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confronter, en deux colonnes parallèles, des .phrases de Pierre Charron et de son modèle. Il a traduit avec pittoresque son impression : « D'un jardin anglais ou du verger d'Alcinoùs », Charron a fait « une pièce de terre labourable ». Changeons de métaphore : il a raidi, amidonné Ja flottante et souple étoffe.
Mais la substance de Montaigne se reconnaît, bien qu'épaissie et appesantie. Quand Charron ■donne pour « un grand préparatoire » à la foi chrétienne sa manière de pyrrhonisme, « inno- <cente et blanche surséance et libre ouverture à tout », ne retrouvons-nous pas la méthode apologétique de Raimond de Sebond? Ce n'est pas ici le lieu d'insister sur la fdiation qui se vérifie -aisément des Essais à la Sagesse. Au philosophe qui s'était donné pour tache de prouver la faiblesse de notre intelligence et s'était, avec tant de complaisance, arrêté au spectacle de la contrariété des opinions, le théologien a emprunté la démonstration abondante de l'infirmité humaine. Sans doute, il ne s'est attardé à ce développement que pour en conclure la nécessité de la foi. Mais n''était-ce pas aussi le dessein — •ou le prétexte — de Montaigne? Et, si le dis- <;iple n'a pas tiré avec toute la force qu'on souhaiterait, — qu'il souhaitait, apparemment, le premier, en prêtre sincère qu'il était, — la conséquence annoncée, en cela encore, et surtout peut-être, il s'est avéré disciple. Seulement, ce
que le maître avait dit avec sa nonchalance aimable et son à vau-l'eau, il Fa ordonné, classé, codifié. Quand, au printemps de 1600, il porta le manuscrit de la Sagesse à l'imprimeur Millanges, celui même de Montaigne, à Bordeaux: « Millanges, écrivait-il, désire imprimer mes petites fantaisies 1... » Mot singulièrement impropre. La fantaisie est ce qui lui manquait le plus. Esprit solide et appliqué, il n'avait pas la liberté de la verve, l'imprévu, cette façon abandonnée et dénouée, cette « allure... à sauts et à gambades » qui charme si fort chez Montaigne. Comment, ayant « vécu fort familièrement » avec lui, ne garde-t-il rien de cette aisance exquise? Il n'est pas jusqu'au « mol oreiller » qui ne devienne, chez Pierre Charron, un traversin rigide.
Du moins, avec une philosophie théorique, trop systématisée par lui, mais non essentiellement altérée, avait-il retenu des Essais une conception pratique de la vie qui fit de ce chanoine et théologal une sorte d'épicurien, en dépit de son christianisme foncier. Négligeons, sur sa tenue extérieure, ses mœurs et sou costume, les dires du Père Garasse. Ce polémiste emporté exagère, on veut le croire. Mais il semble bien que, selon le précepte et l'exemple de Montaigne, Pierre Charron fuyait « les plus