‹ Portraits sans modèlesChapitre 7 sur 51 · LE JARDIN DES REVES · texte numérisé non relu

LE JARDIN DES REVES

A r heure où T Angélus de Tantique chapelle

Mêle au soir sa musique argentine, et rappelle

L'étoile de l'amour sur le haut clocher noir,

Elle et moi, nous allions à notre promenoir.

Tout au fond du jardin. Là nous marchions ensemble,

Seuls, baignés des blancheurs de l'étoile qui tremble ;

Puis nous nous reposions sur le vieux banc de bois.

La bien-aimée émue avouait à mi-voix

Son trouble ; je n'osais d'un mot rompre le charme,

Et n'osais l'embrasser non plus. Mais une larme

Brillait à ses cils bruns, et ma lèvre buvait

Celte larme sur sa joue au léger duvet.

Tout paraissait rêver. Sous les feuilles plaintives,

Des clartés poursuivaient des formes fugitives ;

Et nous sentions flotter Tâme des chastes fleurs,

Qui s'ouvrent seulement dans l'ombre où sont des pleurs.

O douce nuit d'amour, ô nuit trop tôt passée !

Déjà l'Aube accourait, pieds nus dans la rosée.

Alors nous revenions à pas très lents, parmi

Les songes parfumés du grand parc endormi.

Les arbres, les oiseaux, les fleurs, à notre approche

Se réveillaient avec un frisson de reproche ;

Mais mon amie avait dans les yeux tant d*amour,

Que l'oiseau lui chantait sa bienvenue au jour,

Que vers ses cheveux noirs se courbait chaque branche

Et que les fleurs baisaient sa longue robe blanche.

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