On nomme ainsi les paysans d'une certaine région de Riom
2. « Étrange destinée que celle du peuple arverne ! remarque Louis Courajod. Les derniers défenseurs de Tindépendance gauloise et les plus obstinés représentants du sentiment celtique furent aussi les plus fidèles et "les derniers adeptes du sentiment latin des vainqueurs de la Gaule.. L'Auvergne est, de toutes les province de la France, celle qui peut fournir le plus d'arguments à la vieille théorie romaniste des origines de l'art moderne... En Auvergne, c'est à l'aide de procédés et de moyens presque exclusivement gallo-romains qu'on a poursuivi la solution du problème posé par le onzième siècle au monde moderne... »
îit-il à se souvenir qu'il combattit le dernier pour l'indépendance celtique et qu'un jour il repoussa l'assaut de César. La féodalité pesa sur lui durement. Quand Louis XIV entreprit de châtier le brigandage seigneurial, il commença par l'Auvergne, signalée pour le nombre et la qualité des excès impunis, les hauts criminels intimidant les gens de justice. Aux Grands-Jours tenus à Glermont, douze mille plaintes furent déposées. Une partie de la noblesse dut fuir. Des siècles avant les dénonciations qui émurent Golbert, le pays avait subi d'autres méfaits. Au temps delà grande guerre contre les Anglais, des routiers fameux le ravagèrent. Lisez Froissart. Mérigot-Marchès, après de nombreuses « emprises », s'était établi à la Roche-de-Vendeix, nid de vautour, d'où il s'abattait sur les riches proies de la plaine. Il fait « si bon et si bel voiler en Auvergne... », disaient les « avantureurs » ses compagnons. Au seizième siècle, les guerres de religion sévirent. Peu de provinces en souffrirent plus. La trace demeure, çà et là, des luttes meurtrières. Un château qui se dresse à six kilomètres de Riom a gardé toutes béantes ses blessures de 1590 et 1594. Tournoélle, où Ton grimpe par des sentiers qui se tordent sous des châtaigniers, parmi des éboulis de pierres, fut mon livre à épeler Thistoire. Ou plutôt les fternes et plats manuels où je dus l'apprendre
s'illustrèrent de cette silhouette ébréchée de donjon. Mes idées enfantines sur le moyen âge militaire et social trouvèrent forme et couleur dans ces courtines éventrées, ces chemins de ronde suspendus à des pans de murs, ces salles de gardes effondrées, ces oubliettes apocryphes...
Le climat fut encore à cette race un éducateur sévère. Michelet songeait aux régions des montagnes, quand il disait de l'Auvergne qu'on y gèle sur les laves. La Limagne même n'est pas à l'abri des caprices rigoureux d'une température à sautes brusques. Les habitants du Bourbonnais limitrophe sentent à Riom, surtout à Glermont, comme un changement de latitude. Effet de ce vent « éternel et contradictoire » dont parle encore Michelet, et dont les courants se croisent, se heurtent, « s'irritent » dans des vallées « opposées et alternées ». Et, malgré tout, le Midi proche s'annonce à la qualité de la lumière. Chateaubriand la trouvait « plus fine et moins pesante » que dans la vallée de la Seine. La verdure, observait-il, « s'aperçoit de plus loin et paraît moins noire ». Ce sourire du soleil fait une parure de grâce à cette contrée d'aspect austère même en ses plantureuses plaines, que domine toujours le profil des Dômes.
Si sévère soit-il, j'aime le dessin de ces monts où saillit la masse souveraine du grand Puy. Je
tracerais de mémoire leurs bosselures, leurs arêtes, les entailluresde leurs gorges. Combien de fois les ai-je gravis pour descendre dans les grandes coupes des cratères, les scories calcinées craquant sous ma semelle !... Et combien souvent, de Riom, ai-je contemplé leurs lignes prochaines !... Riom le triste, Riom le beau, ainsi l'appelle-t-on. Beau, en effet, du désert de ses larges rues, du mystère de ses hôtels clos, beau de ses pierres sombres, beau de son deuil... ««w^ Et le sérieux des [choses fait, en ce coin de France, le sérieux des hommes. On y pense gravement, on y veut solidement. Songez qu'après Michel de l'Hôpital, Biaise Pascal y naquit, et que les Arnauld en sortirent. Originaires de Provence, dit-on ; du moins avaient-ils emprunté de la Limagne, où on les trouve dès le commencement du seizième siècle, peut-être avant, la sève et le goût du terroir. L'Auvergne, dit Sainte-Beuve, les avait trempés. En est-ce assez pour signifier le moral de ce pays et prouver sa « vertu supérieure^ » ?
1. Le mot est de Chateaubriand. — Sur les Arnnuld et leurs racines auvergnates, voir la Coiilume d'Auvergne, de Chabrol (1. IV, pp. 481 et suiv.), qui les revendique pour Riom même. Voir aussi le livre très érudit de M. Edouard EvERAT, Le Bureau des finances de Riom, pp. i^8 et 312.