‹ PortugalChapitre 1 sur 42 · PA.R M. FERDINAND DENIS · texte numérisé non relu

PA.R M. FERDINAND DENIS

COXfSSRVATKUA DI LA BXBLIOTBEQITK SAIirTX OUrKYliVE.

Dans un vieux poème de la fin du dou« zième siècle (* ) , qui a surtout une valeur historique, le Cid sMncline avec respect devant deux comtes étraneers qui sont à la cour d'Alphonse VI. L un se nomme Raymond , Fautre Anrrigue; tous deux ils sont venus aider le roi de Castille de leur forte lance contre les Maures, et leur renommée est déjà assez grande pour que le héros qui représente à lui seul la valeur castillane , les honore d*un regard fraternel. Mais le vieux poëme s'arrête là , il ne nous dit pas ce que devient ce D. Anrrique , qui se trouve ainsi à la cour d'un souverain espagnol. Une vieille chronique longtemps ignorée, la charte du monastère deFloirac, nous l'apprend. Le comte Henri est le descendant de Hugues-Capet, l'arrière-petitfils de Robert, roi de France , le quatrième fils du duc Henri de Bourgogne, et Alphonse VI l'a choisi pour son gendre, en lui accordant la nram do sa nlle Tareja. Le pays qu'on désigne dès lors sous le nom de Portugal devient la dot de l'infante ^ et bien que ce territoire n'ait en-

{*) SènehRZ^ Poetias Cattellanaa anterwres al teglo XV ; Poema del Cid,

!'• LhraUon. (Pobtugàl.) >

core que le titre de comté , le monar-

3ue rélève à la dignité d'État indépenant. Tel est le début héroïque de ce petit royaume : un compagnon du Cid commence ses glorieuses destinées , elles ne s'achèveront que lorsque de victoire en victoire l'empire des Portugais aura presque égalé en étendue celui des Romains.

ANCIENNE DIVISION. ÉTAT DÛ PAYS LOBSQU'lL FUT CONCÉDÉ AU PONDA- TEUB DE LA MONARCHIE. OBIGINE DU

COMTE D. HENBiQUE.— Lorsqu'il plut à Alphonse VI d'accorder à un prince magnanime de la maison de France le territoire fertile qu'il lui donna pour apanage, une partie de ce beau pays était encore soumise à la domination des Maures, et le vieux roi qui avait choisi pour son gendre un petit-fils de Hugues-Capet, compta sans doute sur le courage des hommes de cette race pour accroître la dot de sa fille. Il s'en fallait bien

Sue le territoire qu'on désigne aujour- 'hui sous le nom de Portugal (*) oc-

(*) Un savant portagais , dont ropinion fait ai]yoard*hui aatorité, présente sous un Jour trop clair Torlgine de cette ville, qui donna

L'UNIVERS

cupât les limites asf^éef Bar Tes R(^ marins à la Lusit^nîe. Alphonse sépara de son empire le territoire de Porto, Ventre Douro e Minho, la province d^ Beira et le pays de Tras-os-Montes, En G^licç, ^1 luidoaaa tout le territoire qui s'fteiîdait iusqu^au château de Lobeira, et illui accorda la faculté d'étendre ses con- ^ quêtes vers le pays d'Al^arve. Mais Temjbouchure du Tage , la voie par iaq^eUo jon pouvait pénétrer dans ce petit em- -pire, n'appartenait pas encore aux chré- ^ tiens. Lia»onne était une ville musul- ; manedans toute l'étendue de Tacception. Paroii les villes concédées alors , Porto , Goimbre, Yiseu, Gguraient au premier ran^. Guimaraens fut choisie pour devenir la capitale de ce nouvel État indé-

80D nom à tout le pays , pour que nous ne reproduisions pas ici son opioioii. Le nom d» P&rtui cale, qui par Fa suite se changea en celui de Porlucale, fut donné primiUvement à un lieu situé au sua du Doaro, suc ta rive ^aik> che de ce fleuve , à l*endroil à peu près ou se trouve aujourd*tiui le village de Gaya. Ce lieu, servant d'ancrage à des bargues, et même h de peUts bâtiments , aurait été dominé par Taottque château de Cale, édifice dont la dénomination est rappelée par des écrivains romains , «t le nom de Portas cale tirerait de là son oiienie. U étatt natarel que suv la rive opposée <Uji fleuve, au aoid, on vit s'établir peu à peu, comme cela arrive d\)rdiuaire en semblable eirconstaiyse, an autre village de la mâme éten<ftiie,aiiMiQt pour ta commodité de la popi;v~

latlon Q^i existait sur Tune et Pautre rive, que pour la facilite des transactions commei^ mies et maritimea avec liatérieur dea pror

vinoes qv^ ie fleuv^ séparait ou bornait. Ûaos çç rn^m^ Ueu en outrç , et vers la partie la

{)lus étevée, lut fondé aussi un ebAleau pour a défense des riverains, selon Tusageée cm teiBpa. Off OQ.me ^ iM^fiva, avec le cours des ans, que ce vUlage s'accrut et prospéra davantage que l*aatre, il prit et conserva presque CKclttâveiiMht la déneoiioatiMi de Portm cal9, af fatf ant djâH^goer dans les antiques docomâuts tantôt simpl^niènt sous ce nom, tantôt sous celai de Castrum Portueah, d*aatres fote sous celu» de Lmum PoUuboU. On rappela «usai Çasinim MonHimt ppor le distlng^ev de l'autre PortucaU, qui g^^raait le nom de Castrum Antiqunm. Ce mémi^ lieu erdi suocessWeiiient en popuiatioa, et iuit par posséder un» égliae oalhédrale avec an ^vtoue; en sorte q;ae dès te troisième concile de Tolède , qui fut œlébré en l'année 589. quatrième du régné de Recarède, on DûmnuUt P0r/ticafoiHMaoii-sealciBenUÎ0Vâqae oatiioUaue Coostantius, qui y assista « ipais aus^i révteue ariea crée abusivement par L(?ovigilda. Vov. D. P. de S. Luiz, Metnanas^ etc. L'oploioo qui retrouve dans la dénomiiiaiion du Portugal ua souvenir d^i^ 4^b»r(|uement des Français tombe nécessairement devant oeUe-d. M. Aaibi affinnip qoe la déooiiiina- Ùon de PortugajL n'est pas employée poi^ d(^ ijgpttr tpnl le pas^ %vai;i| Tawitl ^^*

tten^i^t. Sifipée à trois lieues au levant Se Braga , le siéffe épiscopal le plus important de Tantique Lusitanie, cette cité a été bâtie dans une vallée fertile, ea« tre deux petites rivières connues sous les noms d'Ave et de Vizela. Quelques érudits prétendent Qu'elle g'èiève sur Templacement oecupépar l'antique Araduca, dont parle Ptolémée. Mais ce qui est une vérité historique plus avérée, c'est qu'elle avait été conquise autrefois sur les Maures pac les rois de Léon.

Le premier historien portugais qui nous ait donné des notions exactes sur ces temps reculés , Frey Antonio Braudâo , indique nettement quelles étaient les divisions politiques de ce pays, avant qu'il ëevint un État indépendant.

« Lorsque le comte D. Henrique entra en Espagne , dit-il , le gouvernement du Portugal se trouvait confié à plusieurs seigneurs; les terres situées entre le J)ouro et le Mondego, par cela même qu'elles étaient plus exposées aux incursions des Maures et le plus souvent en péril , avaient été commises aux soins d'un chef illustre, que l'on appelait Sisnand. Les anciens documents lui donnent tour à tour le titre de comte et celui de consul , et il avait établi le siège de sa résidence à Goimbre. » Maria na fait naître ce lieutenant d'Alphonse Vï ^ Tolède; mais le savant historien que | pous venons de citer allègue des raisons solides pour qu'on lui conserve son titre de Portugais : tels étaient les hauts faits | militaires sur lesquels se fondait sa réputation , qu'on peut à bon droit le considérer comme le premier de ces hardis capitaines qui , à partir du onzième siècle, illustrèrent le Portugal.

Le pays é^enire Douro e Minho, celui de TraS'OS' Montes avaient également des chefs particuliers, relevant directement du pouvoir royal ; mais l'histoire est moins explicite à leur égard qu'elle ne l'est lorsqu'il s'agit du gouverneur de Coimbre. On sait néanmoins que, quelques années auparavant , était mort le comte Nuno Mendez , que les Portugais de ces régions reconnaissaient pour chef principal. Dès cette épogue aussi le pouvoir ecclésiastique avait acquis une réelle prépondérance qui lui permettait de joindre ses efforts a ceux du pouvoir séeuKer ; les ^lises^e 9f«(p ei de

K^rOGAL.

Coimbre avaient été remisêt éans leur ancien état. On voit figurer un évéque de Péglise primatiale de Braga, soua D. Garcia fils de Ferdinand ; nous insi»toQS sur ce fait, sans lui donner de déyeloppements. Dans ces temps rudes et diffîciles, soumis à n^ille vicissitudes, la parole de Tévéque achève toujours ce que la laixce a commencé (*).

L'origine du premier chef militaire qui gouverna ce pajrs comme État indépendant, fut longtemps un problème pour le Portugal lui-même. Pedro Rlbeirode Maceqo , dans sa généalogie du comte Henrique , ne con»pte pas moins de six opinions différentes émises à ce sujet , et le poète national par excellence , Canioens , qui interroge avec tant d'amour les annales reculées pour y découvrir le$ moiqdres vestiges d'un ftiit glorieux, Camoens le fait nattre en Hongrie. Ce fut vers la fin du seizième siècle seulement qu'un document ignoré, découvert par Pierre Piteu , vint mettre fin à tant de conjectures; et Ton peut même ajouter que ce fait n'acquit toute sa valeur historique ç[u'à l'époque où un autre écrivain français, Denis Godefroy, dressa l'arbre généalogique de la maison de Portugal (**). Ajoutons à tous ces détails un fait moins connu, c'est qu'un roi de France du douzième siècle confirme par son langage une découverte de l'érudition modferne : Philippe le Bel en s'adressant au roi de Portugal lui dit : P^ous quiètes <te notre lignage^

(*)RA|HwlonseQ passaBtqoe, si la maison de France avait fourni un chef militaire aux IK)pulatioo8 chrétiennes du Portugal , le pouvoir eoelésiasttffue fut exercé durant eette période par un Français. Maurice Burdin, appelé de Limoges au «ommencement du douzième siècle« fut tour à tour évéque de Coimbre, archevêque de Braga« puis antipape. Ce lut un de ceux qui sous Bernard iireot la conquête spl- ' rituelle delà Péninsule. On lit dans les (/is^ertoeOes chronologicas du savant Pedro BXbeiro les noms des prélats et des dignitaires influents ée cette pénode, et celui de Maurice y ti^re : Uegnûnêe re9 Al^onsu9, ei 8U$ e; principe nostro comité Domnus /tnricus, sedi» Bravarejisis Domnut Giralâus, aede CoUmbrientU Domnua Mauriciu» episconusj i» ipt» eenûvio S. Johamms Domno Teàoni priori, in sede Parti^gatensis Domno Pelagio archidiaconi.

(**) De l* Origine des roys de Portugal fsiMS ligne ma^sculine dt la maison de France. Pa-

ris, Pierre GiievaUer M D G X. Cet opuscule , «knpoié de boit pages, parut d*abord sans nom drsaleiif % mtàk ob voit pajr 4^ n(^es nombreuses ajoutées aux autres éditions coiubie<^ Çodffroy accrut ce premier travail.

On sait que ce ftit ea 1093 qu- Alphonse VI disposa delà main de sa ni le en faveur du comte D. Henrique; mais au début de cette première période, unediffîculté nouvelle est venue diviser les écrivains nationaux et enfanter des volumes de discussions. Certains auteurs castillans et même des Portugais ont affirmé que Dona Thérèsa ou Tareja était fille illégitime d'Alphonse VI, et il faut convenir qu'ils établissaient leur opinion sur des documents d'une valeurjréelle, puisque la chronique de Floirac elle-même allègue ce fait en termes positifs (*). Cependant des hommes d'une prodigieuse érudition, notamment Josepn Barbosa , ont présenté la question sous un autre aspect : ils ont puisé dans la eontexture de la, lettre pontificale établissant la légitimité de Tunion d'Alphonse avec Chimène, leur principal argument, et il faut convenir qu'ils l'ont fait avec une supériorité assez grande pour qu'on incline vers leur opinion.

Une autre question d'une valeur historique incontestable se présente encore dès les premières pages de cet aprçu : il s'agit de savoir si la concession faite au comte D. Henrique le fut en retour de quelque obligation féodale, ou si elle fut libre dans toute l'acception de ce mot. Comme cela devait être nécessairement , les écrivains espagnols ont invoqué le principe de la suzeraineté, dont Alphonse VI n'avait pas dû se départir ; les écrivains portugais, à la tête desquels il faut mettre Barbosa , réclament pour la donation pure et simple. Malheureusement, il faut s'en tenir ici à la tradition, et jusqu'à ce jour, l'érudition moderne n'a pas encore découvert le contrat dotal spécifiant la nature des obligations qui dut exister primitivement entre les deux pays. Selon nous, pour être le nlus près

{)ossible de la vérité, il faut repéter ici es paroles si judicieuses et si concises du savant Schœffer : « Le beau père et le gendre prenaient plutôt pour règle dans leurs relations leur parenté et leur affection qu'une ligne de subordination exactement tracée. » Il faut ajouter d'ailleurs qu'après avoir établi Û^\m^ manière formelle quel était le genre de pouvoir at-

• (♦) Alteram Jlliam, seânen ex ^songugmii thoro natatHy Amrico.,, dédit.

L'DNIVEftS.

tribué à D. Henrique, le savant historien ajoute bientôt : « Malgré ces témoignages , qui semblent attester une puissance indépendante et illimitée , il est incontestable que tant qu* Alphonse YI vécut , Henrique resta vis-à-vis^ de lui dans une situation dépendante {*). »

Après la mort d'Alphonse YI, qui arriva le 11 juin 1 109, la position politique du comte prit un tout autre aspect ; et ce fut à cette époque surtout, dès qu'il eut conquis Cintra sur les Maures, que Don Henrique put garder une attitude réellement indépendante vis-à-vis de la Castille. On le vit alors s'intituler dans les actes émanés de son gouvernement, par la grâce de Dieu comte et seigneur de tout le Portugal.

Sans rappeler ici le voyage fort problématique que certains écrivains font entreprendre au comte Don Henrique, pour assister aux croisades ( ^* ) , nous dirons que nulle existence ne fut plus remplie que la sienne : les chroniqueurs ne lui attribuent pas moins de dix-sept victoires obtenues sur les Maures dans la Péninsule; ils insistent également sur \es/oraes ( privilèges ) qu'il accorda à de nombreuses bourgades, parmi lesquelles figurent Goinibre, Tintugal, Soure, Certào, Zurara, San Joào de Pesqueira, et cette ville de Guimaraens qui semble avoir été l'objet de toutes ses prédilections.

Après avoir glorieusement conquis sur les Maures une partie de l'État indépendant qu'il léguait à l'héritier que lui avait donné Tareia dans un âge déià avancé, le petit-fils de Robert descendit dans la tombe chargé de gloire et d'années. Il mourut à soixante-dix-sept ans , le 1^*^ novembre 1112, et ses ossements reposent dans la cathédrale de Braga.

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