‹ PortugalChapitre 38 sur 42 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Pour peu que l'on soit initié dans riiistoire des premières années du siècle, on a présent au souvenir ce fameux traité de Fontainebleau qui fut signé le 27 octobre 1807, et dont l'une des clauses secrètes amenait la division du Portugal en trois parties, avec la création d'une principauté souveraine dans les Algarves pour le prince de la Paix. Dès le 26 octobre 1806, cependant, don Joâo avait fermé ses ports aux An-

filais; et, le 8 novembre 1807, il mettait e séquestre sur les biens de ceux des sujets de l'empire britannique qui étaient

restes en Portugal. €f8 concessions D*en)péchèrent point que, le 11 novembre de la même année, un article du Moni^ leur ne déclarât que la nifatspn de Bragance avait cessé de régner. Dès lors rinvasion du Portugal était résolue; et, cependant, le 17 novembre l'ambassade anglaise ayant quitté Lisbonne, le biocas du Tage commençait sous les ordres de Tanniral sir Sidney Smith.

Lorsque par une de ces marches pro* digieuses que Ton peut bien comparer aux plus éclatantes victoires, les Français eurent franchi les montagnes désolées de la basse Beira, ils firent quelque chose de plus extraordinaire encore.

Malgré les batteries qui garnissaient le Zezere, Tavant-garde de la première colonne de l'armée de la Gironde était, dès le 29 novembre, à Sacavem ; et le 30 Junot, à la tête de 1,500 grenadiers, reste de quatre bataillons, entrait dans Lisbonne.

Trois jours auparavant, le ré^entavait pris une grande résolution politique. Un décret avait paru qui annonçait l'intention où était ce prince d'abandonner l'Europe et de se retirer dans ses possessions du Brésil. Le même décret nommait une régence {*), et engageait les populations à traiter les Français en amis. Le 27, les relations interrompues entre le Portugal et l'Angleterre étaient renouvelées : don Joào s'embarquait (**).

Un de ces mots ^ui émeuvent les peuples et qui grandissent le malheur avait été prononcé durant ce départ, comme si a cette heure solennelle l'esprit affaibli de dona Maria eût senti se réveiller tous les glorieux souvenirs du passé :

(*) Gette régence se composait des cinq hauts foDctionnaires doût les uoids suivent : le marquis d'Abrantès, le lieutenant général Francisco da Cunha Menezès , le principal Castro. Pedro de Meilo Breyner et, enfin, )e lieutenant général D. Francisco Xavier de Moronha. Les deux secrétaires étaient : le comte de Sam-Payo, (suppléé dans roccosion par D. Miguel Pereira Forjaz) et Joâo Antonio Salter deMendonça.

{**) La reine, le régent, Tinfaut don Pedro et le prince d*Espagne, neveu de don JoOo, s'embarquèrent sur le vaisseau le Prince' Houaf, de quatre-vingts canons. La princesse, ses uUes et don Miguel montèrent un autre bâtiment. On évalue a I5,000 individu» le nombre de ceux qui émigrèrent alors pour le Brésil, sur les navires aë TÉlat : Tescadre se composait en tout de huit vaisseaux , de trois frégates et de trois bricks. Ou ne la perdit de vue que le 30 eu matin.

elle voulut quitter l»pay$eD reine : — « Pas M vite, dit-elle à ceux qui remme» naleut, on croirait que nous %oi». »

Un enfant, car don Pedro avait neuf ans à peine, demanda si l'on ne combattait point. Une longue guerre, en effet, une de ces guerres fertiles en épisodes de tous genres dont l'histoise ne perd jamais le souvenir, senréparait, malgré l'apparente tranquillité de Lisbonne (*). Les récits qui furent faits alors allèrent plus tard répondre au jeune prince dans les paisibles retraitesdeSam^Christovam.

Ici, il faudrait de longs détails politiques, où nous ne laissons tomber tout au plus que quelques ds^tes. Fidèle au plan qu'il a suivi , Napoléon frappe le Portugal d'un impôt de 40,000,000 de crozades ou de 100,000,000 de francs ; et le 1*' février 1808 une proclamation de Junot annonce la déchéance de la £aimille régnante, en abolissant la régence nommée par don Joâo. Elle déclare en outre qu'à l'avenir les actes administratifs seront repdus au nom de Napoléon.

Don Joâo, parvenu à Rio le 8 mars 1808, répond a ces actes, en se pronon» çant ouvertement contre la France , et en annulant le traité de Badajoz de 1801 et celui de neutralité , qui avait été conclu en 1804. Le 18 juin de la même année, Porto opère son soulèvement contre l'armée d'invasion.

Le 19 juin 1808. une junte suprême se forme dans la ville populeuse que nous venons de signaler. Les Anglais pénètrent en Portugal. A partir de cette époque une lutte terrible et facile à prévoir s'engage. LesoulèvementdeBeja; l'attaque de cette ville par les Français; le sac d'Ëvora par nos troupes ; le combat de Roliça, où sir Arthur Welesley remporte un avantage décidé,sont autant d'événements importants qui précèdent la bataille de Vimeiro.

Durant cette journée, qui a lieu le 21 août 1808 (**), les Français, au nombre de

(') Selon le lieutenant général Thiébault , le total de l*armée d'occupation se montait à 28,580 hommes. L'invasion s'était opérée avec 24,133 hommes seulement; 4,453 furent plus tard reçus de France.

(**) Foy, sur celte action décisive ; général Pby, tom. IV, p. 3*21 ; général Thiébault : Relation de Vexpéàitiou de PorlugaL Paris J8I7, p. 195. roy. également l'excellent Frécisdn lieutenant-colonel du génie Augoyat, I vol. in-s-», 1839, p. 13

l,'UX9I¥£RS«

12,000, selon les uns^ de 14,000, selon d*aiitres, ont affaire à des forets que les Anglais eux-mêmes foot mouler à 38,000 hommes. La veille, sir Arthur Weksley remet le eomroandemeut à sir Harry Burard. Le due d'Abrantès dirige J'attaque à huit heures du matin ; mais, après avoir accompli des psodiges de valeur, notre armée est contrainte de se replier sur Torres Vedras; elle évalue ses pertes à près de l,aoO hommes et 13 pièces de canon. Grâce à rhabiieté du générai Kellermann, une suspension d'arnies est établie le 22 août ; et, le 30, on signe la célèbre convention de Cintra.

Pa r suite de ce traité d'évacuation , 25,747 hommes, reste de notre armée, sont embarqués avec armes et bagages à bord de la flotte anglaise. Les convois chargés de nos troupes ont àsubird'aitreuses tempêtes, mais ils débarquent enfin soit à la Rochelle, soitàQuiberon; et. comme le fait remarquer un général habile , cette armée, qui a conservé ses armes, ses munitions , ses bagages, rentre tout entière dans la Péninsule, un mois après son débarquement.

Deux autres invasions des troupes françaises signalent cette période orageuse de l'histoire du Portugal. Ces expéditions célèbres ont été rappelées avec détail dans les volumes de cette collection destinés à faire connaître nos rapports avec les nations étrangères.

Nous écarterons encore ici la partie politique pour ne signaler que des faits. En 1809,1e maréchal Beresford prend le commandement de l'armée portugaise ; et, le 7 mars de la même année le maréchal Soult entre dans Porto. Les forces 3ui ont été mises à la disposition du duc e Dalmatie pour cette expédition ne s'élèvent qu'à 25,600 hommes ; et nous regrettons de ne pouvoir rappeler les belles dispositions qui furent prises dans cette circonstance par le maréchal pour accomplir les ordres de Kapoléon . Disons, cependant, que cette fois les diverses opérations sont essentiellement liées avec ce qui se passe en Espagne, et que malheureusement le duc de Beilune prend sur lui de ne point diriger une division sur le Portugal , comme cela lui avait été ordonné. Dès le 22 avril, en effet , le général Welesley avait débarqué à Lisbonne avec de nombreux ren-

forts : blentdt il peut disposer de 26,000 hommes d'infanterie et de 2,400 hommes de cavalerie ; il marche contreîe maréchal Soult, passe le Douro, et, le 10 mai, franchit la Vouga. Forcée d'évacuer Porto, l'arméefrançaise opère sa retraite sur la route d'Amarante. Après une marche dont nul ne peut contester les savantes dispositions, cette brave armée, encore forte de 19,700 hommes, arrive le 17 à Mont^lègre, et le 20 à Orense ; Feonemi n'a pu lui enlever que 500 hommes. M. Bignon fait dépendre l'issue funeste de cette campagne « de Tesprit de rivalité et d'indépendance qui empêchait les maréchaux de s'appuyer activement entre eux, comme ils 1 eussent fait sous la main immédiate de Napoléon. »

C'est à la fin de mars 1810 que le maréchal M asséna prend à Salamanque le commandement d'une armée de 70,000 hommes , destinée à envahir uae troisième fois le Portugal. Mais Wellington a fait à l'avance ses dispositions; il a adopté un système dans lequel il persiste. Ce système, fait observer un de nos plus habiles officiers du génie, consistait dans les lignes de Torres Vedras et dans différentes mesures ordonnées aux habitants, pour faire un désert du pays entre le Mondego et les lignes. Les historiens font monter à 60,000 hommes le total de l'armée anglo-portugaise ; mais il faut se rappeler en les consultant que la régence disposait encore de 15,000 hommes detroupesréçléesetde 46,000 hommes de milice organisée. Il est juste de dire également que ces troupes , désignée^ sous le nom d*ordenanças^ n'avaient qu'un nombre limité de' fusils à leur disposition et s'armaient tour à tour de piques et de faux. L'armée effective, qui comptait 28,000 Anglais , était divisée en deux corps; 45,000 hommes marchaient sous les ordres de lord Wellington ; le général Hill en commandait 15,000, et se maintenait dans Portalègre.

La campagne s'ouvre en juin par le siège de Ciudad-Rodrigo , qui se rend après 26 jours de tranchée (*). L'armée

(*) Le 10 juillet I8I0. M. Montelro, en rappelant cette circonstance^ fait observer que Masséna, Junot, Ney, Mermet etLoison assistèrent à œ siège avec plus de 85,000 hommes. Il y a évidemment exagération dans ce chiffre, malgré rimpartialitéde l'historien dté ici. :Nou8 ne poavons 0008 empteher de signaler cette tendancs

française a pénétré de nouveau en Portugal ; elle met le sié^e devant Altneida, commafidéepar le brigadier Cox, et cette ville capitule le 28 aoât. L'explosfon d'un magasin à poudre bâte la reddition de la place. C'est vers cette époque qu*un dé^ cret de don Jo3o, en date du 24 mai, accroît le nombre des membres de la régence et leur adjoint Charles Stuart, ministre plénipotentiaire delà courd'Angleterre à Lisbonne. Tandisque le prince d'£sslingfait ses dispositions pour entrer en Portugal. Wellingtort poursuit son plan. De vastes espaces, systématiquement ruinés, diminuent les chances de succès pourFarmée d'invasion, qu'il faut pourvoir de vivres. Enfin, le 27, a lien la célèbre journée de Bussaco : cette bataille, dans laquelle nous perdons 1,9(^0 hommes et rarmée anglo-portugaise 1 ,300, donne lied plus tard à de vives contestations. Les deux armées s'attribuent tour à tour l'honneur de la victoire. Selon un habile ofQcier, ce qui peut motiver cette divergence d'opinion, « c'est que le centre de h droite de Tenuemi fut regardé momentanément comme forcé ; mais ce succès n'eut pas de suites. »

Dès le 8 octobre, lord Wellington s'est retiré derrière les lignes formidables deTorresVedrasMassénan'apprendleur existence que le 9 octobre : c'est là que doivent échouer tous les efforts d'une armée réduite à moins de 50.000 hommes.

Vers le milieu de novembre , le général e?n chef opère une retraite dont nos ennemis admirent encore l'habileté.

Le 3t octobre, on avait publié à Lisbonne le traité d'amitié et d'alliance entre le prince régent de Portugal et le roi d'Angleterre. Le comte de Linhares, d'une part,et lord Strangford,de l'autre^ont attaché leur nom à cette pièce diplomatique bien connue; et les Portugais ront admirablement caractérisée en rappelant o miserimo tratado (*).

Cependant , après l'arrivée du général Foy, porteur d'ordres qui ne peuvent plus être intégralement exécutés^ le général en chef prend le parti de se retirer de la position qu'il occupe àSantarem; cet événement a lieu leômarsisn. Comme

des écrivains de la I*éninsaie à augmenter nos furces , durant les diverses actions où l*armée

française doit adr. ' (*) Il porte la date de

(•) Il porte vrier 18 10.

Rio de Janeiro, 19 fê-

le fast observer le eelonel Augoyat, Ymtpereur approuvait le projet oti prince de' se retirer derrière te Mondego et d'y attendre le moment fovorable pour y confbineranenoffvelle attaque. La ligne des opérations prend la ville deCoîmbre pour but i et le gros de f armée se dirige sur cette cité, par Leiria, Pombal,Redtnha et Gondeixa. Le commandement de l'arrlèiiB garde a été confié au duc d'Elchingeo; il livre, lel2, lecombat deRedinha. Pei»dant ce temps les Français s'avancent jusqu'au faubourg de Coïmbre, sur la rive gauche du Mondego : ils trouvent le pont coupé et une artillerie redoutable ; ce point est vigoureusement défendu par le colonel Trant; et , bien que quelques cavaliers Osent franchir le Mondego , il devient bientôt indispensable de changer la ligne de retraite ; mais il faut sacrifier des bagages et abandonner même des prisonniers. Le 15, tous les corps arrivent sur la Ceira. Puis, le 21 mars, l'armée entière pal-vientàCelorico. C'est là qu'un fatal dissentiment, sur la marche définitive qu'on doit adopter, éclate entre les deux hommes eminents sur lesquels nos troupes ont les yeux fixés et qu'elles honorent également, bien que leurs pouvoirs soient inégaux. Le prinee d'Esling enlève au maréchal Ney le commandement du sixième corps; puis l'armée se retire, au bout de huit mois de marche et de fatigues , derrière la Coa. Après le combat de Sabugal, qui a lieu le 3 avril, l'armée entière rentre en Efr» pagne et prend ses cantonnements dans les environs de Salamanque.

Quelques écrivains de la Péninsule^ et entreautres M. Monteiro, considèrent comme une quatrième invasion du Poi^tugal rentrée dans la Beira d'une division appartenant au corps du maréchal Marmont : elle eut lieu le 12 avril 1812. Guarda, Celorico, Setuval tombèrent successivement au pouvoir de ce chef, [)uis furent abandonnés. Cette expédition se confond^ pour ainsi dire, avec la précédente; elle fut d'ailleurs de peu de durée , et s'effectua en quelques jours , puisque , le 23 , nos troupes repassèrent le Tamega, se dirigeant sur Termes. L'historien que nous venons de citer fait monter à plus de cent mille âmes le nombre d'individus appartenant àla nation portugaise qui succon^bèrent

L*UNIV£RS

durant cette guerre désaslreuse. A partir du 25 juillet 1813 jusqu'au 2 août de la même année, une série d'engagements a lieu entre l*armée luso*anglaise, commandée par lord Wellington, et les troupes françaises qui ont à leur tête le maréchal Sôult. Zubéri, Roncevaux , Valle de Sanz et Liazzoz sont les lieux principaux où se noue cette lutte terrible. Le maréchal tient blo^iué deux fois son rival à Saint -Sébastien et à Pampelune « mais celui-ci parvient à déjouer des plans habilement conçus, et contraint l'armée française à se défendre dans les Pyrénées. Cette admirable portion delà campagne devra être désormais Tobjet d'un travail étendu et sérieux; et nos rivaux eux-mêmes ont été contraints de rendre une justice éclatante à rhabîleté des mesures stratégiques développées par le général français durant cette période difQcile. Les* journées de Lezaca (13 août 1813), l'assaut de Saint-Sébastien, la bataille qui fut livrée au passage de la Bidassoa , celle qui eut lieu près de l'ermitage de Sarre., marquèrent les 31 août, les 7 et les 8 octobre. A partir du 31 du même mois, après la reddition de Pampelune, oui capitula faute d'approvisionnement , les afiaires prennent un caractère plus décisif, et, à la suite de la journée du 10 novembre , où nous perdons 51 pièces d'artilleries et 1 ,400 prisonniers, viennent les journées de r^ive,dey illa-Franca et de l' Adour. Le 14 février, le général Hill passe le Gave à Oloron. Bientôt Bayonue est bloquée ; et, après la bataille d'Ortliez, livrée le 27 février 1814, deux divisions de l'armée portugaise entreut,à Bordeaux, le 12 mars, conduites par lord Béresford. Qui ne connaît la bataille de Toulouse et le courage prodigieux dont nos troupes Orent preuve *l Durant cette iournee, dont les conséquences sont présentes a Tesprit de tous , le corps des Portugais était de 20,000 hommes. C'est bien à propos de cette journée qu'il faut répéter le mot d'un de nos historiens :

« Dans le vaste recueil des fastes militaires des nations les plus belliqueuses il y a beaucoup de glorieuses défaites. »

(•)La bataille de Toulouse eut Heu le lo avril . ISI4. Les armées combiDées y perdirent 4,659 hommes; les Anglais 3, |24, les Espagnols, 1,928, et les Portugais S07.

La nouvelle des grands événements qui viennent d avoir lieu en Europe p:irvient au Brésil, avec le traité de paix générale, signé le 30 mai 1814. JoSo VI envoie ses deux plénipotentiaires à Vienne; et il fait choix, pour le représenter au congrès, du comte de Palmella, du conseiller Antonio de Saldanha da Gama et de don Joaquim Lobo da Sylveira. Ces diplomates ont à traiter de la reddition d'Olivença et de la grande questiou 4e l'esclavage. Malgré les réclamations du comte de Palmella et du ministre espagnol, l'abolition de la traite est adoptée ; et, le 20 ianvier, le Portugal convient d'abandonner tout commerce d'esclaves, au nord de la ligne. En 1815, il est stipulé que les puissances alliées, emploieront leurs bons offices pour faire restituer au Portugal la ville d'Olivença : mais Labrador, le ministre de Ferdinand VII, s'oppose de tous ses efforts à cette concession. Nous ajouterons que 'durant ce même congrès le Portugal n'est point compris dans l'indemnité de 700 millions que la France paye aux souverains alliés.

Le 16 décembre 1815> le jour anniversaire de la naissance de la reiqe mère, une loi, promulguée à Rio de Janeiro, élève le Brésil à la dignité de royaume. Bientôt Béresford est déclaré maréchal

général, indépendant du gouvernement e Lisbonne; et, en cette qualité , il se trouve investi du commandement suprême des troupes portugaises. Le 20 mars 1816, la reine dona Maria I* ayant succombé, le régent prend immédiatement le titre de roi. Cest l'année suivante, le S novembre 1817, oue l'infant dom Pedro reçoit l'archiducnesse Léopoldine, qu'il avait épousée le 13 mai par procuration. En 1818 alieu dans Rio l'acclamation de Joâo VI, selon l'antique cérémonial usité depuis l'avènement de la maison de Bragance. Une autre solennité est célébrée, l'année suivante, dans la capitale du Brésil. L'infante dona Maria , fille de dom Pedro, est baptisée le 3 mai 1819, sous le titre de princesse da Beira.

Nous ne reviendrons pas ici sur les événements politiques qui précédèrent la séparation définitive du Portugal et du Brésil : le récit sommaire en a été fait lorsque nous avons essayé de retracer

dans un volume spécial les révolutions qui marquèrent, dans le nouveau monde, )es derniers années du règne de Jo9o VI. Pendant aue le Brésil préparait tous les éléments de son indépendance, le 20 août 1820 une révolution éclatait dans Porto, qui proclamait de nouveaux principes constitutionnels. Le 9 septembre 1820, les gouverneurs convoquent les cortès extraordinaires. Après plus d'un siècle de silence, Tantique représentation portugaise trouvait un généreux défenseur dans la personne de Manoel Fernandez Thomaz; et cet énergique magistrat ne craignait pas d'exposer à ses compatriotes le tableau nu et terrible des maux causés par Tincurie ; il appelait le peuple à sa, regénération par le travail, et le conviait à toutes les espérances par le souvenir de ce au'il avait fait (*).

Le 26 janvier 1821, le congés national souverain avait été ouvert à Lisbonne.

Après avoir procédé à la nomination d'une régence pour exercer en l'absence du roi , les cortès constituantes avaient été établies. Le 21 juillet 1821 , Joâo VI débarque à Lisbonne. Après le 13 mal 1822 , et sous l'impression que doit causer la nouvelle de l'indépendance du Brésil, il jure une nouvelle constitution : bientôt cette constitution elle-même est annulée (**). « Joâo VI, dit un témoin oculaire, rentre dans Lisbonne, après en être sorti,'tar Villa-Franca. Les cortès sont dissoutes : cette dernière révolution est due à un mouvement militaire , qui a pour chef don Miguel (***). »

(*) L'histoire moderne doit regarder comme an des documents les plus significaUfs de cette époque, l'écrit intitulé : Reiatorio aohre o estadù e oéuninùlraçùo do Reino durante o tempo da funta provi^ional do governo supremo. Il fat lu durant les sessions des cortès extraordinai« Des , du s au 6 février 1821. ^ Fernandez Tliomaz, né en I77i,à Yiila-dafigueirada-Foz— Mondego, est mort le 19 novembre 1822, pauvre et noble en ses derniers moments comme leao de Castro.

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) Plusieurs ouvrages portugais, dont les Utrea sont à peine connus en Vranee, pour* ront guider œuK qui voudraient aborder sé> rieusement cette partie de rbi»toire moderne. Nous les reproduisons ici comme complément de notre travail : Historia de Portugal déade o Remadodaaenhora dona Maria latéa convençlXo d'Evora Monte, com um resumo dos acontecp mentos mais notàveit que tem tido logar desde eniOo até nossos dias. ForJ. M. de Souza Monteiro. Lisboa, 1838, 2 vol. in-l2. — Revista hùtorica de Portugal disde a morte de don Joûo

Assez de plumes éloquentes cfnt retracé les troubles de toute espèce et les passions funestes que fait naître Fapparition de ce personnage fameux sur Thorizon politique. S'il ne nous reste pas suffisamment d'espace pour enregistrer les actes sanglants qui désolent le pays, à plus forte raison n'en avons-nous pas assez pour développer ici la marche inique que vont suivre les affaires durant

Vf até ofallecimento do imperador don Pedro. Coimbra, 1840, I vol. in-**.-^ Traêado elemen* far de Geographia por don Jozé de Urcultu; Porto, 1839 : on y trouve un récit fort exact du siège de Porto. — Memorias com o titulo dé ' annaes para a hisioria do t^npo que durou a u/furpaçOo de don Miguel por Jozé Liberato FreiredeCarvalho; Lisboa, 1831— 1843, 4 vol. in-8*. C*est sans contredit l'ouvrage le plus important qui ait paru sur cette f^riode. Il faut le faire précéder d'un livre du même auteur ioUtulé : Ensaio poUtico sobre as causas que prenarûo a usurpacûo do If^/ante don Miguel. I n-8* ; k seconde édiUon est de 1842. ~ RetruU» e hiographiaa de -personagens illustres de Poptugal. Ust)oa, I8i2, in-fol. On y trouve la biographie de Fernandez Thomas, surnommé dans ces derniers lampe le patriarche de la liberté portugaise : elle est due à M. Francisco Freire de Carvalho, le savant éditeur de Camo^ns. - Raimundo Jozé da Cunha Mattos, Memoria d4 Campanha do Senhor don Pedro. Rio, «/c. J833; livre rempiide faits. —Parmi les ouvrages, écrit» en françaiis, qui ont paru dans ces derniers temps, on peut consulter l'essai sur Phistoire de Portugal

Fa MM. Chaumeil de Stella et Àug. de Santc^l, aris, 1839,2 vol. in-8*. Quelques recueils de pi^ ces officielles seront d*un grand secours , en ce qui touche l'année I830. Nous signalerons prii^ oipalement une brochure précieuse dans sa concision et inUtulée : De la Question portugaise, par M. Hyde de Neuville (Comte de Bempostal; Paris, 1830; ln-8« de 87 p. La lettre de W. Walton k sir James Mackintosh renferme également un grand nombre de pièces autbenUques; mais sous ce rapport, il faut mettre ep première ligne les Éclaircissements historiques relatifs au» paires de Portugal par le marquis de&ezende ; Paris, 1 833, 1 vol. in-s". Le livre du colonel Hodjea sera précieux pour écrire une partie de cette curieuse histoire: U est intitulé : iVarmftv^ of ihe expédition of Portugal^ in 1832, undertheci^ d^rs qfhiê impérial Mc^esty don Podro duke qf Bragança^ Londres. 1833, 2 vol. in-s**. L'année 1837 a vu paraître a Rio de Janeiro la traduction du nvre bien connu de John Armitage, sous le Utre d*HisU^ria do Brazil désde a chegada da/amilia de Bragança aléa abdicaçOo dû imperador D. Pedro. 1 vol. in-8., fig. — Journal d'un officier français au service de don Miguel; Paris, I834, l brocb. in-S" de 138 p. Cet opuscule, sérieusement écrit, renferme d'ailleurs des pièces Justificatives. — Les brochures publiées parLopez, Rocha, William Young, Lavel Badcok. (1835), Owen, qui a donné à la sienne le titre de Civil war tn Portugal and the siège of Oporto, contiennent toutes des détails plus ou moins curieux. Voy. paiement les remarquables articles de MM. de Usteyrie et Xftvier Durrieu. ( Revue des deux menées), >

L'UMlYËaS*

cette période. Exilée pour s'être refusée obstinément àsuivre les nouvelles lois du royaume , Tépouse de Joâo VI, Carlota Joaquima, se lorme un parti, qui va grossissant et qui doit bientôt livrer le pays à toutes les horreurs de la guerre civile. Effrayé à bon droit du caractère nie-> naçant que présentent les événements , le 18 jum 1823, Joâo VI nomme une junte pour aviser au modèle plus convenable de constituer la nation (*), lorsqu'ont lieu les célèbres événements du mois de mai , sous Tinfluence persévérante de don Miguel. La terreur règne dans Lisbonne, les arrestations se succèdent : des hommes éminents, tels que le . duc de Vilia-Flor et le marquis de Palmella, sont jetés en prison. Dans Timpossibilité où il est de mettre un frein à cet état de choses déplorable, et, craignant d'ailleurs la réalisation d'un plus Srand attentat, Joâo VI se réfugie à bord u Windsor- Castle. Dans cette circonstance , notre ambassadeur, M. Hyde de Neuville, développe le plan de conduite le plus sage et l'action la plus énergi- (|ue. La faction niiguéliste voit ses projets renversés; et le 13 mai 1824, un an n'est'pas écoulé que don Miguel reçoit l'ordre de quitter le Tagepour voyager. Le 6 juin suivant, après un sérieux examen de l'avis émis par la junte, Joâo VI déclare que la constitution propre à la nation est celle de Lam^o, et, en conséquence, convoque les cortès. Un des faits politiques les plusretnarguables de cette époque est la reconnaissance de rindépendance du Brésil : elle a lieu en novembre 182^ : mais on remarque, avec juste raison, que le roi, en cette circonstance, ne soumet point l'acte qu'il vient d'ac-f complir à rassemblée des cortès. Le 25 août de lu même année , on était déjà convenu des indemmités que le Brésil devait payer au Portugal; et l'un des plus grands actes de cette période est désormais acquis à l'histoire.

Affaiblie par tant de coups successifs, la santé du roi était déjà depuis longtemps chancelante, lorsque, le 10 mai 1 ^2Q, Joao VI fut enlevé subitement . INous ne pouvons nous rendre ici l'organe des récits divers qui furent plus ou moins

(*) A partir du 2 juio 18?3, époaue à laquelle f«t suspenda le congrès national, jusqu'au lo mars isae, Jo&o VI recouvra le pouvoir absolu.

accrédités alors; et nous devons imiter la réserve d'un écrivain portugais, qu'on ne saurait accuser de vains ménagements dans l'expression de son opinion : « Si l'historien doit mentionner de tels bruits, dit-il, il ne peut les donner comme dignes de foi que lorsque des nreuves irréfragables les ont fait entrer oans le domaine de la vérité. » Ce qu'il y a de plus positif, c'est que dès le G mars J826 Joâo VI avait nommé la régence oui devait pourvoir à l'administration au royaume , et gouverner même jusqu'à ce que celui à qui appartenait la couronne eût fait connaître sa volonté.

Conformément à la charte , Tin faute tsabelle-Mariefut déclarée régente ; et ce fut alors ^u'on nomma un nouveau ministère , a la tête duquel se trouvait le général Saldanha , connu par .ses principes libéraux et petit-fils du marquis de Pombal.L!histoire des fluctuations de cette période forme déjà un gros volume dans l'iiistoire de notre temps ; et la rébellion de l'Alem-Tejo et de Tras-os- M^optes fournit de curieux épisodes.

Pour nous, qui nous contentons de constater ici les faits et d'en dresser le sommaire, nous rappellerons qu'aussitôt

Sue la mort de son père lui avait été nofiée à Rio de Janeiro , don Pedro avait abdiqué la couronne du Portugal en faveur de sa tille aînée dona Maria. Ce fut alors qu'il donna au royaume la charte qui porte son nom : mais, si l'on en croit un nistorien dont nous n'avons nulle raison de contester la bonne foi , don Pedro avait été laissé dans une complète ignorance de l!état où se trouvaient les partis; et le 3 juillet 1827 parut un décret qui conférait la régence à son frère. Il est vrai de dire qu'avant de produire cet acte , il avait positi vendent rap« pelé l'infant à Rio de Janeiro. Avertie temps, don Miguel s'était bien gardéde ^'embarquer à bord du vaisseau qui était venu se mettre à sa disposition dans le port de Brest. Ce fut le 22 février 1828 que don Miguel, portant letitre d'Infant, rentra à LisbonneiOn di t qo^au sortirde U cathédrale où il était allé prêter serment , des cris de yive don Miguel, roi absolu» > l'accuei I lirent ;Dè5 lors ia régentesedémit noblement du pouvoir (*), et un nouveau

(*)Le23Join'id28. tracte par lequel don Iffisoel 8*ei»i>are de la couronne est eonsommé laS

ministère fut constitué. Les cortès ne cessèrent pas d'abord d'être ouvertes , et ehaquecbambre continua ses travaux.

Un décret vint tes dissoudre quinze jours avant la fin de la session. Le 15 avril 1838 eut lieu le mouvement populaire qui, sons le titred'accldmation,portaitdon Miguel au trône. La vîHe de Porto pourra toujours se glorifier d'avoir opposé en cette occasion une noble résistance aux yolontés d*un prince dont le premier acte politique était une infraction à des serments solennels. Une révolution en faveur de la reine éclate dans cette ville , dès le 16 mai 1828. Une junte est formée; mais au bout de peu de temps elle se divise en deux fractions, celle de Porto et celle de Coïmbre. La résistance à don Miguel manque d'ensemble aussi bien que d'énergie, et bientôt les troupes constitutionnelles sont contraintes de se retirer et de se réfugier en Galice, quoique le brave eénéral Saldanha soit présent à cette lutte. Lorsqu'il a quitte le royaume, entraîné par des raisons qu'il a exposées lui-même, Joaquim de Souza Pizarro et Bernardo de Sa Nogueira prennent le commandement, dans les circonstances les plus difficiles-Le 6 juillet 1S28, ces troupes commencent à entrer sur le territoire espagnol : le général Pizarro les conduit ; mais, c'est en vain qu'il réclame l'hospitalité ; il se voit soumis, avec ses troupes, aux traitements les plus rigoureux.

Une nombreuse émigration s'organise, la junte provisoire elle-même avait quitté le pays. Les restes dispersés de Farmée constitutionnelle s'embarquent à la Corogne pour l'Angleterre- Pendant que ces événements ont lieu , un soulèvement s*opère dans les Algarves , il est œmprimé dès le 7 juin 1828. C'est alors surtout qu'on voit se multiplier des actes de violence et de cruauté , trop nombreux pour les enregistrer ici. Dans les circonstances difficiles où se trouve l'émigration, le viconte d'Itabayana met à la disposition du marquis de Palmella des fonds dont il peut disposer, et qui forment bientôt Funiqoe ressource de

mat suivant, après la convocation des trois états da royaume, acte qui paraît sous la rubrique royale. Tous les ministres étrangers cessent leurs r<;lattons dlplomallques avec la cour de Usbonne.

tant d'hommes jetés par les événements politiques loin de leur pays.

Tandis que ces faits d'une si haute gravité se passent en Europe , don Pedro prépare à Rio de Janeiro un acte solennel qui va compliquer les événements. Dès le 3 mars il a formellement abdiqué la couronne de Portugal en faveur de sa fille; et la jeune reine a pris le titre de dona Maria II. Le 5 juillet 1828 die part de Rio de Janeiro, pour aller en Autriche terminer son éducationdans le palais de son aïeul. Mais le 3 septembre de la même année , lorsqu'elle est arrivée à Gibraltar, le marquis de Rarbaeena Filisberto Caldeira Brant prend la judicieuse résolution de la conduire en Angleterre; l'état politique du pays explique suffisamment à rEurope ce changement de dispositions.

Le 24 septembre dona Maria arrive à Falmouth ; et trois jours après elle est reçue dans cette ville avec la pompe due aux têtes couronnées. Sur sa route, de ce port h Londres, les mêmes honneurs la suivent; à Exeter elle reçoit offlciellement une députation de l'émigration portugaise. Parvenue le 6 octobre à Londres, c'est seulement le 22 décembre qu'a lieu sa réception solennelle.

Malgré cet acte important et an mépris de la convention secrète du traité de 1807 , l'Angleterre garde la neutralité; Wellington et Aberdeen sont alors à la tête du ministère.

Cependant, une expédition composée d'émigrés s'est mise en merdans l'inten^ tion de grossir le parti constitutionnel qui s'est formé aux Açores. Les navires marchands qui la transportent sortent de Ptymouth le 6 janvier 1829; et, arri^vés le 11 du même mois dans les eaux de l'ilè de Terceire, ces hommes dévoués sont repoussés par les Anglais , qui leur tuent même un soldat, sans la moindre intimation préalable. Le comte de Saldanha, qdi dirige l'expéditian, proteste au nom de son pays.

Alors cette portion de l'émigration'

S^rtugaise vient chercher un refuge à rest; et le général qui la commande arrive dans ce port à la fin de janvier. Le comte Hyde de Neuville occupait le ministère de la marine. Les Portugais sont reçus avec une franche hos{{itaTité. I^a jeune reine avait continué jusqu'à

t'UWVERS.

ce momeot à résider en Angleterre; don Pedro Justement sensible à Tacte qui vient d'avoir lieu, la rappelle auprès de lui. Les exécutions sanglantes du 6 mars< 1829 ont un douloureux retentissement dans le reste de TEurope.

Le général Diocleciano Gabreira ayant quitté Terceire, un jeune officier cTune bravoure toute chevaleresque, le comte de Villa-Flôr, est nommé par la reine com me capitaine général ; il accepte le poste périlleux qui lui est confié , et arrive à Terceire, a la fin de juin 1829, conduisant quelques troupes aguerries.

Dès le 15 de ce mois, Pempereur du Brésil avait nommé un conseil de régence, présidé par le marquis de Palmella, et destiné à faire prévaloir les droits de dona Maria. Le conseil se décide à partir pour les Acores , le seul endroit où il lui soit possibfe d'exercer son action ; il n'y peut parvenir que le 3 mars 1830. Déjà , à cette époque, le comte de Villa-Flôr avait obtenu un éclatant avantage sur l'expédition que don Miguel avait envoyée contre le parti constitutionnel et que le jeune général avait eue à combattre, peu de temps après son arrivée ^ le il août

Vers la même époque le désir de don Pedro s'était effectué. La reine avait quitté TAneleterre; elle s'était embarquée à Porthmouth , conduite par le marquis de Barbacena. Une seconde mère choisie par don Pedro allait la ramener au Brésil : la digne fille d'Eugène Beaubarnais, l'impératrie Claire- Amélie, arriva d'Ostende; et les deux princesses partirent le 30 pour Hio de Janeiro ; elles connaissaient déjà l'éclatant fait d'armes de Terceire. Le 16 octobre, elles purent transmettre cette nouvelle à don Pedro.

Nous passons sur les temps difficiles de rémigration. Nous omettons à dessein les luttes pénibles et secrètes qui se multiplient en France , en Angleterre et en Belgique. En Portugal Tannée 1830 s^ouvre par un événement d'un haute irn* portance : la reine Charlotte succombe le 7 janvier ; le 3 mars le conseil de régence s'embarque pour Terceire; mais il ne se compose plus que de deux membres ; il rend néanmoins plusieurs décrets importants.

Doii Miguel venait de contracter un emprunt de 50 millions, lorsque les jour-

nées de 1S30 changent l'aspect politique de l'Europe. Les événements qui ont heu au Brésil vont exercer une influence croissante sur les affaires du Portugal. Le 2 novembre de cette année, le roi Guillaume IV déclare, à l'ouverture du parlement, « que s'il n'a pu jusqu'à ce moment envoyer des ambassadeurs à la cour de Lisbonne , l'amnistie générale que vient de proclamer le gouvernement portugais lui permettra d'établir le renouvellement des anciennes relations. > Ce fait n'a point besoin de commentaire..« avec la chute du mraistère Wellington une autre politiqiie prédomine.

Pendant ce temps le général Saldanha continue à Londres et à Paris de nouvelles tentatives pour faire triompher sa cause, et le général Pizarro se rend à Bayonne, afin d'y organiser le noyaa d'une armée portugaise. Grâce surtout aux efforts du comte de Saldanha , qui se rend l'interprète de leur dénâment, près de cinq^ cents émigrés «ont admis dans les dépôts français. La Fayette hâte ce succès, et le noble cœur du jeune duc d'Orléans y prend un intérêt plein de chaleur. Cest à la fin de cette année qu'a lieu l'emprunt Maberly.

Le 6 février et le 16 mars 1831 avaient été marqués à Lisbonne par de sanglantes exécutions , lorsqu'un nouvel événement vient forcer la France à intervenir dans les actes du gouvernement portugais. Un vieillard de soixante-quinze ans, M. Sauvinet, un autre Français, M. Bonhomme, contre lequel onn'a élevé jusqu'alors aucun grief, sont arrêtés pour des motifs dénués de tout fondement, mais basés sur des accusations différentes. Une commission extraordinaire, sié-geant à Lisbonne, les condamne àsubir les peines les plus cruelles ou les plus avilissantes (*) ;

(*) La sentence qai atteignait M. Clandt Saaviuet était équivalente à la peine de mort, puisqu'elle condamnait ce vieil lard à la déportation perpétuelleen Afrique : il était accusé d^a voir mis le feu à des fusées dans la matinée du s février, et surtout de s'être caché au moment de son arrestation. Malgré les constantes et coarageuses représentations de notre consul, le jugement inique qui condamnait un de nos compatriotes avait été exécuté dans la maUnéedu3i mars, et M. Bonhomme, que n'avaient pu sauver tant dWforts,avalt été ignominieusement flagellé dans les rues de Lisbonne. Ce supplice avait été infligé pour cause de sacriléoe , lorsque toui prouvait iHnnocenoede raoeusé. Nous avons sous les yeux la sentence qiie la eommission avait prononcée; et si nous ne pouvontia repro-

ils réclament ta protection de leur gouvernement. Notre consul général développe alors autant d'habileté que d'énergie; il exige l'annulation de deux sentences qui envoient un vieillard à la mort et qui flétrissent un autre Français ; n'ayant pu obtenir satisfaction, M. Cassas proteste et n'hésite pas à se retirer ; plusieurs de nos compatriotes s'éloignent avec lui : il quittait Lisbonne le 19 avrils sur le brick tEndymUm; et le 16 mai uneescadre,oommandée par M.le contreamiral Roussin, arrivait dans les eaux du Tage et ne donnait que quarante-huit heures au gouvernement de don Miguel pour qa'il eât à répondre aux réclamations présentées d'une manière si explicite par M. Cassas. Satisfaction n'ayant point été donnée, les hostilités commencent le 23 ; dans l'espace de quelques jours Is'tflotte de don Miguel est au pouvoir de l'amiral.

Pendant que ces événements ont lieu, la réffence de Terceire ne reste pas oisive; elle prend la résolution de s'emparer de quelques îles voisines; et le 21 avril cellede Pico tombe enson pouvoir; Fayal échappe à cette rapide conquête, mais Saint-Georges , dès le 9 mai, partage le sort de Pico.

Parvenus à cette époque, les faits s'accumulent, et le récit se complique. Don Pedro, sous le titre de duc de Bragance, revient en Europe et réside momentanément en Angleterre. Au mois de juin 1831, dona Maria II, qui a quitté le Brésil , arrive dans la ville de Brest, après quatre-vingt-quinze jours de traversée.

Cette période est encore marquée par l'acte vigoureux du contre-amiral Roussin, quiy le 11 juillet 1831, force le port de lisbonne et contraint don Miguel à se mettre à la discrétion du vainqueur.

Depuis cette époque jusqu'en 1832, les combinaisons sur lesquelles repose l'avenir politique du Portugal , se lient et s'enchaînent. Don Pedro vient à Paris durant quelques jours, en juillet 1831, puis il ramène , au mois d'août, la jeune

doire en raison de son étendae, noos la signalons à rhistoire comme an de ces actes de démence qui peignent toute nne époque. M. Cas^ sas demanda avec énergie, non-seulement la mise en liberté de M. Bonhomme , mais un acte spé cial de rébablUtation , une indemnité pécuniaire de 30,<K)0 fr., et la destttutton des Juges.

27* Livraison, (Portugal.^

reine à Londres : le 7, elle reçoit officiellement les Portugais qui s'empressent autour d'elle , et l'on remarque &ur le visage de don Pedro, qui se tient à ses côtés, l'expression d'une satisfaction

S refonde ; il a compris que la destinée e sa fille est, comme qit le poète, un gage de cette loyauté.

Le séjour que fait cette fois le duc de Bragance en Angleterre est de courte durée : dès le 16 août il part pour Paris avec l'impératrice et la jeune reine. Dona Maria est (accueillie magnifiquement , et le palais de Meudon est désigné pour lui servir de résidence. C'est là qu\>n apprend les succès obtenus par le comte de Villa- Flôràl'îledeSaili-Miguel.

C'était^ en effet,de la persévérance courageuse q^ui renouvelait tant d'efforts sur ce point , 4Ç[u'on devait attendre les résultats qui sont présents au souvenir de tous. Don Pedro l'a compris , et il fait tous ses préparatifs pour rejoindre les*braves qui combattent aux Açores; grâce aux généreux efforts de quelques hommes dévoués , parmi lesquels il estjuste d'inscrire le nom de M. G. Malo, une expédition militaire peut être organisée. Le 10 février 1832 , don Pedro part de Belle- Isle-en-mer pour se rendre aux Acores et se diriger ae là sur Porto. La deuxième division, commandée par le général Diocleciano Cabreira, ne put quitter la France que dix-neuf jours après la première.

Dès le 22 février 1832, don Pedro arrive à Sam-Miguel ; il fait un court séjour dans cette île ; et le 3 mars il est à Terceire, où la régence lui remet l'autorité, et où il forme un nouveau ministère : M. de Palmella et M. Mouzinho Sylveira en font partie; ce dernier s'associe à quelques actes de fermeté et à plusieurs réformes indispensables ; le duc de Bragance se déclare, en outre, gàiéralissime des forces de terre et de mer; puis il remet le commandement en chef de Tarmée au comte de Villa-Flôr, tandis que la flotte doit agir sous les ordres du vice-amiral Sartorius, officier anglais qui a passé au service de la reine.

C'est le 27 juin que les trois divisions .quittent définitivement Sam-Miguel (*); le

(*) L'ezpédilion de don Pedro se oompoeait ainsi qu'il suit: deux frteates. une corvette, deux bricks, quatre goélettes (eëcunas)^ quarante l>àttmenU de transport, contenant trois bateries d'artillerie de campagne et 8,30o,

L*tïNlVERS.

f juillet Pexpéditîôn atteint les côtes de Portugal ; et le 8, vers deux heures et demie , toutes les embarcations de guerre Srennent position devant la plage qu^oa ésigne sous le nom de Mendêlo , entre Villa do Conde et Porto.

L'armée libératrice se signale par des avantages immédiats; les troupes miguélistes postées à Laça se voient bientôt contramtes à se replier sur Porto; elles passent, en conséquence, le Douro ; maii deux bataillons de chasseurs, formant Tavant-gardé de^forces de la reine, marchent sur la seconde ville du royaume, où les acclamations populaires se font entendre sur tous les points. A midi, don Pedro, suivi du reste des troupes, fait son entrée.

Nous ne pouvons parler ici avec détail de la bataille de Ponte-Ferreira, livrée à trois lieues de Porto ; elle eut lieu le 23 juillet 1832 : le parti de don Miguel y perdit cinq cents hommes ; mais Tabsencede cavalerie s'opposa à ce qu'on en obtînt tous les avantages qu'on pouvait en tirer. A Souto-Redondo, néanmoins, la perte de l'armée de la reine est presque aussi considérable, puisqu'elle s'élève à quatre cents hommes. C'est après cette journée qu'un général français , blessé jadis à la bataille de Vimeiro, est appelé par don Pedro pour prendre le commandement, et débarque dans la ville assiégée. M. le baron de Solignac arrive le !•' janvier 1833; dès lors une série d'opérations s'engage, qu'il nous est impossible dé signaler. En nombre de circonstances, don Pedro donne des preuves d^une bravoure éclatante; son activité n'a point de bornes; souvent même on le voit prendre part aux travaux des fortifications. L*ensemble des opérations générales souffre néanmoins bientôt 'une certaine désunion. Nous dirons seulement ici que le baron de Solignac, n'ayant pu faire prévaloir ses plans, croit devoir donner sa démission au bout de six mois ; il est blessé au moment où il ^'embarque pour la France; il est juste

, sar lesquels on ne p«u^t considérer

eonoe qmbImUmiIs effeetifc que 7,4ôo hommes environ. Dans Pénamération de ces forces il têoi «QMNNDdM MI ofiiciers et 183 mnsleiens. USmSèéiémï Miguel, répaAdosiMf Umtel^

hommm e* de i^m elMfttax. Le génétÉl migniMile SRk ewHMHiatt dant FiMo étaH aleft le vicomte de Santa-Marta.

de rappeler qu'à l'affaire do 4 man 1883 ce général recueille sa part d'une gloire incontestée avec Saldaoha et Tonres. Le comte deSaldanha^qui, malgré ooegrave maladie, s'était décidé à venir à Porto, dès le 26 janvier 1833, pimid le commandement , decofloert aveele oomte de VilUFlôr,eréé bientôt due de Ter^eira.

Durant ce long sié^ de onse mois , où tous les genres de privations furent subis, où le cboléra-morous vintœéler sondeuij permanent à tous les hasards àes oom« bats, lattitude de Ut ville de Porto ne fléchit pas un moment; et l'on peut; comparer la lutte persévérante qu^elle " eut a supporter à celle des autres sièges mémorables de la Péninsule. Dans l'es* pace de moins d'un an, en effet, on lance contre cette cité et contre le couvent de Serra à Sam-Joâo-de-Foz de ^aatorze à quinze mille bombes ou grenadf's; trois mille six cent douze individus périssent seulement du choléra ; et l'incendie sur plusieurs points fait d'effroyables ravages.

Pendant cette période, le marquis de Palmella est chargé du gouvernement civil ; et, sous le nom de Carlos Ponza, l'a* mirai Napier prend le commandement des forces maritimes. Entre plusieurs actes du même genre, il est J4iste de rappeler le don de 16, 000 liv. sterling fait par le comte de Farrobo pour les besoins du gouvernement. De grandes nécessités, en effet, se feront encore sentir; mais le mémorable comltat naval livré

Ï)ar l'amiral Napier le 6 juiUet 1833, à a hauteur du cap Saint-Vincent , flit bientôt pressentir l'issue de la lutte; la flotte de don Miguel y est ooniplétement détruite. Il ne faut plus ensuite que peu de senaaines pour que l'Europe voie la fin de ce drame politique; la journée sanglante d'Alnooster (*), où commsBdait le maréchal Saldanha, avait préparé les voies à un grand changement politi* que, lorsque le statut royal dn 10 avril 1834, émané de la reine rr^Keote d'£6« pagne, dut faire perdre tout espoir à don Miguel, en reconnaissant les droits de la jeune ^eioe : cet acte important ayant été msceoté par la France et par l'Angleterre y la question politique se

n fiUe eot liitt le is lévrier HMj 4m emt que Tarmée ê» deo Mlglil y fiMn SotlIM

iiOOO hommes.

PORTUOÀL.

trouva décidée. Au duc de Terceîra était réservée la gloire d'en finir avec la question militaire; le 8 moi» il etitrâ 1 Coïnibre, et le même jour JSapier se présentait devant Villa de Figueira de FosL Dès le 16 du même mois le duc parvenait , avecsa division, dans un lieu nommé Asseiceira, et sa brusque attaque mettait à la débandade les troupes miguélistes, tandis que Napier forçait la garnison d'Ourëm à se rendre : le 18 , les forces renfermées dans Santarem quittaient cette position; et Ton peut dire que la cause de don Pedro était gagnée. L'artfnée ^ssa alors le Tage, et ses deux divisions, commandées par leducdeTereeîfa et par le maréchal Saldanha , forcèrent Tennemi à implorer l'armistice ; il leur fut refusé; mais le 26, le général Guedes étaut venu déclarer q^e les restes de Tarmée s'en remettaient a la générosité du yai;iqueur, les deux marécnaux si- Snèf ent à Evora les conditions qui renaiefft la tranquillité au pays, et qui donùâfent un trône paisible à dona Maria : ces pouvelles importantes parvinrent à Lisbonne le 27 mai 1834 {*),

iTrois actes d'une haute gravité signalèrent eaeore le ministère choisi de nouveau par don Pedro : Tun convoquait tes cortès pour le 15 août; le second éteignarttous les privilèges de la compagnie des vins du Douro ; et, enfin, le troisième supprimait les corporations religieuses , sous quelque dénomination qu'elles eussent été établies et dans quelques parties du royaume qu'on les eut fondées.

; L'ordonnance que nous signalons sup-

{*) JPàr iine 'convention particallère, datée ^rtftti S9 fBai 1834, don Biigael s'engagea soleDDeUemeal fc ne te jamais mêler des affaires politiques da royaume. — On lai accorda une

riDsiondeOQ contosde réis;etU s^emimrqaa Slnes le I"' juin 1834. Mais bientôt il adressa aux souverains de rEurope une protestation en forme. Une table, qui paraît être d*une exaetitôde Inooniestable, fait monter à n,529indl- Tidos le BMilire d« oenx qoA périreot dan oelt0f

prima d'un seul coup 402 couvents d'hommes et de femmes , donnant asile à une populationmonastique de six mille individus.

Pendant que ces luttes se multipliaient dans la métropole, des événements , restés ignorés parmi nous, mais qui n'en sont pas moins d'une haute importance , ont dû contrister profondément l'âme de la jeune reine , que nous savons si bien accessible à tous les sentiments de justice et de pitié. £n 1831, les pluies ayant manqué complètement dans les Iles du eap Vert, une horrible famine se déclara l'année tmWante ; et l'on élève à 30,500 individus le nombre de ceux qui périrent.

A la menfie époque, cette noble cité de Goa , où se sont passés les faits les plus héroïques de cette histoire , avait aussi ses agitations ; mais Lisbonne pouvait- •lio s'occuper de ces dissensions intérieures ? Aujourd'hui le ministère a repris sa sollicitude. Dejpuis t84( la capitale des Indes a été déclarée port franc.

La restauration dont nous avons esquissé les faits principaux « et dont les divers incidents avaient excité à nn si haut d^ré l'intérêt de l'Eure^, devait être encore marquée par dn de ces événements que leur caractère imprévu rend {)lus douloureux : don Pedro mourut e 24 septembre 1834.

Cette âme ardente qui avait puisé de nouvelles forces dans son amour de père, cette noble intelligence qui avait lutté dans les deux mondes pour une grande idée politique, s'éteignait prématurément! Avant de mourir, don Pedro a replacé l'eftigie de Pombal au lieu qu'elle occupait jadis. 11 faudrait faire graver, au bas de la statue de bronze, ces belles paroles d'Osorio, qu'un siècle de gloire avait surnommé le Cieéi'on chrétien :

« Les grands résultats ne s'obtiennent que par les grandes prévoyances. »

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