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ce moment à résider en Angleterre ; don Pedrojusteraent sensibleà l’acte qui vient d'avoir lieu,larappelleauprèsdelui. Les exécutions sanglantes du 6 mars- 1829 ont un douloureux retentissement dans le reste de l’Europe.
Le général DioclecianoCabreira ayant quitté Terceire, un jeune officier d’une bravoure toute chevaleresque, le comte de Villa-Flôr, est nommé par la reine comme capitaine général; il accepte le poste périlleux qui lui est confié, et arrive à Terceire, à la fin dejuin 1829, conduisant quelques troupes aguerries.
Dès le 15 de ce mois, l’empereur du Brésil avait nommé un conseil de régence, présidé par le marquis de Palmella , et destiné à faire prévaloir les droits de dona Maria. Le conseil se décide à partir pour les Açores , le seul endroit où il lui soit possible d’exercer son action; il n’y peut parvenir que le 3 mars 1830. Déjà i , a cette époque, le comte de Villa-Flôr avait obtenu un éclatant avantage sur l'expédition que don Miguel avait envoyée contre le parti constitutionnel et que le jeune général avait eue à combattre , peu de temps après son arrivée , le 1 1 août
Vers la même époque le désir de don Pedro s’était effectué. La reine avait quitté l’Angleterre; elle s’était embarquée à Porthmouth , conduite par le marquis de Barbaeena. Une seconde mère choisie par don Pedro allait la ramener au Brésil : la digne fille d’Eugène Beauharnais, l’impératrie Claire-Amé'ie , arriva d'Ostende; et les deux princesses partirent le 30 pour Rio de Janeiro ; elles connaissaient déjà l’éclatant fait d’armes de Terceire. Le 16 octobre, elles purent transmettre cette nouvelle à don Pedro.
Nous passons sur les temps difficiles de l’émigration. Nous omettons à dessein les luttes pénibles et secrètes qui se multiplient en France , en Angleterre et en Belgique. En Portugal l’année 1830 s'ouvre par un événement d’un haute importance : la reine Charlotte succombe le 7 janvier ; le 3 mars le conseil de régence s’embarque pour Terceire; mais il ne se compose plus que de deux membres ; il rend néanmoins plusieurs décrets importants.
Don Miguel venait de contracter un emprunt de 50 millions, lorsque Ajour-
nées de 1830 changent l’aspect politique de l’Europe. Les événements qui ont lieu au Brésil vont exercer une influence croissante sur les affaires du Portugal. Le 2 novembre de cette année, le roi Guillaume IV déclare, à l’ouverture du parlement, « que s’il n’a pu jusqu’à ce moment envoyer des ambassadeurs à la cour de Lisbonne, l’amnistie générale que vient de proclamer le gouvernement portugais lui permettra d’établir le renouvellement des anciennes relations. »
Ce fait n’a point besoin de commentaire... avec la chute du ministère "Wellington une autre politique prédomine.
Pendant ce temps le général Saldanha continue a Londres et à Paris de nouvelles tentatives pour faire triompher sa cause , et le général Pizarro se rend à Bayonne, afin d’y organiser le noyau d'une armée portugaise. Grâce surtout aux efforts du comte de Saldanha, qui se rend l’interprète de leur dénûment, près de cinq cents émigrés sont admis dans les dépôts français. LaFayette hâte ce succès, et le noble cœur du jeune duc d’Orléans y prend un intérêt plein de chaleur. C'est à la fin de cette année qu’a lieu l’emprunt Maberly.
Le 6 février et le 16 mars 1831 avaient été marqués à Lisbonne par de sanglantes exécutions , lorsqu'un nouvel événement vient forcer la France à intervenir dans les actes du gouvernement portugais. Un vieillard de soixante-quinze ans, M. Sauvinet, un autre Français, M. Bonhomme.contre lequel on n'a élevé jusqu’alors aucun grief, sont arrêtés pour des motifs denuésde tout fondement, mais basés sur des accusations diftérentes. U necoinmission extraordinaire, siégeant a Lisbonne, les condamne à subir les peines les plus cruelles ou les plus avilissantes (*) ;
(*) La sentence qui atteignait M. Claude Sauvinet était équivalente à la peine de mort, puisqu’elle condamnait ce vieillard a la déportation perpétuelleen Afrique : il était accusé il avoir mis le feu a des fusées dans la matinée du 8 février, et surtout de s’étre caché au moment de son arrestation. Malgré les constantes et courageuses représentations de notre consul, le jugement inique qui condamnait un de nos compatriotes avait été exécuté dans la roatineedu 31 1 mars, et M. Bonhomme, que n’avaient pu sauver tant d’efforts.avait été ignominieusement flagello dans les rues de Lisbonne. Ce supplice avait été infligé pour cause de sacrilège, lorsque tout prouvait l'innocence de l’accuse. Mous avons sous les yeux la sentence que la rommissioa avait prononcée ; et si nous ne pouvons la repro-
ils réclament la protection de leur gouvernement. Notre consul général développe alors autant d’habileté que d’énergie ; il exige l’annulation de deux sentences qui envoient un vieillard a la mort et qui flétrissent un autre Français ; n’ayant pu obtenir satisfaction, M. Cassas' proteste et n’hésite pas à se retirer ; plusieurs de noscompatriotes s’éloignent avec lui : il quittait Lisbonne le 19 avril, sur le brick CEndymion ; et le 16 mai une escadre, commandée par M .le contre* amiral Roussin, arrivait dans tes eaux du Tage et ne donnait que quarante-huit heures au gouvernement de don Miguel pour qu’il eût à répondre aux réclamations présentées d’une manière si explicite par M. Cassas. Satisfaction n’ayant point été donnée, les hostilités commencent le 23 ; dans l’espace de quelques jours lai flotte de don Miguel est au pouvoir de l’amiral.
Pendant que ces événements ont lieu, la régence de Terceire ne reste pas oisive; elle prend la résolution de s’emparer de quelques îles voisines; et le 21 avril cellede Pico tombe en son pouvoir ; Fayal échappe à cette rapide conquête, mais Saint-Georges, dès le 9 mai, partage le sort de Pico.
Parvenus à cette époque, les faits s’accumulent, et le récit se complique. Don Pedro, sous le titre de duc de Bragance, revient en Europe et réside momentanément en Angleterre. Au mois de juin 1831, dona Maria II, qui a quitté le Brésil , arrive dans la ville de Brest, après quatre-vingt-quinze jours de traversée.
Cette période est encore marquée par Pacte vigoureux du contre-amiral Roussin, qui, le 11 juillet 1831, force le port de Lisbonne et contraint don Miguel à se mettre à la discrétion du vainqueur.
Depuis cette époque jusqu’en 1832, les combinaisons sur lesquelles repose l’avenir politique du Portugal , se lient • et s’enchaînent. Don Pedro vient à Paris durant quelques jours, en juillet 1831, puis il ramène , au mois d’août, la jeune
dutre en raison de son étendue, nous la signalons à l'histoire comme un de ces actes de démence qui peignent toute une époque. M. Cassas demanda avec énergie, non-seulement la mise en lil»erté de M. Bonhomme , mais on acte spé rial de réhabilitation, une indemnité pécuniaire de 20,uuo fr., et la desüluUon des Juges.
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reine à Londres : le 7, elle reçoit officiellement les Portugais qui s’empressent autour d’elle, et l’on remarque sur le visage de don Pedro, qui se tient à ses côtés, l’expression d’une satisfaction profonde; il a compris que la destinée de sa fille est, comme ait le poète, un gage de cette loyauté.
Le séjour que fait cette fois le duc de Bragance en Angleterre est de courte durée : dès le 16 août il part pour Paris avec l’impératrice et la jeune reine. Dona Maria est [accueillie magnifiquement , et le palais de Meudon est désigné pour lui servir de résidence. C’est là qu’on apprend les succès obtenus par le comte de Villa- Flôr à l’ile de Sam-Miguel.
C’était, en effet, de la persévérance courageuse qui renouvelait tant d’efforts sur ce point , qu’on devait attendre les résultats qui sont présents au souvenir de tous. Don Pedro l’a compris, et il fait tous ses préparatifs pour rejoindre les braves qui combattent aux Açores; grâce aux généreux effortsde quelques hommes dévoués , parmi lesquels il estjuste d’inscrire le nom de M. G. Malo, une expédition militaire peut être organisée. Le 10 février 1832, don Pedro part de Belle- Isle-cn-mer pour se rendre aux Açores et se diriger de là sur Porto. La deuxième division, commandée par le général Diocleciano Cabreira, ne putquitter la France que dix-neuf jours après la première.
Dès le 22 février 1832, don Pedro arrive à Sam-Miguel; il fait un court séjour dans cette île ; et le 3 mars il est à Terceire, où la régence lui remet l’autorité, et où il forme un nouveau ministère : M. de Palmella et M. Mouzioho Sylveira en font partie; ce dernier s’associe à quelques actes de fermeté et à plusieurs réformes indispensables; le duc de Bragance se déclare, en outre, généralissime des forces de terre et de mer; puis il remet le commandement en chef de l’armée au comte de Villa-Flôr, tandis que la flotte doit agir sous les ordres du vice-amiral Sartorius, officier anglais qui a passé au service de la reine.
C’est le 27 juin que les trois divisions quittentdéfinitivementSam-Miguel(*);le
(*) L’expédilion de (ton Pedro se composait ainsi qu’il suit: deux frégates, une corvette, deux bricks , quatre goélettes ( escunos ), quarante faitimems de transport , contenant trois bateries d'artillerie de campagne et 8,300,
L’UNIVERS
7 juillet l’expédition atteint les côtes de Portugal ; et le 8, vers deux heures et demie, toutes les embarcations de guerre prennent position devant la plage qu’on désigne sous le nom de Mendêlo, entre Villa do Conde et Porto.
L’armée libératrice se signale par des avantages immédiats; les troupes miguélistes postées à Laça se voient bientôt contraintes à se replier sur Porto; elles passent, en conséquence, le Douro ; mais deux bataillons de chasseurs, formant l’avant-garde des-forces de la reine, marchent sur la seconde ville du royaume, où les acclamations populaires se font entendre sur tous les points. A midi, don Pedro, suivi du reste des troupes, fait son entrée.
Nous ne pouvons parler ici avec détail de la bataille dç Ponte-Ferreira, livrée à trois lieues de Porto ; elle eut lieu le 23 juillet 1832: le parti de don M iguel y perdit cinq cents hommes; mais l’absencede cavalerie s’opposa à ce qu’on en obtint tous les avantagesqu on pouvait en tirer. A Souto-Redondo, néanmoins, la perte de l’armée de la reine est presque aussi considérable, puisqu’elle s’élève à quatre cents hommes. C’est après cette journée qu’un général français , blessé jadis à la bataille de Vimeiro, est appelé par don Pedro pour prendre le com-< mandement, et débarque dans la ville assiégée. M. le baron de Solignac arrive le 1er janvier 1833; dès lors une série d’opérations s’engage, qu’il nous est impossible de signaler. En nombre de circonstances, don Pedro donne des preuves d’une bravoure éclatante; son activité n’a point de bornes; souvent même on le voit prendre part aux travaux des fortilications. L’ensemble des opérations generales souffre néanmoins bientôt d’une certaine désunion. Nous dirons seulement ici que le baron de Solignac, n’ayant pu faire prévaloir ses plans, croit devoir donner sa démission au bout de six mois; il est blessé au moment où il s'embarque pour la France; il est juste
hommes, sur lesquels on ne ponvait considérer comme combattants effectifs que 7,300 hommes environ. Dans rénumération de ces forces il faut comprendre 541 oHieicrs et 183 musiciens. L’armée de don Miguel, répaudue par toute l’étendue du royaume, se composait de 79,525 hommes et de 3,791 chevaux. Le général mipueltste qui commandait dans Porto était alors le vicomte de Santa-Marta.
de rappeler qu’à l’affaire du 4 mars 1833 ce general recueille sa part d’une gloire incontestée avec Saldanha et Torres. Le comte de Saldanha, qui, malgré uuegrave maladie, s’était décidé à venir à Porto, dès le 26 janvier 1833, prend le commandement , de concert avec le comte de Villa-Flôr, créé bientôt duc de Terceira. Durant ce long siège de onze mois , où tous les genres de privât ions furent subis, où lecholéra-morlms vint mêler sou deuil
Eermanent à tous les hasards des comats, l'attitude de la ville de Porto ne fléchit pas un moment; et l’on peut comparer la lutte persévérante qu elle eut à supporter à celle des autres sièges mémorables de la Péninsule. Dans l’espace de moins d’un an, en effet, on lance contre cette cité et contre le couvent de Serra à Sam-Joào-de-Foz de quatorze à quinze mille bombes ou grenades; trois mille six cent douze individus périssent seulement du choléra; et l’incendie sur plusieurs points fuit d’effroyables ravages.
Pendant cette période, le marquis de Palmellacst chargé du gouvernement civil ; et, sous le nom de Carlos Ponza, l’amiral Napier prend le commandement des forces maritimes. Entre plusieurs actes du même genre, il est juste de rappeler le don de 16, 000 liv. sterling fait par le comte de Farrobo pour les besoins du gouvernement. De grandes nécessités, en effet, se feront encore sentir; mais le mémorable combat naval livré par l’amiral Napier le 5 juillet 1833, à la hauteur du cap Saint-Vincent , fàit bientôt pressentir l’issue de la lutte; la flotte de don Miguel y est complètement détruite. Il ne faut plus ensuite que peu de semaines pour que l’Europe voie la fin de ce drame politique; la journée sanglante d’Almoster (*), où commandait le maréchal Saldanha, avait préparé les voies b un grand changement politique, lorsque le statut royal du 10 avril 1831, émané de la reine régente d’Espagne, dut faire perdre tout espoir à don Miguel, en reconnaissant les droits de la jeune reine : cet acte important ayant été accepté par la France et par l’Angleterre, la question politique se
H Elle eut lieu le 18 février 1834; on croit que l’armée de don MigupJ y perdit environ i .non hommes.
trouva décidée. Au duc de Terceira était réservée la gloire d'en finir avec la question militaire; le 8 mai, il entra à Coïmbre, et le même jour ÎSapicr se présentait devant Villa de Figueira de Foz. Des le IC du même mois le duc parvenait, avec sa division, dans un lieu nommé ,-lsseiceira, et sa brusque attaque mettait à la débandade les troupes iniguélistes, tandis que Napier forçait la garnison d’Ourem à se rendre : le 18 , les forces renfermées dans Santarem quittaient cette position ; et l’on peut dire que la cause de don Pedro était gagnée. L'armée passa alors le Tage, et ses deux di visions, commandées par le duc dcTerceira et par le maréchal Saldanha , forcèrent l'ennemi à implorer l'armistice ; il leur fut refusé; mais le 26, le général Guedesétant venu déclarer que les restes de l’armée s’en remettaient à la génerositédu vainqueur, les deux maréchaux signèrent à Evora les conditions qui rendaient la tranquillité au pays, et qui donnaient un trône paisible à dona Maria : ces nouvelles importantes parvinrent à Lisbonne le 27 mai 1834 (*).
Trois actes d’une haute gravite signalèrent encore le ministère choisi de nouveau pardon Pedro : l’un convoquait les cortès pour le la août; le second éteignait tous les privilèges de la compagnie des vins du Douro; et, enfin, le troisième supprimait les corporations religieuses, sous quelque dénomination qu’elles eussent été établies et dans quelques parties du royaume qu’on les eut fondées.
L’ordonnance que nous signalons sup-
(•) Par une convention particulière , datée d’F.vora 2ft mal 1834, don Miguel s'engagêa *olennellement à ne te jamais mêler des affaires politiques du royaume. — On lui accorda une
rmsion de ao conlosde rcis ; et il s'embarqua Sines le 1" Juin 1834. Mais bientôt il adressa au» souverains de l'Europe une protestation eu forme. Du* table, qui parait être d'une exactitude incontestable, fait monter il 17,62» individus le nombre de ceux qui périrent daoa cette guerre.
prima d'un seul coup 402 couvents d’hommes et de femmes , donnant asile à une population monastique de six mille individus.
Pendant que ces luttes se multipliaient dans la métropole, des événements, restés ignorés parmi nous, mais qui n’en sont pas moins d'une haute importance , ont dd contrister profondément l’éme de la jeune reine , que nous savons si bien accessible à tous les sentiments de justice et de pitié. En 1831, les pluies ayant manqué complètement dans les îles du cap Vert, une horrible famine se déclara l’année suivante ; et l'on élève à 30,500 individus le nombre de ceux qui périrent.
A la meme époque, cette noble cité de Goa , où se sont passés les faits les plus héroïques de cette histoire, avait aussi ses agitations ; mais Lisbonne pouvaitelle s'occuper de ces dissensions intérieures? Aujourd’hui le ministère a repris sa sollicitude. Depuis 1841 la capitale des Indes a été déclarée port franc.
La restauration dont nous avons esuissé les faits principaux , et dont les ivers incidents avaient excité à un si haut degré l'intérêt de l'Europe, devait être encore marquée par un de ces événements que leur caractère imprévu rend plus douloureux : don Pedro mourut le 24 septembre t834.
Cette ême ardente qui avait puisé de nouvelles forces dans son amour de père, cette noble intelligence qui avait lutté dans les deux mondes pour une grande idée politique, s’éteignait prématurément! Avant de mourir, don Pedro a replacé l’effigie de Pombal au lieu qu’elle occupait jadis. 11 faudrait faire graver, au bas de la statue de bronze, ces belles paroles d’Osorio, qu'un siècle de gloire avait surnommé le Cicéron chrétien ; « Les grands résultats ne s’obtiennent que par les grandes prévoyances. »