Un volume iii-12. Didot
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Nous avons vn, en effet, que M. Risard, en sa jeunesse, et même en sa première matunté, dans ses études sur Thomas Morus,. Erasme et Hélanehthon, admettait comme un élément essentiel de sa critique le détail réel, qu'il a exclu depuis, pour se réduire è la seule doctrine. Tant îl est vrai que la science
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ÏHiértàrey comme toule autre scienc^) met en présBBceJes deux méthodes immortelles qui s'imposent à rhemme dans la poursuite de la vérité : d'un côté la méthode de l'observation, laquelle, avançant pas à pas, avee ses € souliers de plomb », comme Bacpç les appelle,, courbée vers les phénomènes innombrables de la réalité contingente, les analyse,, les. compare, les classe, puis s'élève par l'induction prudente jusqu'aux lois ; de l'autre côté, la méthode déductive ou géométrique, laquelle, à l'inverse, descend des causes aux effets, des prémisses à leurs conséquences et rattache à quelques axiomes la chaîne des vérités médiates. Sainte- Beuve représente, par excellence, la première de ces deux méthodes, M. Nisard la seconde. — Hais, direzvons, quelle est la vraie? — Jeconfesse mon goût ancien pour la méthode expérimentale. J'ai eu longtemps quelque peine à comprendre que, dans l'étude d'une œuvre de l'esprit^ la critique pût (aire abstraction de l'homme qui a produit cette œuvre, et du milieu sojcial dont cet homme a reçu l'influence. Hais sachons distinguQf et non condamner ce qui diffère de notre sentiment. Coloei vereor AristoteleiHy amo Platonem^ djsait, il y a quatre siècles, le sage et conciliant Bessarion. Et, nous.aussi^ préférons, si c'est notre goût, la méthode analytique et anecdotique; mais .cultivon^ et révérons l'autre mé* tliede. Elleabien sa valeur et même s^ grandeur, quand c'est la plume de H. Nisard qu'elle conduit. Ohl la belle plume d'or, que je* comparerais non au souple
Sm: ' PORTRAITS LITTÉRAIRES.
pioceau qui prodigue les couleorSy mais au burin qui grave avec un acier pénétrant ! Ou y sent bien Teffort de la main qui taille la pierre, mais non sans faire jaillir ^' réliocelle, je veui dire celte sorte d'kumour très parti* colier^ piquant effort, et qui semble encore s'aiguiser et 80 fortifier par la concision savante de la plirasel Cet kumour si original est de naissance et de race. Ses deux frères Tout aussi. Je lisais deroièrement les Notes sur les lettres de Cicéron que H. Charles Nisard, de l'Académie deelnseriptions et BeUesrLettres, a publiées, il y a cinq ani % et,' parcourant ce commentaire si érudit et si vivant tout ensemble, je songeais que c'est merveille comme l'esprit français anime tout de son souffle et de sa lumière. Cet ésprit-là, H. Désiré Nisard l'a aujourd'hui comme en sa jeunesse. On le retrouve dans ses préfaces nouvelles; on le retrouvera demain dans le premier volume de ses Mémoires^ s*il consent aie publier. Vous rappelei-vous le joli mot que le , prince des dramaturges, espagnols met dans la bouche d'an personnage sur qui. passent les. années elémenles en Tef fleurant à peine de leur aile Jégère? Yo me , sucedo à tni f»t^mo, dit en souriant le vieillard de
Lo'pe de Vega : je me succède à moirméme, je me
renouvelle en durant^ je reverdis de saison en saison^ comme les grands arbres que chaque printemps voit renaître dans la grâce de leur feuillage et dans la
t. Va Tolumo grand in-8*. Didot. ^
richesse de leur^ fruits. Admirable privilège de quei^ ques esprits touiours jeunes^ qui ne connaissent nirépiiisenient de Yitge ni le déclin suprême d'une longue Vie!
Il ; a, dans les Nouveaux Mélanges, une étude eurieuse, où l'on me permettra de chercher ma conclusion. C'est une élude intitulée les post-scriptum de Sainte- Beuve. Elle nous présente ce contraste piquant d'uii > critique qui loue dans un autre des mérites en tout opposés aux siens. Et, en effet, entre Sainte-Beuve et H. Nisard, la différence est absolue. Je ne vois guère entre eux que des contrastes. Ils ont un seul trait commun : l'amour passionné des lettres auxquelles l'un et l'autre s'étaient comme consacrés pour lu vie. Mais cet ^ amour, chez Sainte-Beuve, est éclectique, et, toujours mobile, se disperse sur les sujets les plus divers. H. Nisard, lui, le ^ren Terme et le concentre dans un culte jaloux et unique, le culte des lettres françaises, de la tradition française. Ce qui arrachait un jour à. Sainte-Beuve ce cri d'impatience : c Toujours l'esprit . françai8>et sa glorification ! » Je reconnais que le point
3M PORTBAITS LITTÉRAIRE^.
de vue de M. Nisard convient mal au goût facile^ réaliste, composite et cosmopolite^ qui tend à domioer chei nous et dont Sainte-Beuve a été l'un des iniliaieurs dans l'ordre des choses littéraires. Hais n'estimez-vous pas 4ue ce r6Ie d'un censeur, défenseur obstiné du génie national contre les nouveautés étrangères qui en menaient l'intégrité, que ce rôle classique d'un Caton^ gardien sévère du vieil honneur des lettres françaises, qui a été le rôle de M. Kisard durant plus d*un demisiècle, n'estimez-vous pl£s qif un tel rôle a bien même aujourd'hui quelque grandeur, et que jamais il n'eut plus d'utilité?
Fin