LA SOUS-MAITRESSE
Las d'une acre solitude, Un jour de mai, le front lourd, Le sang brûlé par l'émde, J'errais au vieux Luxembourg.
En promenant ma paresse.
J'aperçus dans le jardin Une jeune sous-maîtresse.
Dont l'œil m'arrêta soudain.
Elle était à l'ombre, assise; Les frémissements de l'air Sur elle, en l'ombre indécise, Balançaient un rayon clair.
loa PORTRAITS SANS MODELES.
Les folles pensionnaires Chantaient auprès d'elle en chœur Ces vieux refrains populaires Qui rafraîchissent le cœur ;
Et les moineaux dans les branches Vite à leur bec emportaient Les petites miettes blanches Que les enfants leur jetaient.
Elle écoutait sans entendre ; La flamme de ses grands yeux Parfois brillait sous la cendre De ses abondants cheveux.
Elle était simplement mise :
Sous un léger mantelet Une jupe en laine grise De ses plis droits la voilait ;
Mais quelle grâce naïve Avaient ses gestes charmants!
Quelle beauté fugitive Sous ses pauvres vêtements !
Quand, pour la voir mieux encore Je m'approchai sans déiour, Je vis sur sa joue éclore Comme une aurore d'amour.
Je devins rouge moi-même,
désirs si tôt fleuris 1
J'aurais dît tout haut : n Je l'aime! n
Qu'elle n'eût pas mieux compris.
J'oubliais déjà le monde, Je ne songeais plus au temps...
Mais une fillette blonde, Qui courait, cheveui floitants,
Tout à coup s'approcha d'elle Et, la cirant par le bras, Lui cria : u Mademoiselle, « Est-ce qu'on ne s'en va pas? »
Elle sortit de ses rêves ; Et, comme une grande sœur, Vint rappeler ses élèves Avec tristesse et douceur.
Aussitôt les jeux cessèrent; Les fillettes, deux par deux, Devant elle se rangèrent D'un petit air vertueux.
A l'écart, troublé, timide, Je contemplais tout cela.
Lorsque, d'un coup d'oeil rapide S'assurant que j'étais là.
Elle prit sur sa poitrine.
D'un bras qu'on voyait trembler, La ravissante blondine Qui venait de lui parler;
Et son regard, moins farouche.
Vers le mien se relevant.
Elle mit sa fraîche bouche Sur les lèvres de l'enfant.
Ce baiser pur fut bien tendre.
Longtemps il se prolongea.
La fillette, sans le rendre.
Doucement se dégagea;
Et l'essaim des éeolières S'en fut sous le ciel léger.
Regardant loin des volières Les passereaux voltiger.