STATUE ÉQUESTRE DE DON JOSEPH
— TRAVAUX d'art EXSCtlTÉS PAR JOA- QUIM HAGHADO ET BARTHOLOMEU DA
COSTA. — L'homme dont on invoque ordinairenaent le témoignage , lorsqu'il s'agit de quelque monument important en Portugal , l'architecte anglais Murphy, a rendu pleine justice à Fœuvre de Machado, en la proclamant « l'œuvre d'un grand maître; » peut-être, cependant , a-t-ii mis quelque rigueur dans son jugement à l'égard des Portugais , en affirmant que le nom de cet artiste
était 9 poor ainsi dire , i^slé dans TouMi parmi ses eompatriotes; pea^étre a^'-^n exagéré un peu le mérite du fondeur aux dépens oe celui du statuaire; maïs il n'est pas juste de diw que Machado soit reste parfaitement dans Foublî. En tous cas, la génération présent» s'efforce de réparer les torts du passé, et nous allons faire en sorte» grâce à d'excellents documents fournis par les compatriotes de Machado lui-même, de rétablir les faits ignorés deTartiste anglais.
<i LorsqueiPonoommenca larëédifieationde Lisbonne, après la nineste catastrophe de 1754) on conçut immédiatement le dessein d'élever un monument au centre delà placedu Commerce, construite sur l'emplacement de l'antique Tenreiro do Paço.. . Eugenio dos Santos deCarvalho, capitaine ingénieur, avait été chargé non-seulement des réparations de la cité , mais c'était d'après ses plans qu'on avait bâti lès édifices qui environnent aujourd'hui la place du Commerce. A sa mort, il laissa un projet destiatue équestre devant servir a'ornement V la place; mais, sur son esquisse , la partie convexe et postérieure du piédestal, où l'on voit aujourd'hui le bas-relief, demeurait nue et sans ornement. Lorsqu'on voulut mettra à exécution le monument, un artiste, né à Malte, mais qui avait étudié en Italie, fut chargé de préseQter un modèle d'après les dessinsc en question , et le capitaine Reynaldo Manuel dos Santos, qui avait succédé dans la charge d'architecte au capitaine Eugenio, nt concourir, dans le même but, Joaquim Machado, qui était occupé alors à recelé de sculpture de la basilique de Mafra^
« Celui-ci fit un petit modèle en cire^ sur les copies de ces niémes dessins oui lui avaient été fournis d'après un ordre exprès ; son projet fut présenté au roi en concurrence avec celui du Maltais. Le modèle de Joaquim Machado obtint la préférence royale. » r^ous n'insisterons pas, borné comme nous le sommes par l'espace, suriine foule de détails curiewx eiposés dansla notice que nous venons de consulter; nous rappellerons seulement qu*on ne laissa point à Machado la liberté d'inventer les allégories des grou-
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pes principaux, ni mérne celle (Taltérer les accessoires de la statue équestre. Il dut se tiontentef de corriger les fautes de dessio: œfut à peine si onlaissa à Fessor de Sa libre fantaisie la composition du bas^relief , pour legoel Ëugenio dos San- . tos n'avait transBiis aucun projet. L'ar- /liste, a consigné, du reste, lui-même ces faits, intéressants pour Thistoirede Tsupt, dans un ouvrage spécial; ils sont connrmés d'ailleurs p^r un Contemporain, Antonio Stopani, qui affirme positivement que bien que Je statuaire fût en état d'améliorer l'invention du projet primitif, jamais on ne voulut consentir à ce qu'il le fit.
I^ grand modèle une fois exécuté , . il fallait trouver un homme <3apabie de . le couler enbronze. La chose dut paraître impossible au premier abord, car le Portugal Dépossédait aucun monument de ce genre : un lieutenant-colonel, chargé de la direction de l'arsenal, Bartholomeu da Costa, osa s'en charger , et il réussit. « X^e 15 octobre 1774, le Portugal vit fondre pour la première fois une statue colossale d'un seul jet (*) ». Murphy fait observer avec raison qu'à l'époque où ce travail fut entrepris , il n'y avait qu'un seul exemple d'une statue équestre d'une dimension pareille venue danscet état de perfection; encore est-il incertain si la statue de Joseph I*^ n'est pas plus grande que celle dont il voulait parler, et qui représentait Louis XIV sur la place Vendôme.
Ce que le voyageur anglais ignorait, ou ce qu'il ne dit pas, c'est auè le travail . de la ciselure, qui eut lieu dans la fosse même , n'exigea pasmoins de six mois de labeur assidu. Quatre-vingt-trois artistes furent employés à cette opération, qui fut complètement terminée le 13 mai 1775. Le transport de cette masse énorme fut confié à l'architecte des monuments publics , Raynaldo Manuel dos Santos, qui s'acquitta de sa mission avec
(*) (c EUe avait vingt-quatre pledà de haut et fut fondue d*unè seule Dièœ par Balthazard Keller. Yoy. f^oyage de Murphy, trad. fraoç., t. Il , p. 34. Vous ferons remarquer en passaiA , d'aprâ une autorité ignorée de filurphy, qu'on employa «6« quintaux et demi de bronze pour fondre la statœ colossale de don Josepb : après qu'on eut reUré les conduits du métal, çn calcule qu'il en restait 500 seulement : Tarmature de fer intérieure, admirablement disposée par Bartholomeu da Costa, pesait 100 quintaux.
tout le succès désirable. Un officier chargé de la police du port , Joâo dos Santos , dirigea l'appareif au moyen duquel la figure fut enfin placée sur son piédestal. L'érection définitive de la statue eut' lieu sans aucun accident le 20 mai 1775, en présence d'une foule innombrable. La place du Commerce était tendue des plus riclies étoffes , et ce fut au milieu de vives acclamations qu'on vit enfin placé sur sa base ce colosse de bronze, auquel un goût sévère peut bien reprocher quelques défauts , mais qui n'en reste pas moins une œuvre éminente, dont Lisbonne s'enorgueillit.
Pîous ferons remarquer en passant qù^u ne . circonstance particulière caractérise cette statue équestre.: au premier aspect on ne sait trop pourquoi la plinthe paraît montUeuse, et l'on est tenté de voir une allégorie dans ces ronces entremêlées de reptiles que le cavalier foule aux pieds; mais, outre que l'allusion ne put dépidre ni au souverain ni à son ministre, l'artiste profita de cette disposition pour couvrir, grâce aux replis sinueux des serpents et aux feuillages parmi lesquels ils se glissent, la barre de ter qui sort du
Sied gauche du cheval , et sert de point 'appui principal : on sait qu'assez ordinairement, cet appui malencontreux dépare les monuments du même genre.
Les récompenses que cette œuvre d'art valut à ses auteurs furent réparties d'une manière fort inégale : Joaquim Machado fut créé chevalier , il est vrai, mais il languit toute sa vie dans un état voisin de l'indigence, tandis que Bartholomeu da Costa fut élevé par la suite au rang de lieutenant général. Nul ne trouvera étrange à coup sûr qu'un tel grade soit devenu la récompense de cet officier , dont le mérite était incontes- * table; on a seulement quelque raison d'être surpris que l'auteur réel du monument n ait pas été rétribué avec plus dejustice. L'auteur de la grande Description du Portugal, Landmann, a prétendu quePombal n avait fait ériger ce monument que pour avoir Toccasion d'y faire graver son médaillon. Le grand ministre nejouit pas longtemps, dans tous les cas, de ce faible dédommagement à tant de travaux. On sait que cette effigie fut arrachée dans les dernières années du dixhuitième siècle : on lui donna asile dans
Tarseoal, et doo Pedro la fit placer de nouveau aii lieu qu'elle D*edt pas dû quitter.
LA TOUB DBS CL^CS A POBTO. —
Parmi les édifices religieux d*ua aspect vraiment original qu^n remarque en Portugal , et dont la célébrité ne s'étend guère au delà du pays, il faut compter la Torre dos C/i^pro;» Ce monument, qui sert de point de mire aux navigateurs dont Tintention est de pénétrer par la barre difficile du Douro , est d'une construction fort moderne : il fut commencé en 1 732 et terminé en 1763 ; c'est la tour la plus haute que l'on connaisse dans le royaume et l'une des constructions les plus remarquables de la ville de Porto : elle a été bâtie par un architecte italien nommé Nicolo Mazonî. La tour des Clercs est bien l'expression du siècle où elle fut édifiée : dressée au sommet d'une rue fort élevée , qu'on désigne sous le nom de Natividade, son emplacement , habilement choisi , augmente encore l'effet qu'elle produit sur le voyageur. On affirme que ses cloches pèsent les unes cent» les autres iusques à deux cents arrobas. L'église a laquelle elle sert de principal ornement, fut consacrée au culte en 1779 , comme le constate une inscription latine placée à la porte collatérale du nord : cette même inscription atteste que l'œuvre entière fut faite aux dépens du clergé ; circonstance qui explique la dénomination imposée à la tour. C'est encore une confrérie dans laquelle figurent quelques riches séculiers appartenant a la province, qui entretient l'église de rtotre-Dame de l'Assomption et son curieux monument.
THÉATBE DE SAN CABLOS. — A
partir de l'année 1602, où Gil Vîcente venait représenter ses Autos et mieux 3ncore ses pastorales dans la propre chambre de la reine, jusqu'en 1793 , époque à laquelle s'éleva ce bel édifice, il y aurait de curieuses choses à dire sur le matériel du théâtre en Portugal et sur les bâtiments consacrés aux représentations dramatiques, Cervantes, avec sa verve inimitable, nous a donné en quel-
ques mots l'idée la plus originale die ce qu'était le théâtre de la Péninsule au temps de Juan del Enzina et même de Torres
Naharro. Il y eut peu de différence dans les représentations populaires des deux
pays. Cependant, nous avons la certiUide que les vastes salles des universités, ou les. salons magnifiques des châteaux royaux, servirent primitivement à la représentation dramatique des pièces érudites d'Antonio Ferreira et de Sa* de Miranda. La fille savante de don Manoel, qui accueillait dans son intimité Sîgœa et Paula Vicente, n'Ignorait pas que cette dernière était l'actrice la plus nabile de son temps» et elle dut plus d'une fois mettre en évideiTceson talent dans les pièces originales du père. Le fils de don Manoel , ce noble don Luiz, qu'on avait surnommé les délices du Portugal, s'occupait de poésie dramatique, puisqu'on lui attribue /)oit Luiz de m Turcos ; et il put faire représenter ses pièces dans un palais dont tous ses contemporains nous rapnellent le faste et nous vantent la maenincence Mais là dut s'arrêter le goût des représentations dramatiques; c'est du moins ce que des recherches particulières nous font supposer. Le cardinal-roi fit bien
iouer à Coïmbre quelques pièces érudites, orsqu'il n'était encore que prince royal, et qu'il avait présentes à I esprit les leçons du savant Klenardt; mais les fonctions épineuses de grand inquisiteur et plus tard l'embarras croissant des affaires finirent nécessairement par l'éloigner de ce genre de divertissement. Quant à don Sébastien , en supposant que l'impulsion donnée en Europe au théâtre l'eût emporté sur son mysticisme habituel, la srande catastrophe de 1578 arrêta infailliblement toute représentation de ce genre. A l'avènement de la maison de Bragance , on eut sur le trône un prince essentiellement artiste ; mais don Joâo IV s'occupait bien plus de la grande musique religieuse que de la musique dramatique; et rien ne nous indique encore un théâtre permanent à Lisbonne durant cette période. Ce n'est guère qu'au dix-huitième siècle qu'on vit s'élever dans la capitale du Portugal des salles spéciales , consacrées aux représentations dramatiques.
Les pièces composées par l'infortune Antonio Jozé exigeaient de toute nécessité une certaine pompe théâtrale, et toute la science du machiniste n'était pas de trop, lorsqu'on représentait, vers 1740, au théâtre du Bairù-Alto , un de ces opéras dont le titre seul atteste la mise en scène compliquée.
L'UNIVERS
On nous pardonnera, nous Fespérons du moins, retendue de ce préambule; mais Tabsence presque absolue de do* cuments sur ce point exigeait peut-être qn chapitre à part. Nous en venons au principal théâtre de Lisbonne, Lorsque, sous le rè^ne de don Joseph, on vit arriver dans la capitale du Portugal cette fameuse Zamperini, dont la voix mélodieuse fut célébrée par tous les poètes du temps et dont les charmes jetèrent, dit-on, le trouble parmi certains dignitaires du clergé (*), elle alla s'établir avec sa troupe au théâtre de la rue dos Condes: ceci avait lieu de 1770 à 1774, et rien n'était approprié dans cette petite salle aux exigences de l'opéra. On finit par sentir ta nécessité d'un théâtre plus vaste , et une compagnie s'étant formée , grâce à la réunion dt
Slusieurs riches capitalistes, le théâtre e Sam-Carlos s'éleva dans le court espace de six mois (**). Jozéda Costa e Sylva, architecte habile, qui était allé étudier en Itsdie, en avait dessiné le
f»lan : il est évident qu'il y eut chez ui quelque réminiscence d'un grand monument du même genre qu'il avait admiré jadis. Ce qu'il v a de certain, c'est que les travaux furent conduits avec une rare intelligence par Santo- Antonio da Cruz Sobral , et que le nouveau théâtre put être ouvert, le 29 avril 1 793 , à l'occasion d'une solennité de la cour.
M. d'Hautefort jrend justice au talent dont José da Costa e Sylva a fait preuve en cette occasion : « Tous les corridors, dit-il, sont voûtés ainsi que les escaliers qui conduisent aux loges; les issues sont tellement bien distribuées, qu'en un instant la salle peut être vide. La scène est d'une profondeur immense : on y a vu manœuvrer quatre-vingts chevaux à la fois. » Le goût des représentations dramatiques a fait de singuliers progrès à Lisbonne^ et l'on met au rang des
goètes qui donnent le plus d'espérances [. Leal!
(*) Voyez sur cette corieuse période da théâtre portugais une note étendue qu*ou doit au ■avant et spirituel Lecussan Vcrdier. Il avait «oonu la célèbre cantatrice, et il a consigné ses souvenirs avec une malice pleine de bonhomie «t de charme dans le petit commentaire qu*U a Joint au poème du Goupillon.
(*«) Yoy. à ce sijuet les notes dont Lecussan Verdier a enrichi le Joli po«me déjà cité.
LB PÀLÀI8 d'àjuda.— Ua incendie ayant détruit le vieux palais que Joseph t*' avait fait construire et dont on voit encore quelques vestiges dans l'enceinte de celui-ci , Maria l* alla habiter le château de Queluz, que son on- i de et à la fois son époux avait fait ! élever. Ce fut Joâo Vl, déjà régent,
3ui posa la première pierre du palais 'Ajuda au nom de sa mère. Les pre- , miers architectes furent José da Costa, les deux Fabri et Manuel Gaëtano : le dernier porte le nom d'Antonio Francisco da Rosa. L'édifice est encore aujourd'hui fort incomplet, surtout si i l'on a présents à l'esprit les premiers plans qui furent adoptés. La portion achevée peut être opposée à la plupart des grands palais qu on remarque dans les autres capitales de l'Europe. Quatre vastes pans de murs en marbre , disposés sur un plan auadrangulalre et terminés à leurs angles par de magnifiques pavillons , devaient le compléter.
Il n'y a que la partie orientale, regardant Lisbonne , qui soit construite. Le vestibule occidental est à peine commencé ; on peut en voir une représentation exacte dans la revue si haoilement rédigée dont nous nous sommes servi tant de fois. Le Panorama.
EGLISE d'estrella. — ScIou un écrivain, qui a sur ce sujet des connaissances spéciales, l'église d'Èstrella, qui fut commencée à Lisbonne en 1779, et pour l'érection de laquelle on suivit les plans de Saint-Pierre de Rome» est l'édifice religieux de la capitale qui offre dans son ensemble l'aspect le plus satisfaisant. Il fut achevé en dix ans par doua Maria 1*.