DERNIÈRE ÉPOQUE DE CE RÈGNE
I). Sebastien revint en Portugal la même année, et tout nous prouve que cette course armée, loin de calmer son ardeur belliqueuse, n’avait fait que le confirmer dans ses projets. On ne les ignorait pas, la nation entière en était troublée, et une vive inquiétude se faisait sentir non-seulement dans le conseil , mais jusqu’au sein des cours dont les intérêts étaient unis momentanément à ceux du Portugal. On sentait qu’un pouvoir occulte , mais persévérant , continuait à exercer son pouvoir sur le jeune monar-
3ue. On essaya de détourner cette arente imagination d’un dessein insensé en portant ses préoccupations sur une grande question politique , dont on espérait faire une question d’intérêt privé, celle du mariage. Divers partis furent proposés à D. Sébastien , des négociations même furent ouvertes; mais si une union avec la fille de Henri II fut sur le point de s’effectuer, et si les conseillers ue la couronne crurent devoir insister sur cette alliance, qui resserrait les liens du Portugal et ceux de la France, rien ne put être conclu , et les espérances du jeune monarque, secondées par une répugnance pour le mariage qu’il ne prenait pas même le soin de dissimuler, firent échouer tous les projets.
C’est grâce aux mémoires contemporains, c’est surtout grâce aux lettres austères du noble évêque de Sylves,
(*) Memorùu de! Hry D. Sébastian.
(*•) Le» leçons rte Pedro Nunez avaient été si peu perdues Pour D. Sébastien, que ce fut lui qui dirigea toujours l'escadre, principalement dans les moments difficiles. Voy. Animes dus sciencias e artes , t. V, p. 140.
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L’UNIVERS
qu’on peut juger aujourd’hui de quelle anxiété se sentaient saisis les esprits prévoyants et dans quelle situation morale se trouvait un grand peuple voisin de sa ruine. Tantôt le vénérable Hieronymo Osorio s’écrie : « Depuis quand une religion d’amour est-elle devenue une religion de glaives? » Tantôt, en comparant les gentilshommes que le luxe a énervés aux hommes de fer qui ont gagné l’Inde sous Emmanuel, il dit avec douleur : « Voyez, ils portent des parfums et ne savent plus porter la lance. » En d’autres moments, il s’adresse au roi luimême, et il lui écrit ainsi : « Les hommes prudents disent que l’office d’un bon roi consiste davantage dans l’art de défendre les siens que dans la hardiesse d’attaquer l’ennemi, et c’est une vérité si reconnue, que les princes dont le nom s’est illustre dans les batailles n’ont rien gagné du ran t ces luttes s’il n’en est résulté aucune sécurité pour leurs vassaux. Or, beaucoup de gens se lamentent sur ce point , parce qu’ils voient que la guerre présente ne se fait pas aux Maures, mais qu’elle se fait aux Portugais, sans que Votre Altesse le sache. » Voici quel est le langage du digne prélat, et néanmoins c’est pour le confesseur du roi que l’austère vieillard réserve ses paroles les plus sévères. Plusieursannées avant l’expédition fatale, il écrivait aux deux frères, et les engageait à descendre dans leur propre conscience. « Vous vous êtes rendus, disait-il , ainsi que la personne d’un roi de dix-sept ans naturellement aimable, les êtres les plus abhorrés qu’il y ait eu jamais en Portugal, avant et depuis I). Pedro le Cruel ! et les Portugais jurent qu’ils préféreraient être gouvernés par deux Turcs, qui les dirigeraient avec amour et prudence, à la façon dont ils le sont aujourd’hui. Nul malheur plus grand ne devait atteindre ce royaume, ni la propre personne du roi C) !... * Les avertissements sévères, les reproches hardis ne manquèrent, on le voit donc bien, ni au jeune monarque, ni aux hommes ambitieux qui le conseillaient ; rien ne put modifier les projets insensés que Philippe II
(•) Voy. Cartos Portuguexas de D. Hyeronimo Osorio Paris, 1819. Voy. également un excellent article de Candido Xavier dans le