‹ Portugal par m. Ferdinand DenisChapitre 78 sur 86 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Pour peu que l’on soit initié dans l'histoire des premières années du siècle, on a présent au souvenir ce fameux traité de Fontainebleau qui fut signé le 27 octobre 1807, et dont l’une des clauses secrètes amenait la division du Portugal en trois parties, avec la création d’une principauté souveraine dans les Algarves pour le prince de la Paix. Dès le 26 octobre 1806, cepeudant, don Joâo avait fermé ses ports aux Anglais; et, le 8 novembre 1807, il mettait le séquestre sur les biens de ceux des sujets de l’empire britannique qui étaient

restés en Portugal. Ces concessions n’empêchèrent point que, le 11 novembre de la même année, un article du Moniteur ne .déclarât que la maison de Bragance avait cessé de régner. Dès lors l'invasion du Portugal était résolue; et, cependant, le 17 novembre l’ambassade anglaise ayant quitté Lisbonne, le blocus du Tage commençait sous les ordres de l’amiral sir Sidney Smith.

Lorsque par une de ces marches prodigieuses que l’on peut bien comparer aux plus éclatantes victoires, les Français eurent franchi les montagnes désolées de la basse Beira, ils firent quelque chose de plus extraordinaire encore.

Malgré les batteries qui garnissaient le ■Zezere, l'avant-garde de la première colonne de l’armée de la Gironde était, dès le 29 novembre, à Saeavem ; et le 30 Junot, à la tête de 1,500 grenadiers, reste de quatre bataillons, entrait dans Lisbonne.

Troisjours auparavant, le régentavait pris une grande résolution politique. Un décret avait paru qui annonçait l’intention où était ce prince d’abandonner l’Europe et de se retirer dans ses possessions du Brésil. Le même décret nommait une régence (*), et engageait les populations à traiter les Français en amis. Le 27, les relations interrompues entre le Portugal et l’Angleterre étaient renouvelées : don Joào s’embarquait (**).

Un de ces mots qui émeuvent les peuples et qui grandissent le malheur avait été prononcé durant ce départ, comme si a cette heure solennelle l’esprit affaibli de doua Maria eût senti se réveiller tous les glorieux souvenirs du passé :

(*) Celte régence se composait des cinq hauts fonctionnaires dont les noms suivent j le marquis d’Abrantès, ie lieutenant général Francisco da Cunlia Mcntzes, le principal Castro, Pedro de Mello Breyner et, enlin, ie iieutenaut général D. Francisco Xavier de Noronha. Les deux secrétaires étaient : le comte de Sam-Payo, [suppléé dans l’occasion par D. Miguel Pereira Forjaz) et JoAo Antonio Salter deMendonça.

(•*) La reine, le -régent, l’infant don Pedro et le prince d'Kspagne, neveu de don Jofto, s'embarqueront sur le vaisseau le Prince- Royal, de «jualre-vingts canons. La princesse , ses tilles et (ion Miguel montèrent un autre bâtiment. On évalue a 15,000 individus ie nombre de ceux qui émigrèrent alors pour le Brésil, sur les navires de l'État : l'escadre se composait en tout de huit vaisseaux, de trois frégates et de trois bricks. On ne la perdit de vue que le 30 au untin.

elle voulut quitter le pays en reine : —

« Pas si vite, dit-elle à ceux qui Femme- naient, on croirait que nous fuyons. »

Un enfant, car don Pedro avait neuf ans à peine, demanda si l’on ne combattait point. Une longue guerre , en effet, une de ces guerres fertiles en épisodes de tous genres dont l’histoise ne perd jamais le souvenir, se préparait, malgré l’apparente tranquillité de Lisbonne (*). Les récits qui furent faits alors allèrent

{>lus tard répondre au jeune prince dans es paisi blés re t r aites de Sam-Ch ri stova m .

Ici, il faudrait de longs détails politiques, où nous ne laissons tomber tout au plus que quelques dates. Fidèle au plan qu’il a suivi, Napoléon frappe le Portugal d’un impôt de 40,000,000 de cruzades ou de 100,000,000 de francs ; et le 1er février 1808 une proclamation de Junot annonce la déchéance de la famille régnante, en abolissant la régence nommée par don Joào. Elle déclare en outre qu’à l'avenir les actes administratifs seront rendus au nom de Napoléon.

Don Joào, parvenu «à Rio le 8 mars 1808, répond à ces actes, en se prononçant ouvertement contre la France, et en annulant ie traité de Badajoz de 1801 et celui de neutralité, qui avait été conclu en 1804. Le 18 juin de la même année, Porto opère son soulèvement contre l'armée d’invasion.

Le 19 juin 1808. une junte suprême se forme dans la ville populeuse que nous venons designaler. Les Anglais pénètrent en Portugal. A partir de cette époque une lutte terrible et facile à prévoir s’engage. Le soulèvement de Beja ; l’atta-

3ue de cette ville par les Français; le sac ’Évora par nos troupes ; le combat de Roliça, où sir Arthur Welesley remporte un avantage décidé, sont autant d’événeineuts importants qui précèdent la bataille de Vimeiro.

Durant cette journée, qui a lieu le 21 août 1808 (**), les Français, au nombre de

(•) Selon le lieutenant général Thiébault , le total de l’armée d’occupation se montait a 28,580 hommes. L’invasion s’était onérée avec 24,133 hommes seulement; 4,453 furent plus lard reçus de France.

("*) yoy. sur cette acllon décisive ; général ' Foy, tom. IV, p. 321 ; général Thiébault : Relation de l'expéaUion ae Portugal , Paris 1817, p. 105. Voxf. également l’excellent Prècu du lieutenant-colonel du géuie Augoyat, I vol. iu-8J, 1839, p. 13

L’UNIVERS

12,000, selon les uns, de 14,000, selon d’autres, ont affaire à des forces que les Anglais eux-mêmes font montera 28,000 hommes. La veille, sir Arthur Welesley remet le commandement à sir llarry Burard. Le duc d’Abrantès dirige l’attaque à huit heures du matin ; mais, après avoir accompli des prodiges de valeur, notre armée est contrainte de se replier sur Torres Vedras; elle évalue ses pertes à près de 1,800 hommes et 13 pièces de canon. Grâce à l’habileté du général Kellermann, une suspension d’armes est établie le 22 août ; et, le 30, on signe la célèbre convention de Cintra.

Par suitede ce traité d’évacuation, 25,747 hommes, reste de notre armée, sont embarqués avec armes et bagages à bord de la flotte anglaise. Les convois chargés de nos troupes ont à subir d’affreuses tempêtes, mais ils débarquent enfin soit à la Rochelle, soitàQuiberon; et, comme le fait remarquer un général habile , cette armée, qui a conservé ses armes, ses munitions , ses bagages , rentre tout entière dans la Péninsule, un mois après son débarquement.

Deux autres invasions des troupes françaises signalent cette période orag<usè de l’histoire du Portugal. Ces ♦’vpéditions célèbres ont été rappelées avec détail dans les volumes de cette collection destinés à faire connaître nos rapports avec les nations étrangères.

Tïous écarterons.encore ici la partie politique pour ne signaler que des faits.» En 1809, le maréchal Beresford prend le commandement de l’armée portugaise; et, le 7 mars de la même année le maréchal Soult entre dans Porto. Les forces ui ont été mises à la disposition du duc e Dalmatie pour cette expédition ne s’élèvent qu’à 25,500 hommes ; et nous regrettons de ne pouvoir rappeler les belles dispositions qui furent prises dans cette circonstance par le maréchal pour accomplir les ordres de Napoléon . Disons, cependant, que cette fois les diverses opérations sont essentiellement liées avec ce qui se passe en Espagne, et que malheureusement le duc ae Belluue prend sur lui de ne point diriger une di vision sur le Portugal , comme cela lui avait été ordonné. Dès le 22 avril , en effet, le général Welesley avait débarqué à Lisbonne avec de nombreux rem

forts : bientôt il peut disposer de 2G,000 hommes d’infanterie et de 2,400 hommes de cavalerie ; il marche contre le maréchal Soult, passe le Douro, et, le 10 mai, franchit la Vouga. Forcée d’évacuer Porto, l’arméefrançaise opère sa retraite sur la route d’Aniarante. Après une marche dont nul ne peut contester les savantes dispositions, cette brave armée, encore forte de 19,700 hommes, arrive le 17 à Montalègre, et le 20 à Orense; l’ennemi n’a pu lui enlever que 500 hommes. M. Bignon fait dépendre l’issue funeste de cette campagne « de l’esprit de rivalité et d’indépendance qui empêchait les maréchaux de s’appuyer activement entre eux, comme ils l’eussent fait sous la main immédiate de Napoléon. «

Cest a la fin de mars 1810 que le maréchal Masséna prend à Salamanque le commandement d’une armée de 70,000 hommes, destinée à envahir une troisième fois le Portugal. Mais Wellington a fait à l’avance ses dispositions; il a adopté un systèmedanslequel il persiste.

Cç système, fait observer un de nos plus habiles officiers du génie, consistait dans les lignes de Torres Vedras et dans différentes mesures ordonnées aux habitants, our faire un désert du pays entre le Iondego et les lignes. Les historiens font monter à 00,000 hommes le total de l’armée anglo-portugaise ; mais il faut se rappeler en les consultant que la réencedisposaitencorede 15,000 hommes etroupes régléesetde46,000hommesde milice organisée. II est juste de dire également que ces troupes, désignées sous le nom d’ordenanças , n’avaient qu’un nombre limité de* fusils à leur disposition et s’armaient tour à tour de piques et de faux. L'armée effective, qui comptait 28,000 Anglais , était divisée en deux corps; 45,000 hommes marchaient sous les ordres de lord Wellington; le général üill en commandait 15,000, et se maintenait dans Portalègre.

La campagne s’ouvre en juin par le siège de Ciudad-Rodrigo , qui se rend après 26 jours de tranchée (*). L’armée

(•) Le lOjuillet 1810. M. Monteiro, en rappelant cette circonstance, fait observer que Masséna, Junot, Ney, Merrnet ctLoison assistèrent à co siège avec 'plus de 85,000 hommes. Il y a évidemment exagération dans ce chiffre, malgré rimparlialitéde l’historien cité ici. Nous ne pouvons nous empêcher de signaler cette tendance

4it

française a pénétré de nouveau en Portugal; elle mette siège devant Almeida, commandée par le brigadier Cox. et cette ville capitule le 28 août. L’explosion d'un magasin à poudre hâte la reddition de la place. C’est vers cette époque qu’un décret de don Joào, en date du 24 mai, accroît le nombre des membres de la régence et leur adjoint Charles Stuart * ministre plénipotentiaire delà cour d’Angleterre à Lisbonne. Tandisque le prince d’Essling fait ses dispositions pour entrer, en Portugal , Wellington poursuit son plan. De vastes espaces, systématiquement ruinés, diminuent les chances de succès pour l’armée d’invasion, qu’il faut pourvoir de vivres. Enfin, le 27, a lieu la célèbre journée de Bussaco : cette bataille, dans laquelle nous perdons 1,800 hommes et l’armée anglo-portugaise 1 ,300, donne lieu plus tard à de vives contestations. Les deux armées s’attribuent tour à tour l’honneur de la victoire. Selon un habile oflicier, ce qui peut motiver cette divergence d’opinion, « c'est que le centre de la droite de l’ennemi fut regardé momentanément comme forcé ; mais ce succès n’eut pas de suites. »

Dès le 8 octobre, lord Wellington s’est retiré derrière leslignes formidables deTorres Vedras- Massena n’apprend leur existence que le 9 octobre : c’est là que doivent échouer tous les efforts d’une armée réduite a moins de 50,000 hommes.

Vers le milieu de novembre , le général en chef opère une retraitedont nos ennemis admirent encore l’habileté.

Le 31 octobre, on avait publié à LisbonneJe traité d'amitiéet d’alliance entre le prince régent de Portugal et le roi d’Angleterre. Le comte de Linhares, d’une part, et lord Strangford.de l’autre, ont attaché leur nom à cette pièce diplomatique bien connue; et les Portugais l’ont admirablement caractérisée en l’appelant o tniserirnv tratado (*).

« Cependant , après l’arrivée du général Foy, porteur d’ordresqui ne peuvent plus être intégralement exécutés, le général en chef prend le parti de se retirer de la position qu’il occupe àSantarem; cet événement a lieu le 5 mars 1811. Comme

des écrivains de la Péninsule h augmenter nos forces , durant le» diverse» actiou» ou l’armée française doit agir.

(*) Il porte la date de Rio de Janeiro, 19 février '1SIÜ.

le fait observer le colonel Augoyat, l’empereur approuvait le projet du prince de se retirer derrière le Mondego et d’y attendre le moment favorable pour y combiner une nouvelle attaque. La ligne des opérations prend la ville de Coïrnbre poui but ; et Te gros de l’armée se dirige sur cette cité, par Leiria, Pombal,Redinha et Condeixa. Leeommandementde l’arrière garde a été confié au duc d’Elchingen; il livre, le 12, lecombat de Bedinha. Pendant ce temps les Français s’avancent jusqu’au faubourg de Coïrnbre, sur la rive gauche du Mondego : ils trouvent le pont coupé et une artillerie redoutable^ ce

Iioint est vigoureusement défendu par e colonel Trant; et , bien que quelques cavaliers osent franchir le Mondego , il devient bientôt indispensable de changer la ligne de retraite ; mais il faut sacrifier des bagages et abandonner même des prisonniers. Le 15, tous les corps arrivent sur la Ceira. Puis, le 21 mars, l’armée entière parvient à Celorico. C’est là qu’un fatal dissentiment, sur la marche définitive qu’on doit adopter, éclate entre les deux hommes éminents sur lesquels nos troupes ont les yeux fixés et qu’elles honorent également, bien que leurs pouvoirs soient inégaux. Le prince d’Esling enlève au maréchal ISey le commandement du sixième corps ; puis l’armée se retire, au bout de huit mois de marche et de fatigues /derrière la Coa. Après le combat de Sabugal, qui a lieu le 3 avril , l’arrnée entière rentre en Espagne et prend ses cantonnements dans les environs de Salamanque.

Quelques écrivains de la Péninsule, et entre autres M. Monteiro, considèrent comme une quatrième iuvasion du Portugal l’entrée dans la Beira d’une division appartenant au corps du maréchal Marmont : elle eut lieu le 12 avril 1812. Guarda, Celorico, Setuval tombèrent successivement au pouvoir de ce chef, puis furent abandonnés. Cette expédition se confond, pour ainsi dire, avec la précédente; elle fut d’ailleurs de peu de durée , et s’effectua en quelques jours , puisque , le 23 , nos troupes repassèrent le Tamega, se dirigeant sur Tonnes. L’historien que nous venons de citer fait monter à plus de cent mille aines le nombre d’individusappartenant à la nation portugaise qui succombèrent

L'UNIVERS

durant cette guerre désastreuse. A partir du 25 juillet 1813 jusqu'au 2 août de lu même année, une sérié d’engagements a lieu entre l'armee luso-anglaise, commandée par lord Wellington, et les troupes françaises qui ont à leur tête le maréchal Sûult. Zubéri, Roncevaux , Valle de Sanz et Liazzoz sont les lieux principaux où se noue cette lutte terrible. Le maréchal tient bloqué deux fois son rival à Saint -Sébastien et à Pampelune , mais celui-ci parvient à déjouerdes plans habilement conçus, et contraint l’armée française à se défendre dans les Pyrénées. Cette admirable portion de la campagne devra être désormais l'objet d’un travail étendu et sérieux; et nos rivaux eux-mêmes ont été contraints de rendre une justice éclatante a l’habileté des mesures stratégiques développées par le général français durant cette période difficile. Les" journées de Lezaea (13 août 1813), l’assaut de Saint-Sebastien, la bataille qui fut livréeau passage de la Ridassoa , celle qui eut lieu près de l’ermitage de Sarre, marquèrent les 31 août, Ies7 et les 8 octobre. A partir du 31 du même mois, après In reddition de Pampelune, qui capitula faute d’approvisionnement , les affaires prennent un caractère plus décisif, et , à la suite de la journéedu 10 novembre, où nous perdons 5t pièces d’artilleries et 1 ,400 prisonniers, viennent les journées de Nive.de Villa-Franca et del’Adour. Le 14 février, le général Hill passe le Gave à Oloron. Bientôt Bayonne est bloquée; et. après la bataille d’Orthez, livrée le 27 février 1814, deux divisions de l’armée portugaise entrent, à Bordeaux, le ta mars, conduites par lord Béresford. Qui ne connait la bataille de Toulouse et le courage prodigieux dont nos troupes firent preuve *! Durant cette journée, dont les conséquences sont présentes à l’esprit de tous, le corps des Portugais était de 20,000 hommes. C’est bien à propos de cette journée qu’il faut répéter le mot d’un de nos historiens :

« Dans le vaste recueil des fastes militaires des nations les plus belliqueuses il y a beaucoup de glorieuses défaites. »

O I-a bataille de Toulouse eut lieu le 10 avril 1814. Les armées romliinées y perdirent 4,059 hommes; les AnRl.iis2.i9i, les Espagnols, 1,928, el les Portugais em.

La nouvelle des grands événements qui viennent d’avoir lieu en Europe p-p vient au Brésil, avec le traité de paix générale, signé le 30 mai 1814. Joâo VI envoie ses deux plénipotentiaires à Vienne; et il fait choix , pour le représenter au congrès , du comte de Palmella , du conseiller Antonio de Saldanhn da Gaina et de don Joaquirn Loi» da Sylveira. Ces diplomates ont à traiter de la reddition d’OIivença et de la grande question de l’esclavage. Malgré les réclamations du comte de Palmella et du ministre espagnol, l’abolition de la traite est adoptée ; et, le 20 janvier, le Portugal convient d’abandonner tout commerce d’esclaves, au nord de la ligne. En 1815, il est stipulé que les puissances alliées, emploieront leurs bons offices pour faire restituer au Portugal la ville d’OIivença ; mais Labrador, le ministre de Ferdinand VII, s'oppose de tous ses efforts à cette concession. Nous ajouterons que durant ce même congrès le Portugal n’est point compris dans l’indemnité de 700 millions que la France paye aux souverains alliés.

Le 1Q décembre 1815, le jour anniversaire de la naissance de la reine mère, une loi, promulguée à Rio de Janeiro, élève le Brésil à la dignité de royaume. Bientôt Beresford est déclaré maréchal général, indépendant du gouvernement de Lisbonne; et, en cette qualité, il se trouve investi du commandement suprême des troupes portugaises. Le 20 mars 1810, la reine doua Maria I* ayant succombé, le régent prend immédiatement le titre de roi. C’est l’année suivante, le 5 novembre 1817, que l'infant dom Pedro reçoit l'archiduchesse Léopoldine, qu’il avait épousée le i3 mai ar procuration. En 181 8 a lieu dans Rio acclamation de Joâo VI, selon l’antique cérémonial usité depuis l'avènement de la maison de Bragance. Une autre solennité est célébrée, l'année suivante, dans la capitale du Brésil. L’infante dona Mafia , fille de dom Pedro, est baptisée le 3 mai 1819, sous le titre de princesse da Beira.

Nous ne reviendrons pas ici sur les événements politiques qui précédèrent la séparation définitive du Portugal et du Brésil : le récit sommaire en a été fait lorsque nous avons essayé de retracer

dans un volume spécial les révolutions qui marquèrent, dans le nouveau monde, les derniers années du règne de Joüo VI. s Pendant que le Brésil préparait tous les éléments de son indépendance, le 20 août 1820 une révolution éclatait dans Porto, qui proclamait de nouveaux principes constitutionnels. Le 9 septembre 1820, les gouverneurs convoquent les cortès extraordinaires. Après plus d'un siècle de silence, l’antique représentation portugaise trouvait un généreux défenseur dans la personne de Manoel Fernandez Thomaz; et cet énergique magistrat ne craignait pas d’exposer à ses compatriotes le tableau nu et terrible des maux causéspar l’incurie ; il appelait le peuple à sa régénération par le travail, et le conviait à toutes les espérances par le souvenir de ce qu’il avait fait (*).

Le 26 janvier 1821, le congrès national souverain avait été ouvert a Lisbonne.

Après avoir procédé à la nomination d’une régence pour exercer en l’absence du roi , les cortès constituantes avaient été établies. Le 21 juillet 1821 , Joüo VI débarque à Lisbonne. Après le 13 mai 1822 , et sous l’impression que doit causer la nouvelle de l’indépendance du Brésil, il jure une nouvelle constitution : bientôt cette constitution elle-même est annulée (**). « JoâoVI, dit un témoin oculaire, rentre dans Lisbonne, après en être sorti, par Villa-Franca. Les cortès sont dissoutes : cette dernière révolution est due à un mouvement militaire, qui a pour chef don Miguel (***). »

(*) L’histoire moderne doit regarder comme un des documents les plus significatifs de cette époque, l'écrit intitulé : Relatôrio sobre o estado e administraçûo do Reino durante o tempo da junta provisional do governo tupremo. Il fut lu durant les sessions des cortès extraordinaires, du S au s février 1821. — Fernandez Thomaz, né en 1771 , à Villa-da flgueira da-Foz— Moodçgo, est mort le 19 novembre 1822, pauvre et noble en ses derniers moments comme Jean de Castro.

(**) 5 juin 1823.

(*•*) Plusieurs ouvrages portugais, dont les titres sont à peine connus en France, pourront guider ceux qui voudraient aborder sérieusement cette partie de l’histoire moderne. Nous les reproduisons Ici comme complément de notre travail : Historia de Portugal désde o Reinado da senhora dona Maria 1 ali à convcnçûo d’Evora Monte, com um résuma dos aconteci~ men (os mais notaveis que tem tido logar desde en ttlo nté nossosdùis. Par J. M. de Souza Monteiro. Lisboa, 1838, 2 vol. in-1‘2. — Revisla historica de Portugal désde a morte de don Joüo

Assez de plumes éloquentes ont retracé les troubles de toute espèce et les passions funestes que fait naître l’apparition de ce personnage fameux sur l’horizon politique. S’il ne nous reste pas suffisamment d’espace pour enregistrer les actes sanglants qui désolent le pays, à plus forte raison n’en avons-nous pas assez pour développer ici la marche inique que vont suivre les affaires durant

V! a lé o fallccimento do imperador don Pedro. Coimbra, 1840, I vol. in-h\ — Trutado elemen tar de Geographia par don Jozé de Urcullu; Porto, 1839 : on y trouve un récit fort exact du siège de Porto. — Memorias coin o tituto de annaes para a historia do tempo que durou a usurpaçdo de don Miguel por Jozé Lilierato F reire de Carvalho; LisImk», 1831—1843, 4 vol. in-8\ C’est sans contredit l’ouv rage le plus important qui ait paru sur cette période. Il faut le faire précéder d’un livre du même auteur intitule : Ensaio polit ico sobre as cousus que prtnarûo a usurpaeüo do tnjante don Miguel ■ l n-8° ; la seconde édition est de 1842. — fatratos e biographias de personagens illustres de Portugal. Lisboa, 1812, in-fol. On y trouve la biographie de Fernandez Thomas, surnommé dans ces derniers temps le patriarche de la liberté portugaise : elle est due A M. Francisco Freire de Carvalho, le savant éditeur de Camoéns. - Raimumlo Jozé da Cunha Mattos, Memoria da Campanha do Senhor don Pedro. Rio, etc. 1833; livre rempli de faits. — Pa rmi les ou v rages, écrits en français qui ont paru dans res dernier» temps, on peut consulter l’essai sur l’histoire de Portugal pa MM. Ghatinu'il de Stella et Aug. deSanteul, Paris, 1839,2 vol. in-8#. Quelques recueils de pièces officielles seront d’un grand secours , en ce qui touche l’année isao. Nous signalerons principalement une brochure précieuse dans sa concision et intitulée : l)e la Question portugaise ,

Sar M. Hyde de Neuville (Comte de Beinposlak aris, 1830; ln-8" de 87 p. La lettre de W. Walton a sir James Mackintosh renferme également un grand nombre de pièces authentiques; mais sous.ee rapport, il faut mettre en première ligne les Éclaircissements historiques relatifs aux affaires de Portugal par le marquis de Rrzende; Paris, 1832, 1 vol. in*8'\ Le livre du colonel Hodjes sera précieux pour écrire une partie de cette curieuse histoire; il est intitulé ; Narrative of the expédition of Portugal,'in 1832. underlheorders of his impérial Mujesty don Pedro duke oj Bragança , Londres, 1833, 2 vol. m-8°. L’année 1837 a vu paraitre a Rio de Janeiro la traduction du livre bien connu de John Arraitage, sous le titre d 'Historia do Bruzil désde a chrgada da familia de Bragança aie a abdicaçOo do impt'rador D. Pedro. I vol. in-8., lig. — Journal d’un officier français nu service de don Miguel; Puris, 1834, l broch. in-8® de 138 p. Cet opuscule, sérieusement écrit, renferme d’ailleurs des pièces justificatives. — Les brochures

Gbliées par Lopez, Rochu, William Young, vel Badcok <l83.r>). Owen, qui a donné a la 6ienne le titre de Civil war tn Portugal and the siégé of üporto, contiennent foutesdesdétail* plus ou moins curieux. Voy. également les remarquables articles de MM. de Lnsteyrie et Xavier Durrieu. ( Rerue des deux mondes).

L’UNIVERS

cette période. Exilée pour s’être refusée obstinément à suivre les nouvelles lois du royaume , J’épouse de Joâo VI , Carlota Joaquima, se forme un parti, qui va grossissant et qui doit bientôt livrer le pays h toutes les horreurs de la guerre civile.

Effrayé à bon droit du caractère menaçant que présentent les événements , le Î8 juin 1823, Jo3o VI nomme une junte pour aviser au mode le plus convenable de constituer la nation (*), lorsqu'ont lieu les célèbres événements du mois de mai , sous l’influence persevérantede don Miguel. La terreur règne dans Lisbonne, les arrestations se succèdent: des hommes éminents, tels que le duc de Villa-Flor et le marquis de Palmella, sont jetése» prison. Dans l’impossibilité où il est de mettre un frein à cet état de choses déplorable, et, craignant d’ailleurs la réalisation d’un plus grand attentat, Joào VI se réfugié à bord du Windsor- Caslle. Dans cette circonstance , notre ambassadeur, M. Uyde de Neuville, développe le plan de conduite le plus sage et l'action la plus énergique. La faction miguéliste voit ses projets renversés; et le 13 mai 1824, un an n’est pasécouléquedon Miguel reçoit l’ordre de quitter le Tage pour voyager. Le & juin suivant, après un serieux examen de ravis émis par la junte, Joào VI déclare que la constitution propre à la nation est celle de Lamego, et, en conséquence, convoque les cortès. Un des faits politiques les plus remarquables de cette époue est la reconnaissance de l’indépenance du Brésil : elle a lieu en novembre 1825 : mois on remarque, avec juste raison, que le roi, en cette circonstance, ne soumet point l’acte qu’il vient d’accomplir a rassemblée des cortès. Le 25 août de la même année , on était déjà convenu des indemnités que le Brésil devait payer au Portugal; et l’un des plus grands actes de cette période est désormais acquis à l’histoire.

Affaiblie par tant de coups successifs, la santé du roi était déjà depuis longtemps chancelante, lorsque, le 10 mai 1 826, Joâo VI fut enlevé subitement. Nous ne pouvons nous rendre ici l’organe des récits divers qui furent plus ou moins

(•) A partir du 2 Juin 1823. époque à laquelle fui suspendu le congres national, jusqu’au Jo mars 1826, Joâo \ I recouvra le pouvoir absolu.

accrédités alors ; et nous devons imiter la réserve d'un écrivain portugais, qu’on ne saurait accuser de vains ménagements dans l'expression de son opinion : * Si l’historien doit mentionner de tels bruits, dit-il, il ne peut les donner comme dignes de foi que lorsque des preuves irréfragables les ont fait entrer dans le domaine de la vérité. Ce qu’il y a de plus positif, c’est que dès le fi mars 182G Joâo VI avait nommé la régence qui devait pourvoir à l’administration du royaume , et gouverner mém e jusqu’à ce que celui a qui appartenait la couronne eût fait connaître sa volonté.

Conformément à la charte , l’infante Isabelle-Maricfut déclarée régente ; et ce fut alors qu'on nomma un nouveau ministère , a la tête duquel se trouvait le général Saldanha, connu par ses principes libéraux et petit-fils du marquis de Pombal. L'histoiredes fluctuations de cette période forme déjà un gros volume dans l’histoire de notre temps; et la rébellion de PAIem-Tejo et dcTras-os- Montes fournit de curieux épisodes.

Pour nous , qui nous contentons de constater ici les faits et d'en dresser le sommaire, nous rappellerons qu’aussitôt que la mort de son père lui avait été notifiée à Rio de Janeiro , don Pedro avait abdiqué la couronne du Portugal en faveur de sa fille aînée dona Maria. Ce fut alors qu’il donna au royaume la charte qui porte son nom : mais, si l'on en croit un historien dont nous n'avons nulle raison de contester la bonne foi, don Pedro avait été laissé dans une complète ignorance de l’état où se trouvaient les partis; et le 3 juillet 1827 parut un décret qui conférait la régence à son frère. Il est vrai de dire qu'avant de produire cet acte , il avait positivement rappelé l’infant à Rio de Janeiro. Averti à temps, don Miguel s’était bien gardé de s’embarquer à bord du vaisseau qui était venu se mettre à sa disposition dans le port de Brest. Ce fut le 22 février 1828 que don Miguel, portant le titre d'infant, rentra à Lisbonne.On dit qu'au sortirde la cathédraleoù il était allé prêter serment , des cris de l 'ive don Miguel, roi absolu, l’accueil tirent. Dès lors la régente sedémit noblement du pouvoir (*), et un nouveau

(•) LeMjuin 182». L'acle par lequel don Miguel s’empare de la couronne est consommé 1« a

ministère fut constitué. Les cortès ne cessèrent pas d’abord d’être ouvertes , et chaque chambre continua ses travaux.

Un décret vint les dissoudre quinze jours avant la Gn de la session. Le 15 avril 1828 eut lieu le mouvement populaire qui, sous le titred’acclamation, portaitdon M iguel au trône. La ville de Porto pourra toujours se gloriGer d’avoir opposé en cette occasion une noble résistance aux volontés d’un prince dont le premier acte politique était une infraction à des serments solennels. Une révolution en faveur de la reine éclate dans cette ville, dès le 16 mai 1828. Une junte est formée; mais au bout de peu de temps elle se divise en deux fractions, celle de Porto et celle de Coïmbre. La résistance à don Miguel manque d’ensemble aussi bien que d’énergie, et bientôt les troupes constitutionnelles sont contraintes de se retirer et de se réfugier en Galice, quoique le brave général Saldanha soit présent à cette lutte. Lorsqu’il a quitté le royaume, entraîné par des raisons qu’il a exposées lui-même, Joaquim ae Souza Pizarro et Bernardo de SaNogueira prennent le commandement, dans les circonstances les plus difliciles.Le 6 juillet 1S28, ces troupes commencent à entrer sur le territoire espagnol : le général Pizarro les conduit ; mais, c’est en vain qu’il réclame l’hospitalité ; il se voit soumis, avec ses troupes, aux traitements les plus rigoureux.

Une nombreuse émigration s’organise, la junte provisoire elle-mémeavait quitté le pays. Les restes dispersés de l’armée constitutionnelle s’embarquent à la Corogne pour l’Angleterre. Pendant que ces événements ont lieu , un soulèvement s’opère dans les Algarves , il est comprimé dès le 7 juin 1828. C’est alors surtout qu’on voit se multiplier des actes de violence et de cruauté , trop nombreux pour les enregistrer ici. Dans les circonstances difficiles où se trouve l’émigration, le viconte d’Itabayana met à la disposition du marquis de Palmella des fonds dont il peut disposer, et qui forment bientôt l'unique ressource de

mai suivant, aprta la convocation des trois filais du royaume, acte <|ui parait sous la rubrique royale. Tous les ministres étrangers cessent leurs relations diplomatiques avwc la cour du Lisbonne.

tant d’hommes jetés par les événements politiques loin de leur pavs.

Tandis que ces faits d’une si haute gravité se passent en Europe , don Pedro prépare à Rio de Janeiro un acte solennel qui va compliquer les événements. Dès le 3 mars il a formellement abdiqué la couronne de Portugal en faveur de sa fille; et la jeune reines pris le titre de dona Maria II. Le 5 juillet 1828 elle part de Rio de Janeiro, pour aller en Autriche terminer son éducation dans le palais de son aïeul. Mais le 3 septembre de la même année, lorsqu’elle est arrivée à Gibraltar,Te marquis de Barbacena Fiiisberto Caldeira Brant prend la judicieuse résolution de la conduire en Angleterre; l’état politioue du pays explique suffisamment à l’Europe ce changement de dispositions.

Le 24 septembre dona Maria arrive à Falmouth ; et trois jours après elle est reçue dans cette ville avec la pompe due aux têtes couronnées. Sur sa route, de ce uort à Londres, les mêmes honneurs la suivent; à Exeter elle reçoit officiellement une députation de l’émiration portugaise. Parvenue le 6 octoreà Londres, c’est seulement le 22 décembre qu’a lieu sa réception solennelle.

Malgré cet acte important et au mépris de la convention secrète du traité de 1807, l’Angleterre garde la neutralité; Wellington et Aberdeen sont alors à la tête du ministère.

Cependant, une expédition composée d'émigrés s’est mise en mer dans l'intention de grossir le parti constitutionnel qui s’est formé aux Açores. Les navires marchands qui la transportent sortentde Plymouth le 6 janvier 1829; et, arrivés le 1 1 du même mois dans les eaux de l’ile de Terceire, ces hommes dévoués sont repoussés par les Anglais , qui leur tuent même un soldat, sans la moiudre intimation préalable. Le comte de Saldanha, qui dirige l’expédition, proteste au uom de son pays.

Alors cette portion de l’émigration portugaise vient chercher un refuge à Brest ; et le général qui la commande arrive dans ce port à la fin de janvier. Le comte Hyde de Neuville occupait le ministère de la marine. Les Portugais sont reçus avec une franche hospitalité. La jeune reine avait continué jusqu’à

L’UNIVERS

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