LES ENFANTS D'EDOUARD
M. Casimir Delavigne pourrait écrire et montrer sur la scène française plusieurs centaines de tragédies pareilles aux Enfants cVÊdouard, sans hâter ou ralentir les progrès de l'art dramatique. Si donc nous parlons de lui cette fois, ce n'est pas pour lui-même, ni pour discuter ce qui n'est pas discutable, le sens et le dessein de sonpoëme prétendu; c'est qu'il nous importe absolument de prouver qu'il ne compte pas dans la littérature de son temps; qu'il n'est ni de ce siècle-ci , ni du siècle dernier, ni du siècle précédent ; qu'il ne relève ni du tragique austère qui faisait pleurer Condé, ni du studieux élève de Port- Royal qui devait mourir d'une bouderie de roi, après avoir dévoué sa muse aux fêtes religieuses
288 FORTUAITS LllTÉRAIKES.
de Saint-Cyr; qu'il n'a rien à démêler non plus avec le hardi dialecticien qui, du fond de Ferney, gouvernait l'Europe attentive, et rédigeait Mahomet comme un pamphlet, pour le dédier au pape.
Au moins ces trois grands esprits dominaient la société française, parce qu'ils la comprenaient. S'ils ont pris tour à tour pour modèle la Grèce, l'Espagne et l'Angleterre, c'est qu'ils y avaient découvert d'intimes alliances avec les idées, les passions et les habitudes de leur temps; mais je défie le plus habile de surprendre une parenté, si lointaine qu'elle soit, entre M. Delà vigne et les choses ou les hommes de ce temps-ci.
Le drame s'ouvre par une scène d'espièglerie trèsmédiocrement gaie, dont la disposition et les détails sont froids, guindés, d'une prétentieuse coquetterie, mais réussissent. Dieu seul sait comment, à tenir le parterre et les loges dans une continuelle et muette extase. Nous assistons à la toilettedujeuneduc d'York; Elisabeth Woodville semble oublier la guerre civile qui menace de toutes parts la fortune de sa famille, pour se complaire dans les mutuelles taquineries d'une gouvernante et d'un enfant. Je me prêterais bien volontiers à cette scène, si déplacée qu'elle soit, si elle était touchée avec une délicatesse plus légère et plus naïve , si la moquerie ne se glaçait sur les lèvres de M. Delavigne.
L'analyse de la pièce entière, si l'on voulait la rattacher à une idée progressive et logique, serait absolument impossible; l'action, s'il y en a
CASIMIK DELAVIGNE. 289
une toutefois, n'est qu'un travail mesquin de marqueterie, les incidents se succèdent sans jamais s'engendrer. Quoique l'auteur ait choisi dans les annales anglaises un crime enveloppé d'épaisses ténèbres , préparé, poursuivi, accompli, avec une ruse infernale, il n'y a pas, durant trois heures, un seul instant d'émotion ou d'angoisses, d'indignation ou de pitié, d'horreur ou de sympathie.
J'ai entendu chuchoter autour de moi quelques amis empressés, qui admiraient, dans les Enfants d'Edouard, le développement idéal et simultané de deux sentiments. Ils louaient à Fenvi l'amour fraternel d'Edouard et de Richard, et la tendresse d'Elisabeth pour ses deux fils. Pour réfuter cette affirmation d'une aveugle amitié, j'invoquerais, s'il en était besoin, l'autorité des femmes qui, pendant toute la soirée, n'ont pas trouvé une larme à répandre.
La fable inventée par M. Delavigne est vraiment difficile à comprendre. Leduc de Glocester souffre, avec une patience exemplaire, les railleries d'un marmot qu'il pourrait d'une parole réduire au silence. 11 convoite le trône, il le touche du doigt, il n'a qu'à étendre la main pour placer la couronne sur sa tête, et, comme un intrigant vulgaire, comme un chevalier d'industrie, il flatte honteusement la reine, qui va s'enfuir au premier soupçon de ses desseins. Il descend jusqu'à la rassurer, quand il pourrait lever le front, et lui dire hardiment : a Je veux être roi, et je le serai. » 11 se laisse insulter par le jeune duc d'York, et se résigne à l'insulte au lieu de la punir. Il confie à Bucl<ingham la moitié de ses projets, et
s'indigne de ses scrupules, comme s'il ignorait qu'en de pareils marchés les demi-confidences font les trahisons inévitables. Au lieu de le gagner, de l'admettre au partage, il s'amuse à le tromper comme la reine, à protester devant lui de son dévouement inviolable auxdroits et à la personne des héritiers d'Edouard IV. Puis, pour décharger sa conscience de toute inquiétude, il le fait assassiner par un aventurier; il gaspille le crime, il prodigue les meurtres publics, comme s'il n'avait pas à sa dévotion les prisons et l'exil.
Quand il tient dans ses mains la vie d'Edouard V et de Richard d'York, chose incroyable! il ne révèle pas à leurs geôliers le sort qui les attend ; et c'est leur mère elle-même, la reine Elisabeth, qui leur apprend qu'ils vont mourir. Gomment a-t-elle pu pénétrer dans la tour? comment a-t-elle trompé la vigilance des gardiens? Résolve qui pourra ces questions insolubles. Je ne chicanerais pas sur la vraisemblance du moyen, si le poëte atteignait à de grands effets, mais comme il n'en est rien, j'ai le droit de me plaindre.
Le dénoùment prévu d'avance, la mort des deux enfants, n'effraye pas un seulmstant. Pourquoi ? C'est que les deux frères n'ont pas dans la bouche un accent vrai, pathétique; c'est qu'ils regrettent la vie comme des hommes, pour des honneurs qu'ils ignorent, et qu'ils ne pleurent pas comme des enfants sur les plaisirs qui leur échappent.
Disons-le simplement, cette tragédie prétendue n'est qu'une paraphrase laborieuse d'une toile en-
voyée, il y a doux ans, au Louvre par M. Paul Dolaroche. Or, le défaut du tableau est aussi celui de la tragédie. M. Paul Delaroche avait peint sur une toile de dix pieds une composition digne tout au plus de l'aquarelle. M. Delavigne a délayé dans les trois actes d'une tragédie le petit nombre d'idées et d'images qui auraient pu suffire à défrayer une élégie. La toile de M. Delarocbe était d'une couleur violette et fraîche ; la versification de M. Delavigne est d'une élégance frelatée.
Si, abandonnant les questions relatives à la vraisemblance, à la rapidité de l'action, à l'enchaînement des scènes, nous abordons un problème plus général et plus élevé, celui de la vérité des caractères, notre embarras sera grand pour reconnaître dans les personnages de M. Delavigne ceux qui décidaient, dans les dernières années du xv'' siècle , du destin de la Grande-Bretagne. Je ne ferai pas à l'auteur àesMessèniennes l'injure de lui rappeler le Richard m de Shakespeare, je ne lui proposerai pas de s'agenouiller devant l'image d'un Dieu qui n'a jamais reçu ses prières; mais je lui demanderai si le ri ne de Glocesler, qui n'a pas craint de prendre pour marchepied deux têtes de rois, qui a éclaircisans pilié les rangs des plus illustres familles, pouvait trouver le temps de faire sur sa conduite et ses desseins d'ingénieux quolibets. N'était-ce pas, avant tout et surtout, un homme d'action bien plus que de parole?
Est-ce que la reine Elisabeth ne doit pas opter en- Ire le rôle de veuve et celui de mère, entre la cou-
ronne de son mari et la vie de ses fils? Veuve, elle doit soutenir la légitimité de leur naissance et de leur droit ; mère, elle doit sacrifier, s'il le faut, Vhonneur de son nom au salut de ses enfants. Dans la tragédie de M. Delavigne, elle flotte incessamment entre ces deux rôles sans se décider pour aucun.
Buckingham professe en toute occasion une innocence qui a tout lieu de nous surprendre dans le compagnon et l'âme damnée de Richard 111. Qu il trébuche par maladresse, je le veux bien ; qu'il se perde auprès de son maître par impertinence ou par gaucherie, à la bonne heure! Mais qu'il oppose à l'ambition de Glocester les scrupules d'une conscience timorée, c'est ce que je ne saurais comprendre.
Tyrrel a particulièrement charmé l'auditoire; j'aurais mauvaise grâce à nier un fait aussi pubUc. Pourtant, je dois l'avouer, je n'ai pas une admiration bien vive pour cette scélératesse bavarde qui éclate en bruyantes fanfares, qui se vante, s'explique, se met à l'enchère, et qui, au moment de l'action, chancelle et redescend au niveau des poltronneries vulgaires. J'aimerais mieux dix fois que Tyrrel récitât quelques vers de moins sur la flamme ondoyante du punch, sur les esprits follets qui viennent se jouer au bord du bol, sur l'inconstance des dés et le bonheur de l'orgie, et qu'il eût la main prompte, sûre et fidèle. Richard 111, loin de le récompenser pour avoir gardé les fils d'Edouard IV, devait le faire pendre pour avoir laissé sa veuve pénétrer dans la tour de Londres.
Je n'ai pas le courage de critiquer le caractère at-
(USIMIR DEL A VIGNE. 293
tribué aux enfants d'Edouard. Le rôle qu'ils jouent est tellement passif, que le blâme peut à peine les atteindre. Ils ne sont pas , c'est tout ce que j'en puis dire. Ils devaient concentrer l'intérêt sur euxmêmes, mais ce n'était pas à eux que l'action appartenait : ils en étaient le but et non le moyen. S'ils ne signifient rien dans la tragédie de M. Delavigne, leur nullité doit être imputée à la faiblesse, à l'inhabileté des autres personnages.
Est-ce que par hasard l'été de 1483, tel que le racontent les historiens anglais, ne contient pas les éléments d'une tragédie? Voyons.
Je suis fort d'avis qu'il est très-inutile, pour inventer un poëme dramatique fondé sur une époque donnée de l'histoire d'un peuple, de posséder une formule générale et précise qui exprime le développement total de ce peuple. Ces études pouvaient convenir à Bossuet, à Vico, à Herder, et, de nos jours, séduisent encore quelques esprits graves et solitaires comme Schelling ou Ballanche; mais je conçois très-bien que les artistes les plus éminents qui ont écrit pour le théâtre ne se soient pas mêlés à ces sortes d'investigations. En effet, les inventions scéniques vivent surtout d'individualité, tandis que les formules historiques ont besoin d'absorber l'homme dans l'idée.
Néanmoins, lors même qu'i! s'agit d'aborder poétiquement un caractère ou un événement historique, il faut en connaître la mission et le rôle, l'origine et la fin. Autrement, on marcfie de tâtonnements en tâtonnements, dans une nuit que le génie
Z94 PORTRAITS LITTERAIRFS.
le plus heureux peut à peine éclairer par le mensonge.
Et ainsi, puisque Richard III, dans les annales anglaises, marque le passage de la maison de Lancastre à la maison de Tudor, si l'on ignore le sens politique de cette transition, à moins qu'on ne trouve dans labiographie de Richard III une tragédie exclusivement domestique, une intrigue d'amour par exemple, une aventure de jeunesse, il n'y a pas de poëme possible.
On le sait, la guerre civile des deux Roses, c'està-dire la querelle des maisons d'York et de Lancastre, marque, dans l'histoire de la Grande-Bretagne, la ruine de la royauté féodale, et l'avènement de la royauté absolue, qui devait elle-même succomber en 1649, pour faire place, en 1688, à la monarchie représentative.
Donc, une tragédie où Richard III joue le principal rôle doit nous montrer l'agonie de la royauté féodale. A cette heure, où le dogme de la royauté absolue n'a pas encore été consacré par l'avarice de Henri VII et la luxure sanguinaire de Henri Vlll, la guerre n'est pas entre la cour et le peuple ; elle est entre les seigneurs quis'entre-tuent et se disputent la couronne. Le premier guerrier venu qui peut mettre une armée brave et cupide au service de son ambition, s'appelle roi et s'assoit sur le trône. Ainsi fit Richard III.
Quoi qu'on fasse, toutes les fois qu'on mettra sur la scène ce bourreau diiïorme et bouffon, on ne |)0urra jamais le mettre au second plan ; car enfin il
jouait sa partie et ne tuait que pour son compte. C'était pour frayer sa route, et non celle d'un autre, qu'il fauctiait toute une moisson de têtes illustres. Le meurtre des enfants d'Edouard lY n'est que le dernier épisode de cette monstrueuse tragédie qui devait enfanter une royauté de deux ans. La disparition des deux jeunes frères n'eût servi k rien sans la mort de Clarence, delordRivers, de lord Hastings. Il fallait vider toiites les chambres du palais avant d'en trouver une qui fût paisiblement habitable, et Richard III le savait bien.
La pénitence publique de Jane Shore, les accusations ignominieuses dirigées à la fois contre la mère et contre la veuve d'Edouard IV par Richard luimême, ne sont pas non plus inutiles à l'achèvement de ce tableau historique, car elles montrent que le duc de Glocester se délassait parfois du carnage dans de brillants intermèdes d'hypocrisie, qu'il ne versait le sang qu'à la dernière extrémité, quand la ruse, le mensonge, l'or, l'avilissement et la servi- Irté avaient trompé ses espérances. En attaquant la légitimité d'Edouard IV, il sapait la popularité de ses enfants.
Il n'y a donc dans l'été de 1483 qu'une tragédie possible , dont le dénoûment est l'avènement de Richard III, qui a pour exposition, pour nœud et pour moyens, les traits les plus saillants de la vie politique du protecteur: la pénitence publique de Jane Shore, la fuite de la reine à l'abbaye de Westminster avec le duc d'York, l'accusation d'illégitimité portée contre ses fils cl son mari , le
meurtre d'Hastings et de Rivers, et, enfin, en présence d'une population menaçante, prête à se soulever pour un roi qu'elle ne connaît pas, en haine d'un tigre furieux dont elle a trop senti la sanglante morsure, la mort des neveux et la royauté de l'oncle.
Il serait bon d'insister sur le côté jovial et satirique du caractère de Richard llî, et de mettre en scène ses paroles les plus connues, comme ce qu'il dit à l'évêque d'Ely ; les expressions dont il s'est servi en dénonçant à la malédiction publique, comme luxurieux, brigands, traîtres, concussionnaires, ses ennemis dont la tête venait de tomber sur le billot.
Mais n'y a-t-il pas dans la biographie de Richard III de quoi épouvanter l'imagination de M. Delavigne? C'est à l'histoire littéraire qu'il appartient de répondre. J'ai dit que l'auteur des Messéniennes n'est pas de son temps : je crois la chose facile à prouver. Bien que M. Delavigne se soit essayé dans l'ode, dans le dithyrambe, dans l'élégie, dans le poëme didactique, dans le discours en vers, dans la comédie de caractère, dans la tragédie pure et la tragédie mixte, dans le drame bourgeois et dans le drame historique, et même dans le drame liéroïque et philosophique, cependant il ne lui est jamais arrivé qu'une seule fois d'exciter une attention réelle; c'a été lorsqu'il a mis en vers toutes les opinions militantes, tous les mécontentements dont se composait le libéralisme appelé par Paul-Louis: libéralisme ri deux anses. En cpI te occasion, je le confesse.
M. De)a\'igiie a été de son temps, mais à quelles conditions?
Au théâtre, il n'a rien inventé. Son début, dont on a \oulu faire quelque bruit, n'est qu'un mélodrame de second ordre, une amplification de rhétorique. Je n'accorde qu'un seul mérite aux Comédiens, c'est de m'avoir fait relire, avec un plaisir éternellement nouveau, quelques pages de Gil Blas. J'en peux dire autant du Paria et de la Chaumière indienne. Je ne sais par quel hasard inespéré il s'est rencontré dans les chœurs quelques strophes vraiment lyriques; je soupçonne qu'on en pourrait retrouver la trace dans Kalidâsi. C'est à peine si j'ose parler d'un travestissement de Byron, qui a dû à la pantomime expressive et puissante de madame Dorval quelques soirées d'applaudissements. Les pages de Sanuto sont plus dramatiques à coup sûr que le poëme de M. Delavigne.
Je ne voudrais pas affirmer que cent personnes se souviennent aujourd'hui de la Princesse Aurèlie, satire obscure d'un triumvirat politique oublié six mois avant le jour où l'auteur des Messéniennes prit en main le fouet d'Aristophane et de Beaumarchais. Sans Talma, qui se souviendrait de Danville?
Il n'y a donc en lui ni l'étoffe d'un poëte capable d'imposer sa pensée à ses contemporains, ni celle d'un inventeur fertile en ressources de toutes sortes, promenant de la Grèce à la Judée, de l'Alhambra à Whitehall, les caprices de son imagination, donnant à chacune de ses rêveries, de ses douleurs ou de ses
joies, le nom d'une catastrophe ou d'un héros, se souvenant des choses et des hommes qu'il n'a pas connus, comme un vieillard qui repasse dans le secret de sa conscience ses premières années, qui écoute le bruit des jours qui ne sont plus.
Non, M. Delavigne n'est pas poëte. Ceux qui l'ont cru se sont trompés, ceux qui l'ont répété ont été trompés, ceux qui le soutiennent ignorent eux-mêmes l'origine et la valeur de leur conviction. S'il était vraiment poëte, au lieu de descendre aux opinions vulgaires, pour les versifier et les appeler siennes, il aurait librement exprimé ses idées personnelles, et amené la foule à les accepter. Puisqu'il n'en arien fait, c'est qu'il se sentait faible; puisqu'il s'est appuyé sur elle au lieu de l'élever jusqu'à lui, c'est qu'il n'avait ni mission ni puissance ; puisqu'il a suivi , c'est qu'il ne devait pas conduire.
Mais il y a dans toutes les réflexions qui précèdent, le germe d'une conclusion plus générale et plus haute : je veux parler d'une réaction spiritualiste dans toutes les formes de l'art littéraire. L'esprit, l'imagination et le style de M. Delavigne, sont
à la taille du plus grand nombre. C'est un irréprochable ouvrier en hémistiches; il sait précisément
la dose de plaisanteries communes dont il faut envelopper et assaisonner une idée presque nouvelle pour la rendre présentable. L'auditoire qui n'a trouvé dans les Enfants cV Edouard aucune aspérité repoussante, aucune excentricité scandaleuse, mais (jiii est demeuré froid et muet malgré le dévoue-
OASIMIK DELAVJGNE. 299
ment des amitiés, commence donc à se lasser tout de bon des panoramas historiques, et regrette sérieusement les passions humaines en échange desquelles on lui donne aujourd'hui des hauberts, des tabards, des surcots et des couronnes à fleurons. Il commen ce à comprendre ce qu'il n'aurait jamais dû ignorer, que la poésie dramatique est quelque chose de plus qu'un ballet ou une mascarade, une nourriture pour l'âme, et non une pâture pour les yeux.
DON JUAN D'UATRIGHE.
Il y a dans la comédie historique de M. Delavigne plusieurs personnages qui portent des noms célèbres : don Juan d'Autriche, Philippe II et Charles- Quint. Ceux qui ne connaissent l'Espagne que par l'histoire, et qui n'ont pas, comme l'auteur des Messéniennes, la l'acuité d'interpréter les querelles religieuses du seizième siècle selon la philosophie de Candide, seraient bien embarrassés de retrouver sous ces noms éclatants le vainqueur de Lépante, le bourreau de don Carlos et le rival victorieux de François P'. Dans l'intérêt des intelligences paresseuses qui ne cheminent pas assez vite pour traverser deux siècles en une soirée, nous analyserons successive-
oOU PORTRAITS LlTTÉRAlRtS.
meut tous les rôles de cette comédie. Nous ue la raconterons pas, car nous croyons que la littérature et le public ne gagnent jamais rien aux procès-verbaux. S'il y a des lecteurs qui demandent à leur journal le menu dramatique d'une pièce, comme les gourmands le programme d'un banquet, avant de se décider à la curiosité ou à l'appétit, nous pensons que ces avides indolences n'ont rien à démêler avec la critique, et ce n'est pas pour eux que nous écrivons.
Dans la comédie de M. Delavigne, don Juan d'Autriche est amoureux d'une jeune fille dont il ne connaît ni le vrai nom, ni la famille; il ne rêve qu'au moyen de la voir, de lui parler, de passer à ses genoux des heures enivrées ; il trompe la surveillance de son gouverneur , gagne les gardiens chargés d'épier ses démarches, s'échappe à la dérobée, et ne conçoit pas une plus digne ambition que d'épouser sa maîtresse. Quand celui qu'il appelle son père, et qui n'est que son tuteur, lui propose d'entrer dans l'Eglise, et lui montre dans un avenir prochain le chapeau de cardinal, don Juan n'hésite pas à déclarer son amour. En présence du roi d'Espagne, qui se donne pour un seigneur de la cour, il renouvelle son aveu ; il ne demande qu'une épée pour illustrer son nom et mériter par son courage la main de sa maîtresse. Celle qu'il aime est juive; il l'apprend d'elle-même, et, avec la sérénité d'un ami de madame Geoffrin, il se résigne à celte mésaventure comme s'il s'agissait simplement d'un papier perdu. Surpris par le Grand Seigneur à qui il s'est confié si ingénument, sommé de sortir et de ne plus re-
CASIMIR DELAVlGMi:. 301
paraître dans la maison de dona Florinde, il ne se demande pas pourquoi elle s'est enfuie à la seule vue de ce mystérieux personnage ; il la suit en défiant la colère de son rival. Conduit au couvent par l'ordre du roi, il déchire sa robe de novice; il raconte pour la troisième fois son amour au moine qui le reçoit et au novice qui essaye de le consoler ; grâce à l'intervention de ses deux nouveaux amis, il réussit à sortir du couvent et retourne chez sa maîtresse. Elle est absente lorsqu'il arrive; avec une docilité vraiment exemplaire, sur les instances de la duègne, il se cache pour l'attendre et se laisse enfermer. Bientôt dona Florinde, aux prises avec Philippe II, qui n'est autre que le comte de Santa-Fiore, appelle au secours. Don Juan le provoque, et l'attaquerait sur l'heure si dona Florinde ne lui criait : Arrêtez, c'est le roi. Or, il a promis au couvent de ne jamais se servir de son épée contre Philippe 11. Cependant, il n'en serait pas quitte pour un sermon, étirait, sans aucun doute, achever sesjoursdansuneprison d'Etat,
si le moine auquel il doit sa liberté, celui qu'il a pris pour confident et pour auxiliaire, sans lui demander ses titres, si Charles-Quint, car c'est lui, ne venait on personne réconcilier son fils légitime et son fils naturel, le roi Philippe II et le futur vainqueur de Lépante.
Voilà le don Juan d'Autriche de M. Delavignc, ingénu, brave, docile, crédule, tolérant, jetant à la tête du premier venu son amour et ses espérances. Pour dessiner ce caractère, je n'ai pu me dispenser d'indiquer sommairement toute la conduite delà pièce, car
302 PORTUAITS LITIÉRAIUES.
il occupe à lui seul le tiers au moins de l'action; mais Philippe II et Charles-Quint seraient mal connus s'ils n'étaient envisagés séparément.
Philippe II quitte la cour pour interroger son frère; et, pour mieux se déguiser sans doute, il se présente sous un nom qui n'a jamais retenti en Espagne, et qui n'appartient ni à la Castille ni à l' Aragon, sous le nom de Santa-Fiore. Pour peu que don Juan connaisse sa langue, il doit prendre le nouveau venu pour un étranger, car il ne peut soupçonner le roi d'Espagne de porter un nom aussi barbare à Madrid qu'à Florence. Ce Philippe II, si heureusement baptisé sans doute par quelque prisonnier de Pavie, aime aussi dona Florinde, et ignore, comme don Juan, la religion et la famille de celle qu'il aime. De la part d'un roi tel que Philippe II, l'étourderie est surprenante. Quand il veut chasser son rival, au lieu de dire «je suis le roi,» ou d'appeler ses gardes sans se nommer, il se laisse insulter ayec la longanimité d'un saint. C'est assurément une grande vertu dans le maître des Espagnes et des Indes. Il envoie son frère dans un couvent, et surveille si mal l'exécution de ses ordres, que don Juan se rend précisément au couvent de Charles-Quint. Il retrouve don Juan chez dona Florinde, et ne songe pas à lui demander compte de sa fuite. Il porte la main sur dona Florinde; et quand il apprend qu'elle est juive, il la désire avec plus d'ardeur encore. Lui, roi d'Espagne, il se jette aux genoux d'une juive, aux genoux d'une femme qui périrait s'il disait un mot. Il implore la merci d'une proscrite dont la vie est entre
CASIiMlH DELAVIGNE. 303
ses mains. Pas un historien encore n'avait indique, dans la vie de Philippe II, les éléments de cet épisode romanesque. Le roi se trouve en face de don Juan, d'un ennemi qu'il avait enchaîné , et il ne pense pas à l'intervention de son père; il épargne son ennemi et l'abandonne à Charles-Quint, quand il peut se venger en faisant un signe de tête. Avouons que Philippe II ainsi conçu est tout à fait neuf.
Charles-Quint, retiré dans le couvent de Saint- Just, partage son temps entre ses horloges et la conversation d'iin jeune novice ; il s'amuse à écouter les caquets d'un enfant, et oublie les guerres qu'il a conduites , le camp du Drap-d'Or, l'élection impériale, pour le récit d'une cabale monastique. Il oublie Luther à qui il a tenu tête, et Léon X qu'il a protégé, pour tourner en ridicule les ambitions du cloître, et traiter son interlocuteur de moinillon. 11 faut croire que Charles-Quint est bien changé depuis les guerres religieuses de l'Allemagne, qu'il a tout à fait dépouillé le vieil homme, qu'il ne recommencerait pas sa vie passée, en un mot, qu'il a deviné V Essai sur les Mœurs. Autrement, comment expliquer sa bonhomie railleuse qui se complaît dans la familiarité d'un enfant, et ne songe pas même à regarder la carte de l'Europe , pour suivre du doigt le jeu des nations qu'il a remuées? Comment comprendre l'abdication intellectuelle du vainqueur de Pavie? Quand il voit son fils, au lieu de lui rendre la liberté, en ordonnant que les portes soient ouvertes, il a recours à la ruse, et se fait nommer abbé pour signer léti'alemcnt l'aflranchissement du captif. Il entend sans
émotion l'éloge de François P'", se console par un bon mot, et pour toute réponse à cet étrange panégyrique, sorti d'une bouche espagnole, donne à don Juan l'épée du prisonnier de Madrid. Décidément, Gharles-Qiiint est un sage accompli, détaché sans retour des vanités humaines. Pardonnons-lui de singer Jules César, en dictant à la fois trois lettres pour son élection abbatiale : cette parodie est un péché "véniel. Pardonnons-lui avec la même indulgence de violer pour lui-même les règlements qu'il n'osait violer pour son fils, et de sortir du monastère après avoir résigné son nouveau titre, sans alléguer aucune excuse légitime pour cette singulière espièglerie ; pardonnons - lui surtout d'oublier l'âge de don Juan , et de parler à un enfant de douze ans comme à un homme de vingt ans ; car don Juan était né en 1546, et Charles-Quint est mort en 1558.
Le petit novice qui aide Charles-Quint à dévorer ses ennuis n'est qu'un souvenir assez effacé de Chérubin. On ne comprend guère comment Beaumarchais joue un rôle au couvent de Sainl-Just. Mais c'était la volonté de M. Delavigne, et nous ne le chicanerons pas pour si peu.
Don Quexada, gouverneur de don Juan d'Autriche, joue pendant cinq heures le rôle du précepteur dans l'embarras. De loin en loin, il essaye le pathétique; mais ces sortes de caprices ne sont pas de longue durée, et le comte Giraud peut réclamer don Quexada comme sa propriété bien authentique. Cervantes aurait bien aussi quoique droit sur ce per-
sonnage qui rappelle Sancho dans plusieurs scènes.
Uyadans dona Florinde plusieurs singularités inexplicables. Elle est juive, et jure par Jésus. Est-elle convertie ? mais elle n'en dit rien. Elle fréquente les églises catholiques :. quel docteur de la synagogue lui a permis une pareille équipée? Elle connaît le roi, et au second acte, au lieu d'avertir don Juan du danger auquel il s'expose, au lieu de partir avec lui, pour se dérober à la colère de Philippe II, elle laisse la partie s'engager ; elle attend, pour démasquer le comte de Santa-Fiore, que le rival de don Juan porte la main sur elle, et tente violemment de contenter son brutal amour. Il faut qu'elle soit bien troublée pour commettre une pareille faute. Elle dit à Philippe II, pour l'arrêter : Je suis juive, et elle revient du tribunal de l'inquisition. De qui est donc venu Tordre de comparaître? comment le roi l'ignore-t-il? Et s'il le sait, comment ne craint-il pas de se déshonorer par le contact d'une race maudite? Nous marchons de ténèbres en ténèbres; oir est l'OEdipe qui résoudra cette énigme?
Vous connaissez maintenant les personnages de cette comédie historique ; voulez-vous que je vous dise l'action? Au premier acte, don Juan, don Quexada et Philippe II; au second, dona Florinde, don JuanetPhiHppell; au troisième, don Juan et Charles-Quint; au quatrième, comme au second, Philippe II, don Juan et dona Florinde; enfin au dénomment, Charles-Quint, qui réconcilie ses deux fils, et dona Florinde, qui promet de ne jamais revoir son
306 PORTRAITS LITTKRAIRES.
amant, sans qu'on sache le secret de sa résignation.
Où est la vocation qui sert de sous titre à cette comédie? Est-ce la vocation de dona Florinde pour le catholicisme, ou celle de don Juan pour la gloire militaire? Décide qui pourra.
Le second et le quatrième acte ne tiennent pas très-étroitement aux trois autres, et sont par eux-mêmes une pièce dans la pièce. Mais je me résignerais volontiers à cette superfétation poétique, si j'avais pu deviner le caractère comique de l'ouvrage. Une fille qu'un roi essaye de violer ne me semble pas prêter à la comédie. Un jeune homme qui joue sa tête pour défendre sa maîtresse, n'est pas non plus un sujet très-plaisant. Un roi qui appelle au secours de sa rage amoureuse le tribunal de l'inquisition, et qui d'un trait de plume peut condamner au bûcher son rival et celle qu'il n'a pu vaincre, me paraît plus terrible que ridicule. N'êtes-vous pas de mon avis? Je ne prétends pas que la biographie de don Juan n'offre aucun sujet de comédie; mais je déclare en mon âme et conscience que la comédie de M. Delavigne n'est rien moins que gaie.
Ce qui m'a frappé surtout dans cette parodie de l'Espagne au xvi*' siècle, c'est la couleur voltairiennede Charles-Quint et de don Juan. L'empereur et son tils traitent les questions religieuses comme Zadig ou Pangloss. On dirait que la diète de Worms a déjà trois siècles sur les épaules; ils ne s'inquiètent ni du saint-siégo, ni de Luther; le protestantisme armé de l'Allemagne ne trouble pas un instant leur
pensée. M. Delavigne, faisant parler Charles-Quint comme l'ami de madame Duchâtelel, ressemble fort à ces courtisans ignorants qui ne voient dans l'histoire de France, depuis quatorze siècles, qu'une succession de rois pareils en tout à Louis XIV. Des deux côtés, c'est le même aveuglement ; l'étiquette royale de Versailles, au début de la conquête franque, n'est pas plus ridicule que le sourire sceptique de Voltaire dans le couvent de Saint-Just.
La prose de celte comédie, historique au dire de l'affiche, est d'un tissu tout à fait nouveau. Ce n'est ni la phrase claire et rapide du xviii^ siècle, ni la phrase sévère et logique du xvif , ni la phrase ample et flottante du xvi% ni même la phrase ambitieuse, et tour à tour philosophique ou poétique, du siècle présent; non, c'est un perpétuel cliquetis d'antithèses puériles, c'est tour à tour la caricature de Beaumarchais ou de quelques dramatistes plus modernes. M. Delavigne a démontré victorieusement qu'il y a autre chose dans la langue que les vers et la prose, et qu'il ne suffit pas de limer les clous d'une rime pour ouvrir les charnières d'une période. En désertant l'alexandrin, il n'a pas mis le pied sur le seuil d'une nouvelle patrie ; il a perdu son armure, et n'a pas trouvé un manteau à sa taille.
Bien qu'à mes yeux la réalité la plus complète soit encore loin de la poésie ; bien que pour moi Homère domine Hérodote, comme Shakespeare domine Hollinshed, cependanlj'ai toujours j)ensé que l'imagination ne s'élève au-dessus de la mémoire qu'à la condition d'inlerprélor l(î souvenir. Or, est-il probable
que M. Delavigne n'ait pas feuilleté les biographes de don Juan d'Autriche? Est-il probable qu'il se soit contenté de quelques pages de Robertson ou de Strada? Je répugne à le croire. A la vérité, il a déjà trouvé dans Comines l'étoffe d'une bergerie digne de Racan ; et quelle bergerie ! Louis XI à Plessis-lès- Tours. Mais s'il connaît la vie de don Juan, comment s'est-il plu à dénaturer une réalité plus riche que son poëme, que Schiller aurait bien su agrandir et féconder, mais qui, faute d'avoir été labourée par une habile charrue, est plus variée, plus imposante dans son inculte nudité que le roman dialogué de M. Delavigne'?
Elevé jusqu'à la puberté dans l'ignorance de son père, don Juan est présenté à Philippe II, dans une partie de chasse, par don Louis Quexada. Charles- Quint, en mourant, avait révélé à l'héritier de sa couronne le secret de ses premières faiblesses, et lui avait recommandé le bonheur de son fils naturel. Destiné aux dignités ecclésiastiques, don Juan, en apprenant de la bouche même du roi, devant tous les seigneurs de la cour, qu'il est du sang de Charles-Quint, s'affermit dans son ambition militaire : certes , c'est là un beau début. Nous n'avons pas la fatuité de construire en quelques lignes un édifice dramatique ; mais vous allez voir comme les masses se groupent d'elles-mêmes, comme elles s'ordonnent harmonieusement.
A Madrid, don Juan trouve don Carlos amoureux d'Elisabeth de France, compromis par des amitiés séditieuses; lui-même se passionne pour Marie de
CASl^llR DELAVIGNE. 309
Mendoza ; Philippe 11 lui ravit sa maîtresse, et renferme dans un couvent l'amante déjà mère. Don Juan souffre patiemment l'injure qui lui est infligée; il appelle la gloire qui lui échappe, et lutte sans colère contre la jalousie du roi.
Don Carlos conspire ; don Juan n'hésite pas à le dénoncer. L'oncle et le neveu se défient, et mettent répée à la main ; don Carlos appelle au secours ; il est condamné ; son adversaire demande sa grâce, et pleure sa mort avec des larmes sincères.
Délivré de son fils, Philippe II confie à don Juan le châtiment des Maures de Grenade, et plus tard il lui accorde la victoire de Lépante. A ce moment, la jalousie du roi se réveille plus furieuse et plus terrible que jamais : il a pardonné l'amour, pardonné la générosité, il ne pardonne pas la gloire.
Nommé gouverneur des Pays-Bas, don Juan comprime la révolte et assure à son frère la paisible possession d'une de ses plus riches provinces. Mais son heure est venue ; le lendemain de la victoire deGembloux, il meurt empoisonné.
N'y a-t-il pas dans la vie et dans la mort de ce héros qui s'éteint à trente-trois ans, une grandeur et une énergie tout ù la fois épiques et dramatiques? Le duel de ces deux frères qui se combattent dans toutes leurs passions, n'est-il pas taillé pour le théâtre? Cette lutte acharnée de la ruse contre l'héroïsme, cette couronne oisive et cette épée qui ne se repose jamais, ne vous semblent-elles pas satisfaire à toutes les exigences de la terreur et delà curiosité? Cette
iilO PORTRAITS LITTÉRAIRES.
Iragédie qui débute par une partie de chasse, qui continue par un amour imprévoyant, qui se noue par la mort d'un fils incestueux, qui se resserre par la gloire envahissante du héros, et qui se dénoue enfin par la vengeance d'un rival impuissant à soutenir une lutte glorieuse, celte tragédie vous paraît-elle mesquine? Je ne dis pas que cette tragédie soit toute faite ; car si la réalité n'est pas T histoire, pourquoi l'histoire serait-elle la poésie? Si Rome impériale se ré-r, trécit ou s'élargit sous la plume de Suétone ou de Tacite, pourquoi Brantôme et Strada ne subiraientils pas la même destinée entre les mains d'un rimeur ou d'un poëte? Non, la tragédie n'est pas faite ; mais vienne un poëte, et elle se fera. Si l'on me demande où est l'unité de ce programme gigantesque, je répondrai que toutes les parties de ce colosse sont réunies ensemble parun hen indissoluble, par la jalousie ombrageuse de Philippe II. Quand il obéit aux dernières volontés de son père, il est jaloux, il caresse don Juan pour le gouverner; il l'attire à sa cour pourl'éblouiret l'habituer à l'obéissance. Quand il lui enlève Marie de Mendoza, c'est qu'il craint la postérité de son frère ; il est encore jaloux. Quand, après la mort de don Carlos, il confie ses armées à don Juan, c'est pour l'éloigner du trône; il lui dit d'aller jouer sa vie pour la gloire, mais il espère que don Juan ne reviendra pas. Quand il l'envoie en Flandre, il prie Dieu pour que cette bourgeoisie furieuse le débarrasse d'un général trop célèbre ; et quand il accomplit le dessein de toute sa vie,lelendemain d'une victoire gagnée pourlui, ne couronne-t-il pas dignement
CASIMIR DELAVlliNE. 3H
celle tragédie à laquelle il travaillait depuis si longtemps ?
Si des cimes de rhistoire nous redescendons dans la plaine monotone que M. Delavigne appelle sa comédie historique, ne sommes-nous pas émus de pitié pour cet ouvrier patient qui prend un bloc de marbre et qui, au lieu de Téquarrir hardiment, d'y tailler une statue, le polit et l'use à sa manière, le creuse, le divise, l'éparpillé en ruines, et n'arrive pas même à construire un pan de mur ?
\/\/\/\y"\/vx/\/\y v'\/\/\/N^v'^v"w/'\/\/\y\/v'\/\/v''^^\^^W\/\/vv<-w \y \y