‹ Portugal par m. Ferdinand DenisChapitre 49 sur 86 · ANGO LE NAVIGATEUR NORMAND. — TRADITION QUI LUI EST RELATIVE · texte numérisé non relu

ANGO LE NAVIGATEUR NORMAND. — TRADITION QUI LUI EST RELATIVE

Il est impossible d’aborder cette période glorieuse, sans nommer au moins le célèbre navigateur normand, qui a laissé des souvenirs si présents encore à sa patrie. Nous l’avouerons cependant, nous obéissons plutôt ici au souvenir qu’a laissé une tradition populaire, que nous n’agissons d’après des monuments incontestables, et si nous reproduisons volontiers un récit qui fait honneur au vieux marin français, nous sommes forcé de dire que les historiens les plus dignes de foi , tels que Joao de Barros et Damiâo de Goes, se taisent au sujet des exploits, quelque peu étranges, qu’ou attribue au riche corsaire de la Normandie. Les auteurs plus humbles, amis des anecdotes particulières, les poètes populaires, toujours prêts à faire allusion a des événements extraordinaires, Garcia de Resende et Gil Vicente eux-mêmes gardent également le silence touchant ce hardi brûleur de vaisseaux, qui n’aurait* pas craint de venir affronter.

sons les murs de Lisbonne, la marine « pondit: Messieurs, ce n'estpas moi qui vigilante de Manoel et avec lequel ce « vous fais la guerre; allez trouver Ango, monarque sc serait vu dans la nécessité « et arrangez-vous avec lui. Les deux de traiter directement. Quoi qu'il en « députés se rendirent à Dieppe. Ango, puisse être, nous reproduisons ici les « qui était alors à Varengevillc (où il faits principaux attribués au navigateur « s'était fait bâtir une magnifique mainormand , et nous avons recours pour « son de plaisance , dont les débris subcela à l'habile historiographe de la ville « sistent encore), les lit venir dans son de Dieppe. « manoir, et les reçut avec sa magnifi-

■ « Ango (c'était le plus riche marchand « ccnce ordinaire. Ici les traditions va- « de Dieppe) ne faisait pas le commerce « rient; car, selon les uns, il leur dit

• avec de petites escadres de deux ou « d’assez rudes paroles , et les traita « trois voiles , mais avec des flottes ; il « peu courtoisement ; d'autres préten- « avait toujours sur mer quinze ou vingt « dent que, par égard pour le roi, qui « navires armés en guerre. C’était vers « lui avait fait l’honneur de les lui ren- « les îles Moluques et aux grandes In- « voyer, il leur demanda seulement à « des qu’il dirigeait le plus ordinaire- « l’avenir de respecter le pavillon de « ment ses expéditions; et comme les « France, et leur promit d’expédier un « Espagnols, les Flamands, et surtout « bon voilier pour rappeler sa flotte. » « les Portugais, disputaient sans cesse Quelques mots sont ici nécessaires afin « le passage à ses vaisseaux , chaque ex- d’établir une certaine concordance entra « pédition donnait lieu à deux ou trois la tradition et les récits des Portugais. « combats, dont son étoile le faisait Sans aucune espèce de doute, Jean « presque toujours sortir vainqueur. Ango fut un homme remarquable , il le

» Une fois il arriva qu’un de ses na- fut comme ce brave Parmentier dont «vires, entraîné par un coup de vent M. Estancelin nous a tracé naguère

« loin de ses compagnons de route, fut l’histoire , et comme ces hardis naviga- « rencontré par une escadre portugaise, teurs les Pregent de Bidoulx , les Pri- « qui le foudroya; l'équipage fut mas- moguet, les Paulin, dont M. LéonGué- « sacré, et le vaisseau avec les inarchan- rin a récemment retracé les exploits « dises conduit en triomphe à Lisbonne, et dont nous devons à bon droit nous » Ango, furieux, sans s'inquiéter que enorgueillir. Plus que tous ces naviga-

• le Portugal fdt en paix avec la teurs du seizième siècle, Jean Ango eut « France, jure de venger son outrage, de l’audace etdu bonheur; disons mieux, « Il fait équiper dix grands navires qui comme des renseignements certains « sc trouvaient alors dans le port , les l'attestent, dans les luttes lointaines qui « fait escorter par six ou sept autres de s’établirent entre lui et les Portugais, il « moindre grandeur, et ajoute à leur sc rendit un ennemi incommode, un « équipage ordinaire environ huit cents corsaire redoutable. Mais il y a loin de « volontaires et gens de résolution, qu’il là sans doute au pouvoir ou’on lui « enrôle toutexprès, pour aller faire des prête, et la vérité ressort aes docu- « descentes sur les rives du Tage, et ments diplomatiques que nous avons

• ravager la côte de Portugal. sous les yeux, sans que Von puisse néan-

« Ses ordres furent si bien exécutés moins enlever toute valeur à la tradi-

« que l’effroi fut bientôt à Lisbonne, tion. En tout cas les exploits de Jean « L’incendie de plusieurs villages sur le Ango n’appartiendraient pas au règne « bord de la mer, et la capture d’un de Manoel , mais ils auraient eu fieu « grand nombre de vaisseaux sortant sous Joâo III. Comme cela a étércmar- « du Tage, ou revenant des Indes, firent qué du reste par M. Léon Guérin dans « croire que c’était le roi de France , et son Histoire maritime de France, le seul

• non un de ses marchands , qui causait document qui puisse prêter une certaine

« tout ce ravage. Eu conséquence, le autorité à la tradition est la lettre de « roi de Portugal dépêcha en toute hâte marque que François I" expédia le 27 « à Chambord deux de ses conseillers , juillet 1530 (*) , et par laquelle il concède « pour demander raison de cette viola- Et non ,e M m8r9 , amme le dtt

« t.ondela paix. François I" leur re- M. Guérin dans son Intéressant ouvrage.

L’UNIVERS

à Jean Ango le droit d’appréhender sur les biens des Portugais , partout où il le pourra faire , ce qui le devra dédommager des prises faites sur lui, accordant toutefois à ceux-ci trois mois, pour opérer la restitution demandée (*). Il faut néanmoins ajouter que la tradition relative à l’ambassade s’évanouit dès qu’on examine un peu sérieusement les

fiièces diplomatiques. En effet, par une ettre en date du 2 août 1544 , Joâo III ordonne à son ambassadeur près la cour de France de déclarer à François 1er, que s’il ne donne pas des ordres pour révoquer les lettres de marque accordées à Jean Atigo, il se verra contraint de se retirer. FernSo AlvarezCabral avait reçu des injonctions pareilles, et Joâo III semble avoir attaché une telle importance au débat survenu entre lui et la France, qu’il mande à Domingos Leitâo de demeurer à Paris, afin de le tenir au courant de l’affaire dans le cas où l'ambassadeur s’absenterait de la cour.

Les dates sont du reste tellement incertaines dans l’histoire du hardi navigateur, créé par François I" vicomte et capitaine commandant de la ville de Dieppe , qu’il est intéressant et curieux à la fois pour nos propres annales, de rétablir au moins certains faits vaguement énoncés par la tradition. Si la descente en Portugal dont on a reproduit le récit est plus que douteuse , il n'en est pas ainsi des autres exploits de Jean Ango , et le recueil auquel nous avons eu plusieurs fois recours ne laisse point de doute à ce sujet. D'abord, par une lettre de D. Antonio d’Ataïde, en date du 18 août 1531 , on a la certitude que Jean Ango armait quatre navires pour se rendre en Guinée, et se diriger vers la côte de Malaguete. On voit ensuite que l’amiral de France s'opposait à ses explorations à main armée . et qu’il lui défendait la navigation des mers du Brésil , en étendant cette ordonnance à toutes les contrées soumises alors au Portugal. Il fallait bien aussi que l’intrépide bourgeois de Dieppe eut conquis une position à part dans l’armée navale, puisque François Ier écrivait à Joâo III , que, selon les rapports de Joâo Yaz, on préparait dans les divers ports de Nor-

( * ) Voyez le Quadrv elmentar, t. III, p. 237.

mnndie vingt-cinq ou trente navires prêts à se joindre a ceux de Jean Ango et indépendants de ceux qu’il avait armés. Nous ajouterons un seul mot, en

S osant que la tradition du blocus de onne repose sur quelque fait réel, c’est entre 1531 et 1532 qu’il faut fixer la date de cette audacieuse expédition.

Il est vrai de dire cejiendant qu’en octobre 1531 , les quatre navires appartenant à Jean Ango étaient partis et qu’un pilote portugais , nommé Joâo Affonso , avait pris le commandement de l’un d’eux pour se rendre à la côte de Guinée. On le voit, il résulte de tous ces faits que rien n'est absolument positif dans le récit mentionné plus haut.

mort de joao III. — Ce roi avait aimé assez sincèrement la paix pour qu’on lui eût entendu répéter plus d’une fois, que le gain d’une victoire n’effaçait jamais la perte causée par une guerre; et cependant, son règne offrit une suite non interrompue de sièges mémorables et de combats célèbres, qui ensanglantèrent non-seulement l'Inde et l’Afrique, mais encore une vaste partie de nouveau monde. Il sut du moins maintenir en Portugal cette paix qu’il préconisait avec tant d’ardeur , et sous son gouvernement le pays parvint à atteindre un degré de prospérité que les historiens portugais ne cessent de vanter. On lui doit d'admirables institutions , il imprima au mouvement intellectuel de son pays tin degré d'activité que les autres peuples n’ont peut-être pas apprécié suffisamment, mais qui n’en est pas moins réel. Sincèrement dévot, il réforma ie clergé régulier; mais aussi il se soumit presque aveuglément aux volontés des jésuites, et si ce fut lui qui réédifia le magnifique aqueduc de Lisbonne, qui continua les admirables travaux du couvent de Belem, il donna à plusieurs reprises des ordres impitoyables pour qu’on anéantit les monuments religieux de l’Inde. On lui attribue sans doute une foule d'édilices d’utilité publique , tels que la douane, les bâtiments désignes sous le nom de Tercenas , les magasins de la Marine; mais tout cela ne peut faire oublier que ce fut sous son règne qu’on bâtit aussi le palais sinistre de I inquisition, et que l'on commença les sanglantes procédures du saint office ;

il n’en fut pas moins ardemment aimé.

Joào 111 mourut à Lisbonne, le 11 juillet 1557; il avait alors cinquante-cinq ans, et il y en avait trente-cinq qu’il régnait. On dit qu’un prédicateur, voulant annoncersa mort en chaire, commença à arler au peuple, mais il fut interrompu ientôtpar les cris déchirants de la multitude et ne put continuer. Luiz de Camoens était encore aux Indes, lorsque cette nouvelle y parvint. Don Joâo ne lui avait jamais accordé aucune sorte d’encouragement, c’était sous son régne qu’il avait été exilé, et, comme l’histoire le prouve suffisamment, jamais ce génie indépendant ne fut prodigue de ses éloges; cependant il consacra à la mémoire du roi qui venait de mourir une épitaphe qui , pour être restée longtemps obscure , et n’avoir jamais été gravée sur la tombe qu'on voit à Belem , n'en est pas moins l’éloge le plus magnifique qu’on ait pu faire de ce roi.

« Qui git dans ce grand sépulcre?

« quel est celui que nous rappellent les « signes illustres de ce robuste bou- « clier. Rien; car c’est à cela qu’arrive « toute chose : mais ce fut autrefois un « être qui eut tout et qui put tout.

« Il fut roi et fit ce qu’un roi doit « faire; il mit un soin égal dans la paix « et dans la guerre. Autant il a été pe- « saut au Maure grossier, autant main- « tenant la terre est légère pour lui.

« Est-ce Alexandre? INul ne s'y « trompe: on estime davantage ceux qui .« savent conserver que ceux dont le « butest de conquérir. Serait-ceAdrien ,

« ce puissant maître du monde?

« Ce fut l’observateur le plus exact « des lois d’en-haut. C’est donc Numa?

« Non , mais c’est Jean III de Portugal,

« et jamais il n’v en aura un second. »

Le règne de ce monarque, en effet, ne devait trouver rien qu’on pdt lui comparer désormais dans les annales du pays.

'règne de d. Sébastien. — Il y a deux noms que la France a retenus dans l’histoirede Portugal, celui de D. Manoel et celui de D. Sébastien : l’un parce qu’il dit la plus haute période de gloire pour la nation portugaise , l’autre parce qu’il annonce une chute éclatante, et peut-être aussi parce qu’il se trouve environné de circonstances tellement

romanesques , que la pensée se plaît à scruter ces merveilleuses aventures, dont pour beaucoup de gens le dernier mot n’a jamais été dit. Mais c’est précisément parce que la période historique où vécut D. Sébastien a excité vivement les imaginations, c’est parce que la réalité s’est trouvée obscurcie insensiblement par des fables sans nombre , que nous tenterons de dégager en peu de mots cette curieuse biographie des faits inexacts ou , si on l’aime mieux , des récits invraisemblables, qui l’ont plus d’une fois altérée (*).

D. Sébastien, petit-fils de Joâo III, était né à Lisbonne le 20 janvier 1554, c'està-dire à l’époque où la fortune des Portugais commençait à fléchir aux Indes et à Malaca. Lorsque cet héritier, si ardemment désiré, vint au monde, le prince D. Joâo, son père, était mort depuis quelques jours (**) ; sa mère, donh Juanna, la propre fille de Charles-Quint, accoucha au milieu d’un deuil universel (***).

Le merveilleux qui caractérise les dernières années du jeune prince s'attache à sa personne, avant même qu’il voie la lumière. Une légende adoptée par quelques chroniqueurs veut qu’une femme mystérieuse et vêtue de noir, comme on l’était au temps de Joatn II , ait apparu à l'infante dona Juanna et lui ait fait comprendre par un geste muet que les brillantes destinées du royaume allaient avoir une fin sinistre. Une autre légende , répétée par des historiens de la même époque, signale, aussitôt après les

(*) Nous dirons ici que nul règne dans les annales portugaises n’a été si curieusement et si nettement examiné que celui du successeur de Joâo III; le nombre des relations qui racontent la déplorable catastrophe d’Alcacar Kebir est vraiment prodigieux, et le biographe par excellence des Portugais, Barbosa Macliauo , a consacré quatre gros volumes in-4° à l'administration si éphémère du jeune monarque sans pousser la tâche jusqu’au bout; ce livre est intitulé : Memi trias para a historia de Portugal que comprehenaem o governo del Hey D. Sebastiûo do anno 1564 até o anno 1661 , approvadas pela academia real da Historia Portugueza, escritas por Diogo Barbosa Machado , abbade da Igreja de Santo-Adriào de Sever. Lisboa , 1736-1761. II y a en tête un beau portrait gravé par Debrie.

**) Le 2 de janvier 1456.

•**) Cette princesse avait épousé le fils de Joào III par procuration , le il de janvier 1362, et ce n’avait été qu’à la lin de novembre de la même année qu’elle avait fait son entrée en Portugal.

L’UNIVERS

couches de l’infante, une espèce de roude infernale exécutée nar une troupe de Maures. Plusieurs aes serviteurs attachés au service de la princesse virent, disent-ils, ces esprits infernaux danser au milieu dps flammes dans une des cours du palais.

Rien au contraire, dans la réalité, ne pouvait faire soupçonner les terribles événements de ce régne. Il y eut une régence , il est vra i, car la mort de J oào 1 1 1 arriva trois ans après la naissance de son petit-fils ; mais la reine Catherine avait pris la direction des affaires et l’intègre Aleixo de Menezes s’était vu chargé del’éducation du jeune monarque. Certes ces deux esprits excellents donnaient toute espèce de garantie pour l’avenir. Il est difficile de rencontrer dans l'histoire une femme d’un esprit plus noble et plus ferme à la fois que l’était la veuve de Joâo III. Tous les historiens se réunissent pour vanter la noblesse de cœur et les lumières de Yayo (*) de D. Sébastien. Aussi, maigre aes difficultés dont on ne tait ni le nombre ni la nature, les deux mandataires auxquels se trouva confié lebonheurd’une nation généreuse, remplirent-ils leur dévoir selon ce qu’on pouvait attendre d’eux. Dona Catharina accomplit tout ce qu’un esprit ferme et droit pouvait faire dans l’intérêt des peuples , elle assuma courageusement sur elle les déboires dont une faction turbulente voulait l’abreuver, et ellenese démit définitivement de la direction des affaires qu’au jour où elle acquit la preuve qu’une lutte plus longue devenait impossible : voilà pour l'office de la reine. Les devoirs du gouverneur 11e furent pas moins bien remplis. Sébastien fut nourri dans l’amour du pays et il poussa même jusqu’à une sorte" de fanatisme son admiration pour les gloires portugaises. Bien peu de princes au temps où il vivait pouvaient lui être comparés quanta la variété et à l’étendue de l’instruction. Les écrits qu'il a laissés sont une preuve évidente de ce que l’on avance ici ; certains projets pour lesquels des connaissances positives étaient indispensables le prouvent également (**) ;

(•) C'est le titre officiel du gouverneur

(•’) Tel était, entre autres, son projet de réforme des poids et mesures. St un fatal événement n'avait pas fait ajourner ce dessein ,

le célèbre Pedro Nunezavait été son maître de mathématiques , comme l'a trèsbien prouvé M. Ctndido Xavier; il savait les langues classiques, et l'on a la certitude que l’histoire des grands peuples lui était familière. Le témoignage des écrivains contemporains est unanime lorsqu’il s’agitde ses qualités privées, et l’on peut dire qu’il poussait même certainesvertus jusqu al’exagérat ion (*). Par quelle fatalité tant de louables antécédents eurent-ils un résultat complètement opposé à celui qu'on devait attendre? par quelles circonstances déplorables les plus nobles penchants, faussés par un odieux système, devinrent-ils précisément la cause d’une ruine funeste ? Avant de raconter les égarements du jeune roi, les historiens répondent par deux noms : ils désignent Marti m Gonçalves da Camara et lé père Luiz Gonçalves da Camara son frère; et ils disent en même temps que ees deux hauts conseillers appartenaient à l’ordre des jésuites. Le pere Luiz Gonçalves était confesseur du roi.

A l’instigation de ces deux habiles courtisans, dès l’âge de quatorze ans Sébastien réclama lés droits que lui donnait sa naissance, et le 20 janvier 1568 il entra en possession du trône. Deux ans plus tard, toujours influencé par les mêmes conseils, il éloigna de sa personne l’homme probe et sévère qui avait guidé son éducation. D. Aleixo de Menezès, en quittant la cour, supplia, diton , son royal élève de reculer l’exécution de certaines mesures pour lesquelles il avait pris l'initiative et qu'il avait

qui reçut un commencement d’exécution , le Portugal jouirait aujourd’hui d'un système uniforme , dont l’exposé excite une admiration involontaire, surtout lorsqu’on se reporte au temps oû II fut conçu. Voy. à ce sujet un excellent article des Annacs das sciencias e arles.

(•) Telle était l’exquise pureté de ses habitudes intérieures, que ies chroniqueurs ne tarissent pas sur ce point. On ne connut d’autre passion à Sébastien que eelle de la gloire, car il est impossible d’admettre de prime abord , et comme vérité incontestable , ce qu’on dit touchant cette religieuse qu’il allait visiter mystérieusement, et pour laquelle il entreprenait de sécrétés et dangereuses expéditions durant la nuit- Pas un seul historien digne de ce nom ne désigne clairement cette l>eaulé inconnue, dont quelques autres font une espèce d'fcgérie; nous le répétons, ces récits invraisemblables ne se basent sur aucun témoignage positif-

à cœur d’exécuter ; il se défiait sans doute de cette âme fougueuse dont la direction lui échappait complètement. Les deux conseillers du roi prouvèrent au noble Menezès qu’il fallait redouter pour le pays un autre danger plus grand encore.

Avec les années , et grâce sans doute à de perfides insinuations, cet esprit élevé, dontonavaitpervertilesens, avait conçu des projets dont se montraient effrayés les hommes les plus braves et les plus expérimentés de l’ancienne cour. A peine échappé à l'adolescence, il révaitunecroisade nouvelle, une expédition plus décisive que celle de Joâo I", plus brillante que celle d’Alphonse V.

Il préludait à cette guerre d’Afrique par des courses aventureuses sur le Meuve, et plus d’une fois, dit-on, la frêle embarcation sur laquelle il s’abandon-' nait aux flots du Tagc devint le jouet de la tempête et se brisa sur les rochers : enfin, comme ledit Manoel de Faria, « toutes ses actions étaient devenues autant de pronostics de sa ruine (*). »

PBEMIKIIK EXPEDITION ENAFHIQIIE.

1574. — Sébastien atteignit trop tôt l’âge auquel il pouvait mettre à exécution les projets qui fermentaient dans sa tête ardente , et à peine avait-ii vingt ans qu’il résolut d’effectuer une descente en Afrique. Maiscette première expédition, entreprise , pour ainsi dire, à l’insu de ceux qui pouvaient en signaler les inconvénients, se réduisit à une simple promenade le long de la côte, une espèce d’excursion dans les environs de Tanger (**).

(•) SI l’on en croit certains auleurs , Sébastien serait complètement responsable do ses résolutions, et elles lui appartiendraient tout entières.

(**) Antonio Ynsconcellos , de la compagnie de Jésus, écrivain par conséquent favorable aux Camara , insiste sur les efforts que le précepteur du jeune roi lit auprès de lin pour le dissuader d’entreprendre cette première expédition , qui n’était que le prélude d’une plus déplorable faute; doit-on croire ce récit? « r.rgo •Sebasllanus. prudentissimisniouitoribus refraclarius.in Afneam primum solvit, scxtili mense ntmo 1674, trial issu* 20. Præceptnr intérim curis, ncc non et jejuniis aliisque macerationibus pmalumni salule afflietatus, mort» gravissimo curripilur. E lértulo tamen epistulium, manu, ut erat, tremula exaratum , charitate quidem et prtidenlia plénum, In Africam ad reqem dedit , suuunis in eo precibus conlendebat, ut faclusjain votl coropos, visa Africa, et sibi.et suis prospicerel, ac in Lusitaniam primo quoque venlû renaugaret. „ Auuccphalstotes, p. SI».

Les musulmans se bornèrent à surveiller les mouvements d’un ennemi dont ils n’ignoraient pas le débarquement, mais à la démence duquel ils ne croyaient pas. Une lettre de D. Sébastien luimême, qui nous a été conservée par Barbosa Alachado, raconte les incidents qui signalèrent cette échauffourée (*); nous ne l’analyserons point; mais si elle ne constate pas une grande prudence chez, le jeune monarque, elle atteste sa hardiesse chevaleresque , et elle prouve jusqu’à l’évidence que la science pratique de la navigation s’était développée chez lui (**).

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