‹ Portraits & paysagesChapitre 100 sur 114 · CHARLES PERRAULT, FRANÇAIS ET GAULOIS · texte numérisé non relu

CHARLES PERRAULT, FRANÇAIS ET GAULOIS

est un sac à malices. Peau d'Ane pétrit le gâteau où, de son doigt fin, glissera sa bague. Le Petit Poucet sort de sa poche les cailloux blancs grâce auxcjuels il retrouvera son chemin... Quel monde varié, vivant, amusant, fantastique, et cependant tout proche et familier.

N'est-il pas un des nôtres, l'espiègle garçon du bûcheron et de la bûcheronne, qui sait si bien s'orienter dans la vie et se tire si habilement d'affaire, lui et les siens? Enfant de Paris, bien que né au fond des bois, — nous l'inscrivons sur les registres baptismaux de Saint- Merri ou de Saint-Eustache, — enfant de Paris, disons-nous, gamin de Paris, alerte et débrouillard, nous ne garantissons pas irréprochables tous ses moyens de parvenir. Des rigoristes, même de simples honnêtes gens, le trouveront, le cas échéant, trop léger de scrupules, et la vulgaire morale condamne telle de ses industries. Ne nous y trompons pas. Ce petit homme était un arriviste à qui la délicatesse des procédés importait peu. Supposez-le notre contemporain, faites-le vivre sous la troisième République; il chaussera encore des bottes de sept lieues pour arriver^ et nul poids de conscience ne ralentira sa course.

Il cousine ([uelque peu avec le Chat botté, rusé compère au pied leste, et pas plus que lui embarrassé dans les rencontres difficiles. Et, s'il faut trouver une parenté commune à ces

vifs piétons, toujours allègres et la besace jamais vide d'expédients, ne sont-ils pas consanguins de Gil Blas ? Leur ascendant à tous trois se nomme Panurge. Voilà qui nous met en garde et nous avertit que la compagnie de ces joyeux drilles n'est pas pour nos bambins une école de toute sûreté. Le cadeau laissé par Perrault à l'enfance voudrait être expurgé. Perrault, ne l'oublions pas, Sainte-Beuve nous prie de nous en souvenir, est le contemporain gaulois de La Fontaine.

C'est aux sources gauloises qu'il a puisé. N'en déplaise aux savants en us qui ont nié la qualité française des contes les plus populaires. Qu'on nous donne Peau d'Ane pour une importation de l'Arabie et qu'on essaie de nous faire prendre la galette et le pot à beurre du Petit Chaperon rouge pour des présents à nous offerts (( un beau matin, par quelque autre Sindbad, sur les épaules d'un Afrite, du pays des Mille et une Nuits ^ », c'est fantaisie pédante d'orientaliste. Charles Nodier raille avec esprit ces exégètes et leur assigne rendez-vous « sous le chaume du paysan, ou près de la baraque nomade du bûcheron, ou à la veillée parlière des teilleuses ». Il les invite à s'y asseoir avec lui, pour écouter les vieilles histoires qui s'y répètent. Ils jugeront de quelles inventions

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