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TROISIÈME PARTIE

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IP nî P°'"''^^'=' '«'■'•« OÙ se concentrent en ce moment 1 plus nobles éléments de l'humanité et qui fahle pu d honneur à notre race. C'est à Rome! en effet qu 1 y a des />.o,nmes dans toute la force de ce trè Î noble. terme; c'est à Rome surtout qu'il y a vLnL

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dans son intelligence toutes les traditions vraies et

ou.es es idées justes, toutes les vérités natu e les e

toutes les vérités révélées, le vrai, le bien et letau ;

oui, Celui qui résume dans son cœur l'amour de tous les siècles pour la Térité et pour la justice ; oui, Celui qui gouverne toutes les volontés comme tous les entendements et tous les cœurs, qui édicté ou qui confirme toute loi morale, comme toute croyance religieuse ; il est à Home, il y est encore, et nous avons le devoir de l'y contempler en l'admirant. Ce que menace en cet instant solennel la rage aveugle des ennemis de l'Église, ce n'est pas l'Église seulement : c'est l'humanité, c'est le type et la dignité de l'homme...

Il nous est venu cette idée d'esquisser à grands traits l'image de ce suppléant de Jésus-Christ dans le monde; de ce défenseur de toute lumière, de toute autorité, de tout ordre ; de ce pape qu'on peut légitimement comparer aux plus illustres de ses prédécesseurs. Et, pour faire ce portrait, nous avons résolu de ne point avoir recours aux grands documents officiels de cet admirable pontificat, aux Encycliques, aux Brefs que tdute la chrétienté connaît et admire. Tout le monde sait à quels caractères se distinguera, dans l'histoire de l'Église, le règne spirituel de Pie IX. C'est et ce sera par excellence le pontificat de l'Unité, comme l'attestent cet acte fameux qui a reconstitué l'épiscopat catholique en Angleterre, ces efforts pour éteindre le schisme grec, ces conquêtes de la liturgie romaine. C'est et ce sera le pontificat de l'Affirmation, comme l'attestent l'Encyhque et le Syllabus. C'est et ce sera le pontificat de rimmaculée-Conception. Nous h*avons pas le dessein de nous arrêter de nouveau à ces caractères trop connus, et voulons emprunter à des documents plus familiers, plus intimes, les éléments du portrait que nous allons dessiner.

Un prêtre italien a eu l'excellente idée de rassembler en un corps d'ouvrage toutes les paroles de Pie IX qui ne se trouvent pas consignées dans son incomparable Bullaire. Le successeur de Grégoire XVI a été mêlé à de nombreux et terribles événements : il a dû parler souvent, et ne s'est jamais dérobé à ce grand devoir de la parole. Par malheur, le vent emporte ces discours qui font uniquement la joie de quelques oreilles privilégiées et de quelques esprits trop rares. Mais il s'est toujours trouvé près de Pie IX quelques-uns de ces auditeurs charitables qui ne veulent point garder pour eux seuls les délices d'une belle parole, et qui la recueillent pieusement pour la joie et l'enseignement de leurs frères. Les journaux ont publié ces allocutions, ces homélies, ces conversations du Souverain-Pontife dont M. l'abbé Marcone a fait un bouquet charmant, en trouvant seulement (( le fil pour le lier. » Un prêtre français (I) vient de traduire ce précieux recueil ; il a rompu devant nous ce pain substantiel et délicieux. Et nous avons dans la Parole de Pie IX nn livre qui complète le Bullaire. Ajoutons que dans une Encyclique la personnalité d'un Pape n'a, en quelque manière, ni l'occasion, ni le droit de se montrer, tandis que l'àme tout entière de Pie IX s'épanouit librement dans la simphcité de ces exhortations, de ces causeries, de ces paroles intimes. C'est là, c'est là qu'est l'originalité de cette physionomie ; c'est là que le peintre doit l'étudier et la saisir.

(I) La Parole de Pie LY, recueil des paroles, discours, homélies, allocutions, exhortations de N. S. Père le Pape Pie IX, par l'abbé Marcone, traduit par l'abbé Kicard.

La Confiance, la Grandeur, la Mansuétude, tels sont les trois principaux caractères de la figure de Pie IX. Rien n'égale le calme, la sérénité de cette foi qui est d'autant plus victorieuse qu'elle paraît plus complètement vaincue : « La foi, disait un jour cette bouche vi- (( rilement surnaturelle, la foi n'accepte pas de compro- (( mis. Elle n'est point vague ni incertaine, mais claire (( et définie. La foi, de sa nature, est exclusive; mais la (( charité esiexpansive, et elle s'étend à tous (!). » A la vue de tant de ruines. Pie IX les constate, mais ne désespère pas de les relever : a Tout s^obscurcit autour de a nous ; mais Dieu ne permettra pas que tout soit dé- (( truit en même temps, la Vérité, l'Église, la Justice, « le Droit (2). » Les catholiques n'ignorent pas, d'ailleurs, que Pie IX a toujours prédit le triomphe, et le triomphe prochain de l'Église. Il ne nous coûte pas de rappeler cette prophétie au milieu des événements qui semblent lui donner aujourd'hui le plus éclatant démenti. Nous écrivons ces lignes au moment même où nous venons d'apprendre la défaite de Monte-Rotondo et les détestables progrès de la révolution. Mais nous n'en répétons pas avec moins de confiance et de joie ces grandes paroles du souverain de nos âmes : « Le som- (( meil du Christ sera passager, et le jour viendra oîi (( Jésus se levant commandera aux vents et à la mer, et a il se fera un grand calme, tranquillifos magna. J'i-

(1) La Parole de Pie IX, p. 214, 215. A/locution aux pèlerins de Rome, le 25 février 18C5. — (2} Bénédiction du drapeau des zouaves.

« gnore ce qui m'est réservé : mais j'espère que plu- (( sieurs de ceux qui m'entourent seront témoins un « jour du triomphe qui ne fait jamais défaut a la cause « de Dieu (l). » Pensez bien à ces paroles qui restent formidablement suspendues sur vos têtes, illustres vainqueurs de Monte Rotondo. Et n'oubliez pas ces autres accents prophétiques : a Je ne désespère pas de « voir le jour du triomphe de la Justice. Alors je pour- « rai dire : IVunc climittis servum tuum, Domine. Oui, ce « jour-là luira bientôt, et, en attendant, la justice ne (( manquera point de défenseurs (2). » Méditez ce bientôt, et tremblez dans votre victoire...

Vous connaissez les Psaumes de David : on y sent passer le souffle d'un espoir que rien ne peut décourager. Mais certains discours du roi Pie IX ressemblent singulièrement aux chants du roi David. Et pourquoi ne le dirais-je pas? la beauté des uns ne me parait point éclipser celle des autres. Écoutez plutôt :

« Je puis mourir, mais la Papauté ne mourra jamais. Je puis souffrir le martyre, mais un jour viendra où mes successeurs reconquerront tous leurs droits. Saint Pierre fut crucifié, mais le Pape vit toujours. La preuve c'est que je suis ici (3).

« J'ai vu dans le saint Évangile, qu'à peine né dans l'établede Bethléem, l'enfant Jésus, tout faible qu'il était encore, jetait cependant le trouble autour de lui et faisait trembler le roi Hérode sur son trône. Il était écrit que personne ne lui pourrait résister.

(1) Réponse aux félicitations du Sacré-Collégey le 25 décembre 1865. — (2) Réponse aux félicitations du Sacré-Collége, le 25 décembre 1864. — (3) Paroles de Pie IX à un évéque français, en

a Et voilà que moi aussi, pauvre et faible vieillard, dépouillé de tout, seul et sans appui, je fais peur à mes ennemis et suis pour eux un grand obstacle.

a Je suis dans la joie et ma joie trouble la leur, parce que, au milieu de toutes mes douleurs, je sens au dedans de moi une forte confiance qui ne défaillira jamais.

« Je sens que je serai secouru. Quand et comment ? je n'en sais rien, et peu importe. Mais ce secours me viendra, j'en suis certain.

« Je dois donc vous dire, et je désire qu'on sache que je resterai constant jusqu'à la fin (I) ! »

Toutefois, il y a, même au sein des âmes les plus chrétiennes, différentes natures d'espoir et de confiance. Certaines espérances ont quelque chose d'agité ou de saccadé qui les éloigne de la perfection ; certaines autres sont ardentes, fébriles, remuantes. Pie IX ne connaît point cette inquiétude ni cette hâte qui sont bien faites pour enlèvera la foi la moitié de son mérite et de sa beauté. Il a lame et le front calmes. Il semble que parmi tant de périls son cœur n'ait pas un seul instant battu plus vite : « Je souffre pour la Justice, je suis dans « les douleurs pour l'Eglise, ma conscience ne me re- « proche rien. Voilà le secret de ma force, et la raison « de ma tranquillité (-2). » Un tel calme devait aisément communiquer à une telle âme le cachet de la grandeur : il est bien rare, au contraire, qu'on puisse être grand quand on est agité . Tous les élus seront grands dans le ciel, parce qu'ils seront tous dans le repos !

(1) Réponse au Saaé-Col/ége, le 2i décembre 18C0. — (2) Paroles de Pie IX en 18G3.

Quand les adversaires de l'Église lisent les discours de nos Évoques et ceux de notre Pontife souverain, ils doivent être surpris de cette belle fierté, qui éclate dans chacune de ces paroles épiscopales. Quelques-uns se connaissent assez peu en vraie grandeur pour confondre cette fierté avec de l'orgueil. Ils nous regardent tous comme des superbes, comme des dédaigneux. Ils vont jusqu'à nous supposer du mépris pour les autres hommes, comme si nous n'avions pas la plus profonde horreur pour ce sentiment qui est le moins chrétien et le plus détestable de tous ceux que l'enfer peut nous suggérer. Ils oublient que dans un évêque, par exemple, il y a deux éléments distincts : le chrétien qui doit être modeste, et le représentant vivant du droit de l'Église, qui doit être ferme. Qu'on le sache bien : une institution divine, quand elle ouvre la bouche et parle, n'est pas tenue à cette modestie qui est le premier de nos devoirs. Pie IX est modeste, mais le Pape est fier.

Cette fierté est contagieuse et rend fiers tous ceux qui assistent à ses manifestations. Elle est pour tous les catholiques d'un grand exemple. Une certaine fierté, trèsmodeste, est une de nos obligations les plus strictes. Un catholique doit la faire énergiquement vibrer dans toutes ses actions et dans toutes ses paroles. Il doit faire monter à lui toutes les âmes, et ne jamais connaître ce que c'est que de s'abaisser, si ce n'est par charité !

Un jour, en 1864, le Pape eut à bénir cinq évêques qui allaient partir dans toutes les directions du monde

et se disperser sous tous les vents du ciel. Il y avait ià le nouvel archevêque de Saragosse, l'évêque dÉdimbourg, un évêque de Prusse, un archevêque du Mexique; il y avait surtout ce grand évêque d'Hébron, monseigneur Mermillod. qui recueillit dans sa mémoire les grandes paroles du Pontife. Prenant soudain les allures d'un triomphateur, Pie IX se dressa de toute sa hauteur et, avec une majesté qu'aucun roi n'a jamais égalée, donna aux cinq évêques ses instructions suprêmes ;

« Le monde me dispute ce grain de sable sur lequel je suis assis; mais ses efforts seront vains. La Jerre est à moi. Jésus-Chiist me l'a donnée. A lui seul je la rendrai, et jamais le monde ne pourra me l'arracher.

« Vous, Archevêque de Saragosse, allez porter à l'Espagne en révolution des paroles de paix et de vérité. Je vous l'ordonne ; allez, le monde est à moi.

« Vous, allez au Mexique, allez pacifier ce pays et soutenez des droits méconnus. Je vous le commande au nom de Jésus-Christ.

« Évêque d'Edimbourg, allez ache\er de conquéiir l'Angleterre à Jésus-Christ.

« Vous, allez étonner la Prusse par l'exemple de toutes les vertus.

« Pour vous, mon frère et mon fds, — puisque je vous ai consacré, — allez me gagner cette Genève qui ne craint pas de s'appeler la Rome protestante. Bénissez ces peuples qui peuvent être ingrats, mais qui sont mes enfants. Soutenez, consolez la grande famille catholique, et convertissez ceux que l'hérésie retient encore loin du bercail du Seigneur (1) ! »

(1) La Parole de Pie IX, p. 207.

Certes, Alexandre partageant son empire n'eut pas un accent aussi vainqueur, une grandeur aussi profonde. Et cette élévation, notez-le bien, est habituelle à Pie IX. Le I" janvier 1863, à Theure oii déjà le noir dominait tout notre horizon et assombrissait toutes les âmes, Pie IX ne donna pas avec une fierté moins sublime sa bénédiction à l'armée française : « Que « ceux qui me combattent, leur dit-il avec sa grande (( voix, songent à l'histoire du patriarche Jacob, qui, « après avoir lutté pendant toute une nuit contre un « adversaire inconnu, vit, au lever du soleil, que cet (( adversaire était un ange, et se prosterna à ses genoux. (( Les révolutionnaires non plus ne voient pas qu'ils (( combattent contre l'ange : puissent-ils ouvrir les « yeux à la Yérité (1) ! » Dans les circonstances en apparence les plus vulgaires, le Pape ne se dépouille point de cette majesté plus que royale. On se rappelle peut-être un des traits les plus touchants de sa vie... Il rencontra deux jeunes protestantes qui avaient soif de revenir à la véritable Église et que leur mère empêchait de se tourner vers cette source de la vie. Tout frémissant d'inspiration, Pie IX se dirigea vers cette mère : « Madame, au nom du Christ dont je suis le (( vicaire, je vous demande ces deux enfants qui sont (( à lui avant d'être à vous (2). » C'est ainsi que savent parler les pères !

Les fiertés mondaines, les fiertés blâmables ne se soutiennent, en général, que dans la prospérité. Tout au contraire, la fierté catholique est agrandie par le malheur. Plus Pie IX s'est senti persécuté, plus il s'est

(1) La Parole de Pie IX, ^. 165, 166. — (2) P. 241,

redressé devant les hommes en s'humiliant devant Dieu. « Jamais, disait-il en 1864, jamais je ne consen- (( tirai à aucune transaction honteuse (1). » On comprend aisément que cette fermeté se soit changée en un véritable courage dès que les événements ont pris une physionomie plus redoutable. La parole du Pape n'a jamais tremblé, n'a jamais expiré sur ses lèvres; il a toujours dit tout ce qu'il devait dire, quelque prochain, quelque grand que fut le danger : « Il m'est impossible (( de dissimuler ma douleur, et je ne veux pas avoir « àm'adresser ce reproche : « Vœ mihi quia tacui (2) ! » Un autre jour, il lançait l'anathème sur les Caïphe et les Judas de la presse contemporaine : « De nos jours, (( ajoutait-il, les bourreaux qui fendent les crânes à {( coups de hache ou qui jettent les saints dans les (( fleuves sont rares. Mais il y a encore ceux qui les (( remplacent. C'est à ceux-là que je dirai : « Yous <( crucifiez vos prophètes. » Oh ! qu'ils sont nombreux (( les crucifiés d'une presse perverse et impie ! Je me otourne donc vers les quatre points cardinaux et je (( crie au monde entier : a Considérez ceux qui sont « les protecteurs de cette presse et de ces écrivains ; (( c'est en eux que vous reconnaîtrez les successeurs (( des bourreaux (3). » Il y a deux ans que l'auguste vieillard parlait ainsi, et il tiendrait aujourd'hui le même langage.

Mais jamais le courage du Souverain -Pontife ne r/afiirma plus magnifiquement que dans cette fameuse Allocution du 2i août 18G4, oii il osa, seul de toute

(1) Réponse à V Adresse des catholiquesy p. 169. — (2) P. 201.- — (3) P. 221.

PIE IX. 44o

l'Europe, venger la Pologne vaincue et condamner la Russie toute sanglante encore et presque omnipotente :

« il y a un puissant souverain en Europe, qui n'est pas catholique, que je ne nomme point, parce qu'on peut facilement comprendre de qui je parle, et qui, prenant prétexte d'une révolte inconsidérée de la part de quelques-uns de ses sujets, cherche à arracher par des moyens iniques la Foi jusqu'en ses fondements. On vient de m'apprendre qu'il a osé enlever la juridiction à un évéque catholique dans les limites de son propre diocèse. Il s'est imaginé que l'autorité spirituelle peut être enlevée par un pouvoir civil, quel qu'il soit, et même par un pouvoir hétérodoxe; il a oublié que l'Église exerce sa juridiciion aussi bien dans l'obscurité des catacombes qu'en plein jour !

« Prions, mes frères, afin que Dieu éclaire ce souverain ; prions aussi pour que ces pauvres catholiques inhumainement traînés en exil jusqu'aux extrêmes confins du Nord, où ils vivent loin de tout secours et de toute assistance, soient du moins assistés par leurs anges gardiens.

« Je lève mes yeux et mes mains au ciel, et je vous bénis {{) ! »

Ah ! je sais bien que cet incomparable langage a blessé certaines intelligences banales, certains esprits bourgeois. On en a été tout troublé, tout effaré. « Mais vous vous perdez, a-t-on dit au Pape. Vous vous aliénez le Czar. Tous n'aurez plus l'alliance de la Russie, et elle laissera tomber votre puissance temporelle, qu'elle aurait pu sauver. » Je le connais, ce langage étroit, et je connais aussi les petits entendements qui sont capables de le tenir. Ils ne connaissent point l'Église. Plutôt

(1) La Parole de Pie JX, p. 201, 202.

perdre mille fois tous les biens et tout patrimoine ecclésiastiques, que de les devoir à des mains que le sang catholique a rougies ! « Ce n'est pas, a dit le (( Pape, ce n'est pas la perte de notre pouvoir temporel (( qui cause à notre cœur la plus grande de ses afflic- (( tions. Non; ce qui nous afflige, ce qui nous épouvante (( le plus, c'est la perversion des idées (i). » Et y a-t-il une idée, une œuvre plus coupable que la destruction de la Pologne? Arrière donc, arrière ces accommodements et ces alliances ! Soyons plus fiers, et repoussons létreinte de certaines mains.

Les petites gens qui conseillaient au Pape de ne pas s'aliéner le grand cœur de la Russie sont les mêmes qui voudraient encore aujourd'hui que le Souverain-Pontife se défendît avec plus de diplomatie, avec moins de piété. Erreur étrange! Le souverain qui doit le plus volontiers se passer de diplomatie et de diplomates, c'est le Pape. La Diplomatie, c'est la ligne courbe ; la Sainteté, c'est la ligne droite, a Si les cabinets ont (( leur politique, disait un jour Pie IX, moi aussi, j'ai (( la mienne. » Et comme on lui demandait de vouloir bien la préciser : « Volontiers, dit-il. » Alors il leva vers le ciel son grand et beau regard, et s'écria : (( Notre Père qui êtes aux cieux, que votre nom soit (( sanctifié, que votre règne arrive, que votre volonté (( se fasse sur la terre comme au ciel. » Et il ajouta : (( Tous connaissez maintenant ma politique ; soyez sûr ((qu'elle triomphera (^). » Il n'a jamais été prononcé sur terre de plus grande parole, et elle suffirait à nous

(l) Discours au Colléye américain^ en 18G0, p. 91, 92. — (2) P. 205, 206.

consoler de toutes les épreuves de l'heure présente. La papauté temporelle ne périra point, puisqu'elle parle ainsi. Elle ne mourra point, puisqu'elle condamne ainsi toutes les subtilités, toutes les roueries d'une politique à expédients, d'une politique dont le nom est devenu synonyme de mensonge. « Ne dire que ce qui est pleinement vrai, sans atténuation hypocrite, sans restriction mentale, sans habileté d'aucune sorte, » voilà le secret d'une bonne diplomatie et d'une saine politique. Contre la ligne droite, rien ne vaut !

Une douceur charmante s'allie, chez Pie IX, à cette fermeté auguste et princière. Il a une majesté aimable.

La rigueur lui déplaît, et il voudrait n'exercer que la miséricorde. « A mon grand regret et à ma profonde (( douleur, je suis parfois contraint de tolérer que dans (( mon état on frappe un criminel (1). » Ainsi parlait-il à cet Odo Russell qui a trop fait parler de lui. On sait qu'il a le don des larmes. Lorsqu'il condamne, il pleure ; lorsqu'il excommunie, il sanglote. Dans le recueil de ses discours, on trouve à tout instant la constatation de cette sincère et admirable émotion (2). A ce charme des pleurs se mêle intimement le charme du sourire, avec la grâce d'un esprit délicat et fin. On a cité de lui cent mots, cent traits qui ont la vivacité italienne et le goût français. « Yous êtes comme les « cloches qui appellent les fidèles à l'église, disait-il

(I) La Parole de Pie IX, p. 239. — (21 Voir notamment p. 278.

4i8 PIE IX.

«aux Puséistes; vous sonnez, mais vous restez de- « hors (1). » Cet esprit se concilie on ne peut plus aisément avec l'invincible fermeté que nous avions la joie de louer tout à l'heure : « Je ne veux pas qu'il soit (( dit que dans l'Église de Dieu il y a six sacrements et (( un piège,)) répondit-il à un illustre écrivain qui, dans la biographie d'un de ses amis, avait écrit ces mots malencontreux : a // est un piège qu'il ne sut pas éviter; il se maria. » Ici, l'indignation est spirituelle, et nous n'y perdons rien. Ailleurs, les plus douces, les plus suaves couleurs se présentent d'elles-mêmes sur la palette de ce peintre. Pie IX, n'en déplaise aux ennemis de la poésie, Pie IX est un poëte : « Les adver- « sites, dit-il quelque part, sont les épines de cette « fleur éternelle qui s'ouvre pour nous dans le jardin « du ciel. » Ne croirait-on pas entendre la parole imagée du curé d'Ars ? a Oui, dit-il encore, notre « triomphe est certain, mais il nous faudra passer (( encore par beaucoup de tribulations. Il nous arrivera « ce qui arrive au serpent qui veut passer au milieu M des cailloux. Il passe, et même il y laisse sa peau ; (( mais il en sort rajeuni {-2}. » Presque toujours l'expression, le verbe de Pie IX est accentué et vivant. Il sait se faire comprendre des plus simples esprits : ce qui, pour le dire en passant, est le propre de tous les saints, a Rentrez dans vos cellules, dit-il à je ne « sais plus quelles petites filles, et pensez qu'en ce « moment deux armées sont en face l'une de l'autre ; « Tune d'elles est commandée par les Démons, l'autre « par les Anges du paradis. Priez (3). » Et ailleurs

(1) La Parole de Pie /X,p. 129. — (2) P. 182. —(3) P. 126.

encore : « Je suis comme la baguette de Moïse ; d'elle- (( môme, elle ne pouvait rien et n'était qu'un pauvre (( morceau de bois. Quand ce morceau de bois était à (( terre, il était inerte ; mais quand il était aux mains (( de Moïse, par la vertu de Dieu, il pouvait même « opérer des prodiges. De moi-même aussi je ne i)uis « rien, mais comme vicaire de Jésus-Glirist je puis « tout, même faire des miracles (1). » Dans ces dernières lignes, il semble qu'on trouve tout Pie IX. On y rencontre une majesté incomparable revêtue d'une poésie lumineuse et simple. Mais il faut renoncer h peindre ce mélange de qualités si diverses et si bien fondues dans l'unité de cette belle âme. L'infaillibilité y trône comme une reine, avec la sainteté pour compagne ; la dignité et la grâce, la fierté et l'esprit, la philosophie et la poésie, la grandeur et l'humilité s'y pénètrent et s'y confondent délicieusement. Vous venez d'entendre la foudre de cette grande voix ; tout à coup vous voyez luire un charmant rayon de soleil sur un sol couvert de fleurs...

Tel est celui dont le monde ne veut plus.

Cependant, il faut que le monde sache bien à quoi il s'attaque quand il menace ainsi le Vatican, et ce qu'il renversera en renversant ce trône. Vingt fois, cent fois déjà. Pie IX lui a donné là-dessus les plus nobles, les plus précieux enseignements, que nous retrouvons dans le recueil de ses discours...

(1) Réponse aux catholiques belges, p. 267.

Ce pouvoir temporel dont le fantôme vous importuneatoujours étéetest encore, vous ne l'ignorez point, la garantie de l'indépendance et de la souveraineté spirituelles : « Je ne me soucie pas de la royauté pour (( la royauté, a dit Pie IX, et j'abhorre tout le faste de (( la domination. Mais dans l'ordre actuel de la Provi- (( dence, la liberté de l'Eglise est indissolublement liée à « la monarchie du pontificat. Mon ambition est d'être (( un digne successeur des apôtres, de maintenir parmi (( les peuples l'esprit de foi et d'amour, de leur ensei- « gner l'obéissance et le respect, et de rappeler aux « princes la Justice et le Droit. Voilà pourquoi le Pape il. a besoin de son royaume (1). » Quand, à force de ruses et de violences, vous aurez déraciné ce grand arbre du pouvoir temporel, à l'ombre duquel s'abritent toutes les grandes choses d ici-bas, la justice, la paix et l'amour ; quand vous aurez chassé le pape de ce A^atican où vous n'oserez pas installer votre usurpation, qu'arrivera-t-il? Il arrivera, suivant les probabilités humaines, que le Souverain-Pontife sera forcé de demander asile à quelque prince qui lui fera payer sa protection et qui contrôlera les bulles de ce pontife qui ne sera plus roi. Beaucoup de prisons riches et dorées s'ouvriront au successeur de Pierre. Pour parler haut devant les rois et aux rois, il faut que le pape soit un roi lui-même et ne tombe jamais dans la situation où est, à Saint-Pétersbourg, le Sacré-Synode. Voilà pourquoi Pie IX élève si fièrement la voix, et s'écrie : « Quant à mon royaume, personne n'a le droit <f d'y toucher. Ce cri delà Justice et de la Vérité, je le

(1) Réponse à l'Adresse des catholiques en 1864, p. 189.

«ferai entendre jusqu'au bout(l). » L'entendra-t-on?

Ce trône que vous prétendez abattre, il ne peut tomber sans faire trembler tous les autres, dont il est le type et l'exemplaire : a Les rois, disait Pie IX dans « ses adieux à Maximilien, les rois reçoivent leurs « couronnes de Dieu, et sont étroitement liés envers (( lui par les premiers et les plus saints devoirs. Or, « ces devoirs se réduisent à accomplir la volonté divine (( en gouvernant avec justice et sagesse, en protégeant (( la religion qui seule soutient les trônes et fait le bon- (( heur des peuples. Un jour, vous devrez, comme moi, « déposer votre couronne devant Dieu. Je souhaite que « vous la portiez de manière à mériter que le Seigneur (( la place de nouveau sur votre tète glorifiée pour « l'éternité (2) ! » Quand il n'y aura plus ici-bas un seul roi à parler de la sorte ; quand il n'y aura plus sous nos yeux un seul roi à avoir cette idée de la royauté, à affirmer et surtout à pratiquer ces vertus royales, il n'y aura plus de rois sur la terre. Il n'y aura plus que des Césars... ou des Czars.

Vous le savez d'ailleurs, et quelques-uns d'entre vous ont la bonne foi d'en convenir, en traversant de votre fer le pouvoir temporel, c'est Vautre pouvoir que vous voulez atteindre. Tous voulez percer le roi pour tuer le Pape (3). C'est bien ; faites votre besogne. Mais en diminuant, mais en annihilant ici-bas la puissance de l'Église, sachez bien que vous allez diminuer et annihiler toute vérité parmi les hommes. Votre victoire, c'est celle du doute sur la foi, c'est celle de

(1) La Parole de Pie IX, p. 190. — (2) P. 197. — (3) « Ce qu'ils veulent, c'est détruire l'autorité du Pape, et après avoir anéanti son pouvoir temporel, attaquer même son autorité spirituelle. »

l'athéisme sur le déisme, c'est celle de la chair sur l'esprit. Ne me demandez pas la démonstration mathémaiique de ce que je viens d'affirmer : les révolutions se sont déjà chargées de nous démontrer ces effrayants théorèmes, et nous les démontreront encore, si Dieu n'a pas pitié de nous.

Espérons plutôt, avec Pie IX, que nous serons préservés « par cette digue que forment les légions des (( martyrs, des vierges et de tous les saints (1). » Espérons que ces invisibles légions viendront au secours de cette brave petite armée pontificale dont le Pape a pu dire : « De toutes les armées, la mienne est la seule « qui porte l'épée uniquement pour la cause de la « Vérité et de la Justice (2). » Espérons aussi dans la grande épée de la France et dans ceux que Pie IX a salués un jour en leur disant : « L'armée française est « belle et glorieuse (3). » Mais en tout cas, sachons ne point désespérer. Dieu saura bien trouver quelque moyen de garantir ici-bas l'indépendance de son Église. Il faut lui laisser quelque chose à faire, et se contenter de souhaiter aujourd'hui que le sang chrétien ne coule plus, en répétant cette belle prière que Pie IX lui-même a voulu composer en prévision de l'heure présente (4) : « Dieu de paix, vous permettez la guerre a afin que nous soupirions davantage vers cette paix (( véritable et éternelle qui se trouve dans le ciel. Dieu « de paix, donnez la paix à toute la terre, mais prin- (( cipalement à l'Italie ! »

(1) La Parole de Pie IX, p. 217. — (2) P. 210. - (3) P. 154. Discours du 31 ja?ivier ISG^. — (4) P. 280.

Il nous est doux de terminer ces Portraits littéraires sur cette idée de paix, d'amour et de concorde catho lique. (( Paix et charité », tel est tout le résumé de ce livre.

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