‹ PortugalChapitre 2 sur 42 · D. AFFONSO HENRIQUEZ 1'% AGI DE · texte numérisé non relu

D. AFFONSO HENRIQUEZ 1'% AGI DE

POBTUGAL. — Lorsque le comte mourut, le fils qui lui était né en 1 109 n'avait pas plus de trois ans ; il fut reconnu par les peuples comme héritier du territoire

le

: ( * ) Voy. Époque première, liv. l", chap. I. (** ) Le savant Brand&o veut que ceUe expédition ait eu lieu en no;) ; Faria y Souza la recule l)eaucoup , mais la place à l^épogue où le comte élalt d^à marie. L*Academfe des sciences de LisI)onne a publié un mémoire étendu sur cette grande question , dont les limites de notre travaU nous interdisent la discusiion.

dont son père avait assuré Tindépendance. Sa mère gouverna sans contestation durant sa minorité; et sans doute que le titre auguste dHmperator, que prenait son père , lui fit regarder avec quelque dédain celui que lui laissait son mari , car on la vit en plus d'une occasion adopter le nom de Reine , durant l'époque de sa régence et même à rép6que ou vivait encore D. Henrique.

Celui-ci, dans un des act^s politiques de son gouvernement , vante la beauté singulière delafilled'AlphonseYI (*). Cette beauté paraît avoir été la source de plus d'un trouble et de plus d'un désordre.

Selonropinioncommune,DonaThareja accorda les droits d'époux à D. Fernando Paes , comte de Transtamare ; et, bien que la seconde assertion n'ait pas une valeur historique incontestable , on prétend qu'elle ratifia par un mariage cette union d'abord illégitime.

Ce qu'il y a de certain , c'est que si la conduite privée de la régente ne fut pas à l'abri de nombreux reproches , il y eut également de grandes irrégularités dans son administration.

En 1125, le jeune prince venait d'atteindre seize ans lorsqu'il voulut être compté au nombredes chevaliers. Duarte Nunez de Leâo, d'accord avec plusieurs autres historiens , raconté gu'il s'arma lui-même, et qu'il prit les insignes de son nouveau rang sur l'autel de S. Salvador, dans la cathédrale de Zamora, siège dépendant alors du Portugal. D. Affonso Henriquez était fait pour gouverner, comme il était fait pour combattre. Lorsqu'il eut atteint Tage de dix-huit ans, il réclama l'exercice de ses droits. Thareja refusa d'abandonner In régence ; le jeune

f grince les demanda impérieusement; et 'on vit commencer alors une des guerres les plus funestes qui aient ensanglanté le pays. Le fils se vit contraint d'employer la force des armes pour obliger sa mère à lui céder le pouvoir, et la bataille de S. Mamède, qui eut lieu non loin de Guimaraens, le 24 juin 1128, est marquée dans les annales du Portugal comme une des journées les plus déplorables que l'histoire ait à signaler. Af-

(*) E^o cornes Hemricua, una cum uxort mea formosisêima Tharasia comiiisaa etc. Voy. Pedro Ribeiro, DissertacOea chnmologicas . t m, p. 46.

PORTtJGAL.

fonso Henriquez y demeara vainqueur des partisans de Dona Thareja , et il put dès lors se regarder comme maître absolu du territoire anciennement concédé à son père. Ce ne fut pas toutefois sans contestation qu'il saisit le pouvoir : la reine, renfermée dans le château de Lanhoso, envoya implorer le secours du roi de Léon , et ce prince accourut à son aide. La bataille de Valdovez gagnée par D. Affonso fit de nouveau justice des prétentions d'une mère ambitieuse.

L.e roi qu'avait imploré Thareia ne se laissa pas décourager par cet échec ; il revint l'année suivante avec des forces imposantes, et mit le siège devant la Tiile de Guimaraens , où le fils de Henriques'étaitrenfcrmé. Le siège fut poursuivi avec vigueur; et s'il fallait en croire la tradition adoptée par tous les écrivains du seizième siècle , ce serait uniquement au dévouement de son ayo ou, si on l'aime mieux, de son gouverneur, que D. Affonso Henriquez aurait dû son salut : effrayé du danger que courait le jeune prince, Egaz Moniz se serait éloigné secrètement de Guimaraens ; puis il aurait obtenu , au prix de certaines conditions, qu'Alphonse VU levât le siège et se retirât dans ses États. Les anciens écrivains ajoutent que ses conditions^quin'avaient pas été consenties par I). Afronso Henriquez, furent rejetées par lui. Egaz Moniz , voyant qu'il pourrait être taxé de/oê mentie ( ce sont les expressions de Camoens ) , passa à Tolède avecsafamille. Lui, ça lemmeetses enfants se présentèrent alors devant Alphonse VIL Ainsi que nous l'avons dit autre part, ils s'étaient vêtus comme des gens condamnés à mort ; non-seulement ils marchaient pieds nus , mais ils portaient la corde au cou , prêts à subir le dernier supplice. Touché de ce dévouement sans nomes à la parole donnée , le souverain de Léon leur fit grâce. L'esprit sceptique de notre siècle a nié ce fait héroïque ; et bien que le nom d'Egaz Moniz soit resté comme un symbole de la loyauté portugaise , plusieurs écrivains dont l'autorité fait foi relèguent le récit qui constate son dévouement parmi les légendes chevaleresques du moyen âge. Nous savons bien qu'il n'y a rien à alléguer contre les dates inflexibles de la chronologie

et nous sommes foreé de oonTmir qu'il y a certainement confusion dans le récit des chroniqueurs. Nous avouerons néanmoins que nous ne vo]^ons4)a8 sans cha* erin dépouiller l'histoire de ces grands faits, qui ennoblissent une époque. Ce qu'il y a de bien certain, c'est qu'un monument découvert assez récemment, et . figuré dans les Mémoires de l'Académie des sciences de Lisbonne (*), prouve que cette noble tradition, racontée avec enthousiasme par les écrivains espagnols eux-mêmes C^) , remonte à une très-haute antiquité. Si elle n'a pas été élevée précisément en l'année 1 146 , la tombe d'Egaz Moniz n'en porte pas moins tous les caractères architectoniques du douzième siècle. Or, le grand homme y est représenté avec sa famille, au moment où , selon l'expression du chroniqueur espagnol , il s'écrie : «^ Ma langue a erré, mon corps doit payer (***). » Slon le récit admis par toutes les chroniques , Alphonse Vil fit grâce à celui qui savait réclamer ainsi le châtiment d'une noble faute. Egaz Moniz vécut longtemps encore dans ses vastes possessions, situées aux environs de Porto. Quelle que soit l'opinion qu'on adopte à l'égard de ce fait contesté, mais qui n'a rien de contraire aux habitudes du temps, Egaz Moniz fiit certainement un homme éminent , et il eut la gloire d'avoir développé les plus nobles vertus chez un prince dont chaque action guerrière ou politique excite encore un sentiment profond de gratitude chez les Portugais.

(*) Voy. Memorias da Jcademia dos tciencias , t. Xï.

( **) Argote de MoHna , entre autres. Voy. l^obliza de Andaluzia.

(***) Ce curieux monument, dont le caractère est fort grossier du reste, p«ut être visité dans rancien monastère des bénédicUns , désigné sous le nom de Paço de Souza, à cinq lieues de Porto. Le monastère aurait été édifie vers 956. Connu d'abord sous la dénomination de S. Salvador^ on aurait ajouté à son nom celui d*un château bâti par Êgaz Moniz au douzième siècle, entre le couvent et te rio Souza. Nous ferons remarquer en passant et comme un fait bien peu connu . tout ce qu*il y avait de culture intellectuelle dans cette famille. Le Utre de Trobador appartenait depuis longtemps à l'un de ses membres ; un manuscrit portugais de la Bibliothèque royale , dont Tancienneté n'est pas douteuse, dit, eu parlant du frère d'Egaz Moniz, qu*il savait merveilleusement la langue des Arabes ; savoir la langue des Maures , en ce temps , c'était avoir la clef de bien des sciences.

Kit7inysa&

AVI0M«0HB»BIQUK5 BLBV^A LA 01* eNITB BOYAI.B. •— COALITION DBS MAU- BBS GOIfTBB LUI; BATAILLB o'OUBI-

QUB. ^SelQp im écrivain qui a traité miButieusement des antiquités nationales O , ce fut immédiatement après la bataille de Saint-Mamède, ou tout au moins après la mort de la reine Dona Thareja , en 1130 , que les Por*' tugais commencèrent à donner le titre de roi à D. Affonso. Jusqu'alors il s'était appelé Infante , et jamais n'avait pris le titre de cemte ou de duc ; le temps approchait où il devait être re* vêtu solennellement de la dignité suprême que lui décerna l'armée»

A|)rès avoir établi son autorité dans les villes qui avaient été jadis concédées à son père, Affonso Henriquez poursuis vit ses conquêtes dans l'Estramadure;^ puis il passa dans i'Alem-Tejo , qui ap* partenait alors à un chef arabe puis^ sant, que les historiens contemporains revêtent du titré de roi, mais qui en réalité n'était qu'un émir dépendant du souverain musulman qui commandait dans l'Andalousie. Ismael s'était uni à cinq autres chefs pour attaquer la petite armée des chrétiens; la rencontre eut lieu près d'Ourique , le bours le plus considérable de la contrée , ou elle fut gagnée; et Duarte Nunes de Liâo ^ le réformateur en titre des cbroniques» se montre fort modéré en réduisant à trois cent mille hommes l'armée mu»

sulmane que d'autres historiens élèvent à quatre cent mille. Selon Schœffer^ l'aetion eut lieu au-dessus du village de Castro'Ferde^ dans une vallée comprise entre deux fleuves , qui se jetteht dans la Guadiana. Quelques historiens, amis du merveilleux, donnent seulement treize mille hommes de troupes à Affonso lienriquez (**) ; mais ces calculs là ne sont plus admis ; et il faut les placer à côté de la légende qui noui représente Affonso Henriquez en communication directe avec le ciel et pui*sant dans l'aspect rayonnant du Christ le courage qui le fit vaincre. Duarte Nunez de Liâo raconte d'une manière vraiment entraînante cet événement pro-

( * ) Ribeiro, Disseriacôes chronologicas.

{**) André de Rezende, d'ordinaire si scrapuleax, fait monter cette armée à plus de 40,000 hommes: « TantaêCongregavUcopiatutmiUia « quadraginta 9xercUm tupemnt, »

di^eux, qui fonda la monarchie portugaise, et sa simplicité fait ressortir admirablement Tnéroisine dli fils de D. Henrique.

« Quoique les Portugais fussent en petit nombre, le soleil naissant venant frapper sur leurs armures, elles resplendissaient d'une telle manière, que touto Tarmée en recevait une apparence redoutable. Le prince commença à encourager les siens, en les appelant par leurs noms et en remettant devant leur mémoire dés choses qui pouvaient leur donner du courage. Quand les grands qui étaient avec lienriquez virent les différents corps d'armée des Maures et tous les rois qui s'y trouvaient, ils demandèrent au prince quil vouldt bien permettre qu'on Rappelât roi également ; que tout le monde le désirait , et que l'armée aurait plus de courage pour combattre.

Le prince ) comme un homme vraiment magnanime, et sentant que ce qui valait mieux ^u*un royaume, c'était de mériter de régner, de même que la valeur de la personne était plus grande que celle du sceptre et de la couronne , le prince • dis-je, répondit que c'était bien assez d'honneur pour lui de leur commander; qu'il se contentait de cela , et qu'il ne voulait être appelé que leur frère et leur compaghon; que ce serait comme tel qu'il les défendrait toujours contre les ennemis de la foi . ou contre ceux dont ils recevraient quelque injure; et gue pour ce dont ils parlaient, il y avait un moment plus opportun. Ils lui répondirent en lui objectant nombre de raisons , et lui demandèrent de ne point résister à tant de volontés. Le prince, se voyant si vivement pressé, leur dit de faire ce quHls voudraient. Alors , poussant de grands cris de |oie, ils le nommèrent roi et lui baisèrent la main : telle fut soti acclamation. Cela achevé, il monta sur un grand et puissant cheval, couvert de ses armes; et quand il vit que c'était le moment, il dit à D. Pero Paez qu'il s'élançât en avalât avec la bannière royale. Ceux de son corps d'armée le suivirent , et ils allèrent ainsi tomber sur l'ennemi.

Ce fut alors que le roi , qui se trouvait déjà en avant, frappa un Maure avec une telle vigueur^ qu'il tpmba en méjme temps que lui.

porutoal.

Ub tel éehee ne lui cama ^8 mhis doute une grande impression; le ehroniqaeur nous dit qu'on le voyait partout où le danfçer était pressant. La bataille dura depuis le oiatin jusqu'à midi , et cinq despotes musulmans furent vain* eus par ce roi que venait de créer librement Fenthousiasme militaire^

La bataille do campo d'Ourique fut livrée le 25 juin 1139^ et c'est de cette grande époque qu'il faut faire dater la monarchie portugaise. Affonso Henri* quez donna alors au nouveau royaume les armes qui devaient le désigner désormais comme État indépendant; ces armes étaient a la fois un symbole reli»

gieux et guerrier, destiné à rappeler sa victoire sur les cinq rois musulmans aussi bien que l'apparition miraculeuse dont le Christ Tavait honoré (*};

Il fallait fiaiire confirmer par la nation le choix de Tarmée ; ce grand acte politique eut lieu en 1148, aux cortèsde Lamego : rassemblée nationale qu'on désigne sous ce nom joue un rôle im^^ mense dans l'histoire du Portugal» Af* fonso Henriquez y parut en présence des trois étatS) prenant le titre de roi sans doute , mais sans être revêtu d'aucun des insignes de la royauté^ et dans i'é* glise mène de Sainte-Marie d'Almaoave Lourençb Viegas, son procureur gé* néral, demanda au peuple s'il consentait librement à ce que le pouvoir royal liii appartînt. Le peuple enfin ratifia ce qu^avait fait l'atmée^ et l'archevêque de Braga ayant reçu de l'abbé de Lorvâo la couronne d'or retirichie de perles don* ' née jadis à ce monastère par les rois goths, Affonso Henriquez, qui tenait à la main soti épée de combat , fut cou-* ronné par le primat. Ge fut , dit-on ^ après avoir accompli cette cérémonie solennelle qùé les loià fondamentales du royaume furent discutées et consenties.

Cette assemblée emprunta au temps, au lieu , à l'esprit d'mdépendance qui

( * ) Na quai vos dea por annas , e deixoa. Âs qae elle para si na crur tomoa.

Câiiobns.

On peut voir 4ans plusieurs auteurs, et Dotammeot dans Faria y Souza , ces armes primitives. Elles sont également figurées, avec lears diverses modiUcaUoas , dans VHatorva genealoffÛM da Cota realj^ Antanio Gaétan» àe Souza, Lisboa, tm-48. 14 vol. grand in-4.

animait la f»\A%y quel^iit «heif de fort simple , dont le vieux texte lui seul peut nous transmettre l'idée : ce fut l'élu du peuple qui parla d'abord ; voilà comment il s'exprima ;

« Et le seigneur roi, tenant à là main la même épée nue au'il avait portée à la guerre^ dit : Loue soit Dieu ^i m'a aidé! c'est avec cette épée que je voue ai d^vrés et que j'ai vaincu nos ennemis (*) ; et puisque vous m'avea fait votre roi et votre compagnon, il convient que . nous fassionsdes lois qui assurent la tranquillité à ootn) pavs ; à eela ils répondirent tous disant i Nous voulons^ aire^ el noussommee prêts à faire telles lois qu'il vous plaira de dicter, car nous tous« ainsi que nos fils et nos filles, nos petite*' fils et pétites-filles, nous ferons oe que vous eommanderez. Le roi apoela alore les évêques, les nobles, et les fondée de pouvoir des villes , et il fut convenu d'un oommun accord qu'on commen«> cerait par fiûre les lois touchant la sue» cession à la couronne, et ils firent les lois suivantes :

« Que le seigneur Alphonse, roi^ vive et qu'il règne sur nous. S'il a des en» fants mâles, qu'ils vivent et qu'ils soient nos rois^ sans qu'il y ait besoin de 1m constituer de nouveau rois ; voici l'or^ dre de la succession : le fils sueoédeia ad père, puis le petit-fils, et ensuite l'arrière-petit-fils, et ainsi à perpétuité ^ dans leurs descendabts de père en fils*

« Si le flic atné du roi meurt pendant la vie de son père, le second fils ( après la mort du roi son père ) sera roi ; le troisième succédera au second , le quatrième au troisième , et ainsi des au*" très fils du roi.

«Si le roi meurt satis enfants mâles, le frère du roi^ s'il en a un, régnera, mais pendant sa vie seuleitient^ car après se mort, le fils de ce dernier roi ne sera pas notre roi , à moins que lesévêquee, les députés des villes et les nobles de la maison du roi ne l'élisent , et alors il sera notre roî^ sans quoi il ne régnera pas.

« Alors Lourenço Viegas, procureur du seigneur roi^ dit aux députes : Le.roî

(* ) Disons eh passant que le bouclier d*AJPfbnso , conservé Jadis à Alcobaça et arraché du sanctuaire, a été pieusement remis pail^ M. Tayior à la Biblioth^ue deLiBbbimé»

L'umvïais.

demande si vous voulez que les filles soient admises à succéder à la couronne, et, dans ce cas, s*il vous plaît de faire des lois y relatives. Après une discussion qui dura plusieurs heures, ils s'accordèrent , et prirent la résolution suivante :

« Les filles du seigneur roi étant également issues de lui, nous voulons qu'elles puissent succéder à la couronne, et qu'il soit fait des lois à cet effet, et les évéques et les nobles firent les lois suivantes :

« Si le roi de Portugal n'a point d'enfant mâle, et qu'il ait une fille, elle sera reine après la mort du roi, pourvu qu'elle se marie avec un seigneur portugais; mais il ne' portera le nom de roi que quand il aura un enfant mâle ' de la reine qui l'aura épousé. Quand il paraîtra en public en compagnie de la reine, il se tiendra toujours à sa gauche et ne mettra point la couronne royale sur la tête. Que cette loi soit toujours observée , et que la fille aînée du roi n'ait pas d'autre mari qu'un seigneur portugais , afin qu'un étranger ne devienne point le maître du royaume. Si la fille du roi épousait . uu prince étranger, elle ne sera pas reconnue pour reine , parce que nous ne voulons pas c|ue nos peuples soient obligés d'obéir à un roi qui ne serait pas né Portugais, puisque ce sont nos sujets et nos compatriotes qui , sans le secours d'autrui, mais pas leur vaillance et aux dépens de leur sang, nous ont fait roi (*). »

Après avoir pourvu aux lois de la succession du royaume, il en fut fait immédiatement plusieurs touchant la noblesse , et l'on s'occupa ensuite de la pénalité. Il y a certaines dispositions, dans cette ébauche de code, qui sont essentiellement originales et qui constatent la situation morale du paysà cette époque. Tout individu, par exemple, qui, étant pris par les infidèles , demeurait parmi eux sans cesser de confesser la loi ou Christ, donnait la noblesse à ses enfants ; tous ceux qui avaient combattu à la journée d'Ourique furent considérés

(* } Od a reprodait ici , comme étant la plus iidèle«uDe traductioa récente de ces fragments : elle est extraite d*an livre inUtuIé : Eicposé des droits de S. M. Trèê'Fidèle D, Maria II. Paris, 1S30, 1 vol. ia 4»

comme nobles, et reçurent la dénomination de sujets par excellence. La loi qui réoompensait ainsi le courage et la persévérance religieuse se montra sans indulgence pour certains délits ; elle atteste en même temps, au milieu de dispositions démesurément sévères, une tendance chevaleresque, bien digne de ces esprits indépendants. Un noble perdait sa noblesse pour avoir frappé une femme, pour avoir déguisé la vérité au roi, pour avoir mal parlé de la reine ou des infantes ; la fuite au milieu des iMaures frappait le délinquant de la même peine, et le blasphème contre Dieu trouva la loi aussi sévère.

La récidive dans le vol pouvait entraîner la mort; le meurtrier, de quelque condition qu'il fdt, était atteint du dernier supplice; le feu punit l'adultère; et trois siècles plus tard , lorsque Joam 1" fît brûler impitoyablement un jeune écuyer qui avait des relations coupables avec une dame du palais , il se montra plus terrible encore que le premier législateur, car la loi de Lamego adoucit cette peine cruelle par des dispositions qui permettaient a la pitié d'intervenir.

Ce fut encore dans cette assemblée solennelle qa'Affonso Henriquez, voulant donner une preuve de sa vénération pour saint Bernard, plaça le royaume au'il venait d'acquérir sous la protection de Notre-Dame de Clair vaux. Non-seulement il appela la protection de la Vierge sur ses sujets, ce qui n'avait rien que de fort naturel durant cette 'période du moyen â^e , mais il rendit son royaume feudataire de l'abbaye de Clairvaux, disent plusieurs historiens, en s'engagea ut pour lui et ses successeurs à payer annuellement cinquante niaravédis d'or pur. Laclède, oui raconte ce fait d'une manière détaillée, affirme que l'on conservait à Clairvaux l'acte authenti(|ue constatant ce fait étrange de féodalité, unique peut-être en son genre.

Après les cortès de Lamego, Atfonso Henriquez continua vigoureusement la guerre qu'il faisait aux Maures , et , le 11 mars 1147^ il s'empara de Santarem : Mem Ramirez dirigea ce siège important. La même année, le jeune monarque résolut d'assiéger Lisbonne, etle hasard servit merveilleusement ce courageux dessein. Une flotte de croisés, composée

de deux cents voiles, venant du Nord et ayant pour chef Arnold d'Aerschot, joignit ses rudes combattants aux braves soldats qui avaient remporté tant de victoires. Le siège dura cinq mois ; il fut fertile en incidents d'un vif intérêt, et toutes les circonstances en ont été naïvement exposées par un moine du Nord, nommé Otto ou Otta, qui ne laissa passer aucun événement important sans le raconter (*), Rien de plus frappant, du reste, quecette lutte ae peuples si divers , que cette persévérance animée par une foi qui fait surmonter tant d'obstacles. L'ardeur religieuse vient douer tout à coup ces hommes, encore si rudes , du génie inventif qui crée les engins les plus redoutables ou qui sait les renverser. Les peuples du Nord sont frappés eux-mêmes de ces curieuses circonstances, et en font l'objet de leurs récits. Mathieu Paris renferme plus d'une page intéressante où ces guerres contre les Maures sont racontées naïvement. Ce ftit le 23 octobre 1 147 que le roi Affonso entra dans Lisbonne.

Plusieurs de ces hardis soldats venus du Nord reçurent, en récompense de leur courage, certaines concessions qui les fixèrent en Portugal ; et Ton peut même faire dater de cette époque mémorable quelques dénominations, quelques usages oui subsistent encore, et attestent l'influence française à cette époque si reculée. Il serait curieux sans doute de rappeler ici des noms que le temps a faitoubiier; mais si nous avions à mettre en évidence les gloires militaires contemporaines d' Affonso Henri quez, ce serait de préférence des noms portugais que nous voudrions citer : il faudrait parler de Sueiro Mendez le Bon, deGonzalo Mendez, surnommé le Lutteur, de ce Marti m Moniz qui se Gt écraser entre la porte du château de Lisbonne et la muraille, pour faciliter l'entrée de la cité aux assaillants. Il faudrait désigner à l'admiration des siècles Mem Moniz, c|ui, après avoir commandé l'aile gauche a la bataille d'Ourique, s'illustra encore à Yilla-Rasa ; Garcia Mendez le grand porte-étendard; Giraldo Giraldez, surnommé Sans-Peur, qui s'em-

(*) Jo&o III, prioce eesentiellement littéraire, voulut que cette chronique inédite lût pu* Lliée.

para avec un courage si intrépide de ta cité d'Evora ; il faudrait nommer surtout D. Puas Roupinho, qui alla mourir devant Ceuta, et qui marche en tête de toutes les gloires maritimes dont se vante le Portugal. L'espace nous manque pour raconter tant de faits éclatants. Disons-le d'ailleurs , le caractère particulier de cet ouvrage ne nous oblige pas uniquement à. citer les gloires militaires, il exige que nous fassions connaître le mouvement intellectuel, les mœurs nationales et même les monuments.

L'espace consacré au récit des batailles est nécessairement limité pour nous {*). Affonso Henriquez n'était pas seulement un prince guerrier, c'était un prince législateur, un fondateur de cités et de monastères; en 1148, le 2 février, il posa la première pierre du couvent d'Alcobaça , et voici à quelle occasion : si l'on en croit les vieux historiens, au milieu de la vie agitée qu'il menait dans les camps, et même après la fameuse assemblée de Laraego, le premier roi des Portugais aurait conservé des relations avec saint Bernard ; et en 1147 , comme il se mettait en route de Goimbre pour aller prendre Santarem, arrivé à une montagne nommée Serra de Albardos , il aurait fait vœu , s'il accomplissait heureusement cette rude entreprise, de donner à saint Bernard et aux religieux de son ordre toutes les terres quHl voyait de ces montagnes du côté où les eaux se dirigeaient vers la mer. Nous ferons grâce au lecteur des miracles qui accompagnent ce récit; l'habile et savant Pedro Ribeiro a dégagé victorieusement l'histoire de cette légende. Ce qu'il y a de certain, c'est que le monastère de Clair val fournit à Alcobaça ses premiers religieux, et que l'abbé Ranulpho, gui les dirigea sous Affonso Henriquez, tut envoyé par saint Bernard. Ce fut dans ce noble monastère que le propre frère du roi , que D. F. Pedro Affonso

Erit l'habit religieux , après avoir vailimment combattu et avoir rempli une ambassade en France. D. Affonso Henriquez ne s'en tint pas à cette fondation

( *) Voy. ce récit détaillé , extrait des vieux historiens, dans nos Chroniques chevaleresquea de V Espagne et du Portugal,

Vè

L'UNIVERS

magoificnie. L'archidiacre de la cathédrale de poimbre, D.Tello, avait formé, sous le titre de Santa-Cruz, un institut religieux destiné à fournir des prédica* teurs aux terres nouvellement conquises.

Dès 1 1 33 il s'y était réfugié avec quelques compagnons , en adoptant la règle de S^nt-Augustin^et il avait eu la gloire de devenir le maître spirituel de S. Theotonio. Affonso Henriquez agrandit encore cet édifice religieux , et il fit élever réglise où devait être placé son tombeau.

Lisbonne, Goimbre,Santarem, toutes ces villes dans lesquelles le clergé établissait chaque jour davantage sa puissance, toutes ces cités , dis-je, offraient une population mixte « catholique et musulmane, dont il est curieux de connaître au moins d'une manière générale la position respective { à défaut d'une description plus longue, nous allons esquisser ce tableau dans le paragraphe suivant.

BBLÀTlOIfS DES KAUAES AVSG LES POPULATIONS CHRÉTIENNES DUB4NT LE ONEIÈMB ET LE D0U2IÈME SIECLE»

— Les antiques monuments de cette époque nous portent à croire que ces rela« tions étaient plus pacifiques, plus faciles dans les villes ^ et même dans certains établissements éloignés des centres de population, qu'on n'est tenté au premier abord de le supposer. Si, d'un côté, 1'or« donnance(*) qu' Albocassem, roi des Mau* res des environs de Coimbre , rendit en fsfveur des moines de Lorvâo^ nous est une preuve de ces dispositions pacifi* ques, je dirai même bienveillantes, de la part des musulmans, certains doou* ments récemment exhumés nous prott<»

tent qu'il y eut réciprocité de la part des conquérants chrétiens. Tout nous porte à croire qu'après ces terribles ba»tailles d'extermination^ où le principe religieux, exalté jusqu'à la frénésie, se montrait comme premier mobile, les populations se mêlaient de nouveau et établissaient entre elles des transactions politiques et commerciales , comme par le passé. Après la prise de Lisbonne les

(*> Voy. le savant ouvrage deRayiïouard, Hêcherche» sur la langue romane , 1. 1^ Le texte de cette ordonnaoce» si précieax pour Tétude des origines, est reproduit avec la plus saine critique.

Maures eurent dans Affonso Henriquei un protecteur déclaré. Ce prince leur donna même des garanties publiques, qui leur conservaient certams droits vis-à-vis des populations chrétiennes, et un ouvrage récemment publié. prouve qu'en 1 218 ce roi rendit une ordonnance qui mettait à l'abri de tout dommage les Maures de Lisbonne, d'Almada, de Palmella et d'Alcacer (1). Il serait facile de multiplier. Içs détails secondaires qui se rattachent à ce fait historique ; et plus tard dans Edrisi lui-même on entend un écrivain arabe vanter la singulière hospitalité dont les moines de Saint-Vicente usaient à l'égard de tous les étrangers. Une des meilleures preuves , du reste, que ces rapports tournaient quel* quefois à l'avantage des populations chrétiennes t c'est qu^il existe des docu*ments dans lesquels <in voit des prêtres catholiques porter des noms musulmans C*), Ces conversions s'opéraient par une foule de moyens « tantôt par des prédications soutenues, en d'autres occasions par des circonstances étranges qui ont donné lieu à certaines légendes^ Qu'il me soit permis d'en choisir une preuve dans un livre trop peu consulté; nous ne donnons d'ailleurs ce fait qu'à titre de tradition, et comme faisant coq* naître lés mœurs de cette période.

SOR-fiOSIMUNDA, LÉGENDE DU DOU- ZIEME SIÈCLE. — Jorge Cardoso raconte qu'à l'époqueoii vivait le comte D. Hen* rique^ le père du roi dont nous retraçons l'histoire, il y avait dans le coûtent d' A^ rouca une jeune et belle abbesse qui avait une haute réputation de sainteté; les

ârands de la terre venaient l'implorer ans leurs douleurs, et les pauvres gens allaient se recommander humblement à ses prières. Le comte Henrique lui-même, à la veille des batailles qu'il livrait aux Maures , venait visiter Tabbesse du couvent d'Arouca, et il en sortait plus fort. « Or un jour, dit le vieil historien, que le comte était venu la visiter, il avait amené avec lui un Maure > noble et jeune. Dès ^ue celui-ci eut vu l'abbesse si digne ceoendant de respect , son âme fut éprise ae sa beauté en telle manière qu'il avoua au comte qu'on lui verrait adopter le christianisme, si on la lui

(* ) Voy. Çttftdro tUmtntar^ 1 1, p. «S» (**) Memorias de LUUraturat t. Vll.

POATCGiJU

fowr ^(ue*, maU le comte,

qui savait rimposHBibilité de cette union, le détrempa immédiatement. Or, étant informée de la manière dont les choses avaient eu lieu, Rosimunda se prit à dire une affectueuse oraison , suppliant Dieu qoMl illuminât cette âme; puis elle fit aviser le comte d^amener le Maure avec lui en Téglise; et, accompagnée de ses sœurs ^ eue l'attendit à la porte du lieu saint; puis quand 11 fut près d'elle, lui prenant la main, elle lui dit : « Tu m'as aimée ardemment, et tu as désii^ de m'di>tenir pour femme; le comte t'a refusé, mais ce(j[u'il ne peut, mon Seigneur Jésus-Christ va le taire. Il veut que nous soyons tous deux unis en une même foi , et que nous jouissions de la même grâce. » Puis le Maure ayant pénétré en Téglise, touché de l'esprit divin, se convertit. Ce fut un grand et parfait chrétien {*) i »

Page 1