REPAS CHAMPÊTRES
v-#' ÉTAIT une très vieille auberge, Dont le toit, les murs et les bancs Se cachaient sous la vigne vierge, Les jasmins et les rosiers blancs.
L'aubergiste était jeune et belle :
Poitrine ronde, pieds petits!
Son rire frais au plus rebelle Donnait de rudes appétits.
On s^ attablait sous le feuillage ; On voyait, pendant le repas, Les bateaux tracer leur sillage^ La rivière étant à deux pas.
O la fameuse matelote D'où monte un fumet délicat, La bonne crème à l'échalote Et le bon petit vin muscat !
Comme, au gai tintement des verres, On entonnait à pleine voix.
En chœur, les chansons peu sévères, Tout en bourrant sa pipe en bois !
Le soleil se couchait dans l'île, Derrière le haut peuplier ; Et la nuit se levait, tranquille, Des astres plein son tablier.
La petite aubergiste brune Allait, venait, d*un pied léger^ Dans l'ombre et dans le clair de lune, Parmi les pommiers du verger ;
Et tandis qu'en l'obscure étable Les bêtes mugissaient au loin, Nous trouvions un lit confortable Dans les grandes meules de foin.