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UNE STATUE EN VOYAGE

a lignée des Aix. En 1637, un Aunet des Aix, sieur de Queireau, qui portait l'épée après nombre des siens, servait aux chevau-légers. Le jour vint cependant où le caractère de la famille parut changer, les goûts belliqueux se muant en esprit processif. Des actes de notaire nous font connaître, vers 1730, un Sylvain des Aix, gentilhomme campagnard, en conflit fréquent avec ses voisins devant le bailliage de Tournoëlle et la sénéchaussée d'Auvergne. Pendant les armistices de procédure, il chassait, péchait ses étangs, élevait de petits chevaux de montagne. Lorsque, le 17 août 1768, au château d'Ayat, naquit Louis-Charles-Antoine des Aix, nul de ce nom n'avait, que nous sachions, rendossé le harnais militaire. Ce fut par un retour d'atavisme que la vue de trophées d'armes l'enthousiasma si fort, un jour, dans son adolescence, et qu'il marcha droit au canon, 4:juand la France fut menacée.

19 avril 1906.

Dans ce groupe qui s'enchaîne et ondule autour du piédestal, troupe filiale, qui remercie l'artiste créateur, ou l'interroge, ou le supplie, on voudrait reconnaître chaque visage. Voilà bien Marguerite Gautier. A défaut de ces camélias tombés de sa main lasse, un air de sérénité douce dans le suprême renoncement désignerait celle dont le dernier mot fut : « Mon bonheur cache ma mort. » Mais de quel nom appeler sa voisine ? Diane de Lys ?... Lydie de Morancé ?... Catherine de Septmons ?... Le regard hésite parmi ces damnées d'amour. On y cherche une autre damnée, qui ne fut point une amoureuse, et qui n'oserait, celle-là, implorer le maître, ni même le regarder, celle qu'il a nommée « la Bête » et dont il a dit : « Tue-la ! » La Bête lui apparut au lendemain de la

guerre, clans une vision. Il l'a décrite en une préface mémorable : un monstre à sept tètes et à dix cornes, vêtu de pourpre etd'écarlate, paré d'or et de pierreries, tenant en des « mains blanches comme du lait un vase plein des abominations et des impuretés de Babylone, de Sodome et de Lesbos ». Il reconnut dans cette personnification de la luxure, dévoreuse d'énergies, la cause première de notre déchéance, et il se fit un devoir de nous avertir par un cri jeté très haut. Ainsi, à la même heure où le spectacle de nos ruines inspirait à Taine son livre des Origines, Dumas conçut La Femme de Claude^ et, si différentes que soient les œuvres, une communauté d'intentions les rapproche.

On se moqua du ton de nabi ou de rahbi où, pour prêcher avec autorité, se haussait l'homme de théâtre. Son artifice symboliqueparut bizarre. Surtout son dénouement fut discuté avec passion, et, en même temps que le héros, meurtrier d'une femme, incarnation du vice et de la perfidie, on dénonça Tauteur qui lui avait mis le fusil à la main. Dumas se vit presque invité à s'asseoir en Cour d'assises, à côté de Claude Ruper. Ces rigueurs ne l'émurent point . Il s'y attendait. Voici une lettre qu'il écrivait à la veille de la « première » :

« Votre gentleman sera à la première do Claude. Que ne ^uis-jo remplir ma salle de

spectateurs comme lui... Qu'il prévienne ses mains, il y aura de la besogne, et les poings seront peut-être forcés de s'en mêler. Grosse affaire. Je tente l'extermination de la fausse femme, de celle qui déshonore la vraie depuis des siècles. J'avoue que je commence à avoir assez de la glorification de Lélia et je la tue d'un coup de fusil, comme un loup. Voilà. Donc j'ai besoin, non pas d'amis, mais de complices, ce jour-là. Si votre jeune homme est décidé à passer en Cour d'assises avec moi, qu'il vienne, il sera le bienvenu. Je l'inscris sur ma liste. La veille de la représentation, qu'il envoie prendre son coupon ici.

(( Je réponds une longue lettre à Laverdant qui vient de m'en écrire une — quand je dis lettre, c'est épitre que je devrais dire — et qui veut absolument que le théâtre soit la chaire de saint Jean. Quelle drôle d'idée ! où mettronsnous Molière et Shakespeare, alors? à Pathmos ?

a Toqué ! toqué !

(( A vous et aux vôtres.

« A. Dumas. »

Nous ne connaissons pas le « gentleman » à qui Dumas réservait ainsi une place. La lettre est adressée à Mme Marie Mennessier-Nodier. Une vieille amitié liait à la fille du conteur de

Irilhy Dumas, venu tout enfant à l'Arsenal. Dans le livre si vivant où elle a ressuscité son père et les amis de son père, elle a esquissé le portrait d'un « petit Dumas », blond, éveillé, turbulent, qui accompagnait volontiers, au tambour, avec son fils Emmanuel, les contredanses qu'elle jouait au piano.

12 juin 1906.

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