‹ Portraits sans modèlesChapitre 6 sur 51 · REPAS CHAMPÊTRES · texte numérisé non relu

REPAS CHAMPÊTRES

v-#' ÉTAIT une très vieille auberge, Dont le toit, les murs et les bancs Se cachaient sous la vigne vierge, Les jasmins et les rosiers blancs.

L'aubergiste était jeune et belle :

Poitrine ronde, pieds petits!

Son rire frais au plus rebelle Donnait de rudes appétits.

On s^ attablait sous le feuillage ; On voyait, pendant le repas, Les bateaux tracer leur sillage^ La rivière étant à deux pas.

O la fameuse matelote D'où monte un fumet délicat, La bonne crème à l'échalote Et le bon petit vin muscat !

Comme, au gai tintement des verres, On entonnait à pleine voix.

En chœur, les chansons peu sévères, Tout en bourrant sa pipe en bois !

Le soleil se couchait dans l'île, Derrière le haut peuplier ; Et la nuit se levait, tranquille, Des astres plein son tablier.

La petite aubergiste brune Allait, venait, d*un pied léger^ Dans l'ombre et dans le clair de lune, Parmi les pommiers du verger ;

Et tandis qu'en l'obscure étable Les bêtes mugissaient au loin, Nous trouvions un lit confortable Dans les grandes meules de foin.

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