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UNE STATUE EN VOYAGE

La statue de Desaix part demain en automobile pour aller, de sa prestance, orner une place de Riom; ville grave et noble, d'une beauté en demi-deuil sous le gris de sa pierre de lave, dont André Hallays a bien dit le silence et la mélancolie. Pour fêter ce fils qui lui revient en effigie, la cité auvergnate sortira-t-elle, une heure, de son recueillement? Verra-t-on s'éveiller quelques-uns de ses vieux hôtels clos ? Des pas retentiront-ils dans ses larges rues ?

Il en est une qui s'appelle rue Desaix. Seul nom d'homme de guerre publiquement honoré dans cette petite ca[)itale parlementaire. Desaix n'était cependant . pas tout à fait de Riom. L'humble église montagnarde de Saint-Hilaired'Ayat conserve son acte de baptême. Ayat, c'était le pays de sa mère. Son père habitait le jchûteau de Veygoux. Un ancien magistrat, de

la

vieille souche riomoise, M. Bernet-Rollande, indique aux baigneurs de Châtel-Guyonle chemin de ce manoir, où le héros vécut son enfance ^ Il faut longer et, plusieurs fois, enjamber un ruisseau, le fluet Sardon, au fond d'une vallée. Puis on gravit de rudes et jolies pentes, et, après maints détours, par des sentiers couverts, sous des chênes, des sureaux et des vergues, on découvre la gentilhommière où, des siècles durant, habitèrent les des Lezaix, ou de Les Aix... Telle était l'orthographe de leur nom au quinzième siècle. Plus tard, il s'écrivit des Ayes, des Aiz, des iVix... pour se fixer en un seul mot, avec un air de roture, dans l'histoire.

Les des Aix vivaient sans faste, à la campagnarde. Dans une cour de ferme, s'ouvre un bâtiment qui ne se distingue guère d'une maison paysanne que par ses hauts pignons. Un perron mène à la cuisine, vaste pièce dallée, qui, apparemment, servit aussi de salle à manger et de salon. Ne nous étonnons pas d'une telle simplicité. Le Journal de Gomberville atteste que, dans son manoir du Mesnil-au-Val, il mangeait, lui aussi, à la cuisine, et y veillait, y faisait « ses escriptures ». Et Olivier de terres blâmait ceux qui, « voulant trancher du ^rand », quittaient cette mode.

Les gens de guerre ne manquent point dans

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