AU VERGER
Il faisait doux, et je lui dis : « Viens-tu ? Nous cueillerons des reine-claude à l'arbre. » Qu'elle était belle avec son front de marbre Et ses yeux bruns pleins d'amour combattu !
Je lui dis : « Viens ! » Je serais mort pour elle, La gaze noire errait sur son sein blanc, Et descendait sur ses bras en tremblant.
Elle sourit et prit sa fine ombrelle.
Je remmenai dans le fond du verger, Et je voulus cueillir des fruits aux branches; Mes désirs fous cherchaient ses formes blanches, Mon humble amour craignait de l'outrager.
Elle me dit : (ô son regard humide!) « Il faut aller plus loin, plus loin encor !
— Ne faut-il pas cueillir ces doux fruits d'or?
. — Non, ces jardins ne sont pas ceux d'Armide. »
En moi brûlaient d'éblouissants flambeaux ;
Elle faisait une indolente moue.
(O la fleur pâle et triste de sa joue !
O son front mat, pareil aux froids tombeaux !)
« Tu n'as donc soif d'aucune sève mûre? i Criai-je ; « hélas ! tout mon cœur est en feu.
— Le soir fraîchit; reposons-nous un peu! * Soupira-t-elle en un mourant murmure.
Elle s'assit et reprit : <( Venez là ! »
Docile alors je m'étendis près d'elle.
Un astre au ciel mit sa pure étincelle ; Sous ses longs cils son regard s'étoila.
Ses yeux disaient : « La volupté suprême, C'est le désir dans le soir d'un beau jour ; Si vous m'aimez d'un véritable amour, Pourquoi déjà vouloir que je vous aime^ •
naïade moderne
OoN regard est une eau très profonde et très pure, Son corps flexible est un roseau;
Dans sa voix on entend tinter le frais murmure De la fontaine où boit l'oiseau.
Ses cheveux blonds, roulant sur ses blanches épaules, L'inondent de leurs flots soyeux;
Et, comme un ciel que berce un lac bleu sous les saules, Son âme nage dans ses yeux.
Un poète païen eût cru voir la Naïade, Si douce et si perfide, hélas !
Dont la chanson d'argent et la limpide œillade Entraînèrent le jeune Hylas.