‹ Portraits & paysagesChapitre 20 sur 114 · Essais, liv. III, chap. v · texte numérisé non relu

Essais, liv. III, chap. v

sent » la philosophie des Essais *. Il ne la pratiquait pas seulement dans son particulier. Sa politique en était tout inspirée. L'ancien ligueur, calmé, s'était fait l'apôtre de l'apaisement et de l'union 2. Et, si sa destinée l'eût appelé à remplir des charges publiques, il est permis de croire qu'il s'en fût acquitté à la satisfaction de l'ex-maire de Bordeaux. Car lui aussi recommandait aux fonctionnaires de distinguer en eux-mêmes «: deux rôles et deux personnages » et « de discerner la peau de la chemise ». '

Un critique souhaitait une édition de Charron où, à chaque mot pittoresque, à «chaque passage un peu vif », une note renvoyât à Montaigne. Hors des transcriptions et copies littérales qui abondent par son livre, l'éJève garde, en sa correspondance, un fond d'accent qui rappelle celui du maître. Par exemple, quand, pour son ouvrage revu et corrigé, mais toujours suspect à de rigoureux théologiens, il désirait « l'approbation de deux sorbonnistes », fût-ce au prix de cinquante écus, il déclarait : « Ce n'est pas pour moi, qui n'estime guère tout cela, mais pour autrui. » Et, une fois refusé ce passe-port, voici en quels termes il regrettait le trop d'éclat de quelques démarches : « Ce bruit advenu les

1. Montaigne avait dit: « Ma philosophie est en action, en usage naturel présent. » {Ibid.)

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