‹ Portraits politiques et révolutionnairesChapitre 8 sur 27 · LA DUCHESSE D' OR LÉ ANS · texte numérisé non relu

LA DUCHESSE D' OR LÉ ANS

voulue; la duchesse s'était préparée à cette chance; elle Tavait provoquée ; elle était entrée dans cette voie fatale avec une de ces ambitions de femme qui ne reculent devant aucun moyen ; car l'injure et la calomnie ne sont-elles pas les plus vils de tous? « Madame la duchesse d'Orléans, dit ailleurs M. Capefigue, servait déjà de point central à une combinaison de régence opposée à celle de M. le duc de Nemours ; » et ailleurs : « La régence de madame la duchesse d'Ofléans, intrigue très-ancienne, qui se repor-

tait à la mort du malheureux prince , espoir de la Couronne. » Ainsi encore, c'était de Dreux même que la veuve du prince royal avait rapporté aux Tuileries l'ardente convoitise d'une régence contestée! C'est cette pensée, recueillie sur une tombe à peine fermée, qui la jetait dans les intrigues d'une conjuration parlementaire, qui lui inspirait la haine de toute sa famille, qui par sa bouche soufflait l'outrage sur l'inviolabilité royale, calomniait la piété d'une reine, raillait le dévouement et l'abnégation d'un frère ; c'est cette pensée qui, poursuivie pendant six ans sans relâche, la veille même de la chute du trône, la précipitait tête baissée dans un complot révolutionnaire où elle trouvait réunis, par le concert le plus inattendu, « tout le tiers-parti, la gauche dynastique, la gauche extrême, MM. Crémieux, Arago, Dupont (de l'Eure), et même, ajoute naïvement l'auteur, même MM. Marie, Garnier-Pagès, sans oublier M. Emile de Girardin, l'agent le plus actif de cette négociation pour la régence ! »

En vérité, on croit rêver en lisant ces lignes. Mais l'hallucination est complète chez celui qui les a écrites. Les haines politiques sont ordinairement plus habiles. M. Capefigue rêve tout éveillé. C'est dire qu'il est sincère. Que serait-il donc s'il ne Tétait pas?

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Les bommes politiques que M. Capefigue associe dans un si étrange concert lui demanderont compte, si cela leur plaît, des informations qui Pont guidé dans cette découverte, et des preuves sur lesquelles il appuie une affirmation si péremptoire. Ce n'est pas ma mission de les défendre. Je doute seulement qu'il se trouve quelque part une trace sérieuse, une preuve historique, une induction de quelque valeur pour établir la réalité d'un pareil complot, soit qu'il ait précédé la révolution de Février, soit qu'il ait éclaté du sein même de l'éruption qui a tout perdu. Non, ce complot n'était nulle part, ni dans le passé ni dans le présent. Je dirai tout à l'heure à quel'moment, de quelle manière la pensée de la régence de madame la duchesse d'Orléans sortit du mouvement révolutionnaire qui, après l'avoir produite, l'emporta. Mais, le complot eût-il existé, j'affirme que madame la duchesse d'Orléans en eût toujours été absente, non-seulement de sa personne, mais par la pensée, par l'intention, par toutes les tendances et tous les sentiments de son cœur et de son esprit.

Les princes ont un grand malheur. Us vivent loin du monde, ce qui les condamne à de singulières méprises sur les hommes et sur les choses. Mais le monde vit loin d'euxp ce qui les" expose à ses jugements non moins étranges sur leurs propres actes et sur leurs personnes. Par exemple, il est incroyable, M. Capefigue le reconnaît et il le prouve, à quel point le roi Louis-Philippe lui-môme était peu connu. Madame la duchesse d'Orléans n'a pas échappé à cet inconvénient de la grandeur. Beaucoup l'ont admirée parce que l'admiration est un de ces sentiments qui percent les murailles et franchissent les distances; on l'a admirée par une sorte d'instinct secret de sa noblesse, de sa pureté et de sa vertu. Mais on Ta peu connue. Elle I 3.

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vivait, depuis la mort du prince royal, dans une retraite profonde, inaccessible, tout entière à ses devoirs de mère, de veuve, de fille et de sujette du roi. Je n'étais pas du pavillon Marsan , et le témoignage que j'oppose en ce moment aux affirmations de M. Capefigue serait plus justement suspect, si je les appuyais. Mais y avait-il un pavillon Marsan? Ceux qui ont vécu aux Tuileries pendant le règne du roi savent bien que non. Un esprit d'étroite union et de soumission intelligente animait la famille royale tout entière. Si quelque part cette subordination envers le cbef de l'Etat était plus empressée, plus délicate, la réserve plus attentive, l'isolement des affaires publiques, des bommes politiques et des partis plus étudié et plus scrupuleux, c'était sous le toit habité par la duchesse d'Orléans. Pour le roi, le pavillon Marsan était de verre. L'auguste veuve laissait couler sa vie, solitaire et pure, sous les regards de sa famille. Mais ceux du monde n'y pénétraient pas.

Par quel privilège M. Capefigue y aurait-il donc découvert « cette coterie d'historiens et de poètes , et ces hommes de l'Opposition, ces disgraciés de la Couronne, ces universitaires en renom, ces pamphlétaires, ces députés du tiers-parti, » enfin toute cette cour mystérieuse et subreptice que l'imagination de l'historien groupe autour de la mère du comte de Paris, dans les conciliabules du pavillon Marsan? Quoi! M. Capefigue a vu tout cela! et ceux qui habitaient les Tuileries n'en ont rien vu ! et le roi, qui était encore plus intéressé que M. Capefigue peutêtre à savoir ce qui se passait dans sa maison, le roi n'a rien su! Et cependant la duchesse d'Orléans conspirait contre la régence de M. le duc de Nemours ! elle conspirait avec M, Thiers, qui s'était prononcé contre la régence

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