LE JARDIN DES REVES
A r heure où T Angélus de Tantique chapelle
Mêle au soir sa musique argentine, et rappelle
L'étoile de l'amour sur le haut clocher noir,
Elle et moi, nous allions à notre promenoir.
Tout au fond du jardin. Là nous marchions ensemble,
Seuls, baignés des blancheurs de l'étoile qui tremble ;
Puis nous nous reposions sur le vieux banc de bois.
La bien-aimée émue avouait à mi-voix
Son trouble ; je n'osais d'un mot rompre le charme,
Et n'osais l'embrasser non plus. Mais une larme
Brillait à ses cils bruns, et ma lèvre buvait
Celte larme sur sa joue au léger duvet.
Tout paraissait rêver. Sous les feuilles plaintives,
Des clartés poursuivaient des formes fugitives ;
Et nous sentions flotter Tâme des chastes fleurs,
Qui s'ouvrent seulement dans l'ombre où sont des pleurs.
O douce nuit d'amour, ô nuit trop tôt passée !
Déjà l'Aube accourait, pieds nus dans la rosée.
Alors nous revenions à pas très lents, parmi
Les songes parfumés du grand parc endormi.
Les arbres, les oiseaux, les fleurs, à notre approche
Se réveillaient avec un frisson de reproche ;
Mais mon amie avait dans les yeux tant d*amour,
Que l'oiseau lui chantait sa bienvenue au jour,
Que vers ses cheveux noirs se courbait chaque branche
Et que les fleurs baisaient sa longue robe blanche.