Portraits révolutionnaires
Celui qu'on peut considérer comme le plus grand orateur français de tous les temps, naquit le 3 septembre 1859 à Castres, de parents petits bourgeois. 11 fut un enfant prodige. Brillant élève du Collège de Castres, puis du Lycée Saint-Louis, enfin de l'École normale supérieure, il fut successivement professeur au lycée d'Albi et à la Faculté des Lettres de Toulouse. Mais ses dons naturels l'attiraient invinciblement vers la politique. En 1885, il se présentait à Castres aux élections législatives. Il fut élu le premier du scrutin de liste par 48,040 voix.
Son républicanisme sentimental l'amena à siéger sur les bancs du centre gauche. Mais dès cette première législature, il affirma des tendances socialisantes, qui se traduisirent notamment par des propositions de loi sur les retraites ouvrières et sur le régime des blés. Battu en 1889, il fut réélu en 1893, sous l'étiquette socialiste. Il joua un rôle important dans la grande grève des ouvriers de Carmaux et fut un des fondateurs de la Verrerie ouvrière.
4 JEAN JAURES
Il se jeta corps et âme, malgré l'opposition de certains de ses coreligionnaires politiques, dans l'affaire Dreyfus. Son attitude favorable au condamné lui coûta en 1898 son siège de député. Il approuva, lors de la constitution du ministère Waldeck-Rousseau, l'entrée du socialiste Millerand dans un cabinet bourgeois. Rentré à la chambre en 1902, il fut l'un des plus fermes appuis du ministère Combes dans sa lutte contre les Congrégations. Il fut un instant le véritable chef de la majorité gouvernementale, le conseiller occulte du pouvoir.
Mais le congrès d'Amsterdam condamnait sa politique « ministérialiste » . Jaurès, soucieux avant tout de l'unité du Parti, déçu d'ailleurs par certains abandons, s'inclina, il rentra dans l'opposition. Il s'attacha surtout aux grandes questions extérieures. Il ne cessa de dénoncer la politique marocaine qui, disait-il, ne pouvait qu'aboutir à une conflagration européenne. 11 préconisa, contre le projet du service militaire de trois ans, une meilleure utilisation des réserves, l'organisation rationnelle de la nation armée. Ses dernières démarches en juillet 1914 furent un appel passionné en faveur de la paix. Le 31 au soir, alors qu'il dînait au café du Croissant, un exalté, nommé Vilain, le tuait d'un coup de revolver dans la nuque ...
La production tant orale qu'écrite de Jean Jaurès est considérable. Une petite partie seulement en a été réunie