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faite, je vais essayer de prouver dans quelle série d'erreurs étranges, sur un des points les plus considérables de son travail, Ta conduit cette méconnaissance, assurément involontaire, des conditions et des exigences de la vérité historique.
J'écarte tout ce qui n'est qu'accessoire à ce point principal dans le livre de M. Capefigue, bien que l'accessoire y tienne, par l'espace matériel, plus de place que le fond. Je passe tous les jugements contestables qui remplissent ces pages d'une prolixité laborieuse. Je jette un voile sur tous ces portraits d'un dessin si fantasque, d'un coloris si faux. Ainsi, que M. de Montalivet « ne fût dévoué au roi Louis-Philippe qu'avec certaines tendances d'une fausse politique, certaines antipathies pour les traditions et avec les plus détestables principes; * — que M. le général Jacqueminot « fit de l'opposition au cabinet » dans lequel siégeait M. Duchâtel ; — que M. Thiers, dans la nuit fatale du 23 au 24 février, « fût plein de confiance en lui-même ; » — que le roi Louis-Philippe « fût d'une légèreté.,extrême ; qu'un de ses défauts saillants fût, quand illavait bien usé, bien épongé les hommes, de s'en débarrasser au plus vite; » — enfin qu'au jour suprême de la royauté, au moment de l'abdication, il ait fallu tenir « sa main tremblante ; » — à toutes ces affirmations d'une vérité si douteuse, je réponds par la notoriété publique, par l'évidence, ou même simplement par la vraisemblance,- ce critérium de l'historien, si infaillible et si peu consulté. Quelle vraisemblance, en effet, pour ce qui regarde M. Thiers, qu'un homme d'un aussi grand sens politique et d'une sagacité aussi éprouvée eût fait étalage de sa confiance dans un moment aussi critique et à quelques égardsjaussi désespéré que Tétait la nuit du 23 au 24 février? Mais s'il eût éprouvé
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cette confiance en lui-môme, est-ce que le plus simple bon sens ne lui eût pas inspiré de la dissimuler dans une pareille extrémité? M. Capefigue confond, je ne sais trop pourquoi, la présomption et le courage. Quelle vraisemblance aussi que ce roi, que les passions politiques ont indignement défiguré, mais sur le noble front duquel elles n'ont jamais découvert une pensée cruelle ni lâche, quelle vraisemblance qu'il ait eu besoin du secours d'une main étrangère pour tracer ces lignes suprêmes, novissima verba 1 qui étaient son dernier adieu et son dernier sacrifice à la France? Mais aussi bien les témoins n'ont pas manqué à cette mort volontaire de la royauté constitutionnelle de Juillet. Ils ont pu compter les pulsations de cette agonie: La conscience du roi a reculé devant l'affreuse nécessité de la guerre civile. Sa main, elle n'a pas plus tremblé que son cœur!
Mais passons et arrivons au point capital du livre de M. Capefigue. Si en effet ce livre n'a pas été écrit pour faire ressortir, entre toutes, la physionomie de madame la duchesse d'Orléans, pour assigner à son action une importance spécialement déplorable parmi les causes qui ont amené la révolution de février; s'il n'a pas pour objet de montrer cette princesse se plaçant à la tête d'un complot contre la régence éventuelle de M. le duc de Nemours, et mêlée dans ce but à une série d'intrigues dont la dernière est venue à la fois triompher dans l'insurrection légale de la minorité parlementaire et échouer sur les barricades de Février et sur les bancs envahis du Palais-Bourbon ; si ce livre n'a pas cet objet, il n'a aucun sens, et l'appréciation injuste, violente, je dirais diffamatoire si j'étais un juge et non un critique, cette appréciation du caractère et de la conduite de madame la duchesse d'Orléans n'aurait non
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plus aucune portée historique. Or, je ne puis croire que M. Capefigue ait cédé à l'entraînement d'une animosité puérile envers une princesse malheureuse, qui, même au temps de la prospérité de sa maison, n'avait pas d'ennemis; je n'imaginerai non plus jamais qu'un homme sérieux ait cru pouvoir se livrer, envers cette auguste infortune , au plaisir très-peu innocent d'une boutade sans conséquence et sans portée. Ce serait là un jeu de style, une fantaisie d'écrivain, M. Capefigue le sait bien, que ne se permettrait pas un homme d'honneur. M. Capefigue a donc eu un but sérieux. Il accuse historiquement la conduite, les tendances et le caractère de madame la duchesse d'Orléans. Subissons l'accusation ; subissons-la, l'amertume au cœur et la rougeur au front, en songeant qu'elle va chercher dans son exil et dans son veuvage inconsolé cette princesse dont le souvenir arrêta, devant sa porte, émus de respect et de compassion, ceux qui, après avoir envahi et dévasté les Tuileries, brisèrent le 24 février le trône de son père et de son fils.
Etrange ordonnance du livre de M. Capefigue ! Dans tout ce qui se rapporte aux causes de la révolution de Février, à l'état des esprits, aux doctrines et au personnel des partis politiques, M. Capefigue n'est guère, comme je l'ai fait remarquer en commençant, qu'un vulgarisateur habile des idées et des opinions qui ont cours. Sur un seul point il s'en écarte; c'est sur la part que madame, la duchesse d'Orléans aurait prise, selon lui, à ces mémorables événements. Mais tandis qu'il accumule les preuves à l'appui des opinions que personne ne conteste, il se contente d'affirmer celle qui est exclusivement son fait, sa création, comme s'il n'avait qu'à la produire pour la prouver. Ce luxe d'argumentation quand il est d'accord avec tout le
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monde, cette indigence de preuves quand personne ne pense comme lui, c'est là le double et inexplicable caractère de ce livre singulier, dont toute l'importance parait être dans une allégation isolée, sans lien avec le corps de l'ouvrage, sans affinité visible avec les sentiments généralement modérés et bienveillants de Fauteur, opinion exprimée avec une violence, une ardeur de personnalité et une crudité d'expression dont il est temps de faire juges ncg lecteurs :
« Autour des Tuileries (le 23 février), il y avait ] dit » M. Gapefigue, plusieurs intrigues ministérielles que j'ai » déjà signalées ; Tune comprenait les anciens conserva- » teurs dissidents.... L'autre intrigue allait plus loin et si » hardiment qu'elle atteignait le pouvoir même du roi
» pour établir une régence La régence promettait de
» satisfaire toutes les ambitions; et cette phase du pou- » voir, on Pavait préparée de toutes les manières sans » l'avouer pourtant. La duchesse d'Orléans , l'àme de » toutes les menées contre le ministère, était parvenue à » répandre ces trois idées: Que Louis-Philippe, vieux et » entêté, ne pouvait plus régner; que la reine Marie- » Amélie, pieuse princesse, était l'expression des jésuites; » enfin que M. le duc de Nemours, d'une morgue aristo- » cratique, cachait une incapacité profonde sous ses de- » hors si froids, si compassés; d'où la princesse Hélène » faisait conclure la nécessité de sa propre régence. » C'était le thème des poètes, des professeurs de l'Uni- » verfcité qui entouraient sa personne et flattaient ses » goûts. »
Ainsi, ce n'est pas seulement le jour où là régence de madame la duchesse d'Orléans est devenue une nécessité révolutionnaire, que la princesse est accusée de ravoir