LIEUX DE BIENFAISANCE EXISTANT
YEBs 1550. — A cette époque de réelle prospérité, Lisbonne renfermait des établissements de charité et de bienfaisance, mieux organisés et plus soigneusement administrés peut-être que ceux des autres grandes cités de l'Europe. Non-seulement quelques-uns des couvents q'ue nous avons mentionnés offraient des lieux de refuge pour les impotents ou pour les malades, mais, dès le quinzième siècle , Joam II avait édifié l'hôpital de tous les Saints , maison centrale dont relevaient les autres établissements du même genre. Outre gue cet immense édifice renfermait cinq vastes infirmeries , un local séparé, où l'on donnait des lits, était destiné aux pèlerins nationaux et étrangers , qui ne savaient
comment se procurer un asile. Au dire de Rodriguez d'Oliveyra, ces cinq infirmeries ne renfermaient que quatre-vingt-dix-huit lits, mais il y en avait tout autant dans rhôpital inférieur dont nous venons de parier. L'hôpital de Nossa'Senho7*adasvirtudes, destiné particulièrement aux incurables, celui de SanctorAnna, qui était d'une haute antiquité et dans lequel alla peut-être mourir le plus noble génie du Portugal ; l'hospice des Palmeiros, destiné aux pèlerins connus sous ce nom, celui dos Pescadores Chincheiros^ celui encore dos Fescadores linheirosy puis le lieu de bienfaisance portant le nom bizarre à'Acata qtie foras ( vois ce que feras ) , montrent qu'une sollicitude prévoyante
S résidait à cette épogue au bien-être e la population laborieuse.
Nous allons faire voir par un curieux document , pour ainsi dire inédit, comment l'industrie de l'antiaue cité peut expliquer et la nécessité ae ces établissement et le luxe qui régnait dans la classe privilégiée. .
TABLEAU DES GENS DE MBTIEB EXIS- TANT A LISBONNE DE 1550 A 1551, EXTBAIT DU LIYBÉ DE BODBIOUEZ DE OLIYEYBA (*).
« Médecins^ 57
Chirurgiens, 70
Apothicaires, 46
Maîtres de grammaire, 7
Maîtres qui enseignent à lire, 34
Écoles publiques d'orgue, 13
Écoles publiques où Ton enseigne à danser. 14
(« Il y a en outre des hommes qui vont enseigner la noblesse dans les maisons particulières. »)
Écoles puhUques d'escrime.
« On en compte quatre , et outre cela il y a beaucoup de gentilshommes qui enseignent cet art à la noblesse et qui ont de nombreux élèves. »
Marchands banquiers, 6
Marchands de soie en gros, 28
Marchands en gros , qui achètent
par association, 30
(*) La bibliothèque Saiote-Geneviève possède an exemplaire de cette précieose statistiqae du seizième siècle que nous avons été heureux de pouvoir mettre a profit.
L'UNIVERS
Marchands de drap tenant boutique, 60 Marchands d'objets variés, 458 Traitants, 620 Joueurs^ d'épinette ( têcla ) , 20 Chanteurs, 160 Joueurs de chalemie (sorte de
hautbois ) , 20
Trompettes, 12
Timbaliers , 8
Offices mécaniques.
Peintres^ 76
Dessinateurs, 47 Cartographes faisant cartes roa«
rines, , 10
Lapidaires, 32
Orfèvres, 480!
IMPBIMBUBS (sic.) 5
Libraires (*), 54
Maîtres d'atours, 6
Brodeurs , 10
Passementiers, 133
Tailleurs, 159
Chaussiers, 173
Bonnetiers vendant bonnets, 15
id. vendant capuchons, 14
Fripiers, 119
Fripiers tenant les pourpoints , 24 Matelassiers , 27
Frangiers , 10
Coiffeurs , 6
Boutonniers , 20
Tondeurs de drap, 1 39
Cardeurs, 16
Chapeliers, 206
Teinturiers, 39
Si nous avions plus d'espace à consacrer à une telle nomenclature, et si nous ne craignions pas surtout de fatiguer l'esprit du lecteur, il nous serait aisé, grâce à Rodriguez d'Olivevra , de donner encore une foule de détails curieux sur des professions qui n'existent plus, ou sur des états c[u on ne soupçonnerait pas devoir exister à Lisbonne au seizième siècle. On ne serait pas surpris , sans doute, de trouver dans une ville telle que cette capitale quatorze armuriers ; trente couteliers, mais il pourrait paraître extraordinaire d'y rencon-
C^ Noos ferons remarquer en passant qae le libraire le plus en yogne de cette époque devait être Gil Marinho, comme Germ&o Galhardo était, l'imprimeur le plus occupé. GU Marinho, libraire de iUnfant D. Lui«, demeurait dans le propre palais du prince.
trer trente-neuf doreurs. SMl n^esd pas bien étrange de voir mentionner cent quatre-vingt-dix barbiers, deux cents taverniers, cent dix-neuf cordonniers ^ on peut rejgarder comme une marque du luxe qui régnait alors huit miroitiers, sans compter quatre marchands de cristaux et quatre lunettiers. En 1551 nous voyons inscrits quatre cent quatre-vingt-douze charpentiers et menuisiers, deux cents charpentiers occupés dans le port, cent quatorze calfats , cent soixante-dix-sept pilotes ; il n'y a rien en cela dont on doive être surpris sans doute, mais qui croirait qu'on va trouver dans cette nomenclature aes individus occupés sur le port , douze hommes dont l'unique omce est de chercher l'or sur le rivage (*)? En ce temps huit femmes étalent occupées à pariumer les gants , et douze autres fabriquaient uniquement des cosmétiques. Disons aussi avec r^ret que si, dans la statistique ordonnée par l'archevêque, on trouve mentionnés tous les états qui attestent les raffinements du luxe;, il n'en est pas de même des professions libérales qui portent l'instruction dans les familles. Nous ne trouvons indiquées ici que deux femmes dont l'office soit d'enseigner la lecture aux jeunes filles, mais en revanche il y a plus loin douze écrivains publics sans cesse occupés à transmettre des messages!
quatre cent trente orfèvres et deux femmes pour enseigner à lire! Toute la vieille civilisation de Lisbonne est bien là.
ÉTAT DBS OBÀNDESFOETimBS EXIS- TANT AU SEIZIÈME SIECLE. — La fortune de quelques grands seigneurs portugais était devenue au seizième siècle fort considérable, surtout si on la compare à celle, de la noblesse dans quelques autres États de l'Europe. Nous
(*) Cette profession devait être fort ancienne,^ car Edrisi, le géographe arabe, dit positivement qu'U vitdes individus vers Almada à rembouchure du Tage, dont Toccupation était de ctiercher des pépites d'or parmi les sables du rivage; ceci cadre trop bien au rQBte avec une antique tradition, pour qu'il soit possible d'en douter. Telle était encore Tabondance des pail^lettes métalliques roulées par le fleuve vers le commencement du seizième siècle, que Marineo Siculo parle d'un sceptre et d'une couronne
Fortes par D. Manoel et provenant tous deux de or trouvé dans le Tage.
voudrions pouvoir suivre ces fortunes diverses dans Taccroissement qu'elles avaient pu subir sous D. Manoel ; il est curieux toutefois de trouver ici un tableau qu'on peut modifier en suivant certains progrès. On Ta extrait d'un auteur étranger, fort à même par sa position de savoir à quoi s'en tenir sur ce point. Après avoir mentionné les richesses du roi de Portugal, Marineo Siculo ajoute : Il y a aussi dans ce pays beaucoup de grands seigneurs et de personnages illustres ayant grand revenu, nous nommerons ceux qui viendront en notre souvenir (*) :
Ducats,
En première ligne le duc de Bragance ; il est du sang royal et il possède, de rente, 40,000
Le due de Barcellos, fils dodit seigneur, ....
Le duc de Coimbre et marquis de Terres Novas; je n'ai pu connaître son revenu,
Le marquisde Villa-Real , comte de Alcoutim, 15,000
Le comte de Marialva , de la maison des Goutinho , 12,000
Le comte de Penella, de la maison des Vasconcellos^ 4,000
Le comte de Portalègre, de la maison des Sylveira , grand majordome du roi, 5,000
Le comte de Vimiêso, de la maison de Souza , 8,000
Le comte de Tentugal, du sang royal, 8,000
Le comte d'Abrantès, de la maison d'Almeida, 8,000
Le comte de Freira, de la maison des Pereira, 3,000
Le comte de Linharès, trèsproche parent du roi , 3,000
Le comte de Ronda , de la maison des Coutinfao , 5,000
l'ESCLATAGE a LISBONNE AU SEI- ZIEME SIÈCLE Si l'on s'en rapporte à
un opuscule écrit d'un style tout familier par le célèbre Damiao de Gocs, petit livre qui fut publié dix ans environ avant les recherches statistiques de Ro-
(*) Voy. MariDeo Siculo, De las cosas mémorables de EspaAa, Cet auteur écrivait sous le rème de Joam II. Les grandes fortunes territoriales n'avaient pas où subir un changement complet dans Tespaoe de soixante ans.
driguez d'Oliveyra, c'est-à-dîre en 1541, on exportait chaque année de la Nigritie proprement dite ving^deux mille noirs, qu'on répandait sur toute l'étendue du Portugal , et il ne faut pas faire entrer dans ce calcul les esclaves importés de la Mauritanie , de l'Inde et du Brésil (*), Tout cela nous jette bien loin, on le voit, de ces transactions solennelles dont parle si éloquemment Gomez Ëannez de Azurara, et durant lesquelles l'infant D. Henrique faisait vendre des esclaves pour gagner quelques âmes de plus à la religion du Christ. L'abominable trafic s'était si rapidement organisé, que vers 1465, c'est-à-dire vingt ans plus tard , Rosmithal-et-61athna, le prince hongrois, faisait sourire les gens de la cour, en demandant comme une certaine faveur , deux esclaves éthiopiens , pour les envoyer vers le nord. « Ce sont choses qu'on ne demande point, » lui dit avec dédain le frère d'Affonso V. Cataldo Siculo renferme à ce sujet de curieuses révélations. Enfin sous D. Manoel et sous Joâo III, ce régi me d'esclavage était arrivé à de tels abus , il avait en quelque sorte envahi si complètement toutes les classes de la société , que les étrangers ne pouvaient en observer les résultats sans une sorte de terreur et que divers écrits du seizième siècle tonnent avec énergie contre cet état déplorable de la population inférieure a Lisbonne et dans les villes principales du Portugal. Écoutons un moment l'un des voyageurs les plus modérés et les plus savants de cette période, et comprenons bien l'abus, par la naïveté des tableaux que Klenardt nous a retracés. « Ici , dit-il , nous sommes tous nobles, et nous ne portons rien dans les mains par les rues... Pensezvmis qu'une mère de famille daigne acheter son poisson ou cuire ses herbes elle-même?.... elle ne sert de rien au ménage que par sa langue pour défendre le titre de ses noces.... Tout se fait par le ministère des esclaves maures ou éthiopiens, dont la Lusitanie et Lisbonne surtout sont si remplies , qu'il y en a plus apparemment q^ue de sujets libres.... Point de maison ou l'on ne trouve au moins une servante maure,
(*) ^ûpania, pet. vol. in-4*.
L'UmVERS.
esclave, et c*est elle qui achète, qui balaye, qui lave, oui porte Teau , enfin qui fait tout; véritable jument de somme, ne différant de la jument que par la forme.... Les riches possèdent un grand nombre de ces esclaves des deux sexes , avec lesquels , par un efifet de la licence des mœurs, il se fait un grand commerce de nouveau-nés au profit du maître, celui-ci les eédant pour de l'argent à quelque amateur éloigné ou à quelque Maure captif (*). » Rosmithal-et- Blathna , dont nous avons déjà invoqué le témoignage, ne pouvait , quelques années auparavant, retenir un cri de surprise, a la vue de tous les noirs qu'il rencontrait à Évora. Ce qu'il y a d'étrange sans doute, c'est que la plupart de ces esclaves restaient sur les terres soumises à la grande maîtrise de Tordre du Christ , et qu'ils en formaient la richesse principale. Les villes de l'Algarve s'enrichirent au moyen de cet épouvantable commerce, et Lagos devint surtout un point central ou les marchés d'esclaves ne désemplirent que rarement.
PHYSIONOMIE DB LISBONNE DUBANT LA. BBBNIÈBE MOITIÉ DU SEIZIÈMB SIECLE; ASPECT DES BUES ET DES
EDIFICES. — Vers cette époque deux ambassadeurs vénitiens visitaient Lisbonne, et, de retour dans leur pays, ils donnèrent une description pittoresque de la grande cité : c'est à eux que nous aurons recours pour la faire connaître , parce que leur rang , leur rare inteUigence leur donnait la faculté de bien connaître le pays qu'ils visitaient. De grands changements n'avaient pas dû s'opérer encore depuis la mort de Joâo m. « Bien que Lisbonne soit vaste et noble entre les villes^ il n'y a pas un seul palais de bourgeois ou de fidalgo , qui mérite considération quant à la matière , et , sous le rapport de l'architecture , c'est à peine si l'on peut dire que les édifices soient grands ; toutefois ils savent les orner de telle façon, que, pour dire vrai, ce sont des lieux magnifiques. Ils ont coutume de tendre les appartements de satin de Damas et d'étoue très-fine en hiver, qu'ils remplacent en
f*) Voy. NicxdaU Clenardi Bpitiolarum Ubri dtio, trad. de M. le marquis S. D. dans VAnalecta BibUM, 1. 1, p. 456.
été par des cuirs dorés fort riches qu'on fabrique dans la cité même.
« Les rues, bien que larges, sont fort incommodes, à cause des descentes et des montées continuelles nécessitées par l'inégalité du terrain. Cest ce qui contraint les habitants à faire usa^e du cheval. Aussi voit-on dans cette ville grand nombre de fort beaux genêts , que les Portugais achètent à tout prix, vu Je cas extrême qu'ils en font. Us n'ont pas l'usage des coches, et les cinq ou six voitures qu'il y avait là appartenaient à des Castillans suivant la cour. Autant les rues en général sont mauvaises et incommodes pour aller, soit à pied, soit en coche, autant est agréable et facile la belle rua Nova en raison de son étendue et de sa largeur. Ce qui contribue surtout à la rendre telle, c'est l'infinité de boutiques pleines de marchandises à Tusage d'une population noble et riche, dont elle est animée. Parmi elles on en voit cinq ou six qui vendent des objets
{>rovenant de l'Inde, tels que : porce* aines très-fines de diverses espèces , coquillages , cocos travaillés de diverses manières , cof&ets garnis de nacre de
perle et autres objets semblables
Dans la même rue il y a beaucoup de boutiques de libraires, vendant un nombre infini de livres portugais, castillans , italiens et latins. Us sont tousfort chers, et c'est pour cela que les étudiants, en raison de leur pauvreté , préfèrent les louer (comme on dit là-bas) à tant par jour, au lieu de les acheter. Il ne faut pas oublier ici que sur la place dite du Pelourinhoveïho, il y a continuellement et se tenant assis avec une table devant eux , certains écrivains, lesquels on peut appeler notaires ou copistes sans caractère d'officiers publics, et qui gagnent leur vie à faire ce métier : aussitôt qu'un paroissien a la fantaisie de se présenter a eux , ils rédigent immédiatement ce que l'on peut souhaiter, de sorte que tantôt ils composent des lettres d'amour dontonfaitgrandeconsommation, tantôt des éloges, tantôt des prières, des vers, des oraisons funèbres , des re- , quêtes, ou tout autre objet, dans un • style uni ou pompeux comme bon semble. | « Près de la rue Neuve, on remarque ' beaucoup d'autres rues, chacune desquelles a ses boutiques consacrées à
tOATUGAL.
un seuf genre de marchandises. Dans celles des orfèvres travaillant Tor, il y avait beaucoup de vendeurs mal^fournis en pierres précieuses, perles^ambre et musc , par suite du retard de la flotte. L'argent à Lisbonne est travaillé avec délicatesse et variété , il prend des formes infinies , parce que c'est la coutume parmi les bourgeois comme parmi les nobles d'user de plats et de vases fabriqués avec ce métal. Uy alà égalementdes boutiques remplies de confitures, de fruits secs, de desserts élégamment disposés , dont on fait grand trafic et qu'on expédieen diverses parties du monde. On remarque une rue, et elle est unique, où ' l'on vend aussi grande quantité de toiles de toute espèce, provenant de Portugal, de Flandre et d'Italie , et parmi les premières, pour dire vrai, il y en a quelquesunes qu on peut appeler belles et qu'on désigne sous le nom de Casiguino? Elles se distinguent par leur finesse et par leur blancheur; on y trouve quelques mouchoirs à la morisque*, ils sont beaux et à bon marché. Dans un autre endroit, en certaine petite rue , on travaille délicatement au tour ; on fait là des parasols de barbe de baleine, ouvrages vraiment achevés; on y travaille des cocos en forme de tasses avec des garnitures de bois du Brésil. Les vases d'étain, et une foule d'objets faits avec ce métal , se fabriquent en grand nombre dans une autre rue et sont exportés pour les Indes , où ils donnent de gros profits
Les habitants de la cité de Lisbonne et de tout le Portugal sont de moyenne stature , plutôt petits que grands , de couleur hâlée, ayant les yeux et la barbe noirs, les yeux principalement d'un noir très-foncé, et présentent en tout beaucoup de ressemblance avec les Grecs. » Le noble voyageur entre ici dans quelques détails sur le costume propre aux dames et aux cavaliers de Lisbonne ; il s'étend avec complaisance
(*) L'auteur fournit dans ce paragraphe pin- Bieciis renseignements sur le commerce des Indes, et Doos ne les répéterons pas, poar éviter les redites; mais ce qull y a de curieux de la part da voyageur vénitien, c'est qu'après avoir tiouméré les marchandises qui arrivaient par la voie d'Egypte, il avoue que le tout ne s'élevait pas à la millième partie de ce qu'apportaieat ks flottes de Portugal.
sor le luxe de soierie que ne tarda pas à introduire ladomination espagnole, éloignée encore beaucoup néanmoins de la période qui nous occupe; mais nous avons pensé que les vêtements affectés aux portraits authentiques des Vasco da Gama, des Albuquerque et des Joâo da Castro, offriraient une idée bien plus nette de certains costumes que toutes les dissertations, fussent-elles écrites par des auteurs contemporains; et nous avons d'ailleurs complété ce coup d'œil par la reproduction d'une gravure de la Bibliothèque royale, qui date aussi du seizième siècle.
« Les Portugais , poursuit notre auteur, sont plus avides de louanges que quelque autre nation que ce pmsse être ; ils prétendent que leurs exploits sont miraculeux, et ils célèbrent Lisbonne avec une telle redondance de paroles, qu'ils la prétendent égale aux plus grandes cites du monde ; aussi ont-ils coutume de dire : « Quem nao vé Lisboa, nào vé cousa boa; qui ne voit point Lisbonne, n'a rien vu de beau.
« L'homme du peuple veut qu'on le traite de Senhor , mauvaise habitude du reste commune à toute l'Espagne. Ces gens-là vivent d'épargne, parce que la population en général est pauvre, et que les cavaUeiros qu'on tient pour riches fondent leur opulence sur la possession d'une ou deux aidées renfermant trente ou quarante familles chacune, et cela au milieu de campagnes stériles avec vingt ou trente journaux de terre cultivée. . . Peu de personnes s'adonnent ici aux lettres, mais il y en a un grand nombre qui s'appliquent au commerce, genre de vie abhorré des nobles , qui ne veulent entendre parler de rien de pareil , tenant pour tres-vils les marchands; ils s'exercent extérieurement aux armes et quelque peu au maniement du cheval, se contentant d'avoir quelques légers principes de ces deux arts , sans s'astreindre à un enseignement bien prolongé.
« Les femmes portugaises sont remarbles par leur beauté et par l'élégance de leurs proportions ; leurs cheveux sont naturellement noirs, mais quelques-unes les teignent en blond. Leur maintien est agréable, leurs traits gracieux; elles ont les yeux noirs et scintillants, ce qui accroît leur beauté, et nous pouvons
dss
L'UNIVERS
affirmer en toute sincérité que durant tout notre voyage dans la Péninsule les femmes qui nous ont semblé les plus belles sont précisément celles de Lisbonne (*}
a Le vêtement des femmes à Lisbonne est celui de toutes les femmes de TËs^ pagne, c'est*à-dire qu'il consiste en une grande cape de laine ou de soie (selon la condition) dont elles s'enveloppent entièrement le corps, en se cachant même le visage ; elles vont ainsi où bon leur semble, si parfaitement déguisées, que leurs propres maris ne les peuvent reconnaître, privilège dont elles tirent plus de liberté qu'il ne convient à des femmes bien nées et bien morigénées. Les dames nobles ont coutume de marcher par la cité accompagnées de serviteurs bien vêtus , qui les précèdent d'un pas lent et reposé ; elles ont aussi près d'elles des femmes qui les suivent avec une gravité très-grande : elles ne considèrent pas comme signe d'une bonne réputation d'être accompagnées de damoiselles..
« Le même peuple vit pauvrement, sa victuaille journalière consistant en sardines cuites et salées, qu'on vend en grande abondance dans toute la ville ; il achète rarement de la viande , parce que Tespèce de poisson dont nous venons de parler est un aliment à meilleur marché. On le pêche en quantité remarquable; hors de la barre, on en prend bien d'autre de toute qualité, il est même fort gros , mais en général moins agréable au goût que celui des eaux de Venise. Il est si cher, que son prix fait rétonnement des étrangers. Les habitants eux-mêmes rachètent à un haut prix, et en général ils se trouvent mal de la cherté excessive de tout ce qui sert à la vie animale. Les pauvres mangent une espèce de pain qui ne vaut rien du tout , et qui est en conséquence à bon marché. Il est fait du blé que produit le pays, et rempli de terre, parce qu'on n'est pas dans l'usage de vanner le grain, mais qu'on l'envoie moudre, au contraire , dans les moulins à vent comme il sort de l'aire de la grange. Le pain
(*) Le voyageur véoitieDinsiste ici sar la quantité de fard dont les dames espagnoles se couvraient, dit-il, le visage au seizième siècle, et U remarque que cet usage était étranger aux Por-
blanc , le pain agréable au goût, se fabrique avec du froment venant de l'étranger. U provient de France, de Flandre et d'Allemagne, et les navires appartenant à ces pavs l'apportent lorsqu'ils viennent chercher à Lisbonne du sel et des épices. Ce blé, pour dire vrai , n'est pas non plus vanné, mais de pauvres femmes le choisissent grain à grain ; on les voit assises à leur porte, donnant sur la rue, occupées ainsi, avec une patience flegmatique bien plus digne d'Allemands que de Portugais. Ces femmes ont licence pour fabriquer le pain et le vendre par la ville au prix qui leur convient ; prix qui est toujours trèsélevé. Le froment vaut 280 reis l'alqueire. • Le peuple se nourrit aussi de fruits , qui abondent singulièrement et qu'on donne à très-bon marché.
« Le vin de qualité ordinaire n'est guère agréable, pour ne pas dire mauvais, parce qu'on ne sait pas le fabriquer ou qu'on ne veut pas avoir l'embarras de le faire bon. Il vaut généralement 24 reis la canada; les vins uns sont excessivement ohers; nos seigneurs les ambassadeurs ont dû payer le vin blanc pour l'usage or-
« Quant aux comestibles, ce n'est pas à Lisbonne qu'il faut chercher des Gtu>se8 fort exquises. U n'y a pas jusqu'au veau qui n'y soit rare, parce qu'on n'est pas dans l'usage de tuer ces am'maux, et qu'on les garde pour accroître le travail des champs, ou pour servir à l'approvisionnement delà cité. Néanmoins leporc, qui est excellent, est la nourriture ordinaire. » L'auteur italien continue, et il essaye de faire comprendre quelles étaient jadis les ressources financières du pays. Ce qu'il dit peut encore s'appliquer à la période qui nous occupe. Les revenus royaux consistaient dans les droits perçus aux douanes de Usbonne et à toutes les autres douanes du rovaume; ces droits frappaient les marchandises sèches et liquides. Sur certains articles on prélevait le cinquième, sur d'autres le dixième. Le poisson en beaucoup d'endroits payait un impôt ^ui excâait la moitié du total. Il y avait aussi des revenus payés en céréales, vins et autres objets, puis les rentes des Maîtrises auxquelles appartenaient les îles de Saint- Thomé , les Terceires , le cap Yert j Ma-
P0RTU6AU
dère, Vtk du Prince, auxquels il faut joindre Misa, toutes contrées relevant de l'ordre du Christ. Les épiées et autres marchandises venant annuellement de rinde et du Brésil produisaient également undroit forcé. £n dépit néanmoins de ce gros revenu, rien n'entrait dans le trésor, parce que tout se trouvait dépensé pour Tentretien des flottes et pour la conservation des États mentionnés dans ce paragraphe.
11 faut observer aussi aue ce revenu était dépensé en salaires d'officiers , ou pour acquitter le traitement des ministres de kijûstioe; on le dépensait également en multipliant certaines redevances en nature, désignées sous le nom de tenças, redevances accordées aux individus ayant bien mérité de la couronne, ou aux gentilshommes et aux autres personnages qui avaient servi le
Ï^ays, soit en Afrique, soit aux Indes. « On 'employait à constituer des privilèges perpétuels que les rois vendaient et qu'on établissait sur les droits royaux; il fallait également sonser à pourvoir sur cela aux dépenses de la troupe et des armes nécessaires pour la défense des places d'Afrique, a celles exigées par cinq galères constamment armées, à réquipemeot des navires de transport {novios redondos) qui, tous les ans , sortaient en convoi, pour accompagner les flottes destinées att commerce du Portugal, ou bien qu'on tenait prêts
rmr les expédier au Brésil , en Guinée , Mina, à Saint-Thomé. En définitive, il fallait pourvoir sur ces fonds aux pensions annuelles {moradias)^ aux dépenses de la cour et de la maison royale , au salaire des gens de service, aux présents forcés et aux ambassades, sans omettre les dots qu'on accordait aux filles des serviteurs de la couronne, et en ajoutant à tout cela l'entretien des forteresses tant du royaume que de Lis* bonne (*). »
COMMBRCB DU POBTUeAL BT PBIN- GIPAI.BMBIIT DB LISBONNE TEBS LB
r *) Ce carieca morceaa, imblié par M. A. Her- CQlaQO dans la deuxième Sétie da Panorama , nous a para trop Intéressant pour ne pas le joindre aux docaments de statistique presque contemporains que nous nous étions procurés. Les voyages de Trin et Lippomani , écrits en italien et conservant quelques traces du dialecte de Ye- QlM, sont restés inédits.
xuLiBU DO SBiziàMB siÈGLB. — DamiSo deGoes, qui écrivait del541 àl642, nous donne une liste que nous allons reproduire en l'abrégeant et en omettantà dessein ce que nous avons dit touchant le trafic des esclaves, qui s'élevait à 40,000 ducats (*).
Outre une grande ouantîté d'or en nature , TAfrique expédiait aussi du co« ton, de l'ivoire et des objets travaillés habilement avec cette matière précieuse ; elle fournissait également de l'ébène de la Malaguette {Mala getulica)^ des cuirs de bœufs et des maroquins, des nattes tissues de folioles de palmiers, des draps de coton, du poivre long, du riz. Le Brésil comptait pour bien peu sans doute dans le total des exportations; Goes ne mentionne guère que son bois de teinture et ses merveilleux manteaux en plume , que savaient si bien tisser les Tupis : mais il cite déjà son sucre excellent , et ses hamacs en coton , fruit de l'industrie des sauvages.
L'f ndeet leCataie, comme on appelait encore la Chine, entraient dans une proportion bien autrement considérable lorsqu'il s'agissait de spécifier le total de l'importation. Goes fait monter le commerce annuel du poivre seulement à trois ou quatre mille tonnes pesant un millier; on le vendait à Lisbonne 34 ducats les cent livres; puis venaient le gingembre, la muscade, le macis, le cinamome, le clou de girofle, la
la casse, le tamarin, le sa^an indien, le bois d'aloès, le sandal rouge et blanc, la laque, l'ébène, les pierres précieuses de l'Orient, et enfin les pertes si renommées du golfe d'Ormuz. Il nous serait ai»é de multiplier cette nomenclature, qu'un autre va compléter. Il y a, d'ailleurs, avant tout^ un point qui doit nous arrêter: comment procédait ce commerce si riche , quel était son mode d'action sur les peuples, quel était son résultat, et comment fùt-il jugé dès le temps de JoâoIII? Un économiste habile va répondre à toutes ces questions.
GONSIDÉRAflONS StJB L' ACTION DU COMMBBGB DBS INDBS AU SEiKlè MB SIÂ- GLB. — COMPARAISON DBS PORTUGAIS
AVBC LES VÉNITIENS. — Joâo dc Bar- Ci') n s'agit de dacats d*or.
L'UmVEllS.
ros définit ainsi les trois modes de commerce que les Portugais exer<^ient aux Indes : « Le premier, dit-il, a lieu quand, dans les terres et les souverainetés que je viens de nommer et qui nous ont été acquises par conquête, nous contractons avec les peuples de ces pavs , de vassal à vassal. Le second mode consiste à former des contrats perpétuels avec les rois et les seigneurs de la contrée, afin que, d'après un prix convenu, ils nous livrent leurs marchandises et reçoivent les nôtres, comme cela a lieu avec les roisdeCananor,deChalle, de Cochim, de Coulam , et de Ceylan , qui possèdent la fleur de toutes les épices récoltées aux Indes. Observons toutefois que ce mode de transactions n'est applicable qu'aux épices, qu'ils remettent aux offi* ciers du roi résidant dans leurs factoreries pour présider au chargement des navires venus de Portugal; car en ce qui regarde les autres articles étrangers auxdenrées de l'Orient, il devient loisible à tout Portugais, ou à tout naturel du pays, d'en traiter; le prix de ces objets peut être fixé selon la volonté des contractants, un tarif précis ne les taxant point dans le commerce. Le troisième mode consiste à envoyer nos bâtiments et nos navires vers ces régions, et, en nous conformant aux usages du pays , nous contractons avec les indigènes en donnant uiie chose en échange d'une autre , en acceptant leur prix ou en fixant le nôtre. »
L'écrivain portugais qui va nous fournir l'important exposé contenu dans ce paragraphe dit avec raison, à propos de cette page de Barros : « Il est évident que parmi ces trois modes , le premier et le troisième peuvent être considérés uniquement comme le résultat d'un commerce libre... le second ne pourrait s'appeler qu'un commerce de monopole , puisqu'au lieu de recevoir la loi du marché, on rassu|etti8saità une taxe ou bien à une loi antérieure. Comme ce trafic consistait en épices , base essentielle de tout notre commerce dans les colonies, on peut affirmer sans grand scrupule que la nature de celui que nous faisions dans les Indes était essentiellement despotique. Quels étaient les articles d'échange? le girofle des Moluques, la noix muscade et le macis de Banda,
le poivre et le gingembre du Malabar, la cannelle de Ceylan , l'ambre des Maldives, le sandal de Timor, le benjoin d'Achem , le bois de Tek et les cuirs de Cochim ; l'indigo de Cambaya, le bois de Solor,les chevaux d'Arabie, les tapis de Perse, les soieries, les damas, la porcelaine et le musc de la Chine, les étoffes du Bengale, les perles de Kaiekar, les diamants de Narsmgue, les rubis du Pegu, l'or de Sumatra et de Lecq, et, enfin , l'argent du Japon. Quels étaient les chalands? les habitants de l'Europe, rois, princes, potentats et vassaux, banquiers , fabricants et gens de haut commerce... Toute l'aristocratie de ces temps , sans omettre les dignitaires ecclésiastiques ,... tout le monde , en un mot, recherchait avec avidité les productions asiatiques; c'était une manie universelle, dont la misère et des habitudes grossières exemptaient à peine le pauvre diable en guenilles, le soldat et le gentilhomme campagnard. Venise la riche , la reine des mers, la dominatriceorgueillensederAdrlatiqne, la pourvoyeuse des nations, la cité magnifique qut élevait des palais de marbre quand le reste de l'Europe se peuplait de câlines ou bien des châteaux de la féodalité, Venise devait en grande partie sa prééminence aux productions de l'Asie. Quel était son système économique et commercial? On peut dire qu'il différait essentiellement du nôtre sous le point de vue le plus important, même à l'époque où, embrassant un régime excluâf , la république entourait son commerce de privilèges et de monopoles. Venise, Etat libre , permettait au dernier de ses citoyens les transactions mercantiles sans réserves, sans restrictions; cellesci étaient réservées pour les étrangers; et nous , au contraire , dans la transition où nous étions alors, c'est-à-dire quand nous passions d'un gouvernement mixteàuneformequifrisait la monarchie absolue, nous avions incorporé à la couronne la propriété, la suzeraineté pour ainsi dire du commerce , au détriment du peuple , au détriment des droits et des intérêts nationaux. Pendant que le pavillon de Sainte Marc parcourait les mers en quête des richesses commerciales , Venise n'oubliait ni ses ressources manufacturières , ni son indus-
trie, et nous, plongés dans le trafic colonial, nous dédaignions pour lui la fabrication et, ce qui est plus fâcheux. Tagrîculture ; nous nous y abandonnions par Tunique instinct de la cupidité, sans règle fixe, sans calcul , sans prévoyance, sans établir des principes conservateurs qui en assurassent la durée.
« Quel jugement formait Barros de ce nouveau système commercial adopté par nous? appréciait-il comme il aurait dû le faire la leçon que Venise donnait au monde, et rexemple qu'on pouvait en tirer ? Il n*est pas aisé de trouver réponse à cette question dans les Décades. Était-ce une réserve dictée par la délicatesse de sa situation comme employé public et comme écrivain du gouvernement? était-ce la crainte de déprécier le fait le plus transcendant de notre histoire ? crainte de se mettre mal avec la noblesse, si intéressée, comme luimême il nous le fait voir, dans la marchandise de Tlnde ? Était-ce encore savoir-faire de Tartiste, qui cherche à exposer son tableau sous le jour le plus brillant et de manière à masquer les défauts saillants de Tœuvre ? Serait-ce •plutôt Texigenceduplanque s'était imposé Tauteur, qu'on voit avant tout rempli du désir d exposer un grand acte de religion et de gloire, indépendamment de toute autre considération ? Son Économique^ qui ne fut jamais livrée à rimpression, répondait peut-être àtoutes ces questions. . . Mais transportons-nous, hommes de ce siècle prosaïque et calculateur, dans le siècle d'aventures et d'enchantements où il se trouvait. Vivons un moment, comme il y vivait, dans une atmosphère épaisse de préjugés populaires et d'erreurs politiques ; laissons arriver jusqu^à nous le bruit qu'il entendit lorsque des acclamations immenses saluèrent le débarquement de Tex- Ï»lorateur des Indes , les félicitations de a cour, l'Influence si contagieuse des fêtes qui avaient lieu partout le royaume, l'enthousiasme qui s'échappait du Portugal pour se répandre dans le reste du monde, et pour refluer en torrents vers le pays; figurons-nous encore les clameurs de nos victoires résonnant du Gange au Tage, et sur le Tage... le spectacle magnifique des richesses de l'Orient; les navires des nations étran-
|5« Livraison. (Portugal.)
S ères admirant notre haute fortune et evenant tributaires de notre commerce, les sensations intimes d'un peuple pau* vre et faible naguère et qui se voit élevé tout à coup au faite de la domination et de l'opulence ; oui, songeons à ce que dut sentir et voir à cette époque d'héroïsme et de poésie, notre historien!
S lue la perspicacité des économistes et es hommesd'État auxquels nous faisons allusion nous abandonne un moment, nous nous trouverons acteurs ou spec* tateurs de ce drame, si nouveau, si varié, comme il s'y trouva. Nous aurons alors l'explication de son silence, si l'on peut appeler ainsi sa réserve, ou de ses erreurs , s'il en commit.
« Il a été dit, nous le savons, qu'avant la seconde expédition de Vasco en l'année lâ02 , on mit en discussion l'affaire des Indes et que la majorité du conseil, assemblé par le roi D. Manoe), témoigna sa répugnance pour la continuation de la conquête. On se rappelait que des treize navires qui étaient partis deux ans auparavant, quatre avaient été abîmés dans les profondeurs de la mer avec tous les hommes qu'ils portaient... On avait présents à la mémoire les trahisons du ZamoriUiles périls, les travaux de toute espèce qui avaient assailli le
navigateur portugais l'épuisement
du royaume et de ses ressources , l'étendue des difficultés que présentait la conquête, le pouvoir des Maures et la haine qu'ils nous portaient : le vote contraire prévalut cependant, parce qu'il avait pour lui D. Manoel. Que ce soit une inspiration de Dieu , comme le veut Joâo de Barros , ou un motif moins sublime qui ait déterminé le roi à persévérer dans son entreprise, l'entreprise fut poursuivie aux applaudissements de ce peuple qui auparavant avait été prodigue de murmures contre les premiers travaux et les premières tentatives de l'infant D. Henrique (*). »
Il est sans doute difficile d'expliquer avec plus d'habileté qu'on ne l'a fait ici les causes de ce fatal aveuglement qui fit monter si haut les Portugais et qui fut sans aucun doute aussi la cause de
(*) Voy. A. d'Olî vcyraMarreca : JoOo de Bat' roSf Luiz Mondez de ^asconcellose o CommeV' cio da //idf'a. Article public dans /ePmforama, première auDée de la deuxième série, p. 370.
L'UNIVERS
leur chute rapide. L'écrivain distingué auquel nous avons emprunté ces consi* dératioDS, lésait aussi bien que nous; outre les hommes dont il invoque le témoignage, il y eut dès le seizième siècle des écrivains moins passionnés que Barros, et que l'expérience rendait déjà plus prévoyants que lui, dont la voix enseignait le peuple et le souverain, Çuand il était temps encore de s'arrêter ; à la tête d'eux tous peut-être , il faut mettre le vertueux évêque de Sylves, ce noble Osorio, qui se demande avec une éloquence si chrétienne depuis quand la religion est devenue une religion de cimeterre; puis viennent lesHeitor Pinto, les Couto : mais , comme le fait remarquer aussi M. Marreca, le plus puissant d'eux tous , et le plus sagace dans ses arguments , c'est un écrivain ignoré de la France , et bien peu connu même de ses compatriotes , c'est ce Luiz Mendez de Vasconcellos , qui osa établir d'une manière si énergique dans sa concision , le résultat des immenses conquêtes dont la plus grande partie s'était passée sous ses yeux. Dans cette grande cause toute portugaise il importe de laisser parler les Portugais eux-mêmes : ici , un cri d'enthousiasme , plus loin un enseignement sévère; n'est-ce pas l'histoire de tous les peuples célèbres!
Dans l'œuvre de Vasconcellos, c'est un des artisans de la conquête, c'est Martim Affonso de Souza, que nous allons voir figurer tout à l'heure, qui juge les découvertes comme Barros les a précédemment jugées. « Après tout, dit-il, la conquête des Indes ne nous pas donné des champs à ensemencer et des prairies où faire paître nos troupeaux ; elle ne nous a pas fourni de laboureurs qui cultivassent nos terres, et, bien loin de là, elle nous retire ceux qui nous servaient à cet usage , car les uns, emportés par la cupidité, les autres enlevés par les nécessités de la guerre , nous laissent au dépourvu {>lus qu'il ne conviendrait. Aussi ceux qui portent sur ce point les spéculations de leur esprit, disent- ils qu'il y a maintenant beaucoup plus de terres incuites qu'il n'y en avait jadis, et qu'on délaisse celles qui furent cultivées ; et d'ailleurs si cela pouvait être nié, nous verrions moins de forêts et beaucoup plus déterres arables, car, si
l'on ne mettait adn espérance dans les choses de l'Inde, la population s'occuperait à coup sûr dece qu'elle a sous la main, à ses portes ; il en est de même des autres industries. » Mais en voilà suffisamment sur ce point, pour que l'esprit du lecteur soit éclairé. INous allons de nouveau tourner nos regards vers cet Orient, d'oii venaient à la fois tant de causes de destruction et de prospérité : cette fois il ^ aura dans cette histoire un grand enseignement, et il nous viendra du plus désintéressé des héros : Joâo de Castro va paraître; quelques mots sur son prédécesseur sont néanmoins indispensables ici.
MARTlH ÀFFONSO DB S0UZ4. — On
dit gu' Affonso de Souza^ étant encore voisin de l'enfance , fut chargé par son père , le grand alcaîde de Bragance, de reconduire Gonçalve de Gordoue, qui l'était venu visiter, et qu'au moment de la séparation , l'illustre capitaine ayant voulu offrir une riche chaîne d'or au fils de son hôte, celui-ci lui demanda hardiment son épée. Il l'obtint, elle ne le quitta plus, et nous verrons bientôt de quelle façon il en sut faire usage. Comme tous les héros de cet âge, Martim Afifonso de Souza eut une valeur précoce , une science de la vie qu'on ne rencontre point au début d'une carrière. Après avoir fait ses études à Salamanque et s'être mariée on le voit commander une flotte dès l'année 1530, et il accomplit sur la côte du Brésil les exploits qui lui valent l'éloge de Camoens. Devenu l'un des donataires de ce pays , le fondateur de sa première colonie régulière, il ne l'abandonne qu'après avoir laissé des traces d'une sage administration et s'être b&* sure que l'introduction de la canne à sucre dans cette portion de l'Amérique méridionale sera une source presque inépuisable de richesses. Il devine pour l'avenir cette rapide prospérité agricole, que nul n'encourage avant lui. De retour à Lisbonne, il est nommé capitaine général de la mer des Indes, et c'est le 12 mars 1534 qu'il sort du Tage avec cinq navires pour se rendre dans le pays qui doit être le théâtre de sa gloire. La fin de l'année le trouve dans Goa,.et le gouverneur, D. Kuno da Cunha , lui remettant entre les mains le commandement des forces navales, lui dôme
ane flotte de quarante navires qo*il doit conduire contre Daman. Bientôt , dil un historien portugais, cette forteresse est atteinte et détruite C).
Affonso de Souza se trouvait à Chaul, quand le célèbre et infortuné sultan fiabdour, a^ant quelque terreur des Mogols , dont il prévoyait Tenvahissement inévitable, lui fit dire qu'il céderait un emplacement près de Diu pour y élever une forteresse, concession vivement désirée par les Portugais. Dans l'intention de prévenir une certaine inconstance de résolution, qu'il avait remarquée chez Bahdour, le grand capitaine se rend à l'instant à Diu, et il ne donne avis de ce vovage qu'au gouverneur des Indes : grâce au secret et à cette célérité admirable , tout réussit comme on l'avait prévu.... Quelques jours plus tard , un capitaine d'une incroyable témérité osait se jeter à peu près seul dans un esquif, pour porter cette nouvelle au roi : nous dirons un peu plus tard rbistoire de Botelho Pereira.
Bahdour se prit d'un tel attachement pour Marti m Affonso, qu'il n'hésita point à réclamer son secours et celui des Portugais contre des ennemis devenant chaque jour plus redoutables. Le gouverneur ayant présenté cette proposition en conseil , le capitao mor fut le premier à l'appuyer, et Bahdour dut à la valeur aussi bien qu'à l'habileté de ce grand capitaine, le bonheur de n'être pas anéanti par lesMogols, ou de ne pas devenir leur prisonnier.
Après s'être élevé dans l'opinion des princes de l'Inde par cette intervention^ Affonso de Souza alla anéantir la puissance des princes malabares dans l'île deRepelim, qu'on mit au pillage; puis, ayant détruit et ravagé tous les lieux maritimes qui reconnaissaient le pouvoir du râdjâ de Galicut , il reçut àCochim la nouvelle que le roi de Cota, vassal du Portugal , se trouvait dans une position difficile ; il partit à l'instant pour Ceylan : sa présence, comme dit un historien, était déjà une aide sufQsante, mais
(*) Voy. Vexcellent trayait de M. Francisco Adolfo de Yarohagen , membre de 1* Académie des sciences de Lisbonne ; il précède an précieux
' >olume Intitulé : Diario da NavegacCio da Arnmda que foi à terra do Brasil «m 1630, 8ob
' a capitania mor de Martim Afjonso de Souza.
, Uaboa, &839,lvol. in-8.
bientôt il tourna ses dispositions contre la flotte auxiliaire du Samori , qui fut mise en déroute après un rude combat.
Le capitaine général surveillait de nouveau la côte de Malabar, guand , sortant de Paname, son ennemi Pachi Marca le poursui vit jusqu'à Beadala. Là, comme le dit encore M. Adolfo Varnhagen, il obtint une victoire si décisive et lit un si grand butin, qu'il jugea à propos d'armer grand nombre de chevaliers. Nous ferons observer en passant aue cette coutume de donner l'ordre de chevalerie sur un champ de bataille où l'on demeurait vainqueur ne fut abandonnée que trôs-tard par les Portugais. On voit dans Joâo de Barros que cette action d'éclat n'empêcha point Martim Affonso de Souza do le- diriger fort à propos sur l'île de Geylan et d'y secourir à temps le roi de Colombo, qui sut témoigner sa reconnaissance aux Portugais d'une façon vraiment magnifique. Affonso de Souza continuait ses exploits , et châtiait les pirates qui infestaient ces mers, lorsqu'un avis de Nuno da Cunha le contraignit à revenir dans le port de Goa; l'armée des Turcs menaçait cette ville; mais, lorsque le capitao mor arriva dans la capitale des Indes portugaises, D. Nuno était remplacé par un vieillard, par D.Garcia deNoronha. L'attitude passive de ce dernier, ^ui ne voulait ni attaquer lui-même, m prescrire l'ordre de combattre, donna du dégoûta Affonso de Souza : il retourna en conséquence à Lisbonne , où Joâo III lui fit un accueil bien capable sans doute de le dédommager des ennuis qu'il avait soufferts.
D. Garcia de Noronha était mort, et l'on ignorait encore cet événement en Portugal lorsque Joâo III conféra secrètement au vainqueur de Pachi Marca la dignité future de vice-roi des Indes. Le pouvoir ne devait néanmoins lui appartenir que par voie de succession. Il ignorait même qu'il pouvait entrera son tour en possession de ce poste éminent, lorsqu'il partit le 7 avril 1641, à la tête d'une flottille composée de cinq navires. Comme on peut s'en assurer dansLuccna et dans Jorge Cardoso, qui entrent à ce sujet dans de curieux détails, ce fut durant cette expédition que les jésuites prirent possession du collège
L'UNIVERS
de Goa. Un saint missionnaire, auquel il faut assigner un rang à part dans cette célèbre compagnie, François Xavier, partit pour les Indes en compagnie d'Aflonso de Souza.
La flottille aborda à Mozambique, reçut la visite du roi de Melinde, fit aiguade à Socotora, et arriva dans le port de Goa le 6 mai 1542. Le fils du premier explorateur des Indes, Ëstevam da Gama, avait pris possession du gouvernement, parce qu'il était désigné comme le second successeur de Garcia de Noronha : il remit le pouvoir entre les mains du vrai titulaire; mais, bien qu'il donnât quelques jours aux soins de l'administration , Anonso de Souza ne resta pas longtemps dans la capitale. Dès le mois d'octobre, la forteresse de Batecala était rasée par lui après une vive résistance. Malheureusement, et durant une autre expédition , il ne devait pas être aussi favorisé par la fortune , et la bataille de Tebilicare coûta bien cher aux Portugais.
Quoique sa flotte fût encore dans un état prospère et qu'il eût payé pour 46 contos ( environ 281,250 ir.) de dettes anciennes, dès que les trois années de son gouvernement furent accomplis, Affonso de Souza sentit le besoin du repos. Malgré une certaine amélioration dans sa situation, l'Inde n'était déjà plus ce qu'elle était au temps des Almeida et des Albuquerque : en moins d'un demisiècle, la corruption des colons avait remplacé la rudesse impitoyable des premiers conquérants. C'est ce mélange d'orgueil et de vénalité, cette habitude de pillage inutile et d'une destruction sans profit, qui frappent l'esprit au milieu de quelques beaux traits. L'Inde appelait un régénérateur lorsque Joâo III le devina , en dépit de ses préventions personnelles. Avant d'aborder le récit qui doit fermer pour ainsi dire cette grande période des conquêtes, exhumons quelques paroles sévères qui feront mieux comprendre la tâche qui échut ou treizième gouverneur des Indes.
SITUATION , MORALB DES INDES AVANT l'àBBIYÉE de J. DE GÀSTBO.
— Un écrivain français du dernier siècle a fort bien résumé la période qui précéda Joâo de Castro, et nous lui emprunterons ce tableau rapide : « Les Romains
dans leur plus grande prospérité n'avaient pas eu un empire beaucoup plus considérable : au milieu de tant de gloire, les Portugais n'avaient pas néglige cette partie de l'Afrique située entre la mer Rouge et le cap de Bonne-Espérance et qui avait été de tout temps si renommée pour la richesse de ses productions. Les marchands arabes qui l'occupaient furent subjugués, et sur leurs ruines s'éleva un empire qui s'étendait depuis Sofala jusqu'à Melinde et dont l'île de Mozambique fut le centre; son port, qui est excellent, devint un lieu de relâche et un entrepôt pour le vainqueur.
« Tant d'avantages pouvaient former une masse de puissance inébranlable, mais l'ineptie de quelques commandants, l'ivresse des succès, l'abus des richesses et les vices avaient changé les conquérants.
« Le roi de Tidor fut enlevé et massacré avec ses enfants, qu'il avait confiés aux Portugais. Les peuples de Ceyian étaient traités avec la plus affreuse barbarie; l'inquisition fut établie à Goa; les tombeaux des empereurs de la Chine dans 111e de Calampin furent pillés par Faria. Souza faisait renverser toutes les pagodes des côtes de Malabar, et égorgeait ceux qui venaient pleurer sur les ruines de leurs temples; Correa jurait l'observation des traités sur un recueil de chansons (le Cancioneiro de Garcia de Resende (*).... Nuno da Cunha fit passer au
C) ÂJoatons cependant, pour être vrai, que Ton a raconté ce fait, très-réel en soi, d*une manière erronée. Jofto Correa ayant conclu, en qualité d'ambassadeur, un traité avec le roi du Pegu , il fut résolu que le serment sur les livres sacrés serait prêté à bord. 11 n*y avait pas une seule bible sur le bâtiment de Correa , et Ton ne put trouver que des Heures canoniques en fort mauvais état, « Comme rambassadeur craignit que les idolâtres ne -jugeassent mal de notre religion durant Tacte qui allait avoir lien à l'aspect d'un livre si mesquin, il se rappela un Cancioneiro, alors récemment publié, qu'il avait à bord.» C'était un volume qui. par sa forme et sa belle apparence , était infiniment
flus respectable; en conséquence , il se décida s'en servir dans cette circonstance. Le prêtre idolâtre ayant lu à haute voix un passage de son livre sacré, Jo&o Correa dut en faire autant. Ce fut alors que par le plus heureux hasard 11 ouvrit le livre ou se trouvait cité le texte de Saiomon, Fanilas vanitatum et omnia va nitas\ l'ambassadeur aflirma depuis que celte circonstance avait excité en lui un profond sentiment religieux , et qu'il avait Juré av# autant de dévotion et de respect, que son serment avait été aussi valable, que s'il l'avait
fil de l'épée tous les habitants de Tîle de Damam, qui offraient de se retirer si on leur permettait d'emporter leurs richesses. Diogo de Syiveira s'empara dans la mer Rouge d'un vaisseau richement chargé qui l'avait salué et qui avait demandé un passe-port à un général portugais. Il est certain que ce passe-port ne contenait que ces mots : « Je supplie les capitaines des vaisseaux du roi de Portugal de s'emparer du navire de ce Maure. » Bientôt les Portugais n'eurent pas les uns pour les autres plus d'humanité et de bonne foi qu'ils n en avaient Sour les habitants du pays. Leurs mœurs evinrent un mélange d'avarice, de débauche et de cruauté et de dévotion.
Bientôt la mollesse s'introduisit dans les maisons et dans les armées ; bientôt le roi de Portugal ne toucha plus le produit des tributs ^ue payaient plus de cent cinquante princes de l'Orient : tous ces tributs, le produit des douanes, les impôts , ne suffirent plus pour l'entretien de quelques citadelles et l'équipement des vaisseaux nécessaires , tant le brigandage était grand. »
D. Juan de Castro voulut arrêter tant d'abus. V
JOAO DE CASTBO, TREIZIÈME GOU-
VERNEUB DES INDES. — Joâo III fit Certainement un acte de haute sagesse politique , en appelant l'homme éminent que l'on vient de citer au gouvernement des Indes, car il fallait continuer les conquêtes , mais surtout réformer les vainqueurs; cet acte eut lieu en 1545.
Pour mieux faire comprendre le caractère du chef intègre dont nous allons retracer rapidement l'histoire, il faut rétrograder de quelques années et voir d'abord quelle fut récole à laquelle il se forma.
D. Joâo de Castro appartenait à l'une des plus illustres familles du Portugal , mais il n'était pas l'aîné et ne devait pas posséder le majorât attaché à sa maison; il résolut , comme dit son historien , de conquérir un bien impérissable, il cultiva son intelligence.
Le jeune D. Joâo partagea avec l'in-
fsit sur les saints Évangiles. On dit que Texemplaire da Cancioneiro, devenu célèbre par cette anecdote, se conservait dans Thôpital da terra tancta qui existe dans cette ville. » O Panorama^
fant D. Luiz l'inappréciable avantage d'étudier sous le plus habile mathématicien de cette époque (*). L'insigne Pedro Nunez, pour nous servir d'une expression familière aux Portugais, lui donna les premières leçons et dut l'assister de ses avis. Par la suite, la science réelle qu'il acquit alors et dont il a fourni tant de preuves, les liens d'affection quMl contracta avec le jeune prince et qui eurent une si puissante influence sur sa vie entière, prouvèrent qu'il avait fait un choix sage et heureux tout à la fois. Joâo de Castro fit ses premières armes à dix-huit ans, sous D. Duarte de Menezes , et ce vieux soldat le respectait, nous dit Freyre d'Andrada, comme s'il eût pu lire déjà l'histoire de ses victoires dans l'Asie. Malgré la commanderie de Salvaterra , que lui avait donnée le roi, il était pauvre : il épousa néanmoins une femme d'un mérite accompli ; dona Leonor Coutinho , qui lui appartenait parles liens de la parenté, devint bientôt sa compagne. Comme lui , elle était sans fortune; on les respectait à régal des riches, dit encore Andrade; on les plaignait, parce qu'on regrettait pour eux les biens de la fortune.
Le jeune commandeur continua à servir, et l'on a remarqué avec raison que les deux plus grands hommes de guerre de leur époque, Joâo de Castro et Fernand Cortès, assistèrent à cette fameuse expédition de la Goulette que Charles- Quint dirigea.contre Tunis (**). Mais ce
(*) Couto dit à propos des fortes éludes qu'avait faites Joâo de Castro : « Foy bem imtruido nos artes liberaes e tOo bom latino quepodia julgar de estilo. » ^ ^ . . , .
(**) Ce fut durant cette fameuse expédition dirigée contre Tunis qu'on vit employer le plus grand bâtiment de guerre qui eût encore sillonné les mers. Avant que d'avoir reçu le surnom deBota-fogoy boute-feu, il était désigne sous celui de Saint- Jean-Baptiste, Il portait trois cent soixante pièces de bronze, et il avait à son bord, sans compter l'équipage, six cents fusillera, quatre cents soldats de rondache et d'épée (comme on disait alors) et trois cents artilleurs. Le Bota-fogo est également célèbre par la scie d'acier très-fin qu'il portait à la proue, afin de rompre la chaîne dont était fermée l'entrée du port de la Goulette. Au premier choc cet instrument ne remplit pas le but qu'on s'était proposé. Mais l'infant D. Luiz ayant ordonne au pilote de prendre en mer une carrière plus étendue et de mettre toutes voiles au vent, l'impulsion fut telle, que la chaîne ne put résister; elle tomba en morceaux, en •oulevant des flots d'écume : le gaUon entra
L'UNIVERS
qui contribua surtout à augmenter la réputation de ces deux grands hommes, au début de leur carrière, ee fut une résolution noble et simple à la fois, adoptée dans une occasion décisive. Voici le fait peu connu qui regarde Jo3o de Castro : nommé capitaine général de la flotte portugaise destinée à secourir une armada puissante que Charles-Quint envoyait contre le fameux Khaïr ed-din, D. Joâo se vit abandonné car le général allié, Alvarode Bazan. L'avis des capitaines était à peu près unanime pour qu'on songeât à la retraite. Le jeune commandant envisagea froidement les chances inégales de la bataille, et il resta dans les eaux où devait paraître bientôt le terrible Barberousse. Ses dispositions furent inutiles, il est vrai ; mais cette formidable attente frappa les esprits plus que n'eût fait une victoire.