé>ies qui prendrait place à la suite des autres recueils lyriques : les Odes et Ballades, les Feuilles d'automne, les Chants du crépus^ cule, les Voix intérieures, les Rayons et les Ombres, les Contemplations et même les Chansons des rues et des bois. Je rappelle ces recueils qui ont paru à des époques si différentes de sa vie et qui sont en tout si divers, parce qu'il y a comme des réminiscences ou des fragments de tout cela dans le «c livre lyrique » que M. Victor Hugo nous donn3 aujourd'hui, mais qu'il a écrit en grande partie durant la période si féconde de son exil. G'est le dur exil qui lui a inspiré la plupart

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de ces strophes, en Tace de la mer, dans la paix de la nature, en ces heures b<^nies où le printemps répand sa lumière sur les campagnes renaissantes et sur les grèves ensoleillées. Il y retrouvait des accents d'une pureté. et d'une grâce pénétrante.. Lisez, par exemple, la pièce intitulée Lueur à Vhorizon :

Je songe, un clair rayon luit sur le flot sonore; Le phare dit : G*cst Taube, et souille son flambeau. Je voudrais bien savoir les choses que jM^nore Et quelle est la blancheur qu'on voit dans le tombeau.

L'&me fuit-elle, auprès du Dieu qui la convie, Loin de ce corps glacé qui jadis remuait?

Quelle est celte lueur qu*au delà de la vie On aperçoit au fond de Tinfini muet?...

Gomme les passereaux, comme les hirondelles, L*homme ira-t-il chercher l'azur* limpide et clair? Nous rnvoTerons-nous et prendrons-nous des ailes ? Passerons-nous la mort comme ils passent la mer ?

Tout parle et tout s*émeut. Le bois profond tressaille; Le bœuf reprend son joug et Tâme sa douleur ; Le matin, froid et bleu derrière la broussaille, Ferme Tœil de Tétoile, ouvre l'œil de la fleur...

Il y a ainsi plusieurs de ces poèmes qui sont des fnéditations ou des élévations véritables, celte quatrième promenadey entre aulres, si belle en sa mélopée reliirieuse :

Dieu! que les monts sont beaux avec ces taches d'ombre l, Que la mer a de grâce et le ciel de clarté I

\ICTOU HUGO. lin

Oe mes jours jmssagcrs qtre m'im[rorlc le nombre ? Je touche rinfini, je vois l'éternité.

Orages ! passions ! taisez-vous dans mon àme! Jamais si près* de Dieu mon cœurii^ pénétré.

Le couchant me regarde avec sés^cux de flamme» l.a ^«s(e mer me parle, et /e me sens sacré...

Ah! ici, il ne retentit plus à nos oreilles, le fracas irritant des épilhètes sauvages et des métaphores outrées! Quel dommage que le grand poète n'ait pas voulu être ainsi plus souvent! — C'est là, je le sais, nux yeux de tout bon romantique, un regret quasi saçri* (ège, regret de classique et qui sent Thérésie! Que le Hiftttre, qui est indulgent, me le pardonne! — J'admire certes les effets saisissants qu'il rencontre quand il déchatnc toutes les forces de son imagination comme d<es courtiers indomptables. Mais combien atteint-il au sublime d'un vol plus sûr lorsqu'il fait taire cet ouragan des mots et des images, et nous permet d'écouter douce* ment les sons apaisés Je sa lyre !

ItO IHORTRilTS LITTÉRAIRES.

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