‹ Portugal par m. Ferdinand DenisChapitre 8 sur 86 · ICI CIT D. E ER NA. ND RUIZ DR CASTRO , TOUTE LA LOYAUTÉ DE L'ESCADRE · texte numérisé non relu

ICI CIT D. E ER NA. ND RUIZ DR CASTRO , TOUTE LA LOYAUTÉ DE L'ESCADRE

Le personnage dont cette courte inscription sépulcrale faisait un si noble éloge, c’était le frère de la belle liiez. Légitimes ou bâtards, ces Castro s’alliaient à toutes les maisons souveraines, et ils avaient la prétention de descendre de la famille qui avait donné le Cid à l’Espagne. Le père de Fernand Ruiz, D. Pedro Fernandez de la Guerra . avait fait des merveilles à la bataille de Tarifa , et son surnom l’attestait. Il avait une lillede beauté merveilleuse, mais une fille illégitime. Or en 1340, lorsque donn Constanca , fille de D. Joâo Manuel, duc de Penaud, était venue épouser l’infant D. Pedro, fils du roi de Portugal, dona lnez Ferez de Castro avait accompagné, en qualité de dame d’honneur, celle qui devait être reine un jour. Lais-

L’UNIVERS

sons parler le vieux chroniqueur (*) :

« Dona Inez était dans la maison de l'infante dona Constança comme dame et parente ; elle était douée d’une grâce si parfaite , de tant de noblesse et bonne façon , qu’on l’avait surnommée : Port de héron. L’infant don Pedro vint & s’éprendre d’elle; et comme dona Constança s'en aperçut, lorsque naquit son premier fils, qui s’appela l'infant don Luiz , elle la prit pour sa commère , afin d'empécher ainsi l'infant d’avancer dans l’affection qu’il lui montrait (**); mais après cette invention, leur amour, au lieu de diminuer, s’accrut toujours, et lorsque dona Constança mourut (***), l’infant posséda dona liiez, et il eut d’elle plusieurs fils.

« Selonqueleconfessa depuis l’infant, étant devenu roi , afin de se tirer de péché mortel il l’épousa secrètement, ou feignit de l’avoir épousée.

« Le roi ignorait ce mariage ; mais il craignait qu'il ne vint à se faire, car il voyait don Pedro s’abandonner entièrement à ses amours pour doua lnez. Il le

firessait de se marier pour le tirer de a vie scandaleuse qu'il faisait, et bien souvent il requit son fils de lui découvrir s'il était marié avec dona Inez, parce que, s’il l’était réellement, il honorerait cette dame comme son épouse, étant nécessaire de donner autorité et honneur à celle qui devait être reine.

L'infant ne confessa jamais qu’il fût marié, mais il ne voulut pas non plus épouser celles que lui indiquait le roi, donnant les excuses que lui enseignait l’amour. Et ce qui semblait à tous probable, c’était que l’infant ne voulait pas déclarer son mariage avec dona Inez du vivant de son père, parce qu’il avait honte d’elle, et qu'elle était bâtarde.

( *) Ce beau récit esl extrait textuellement de deux chruniqura célèbres : celle de Ou.trie Nunez de Liao, et celle, plus anclenne.de Fernand Lopes; elles se complètent. Je renvoie le lecteur, pour plus amples renseiKuemenls sur ce point , aux Chroniques chevaleresque* de r£spagne cl du Portugal, t. 1

( ** ) Selon les habitudes religieuses de ce temps, c’étail mettre une barrière insurmontable entre Iner et D. Pedro que de les unir par ce lien spirituel.

(*••) Dona Constança Manuel mouroten 1345, et fut enterrée a Santarein La chronique de Rujr de Pina lut prête un caractère noble et quelquefois touchant , elle mourut en couche de D. Fernando.

Mais les grands du royaume , soupçonnant ou qu’il était marié ou qu’il viendrait à l'être, conseillaient au roi de forcer .l'infant à en finir et à ne plus garder dona Inez dans le royaume. Ils lui disaient aussi de la faire tuer, pour qu’à sa mort ( puisqu’il était déjà bien vieux) elle ne fût plus vivante; car don Fernando de Castro et don Alvaro l’irez ses freres , étant grands seigneurs en Castille, et commençantà avoir beaucoup de puissance en Portugal, il était à craindre qu'ils ne fissent périr l'infant don Fernando, héritier de don Pedro, pour que leurs neveux, fils d’inez, succédassent au royaume.

« La reine, l’archevêquo de Braga, don Gonçalo Pereira , et grand nombre d’autres prélats , conseillèrent à l'infant don Pedro de se marier, l'avertissant des conciliabules où il était continuellement question de la mort d’Inez, afin qu’il la mît en tels lieux que sa vie ne courût aucun risque. Mais il semblait à l'infant que tout cela étaient vaines terreurs et fausses menaces , que personne ne se hasarderait à exécuter. Jamais il ne voulut confesser qu'il était marié ou mettre dona Inez en lieu sûr.

« Le roi en cette circonstance était combattu par diverses pensées. D’une part, il voyait le péril de son petit-fils premier-ne, et la destruction du royaume, dona Inez ayant tant de parents qui pourraient l'usurper; de l'autre , il considérait combien ce serait une action cruelle de faire mourir une femme , et une femme innocente, pour une faute qui lui était étrangère; et cela au moment où il était au sommet de la vie, alors qu’il devait travailler à se rendre Dieu propice et à ne pas tacher ses mains par le sang d’un meurtre que beaucoup regarderaient comme un parricide. Mais poussé par les siens, et se trouvant à Monteinor-o-Velho , l’an 1355, il se détermina à tuer dona Inez; etpourcela, accompagné de beaucoup de gens armés, il se rendit à Coimbre, où elle demeurait dans le palais de Sainte-Claire. L'infant était à la chasse.

« Quand dona Inez sut la venue du roi et les intentions qu’il avait contre elle, transportée de la douleur où elle était de ne pouvoir se sauver par aucun moyeu, elle vint le recevoir à la porte

avec un visage de femme qui voyait la mort présente; et pour s'assurer si elle trouverait dans le roi quelque pitié , elle amenait avec elle les trois innocents princes ses fils , enfants de peu d'âge et très-beaux. Avec eux donc, et employant beaucoup de larmes et de paroles touchantes, elle demanda pardon et miséricorde. Quoique dur de son uaturel, et rendu plus rigoureux encore par la persuasion des siens , le roi , voyant le spectacle déplorable d’une femme si belle et si innocente , qu’embrassaient de si beaux enfants et qu'elle prenait pour bouclier et défense, le roi , dis-je , s'en allait déjà et lui laissait la vie ; mais quelques chevaliers qui venaient avec lui pour être présents à la mort, principalement Alvaro Gonçalvez, huissier major, PeroCoelho etDiogo Lopez Paeheco, seigneur de Ferreira, ne

riserent pas ainsi. Quand ils virent roi sortir, comme ayant révoqué la sentence , iis le supplièrent de les envoyer tuer liiez , car ils se trouvaient compromis par lui à cause de la détermination publique d'après laquelle il les avait amenés, et se voyaient en butte dorénavant au péril que leur faisait courir la forte haine de l'infaut don Pedro. Quelques-uns, entrant donc où elle était, la tuèrent cruellement, comme des boucliers. Cette action fut reprochée au roi comme grande cruauté , par les hommes en qui il y avait quelque humanité et quelque bon sens ; car ils disaient qu’on aurait dû attendre les événements qui étaient à venir et encore incertains, au lieu de se jeter dans le péché. Ils ajoutaient qu’on avait évité un inconvénient par un plus grand encore , celui de tuer une innorente, à laquelle il ne manquait, de l’avis de tous, pour mériter d’être reine, que le mariage de son père avec sa mère; car par le lignage, par les qualités personnelles, elle devait certainement l’être. Le corps de doua lnez fut enterré aussitôt à Sainte-Claire , et il y resta jusqu’à ce que le roi don Pedro l'eùt fait transporter à Alcobaça dans une royale sépulture.

« Par la mort de dona lnez , l’infant tomba en tel chagrin , que l’on crut qu’il en viendrait a perdre le jugement; car, outre les souvenirs douloureux que

lui laissait un amour extrême . il se rappelait que c’était à cause de lui qu’on l’avait tuee, qu'elle était sans faute, et qu’étant averti de la mort qu’on devait lui donner, il n’avait pas cru ces rapports , et n’avait pas su la mettre eu lieu desûreté.

« Plus tard il chercha tous les moyens possibles de nuire au roi son père , de détruire son royaume et de tirer vengeance des assassins. Avec les gens de son parti, et avec les troupes bien plus nombreuses de don Fernando de Castro et de don Alvaro Pirez , frères de dona lnez , il entra dans la province d’Entre- Douro-e-Minho et dans celle de Trasos-Montes ; dans les endroits qui appartenaient au roi ils faisaient toute espèce de dommages, massacrant ou volant.

Enfin don Pedro se présenta avec de grandes forces pour s'emparer de la ville de Porto ; mais don Gonçalo Pereira, archevêque de Braga, à qui elle avait été confiée, s’y jeta avec beaucoup de monde; et comine elle n’était nullement fortifiée, notre archevêque , pour meilleure défense, la fit entourer de voiles de navires et se détermina à mourir plutôt que de la rendre. L’infant voulait grand bien au prélat, et lui portait en même temps beaucoup de respect ; ne voulant donc pas lui faire courir risque de la vie ou de l'honneur, et sachant d’ailleurs que le roi était déjà à Guimaraensetlui venait porter secours, U se désista de son projet et s’en fut ; car il se repentait déjà de la désobéissance qu’il avait eue envers don Alphonse, et désirait lui faire pdrter des paroles d’accommodement par le moyen de quelque intermédiaire.

« Le 5 août de la même année, il arriva à Canaveses, où se rendit aussitôt la reine dona Beatriz, sa mère, et par le moyen de l’archevêque et d’autres personnes qui intervinrent dans cette affaire, le roi et l’infant entrèrent en arrangement. Il fut convenu quel’infant pardonnerait à tous ceux qui , de paroles ou de faits, auraient été inculpés dans l’affaire de dona liiez; le roi devait agir de la même manière envers ceux qui l’avaient desservi dans la cause de 1 infant. On établit que riufaut dorénavant obéirait au roi son père , comme il convenait à un bon fils et a un bon vassal ,

L’UNIVERS

et qu’il chasserait de sa maison et de ses terres tous les malfaiteurs qu’il menait arec lui ; que dorénavant, dans les divers endroits du royaume où il lui plairait d’aller, ou bien seulement où il se trouverait, il userait de toute juridiction haute et basse, et que les sentences et lettres qu’il donnerait passeraient au nom de lui l'infant ; qu’il aurait des nuvidors qui seraient à lui, qu’on désignerait sous son litre, et qui entendraient des causes jugées par les corrégidors ou autres magistrats, quels qu’ils fussent , relevant du roi ; qu’en tout ils garderaient les lois et ordonnances, mais que , dans le cas de mort ou de condamnation à la perte de grands offices ou de terres de vasselage, avant l’exécution de la sentence on la ferait connaître au roi, qui déciderait ce qu’il aurait pour bien; que quand l’infant ordonnerait de faire justice, les cricurs publics diraient : « Justice que fait rendre l’infant , par ordre du roi son père et en son nom. » De toutes ces conventions on dressa des actes authentiques, qui furent confirmés par serments solennels, par complète adhésion et par la présence de chevaliers assermentés de l’un et l’autre parti , qui demeurèrent comme garantie ; elles le furent également par le serment de la reine, qui jura aussi et qui donna son adhésion.

« Après que la bonne intelligence fut rétablie entre le roi et l’infant, Alphonse alla à Lisbonne , où il tomba malade de maladie mortelle, tandis que don Pedro chassait à Ribeira de Canha. Le roi , sentant la mort arriver, II t appeler Diogo Lopez Pacheco, Alvaro (Jonçalvez, ainsi que Pero Coellio , à qui il voulait du bien; ils avaient été les principaux conseillers ou les exécuteurs de la mort d’inez, et malgré ses serments le prince nourrissait grand désir de vengeance contre eux. En présence de Gonçalvez Pereira, prieur du Crato, le roi leur dit à tous que comme , après sa mort ui s’approchait, il ne pouvait leur onner sûreté contre son fils , il leur conseillait de s’en aller du royaume , de mettre leur personne en sûreté le plus promptement possible, et qu'ils ne s’occupassent nullement des biens qu’ils ne pourraient emporter. Eux, qui le com-

prenaient on ne peut mieux , firent ce qu’il leur conseillait.

« Le roi don Pedro avait déjà trentesept ans quand il succéda à sou père dans legouvernemeutdu royaume

« Ce roi était âpre et terrible de sa nature à punir les délinquants ou ceux qu’on lui présentait comme tels. Le plus souvent il condamnait sans entendre les parties, et infligeait des peines plus grandes pour des délits qui n’étaient point prouvés, que celles qui étaient ordonnées par le bon droit pour des crimes avérés. Dansaucunecirconstance il ne les remettait ou ne les modérait , mais bien plutôt on peut dire qu’il prenait plaisir à les exécuter, et pour que les bourreaux ne vinssent pas a manquer, il en traînait toujours un à sa suite. Il fouettait même de sa main et donnait la géhenne. Il portait toujours un fouet à sa ceinture pour qu'il n’y eût pas de retard à le trouver; car sans aucune preuve, sans vouloir entendre les excuses , il commençait le jugement par l’exécution.

« Ce même roi, qui dans le châtiment était si hors de mesure, si âpre et si rigoureux, devenait, dans la condition privée , de caractère si facile et si agréable, qu’il en perdait beaucoup de sa réputation et de son autorité parmi les hommes graves. On dit de lui qu’il était si enclin à danser, qu’il le faisait publiquement et par les rues, comme les autres baladins; ce qui paraissait aussi fou en lui que le plaisir qu’il prenait à frapper de sa main les malfaiteurs.

« Très-souvent il ordonnait donc des fêtes, durant lesquelles il allait dansant de nuit et de jour, et ces danses s’exécutaient au retentissement de longues trompettes d'argent (*) , faites exprès pour cela, et au son desquelles il prenait grand plaisir ; car, bien qu'on lui apportât d'autres instruments , il ne vou-

( * ) Les grandes trompes d’argent , qui servalpnt à exécuter des symphonies militaires, durant ces danses auxquelles se livrait D. Pedro, frétaient cependant particulières ni à ce pays ni A ce prince : on voit des instrument» de cétle espèce employés durant la bataille de A 'ajera, que le fameux prince de Galles livra A Henri de Transtainare. Deux vers du poPrne de du Guesclin l'attestent :

Trompetas. ckaltmies et grant trompes d'argant

t ’enoient devant lui pour itel convenant.

Chronique en vende du Guesciio. t 1, p. f fr.

lait pas les entendre. Et quand il venait à la ville , selon la coutume d’alors, les citadins et le peuple sortaient pour le recevoir en danses et en fêtes; et le roi débarquait de son bateau , et se mettait à danser avec eux : c’était ainsi qu’il se rendait au palais.

•« Une nuit, ne pouvant dormir, il ordonna à ses joueurs de trompette de venir, et faisant allumer des torches, il sortit par la ville, se mettant en danse avec les autres et réveillant les gens. Et après avoir passé ainsi une grande partie de la nuit, il retourna au palais, toujours dansant avec les mêmes personnes, et il demanda du vin et des fruits; car telle était la collation des anciens, même des rois, avant que le goût des sucreries et des conserves s’introduisît parmi nous, avec la découverte de nouveaux pays. C’est ainsi donc qu’il allait balant et se réjouissant durant les fêtes qu’il donnait, et notamment durant celle oui fut si fameuse, et qu’il célébra quand il créa comte et arma chevalier don Joham Affonso Tello. Ce fut la cérémonie la plus magnifique qui ait eu lieu eu ce temps, dans de telles solennités.

« Le roi lit rassembler une immense quantité de cire, dont on fabriqua cinq mille torches et cierges, et il fit venir cinq mille hommes des environs de Lisbonne, pour tenir ces luminaires à la main durant la nuit où le comte fît la veillée des armes. Quand fut arrivé le moment de la cérémonie, il ordonna que, depuis le monastère de Santo-Domingos, de Lisbonne, où elle se faisait, jusqu’au palais d’Alcaçova, ces hommes se tinssent immobiles et en ordre, chacun sa torche ou sou cierge a la main ; et cela donnait grande lumière. Le roi, avec beaucoup de gentilshommes et de chevaliers qui dansaient comme lui, le roi, dis-je, allait entre ces deux files, dansant et se réjouissant. Ce fut ainsi qu’ils passèrent la plus grande partie de la nuit. Le jour suivant, on dressa une multitude de grandes tentes dans la place du Ressio, où il y avait d’énormes montagnes de pain cuit, grand nombre de cuves pleines de vin, et des vases disposés pour tous ceux qui voulaient boire ; pendant ce temps on rôtissait dehors des bœufs entiers, et ce banquet fut public pour ceux qui voulaient y

prendre part , durant tout le temps de la fête, pendant laquelle furent armés un grand nombre d autres chevaliers.

« Ces manières et ces coutumes si diverses du roi don Pedro, nous les avons contées , parce qu’elles se trouvent rarement réunies dans un même homme , surtout s’il est roi...

« Don Pedro était grand chasseur, grand conducteur de meutes, étant infant ; et apres qu’il fut devenu roi , il eut grand train de chasse et grand nombre de piqueurs. Il vivait volontiers de viande, sans être beaucoup plus gros mangeur uuc d’autres hommes, et à cause de cela, les saMes du palais étaient toujours fournies de viandes en abondance. Quant aux autres particularités touchant sa personne, nous ne savons rien autre chose, sinon qu’il était bègue.

« Aveccettelibéralité il gouvernait de telle manière que, sans aucune vexation pour le peuple et sans exciter de plaintes , il acquit de grosses sommes d’argent qui accrurent le trésor de ses ancêtres, qu’il laissa au roi don Fernando, son fils. Il fît frapper en son temps beaucoup de monnaies d’or et d’argent; les doubles étaient d’or à vingt-troiî^carats, et il en fallait cinquante pour faire un marc; les demi-doubles valaient la moitié. Les pièces d’argent étaient des tournois, dont soixante-cinq faisaient le marc ; il y avait des demi-tournois.

« Il était de sa condition si libéral , et il avait tant de plaisir à donner, qu’on lui entendait dire très-souvent : « Le jour où un roi n’a rien donné, on ne saurait avec raison l’appeler roi. » Et voulant peindre le plaisir qu’il avait à répandre ses libéralités, il disait aux siens de desserrer sa ceinture pour que son corps s’élargît, qu’il pdt étendre la main et donner, faisant entendre ainsi qu’un monarque ne devait pas être d’inclination avare. Il faisait fabriquer des joyaux d’or et d’argent pour en faire des présents quand bon lui semblait; il fît augmenter le salaire de ses gentilshommes et des gens de sa maison au delà de ce qui leur était accordé par les anciens rois. Il fut grand appréciateur des services, non-seulement de ceux qui lui étaient rendus, mais encore de ceux qui avaient été reçus par sou père ; il

ne diminua jamais les biens qu’il avait

concédés.

« Les banquets qu'il donnait aux gentilshommes de sa cour qui l’accompagnaient lors de ses courses dans le royaume , qu’il visitait comme un corrégidor visite son district, ces banquets étaient splendides, d'une grande abondance et presque continuels; il en était de même durant les grandes chasses , qu’il aimait beaucoup et auxquelles il se livrait souvent. Pour cela il entretenait grand nombre de chasseurs et valets de pied, grand nombre de chiens et oiseaux de toute espece.

•• Nous trouvons donc écrit de ce rei qu’il était fort aimé de son peuple , parce qu’il le maintenait en droit et justice. Voilà la marche qu’il suivait dans l’expédition de ses affaires : toutes les pétitions qu'on lui présentait étaient remises entre les mains de Gonçallo Vaasquez de Goes, secrétaire da Puridade ; il les remettait à celui des secrétaires qui lui convenait, et celui-ci devait les répartir entre les magistrats dans les attributions desquelles elles entraient. Quant aux pétitions ayant rapport aux affaires de cours habituel, il faisait faire immédiatement les lettres qui y avaient rapport , par celui des secrétaires entre les mains duquel la chose devait passer; de sorte que, le jour même ou le jour suivant, l’affaire était expédiée; le secrétaire qui n’agissait pas ainsi perdait ses bonnes grâces. Les choses se passaient avec quelques différences quant aux autres pétitions ayant rapport aux grâces ou aux faveurs qu’on obtenait sur ses propres biens

« De même que ce roi don Pedro était amant de la plus stricte justice envers ceux qui la méritaient, de même il faisait tous ses efforts pour que les affaires civiles ne fussent pas prolongées.

Comme il trouva que les procureurs allongaient les procès beaucoup au delà de ce qui devait être, il ordonna que dans ses domaines et dans tout son royaume, il n’v edt plus de procureurs. Il recommanda aux juges et aux avocats de ne favoriser surtout aucune partie aux dépens d’une autre, et qu'ils eussent à se garder, avant toute chose, d’accepter certains services qui pussent faire croire

que la justice était vendue ; il voulut u’ils s'appliquassent surtout à expéier promptement les affaires , disant que s il savait qu’ils y missent de ia négligence, ils le payeraient de leur corps et de leurs biens, et qu'il leur ferait payer aux parties toute la perte qu’ils leur auraient causée

» On peut donc bien dire de ce roi don Pedro , que ce n’est pas de son temps qu'on vit s'accomplir pour certaines les paroles du philosophe Solon et de quelques autres, qui ont dit que les lois et la justice étaient semblables à une toile d’araignée , en laquelle les petits moucherons tombent et meurent, tandis que les grosses mouches, qui sont plus fortes, la rompent et s en vont; voulant faire entendre par là que les lois et la justice ne s’accomplissent qu’envers les pauvres gens, tandis que les autres , ayant aide et secours , trouvent toujours moyen de rompre leurs liens et de leur échapper. Le roi don Pedro était pour le contraire, et ni prières , ni puissance , ne pouvaient faire éviter la peine quand elle étaitdue.

« Non-seulement ce roi usait dejustice contre ceux envers qui il avait droit de le faire, comme les laïques et les personnes* semblables, mais le cœur lui brûlait d'atteindre ceux qui niaient sa juridiction, et cela envers les clercs, des ordres moindres jusqu'aux plus élevés; et si on lui demandait qu'il les envoyât à leur vicaire, il répondait qu’on les mit à la potence; que c'était ainsi qu’il les envoyait à Jésus-Christ , qui était leur vicaire véritable et qui ferait d’eux ce que de droit, mais en l'autre monde.

» Vous avez entendu longuement ce que nous avons dit de la mort cl’lncz, et les raisons pour lesquelles don Affonso la fit mourir ; vous savez aussi la grande querelle qu’il y eut à ce sujet entre le roi et don Pedro. Celui-ci étant, au mois de juin, en un lieu nommé Castanhède, et comme il y avait quatre ans qu’il régnait, ordonna qu’il lut publié que dona liiez était sa femme. Se trouvaient avec lui don Joham Affonso, comtede Barcellos, grand majordome, Vasco Martins deSouza, son chancelier, maître Affonso das Leis, Martini Vaasquez, seigneur de Goes , Gonçallo Meemdez, de Vasconcellos. Jouant

Meemdes, son frère, Alvoro Pereira, Gonçallo Pereira , Diego Gomcz , Vaasco Gomez d’Aavreu , et beaucoup d'autres que nous n'avons besoin de rappeler. Le roi fit venir un tabellion, et tous étant présents , jura sur les Évangiles , touchés par lui corporellement , qu’étant encore infant , se trouvant à Bragance , comme le roi son père vivait encore , il y avait de cela sept ans plus ou moins , mais sans qu'il pût se rappeler ni le mois , ni le jour, il avait reçu pour femme légitime, de paroles et étant présente, comme l’exige la sainte Église, doua liiez de Castro, jadis fille de don Pedro Fernandez de Castro, et que dona. Inez l'avait reçu pour mari , avec paroles semblables , vivantdcpuisenunionet mariage comme ils le devaient faire.

« Après que trois jours se furent passés, arrivèrent à Coiinbre don Joliam Affonso, comte de Barcellos, Vaasco Martins de Souza et maître Affonso (las Leis ; et dans le palais où se lisaient les décrétales ( parce que l’étude était en cette ville ), ayant fait venir un tabellion , ils appelèrent deux témoins , à savoir : don Gil , évéque da Guarda, et Estevan Lobato , serviteur du roi , et ils leur dirent qu’après avoir juré sur les Évangiles , iis déclarassent la vérité de ce qu’ils savaient relativement au mariage de don Pedro et de dona Inez. Et ayant été interrogés , chacun séparément, l’évéque dit d’abord qu'allant avec ledit seigneur, et se trouvant alors prieur da Guarda, comme l’infant, maintenant roi , et dona Inez avec lui demeurait en la ville de Bragança, ce seigneur l’avait fait appeler un jour en sa chambre , dona liiez étant présente , et qu’il lui avait dit qu’il la voulait recevoir pour femme; et que surle-champ , sans plus de retard , ledit seigneur avait mis sa main dans sa main , et que dona Inez , en faisant autant, il les avait unis tous les deux avec paroles de contractation comme l’ordonne la sainte Église.... Etchosesembiable ayant été demandée à Estevan Lobato, il dit que le roi, étant infant, l’avait fait appeler dans sa chambre, où il lui avait déclaré qu'il voulait prendre doua Inez pour femme , et que sa volonté était qu’il fût témoin... Il ajouta que cela était arrivé au mois de

janvier, pouvant y avoir environ *ept ans plus ou moins. Et quand toutes ces demandes eurent été écrites selon ce que vous venez d’entendre, ils firent sur-le-champ assembler tes gens qui étaient déjà préparés à cela, à savoir : don Lourenço , évêque de Lisbonne, don Affonso , évêque de Porto , don Joham, évéque de Viseu, et don Affonso, prieur de Santa-Cruz , et tous les gentilshommes nommés auparavant, et bien d'autres que nous ne disons pas , avec vicaires et clergé et une foule de peuple , tant ecclésiastique que séculier, qui s'était assemblée pour cela. Et le silence setant fait pour bien entendre, le comte Joham commença à dire :

« Amis , vous devez savoir que le roi , qui est maintenant notre seigneur, a reçu pour femme légitime dona liiez de Castro... Et parce que la volonté du roi est que cela ne soit plus caché, il m’a ordonné que je vous le notifiasse , pour tirer soupçon de vos coeurs , et afin que cela fût su clairement; mais si malgré ce que je viens de vous dire, et en dépit de ce qui vous a étélu et déclaré, quelques-uns observaient que tout cela est comme non avenu , parce qu’il n’y a pas eu de dispense qui pût effacer le degré de parenté qui existait entre eux , elle étant cousine du roi notre seigneur, il m'a ordonné que je vous certifiasse le tout et qu’on vous montrât cette bulle, qu’il obtint étant infant , et où le pape lui donne dispense de se marier avec toute femme qu’il désirera, quelque proche qu'elle lui fût , et quand bien même elle le serait davantage que ne l’était dona Inez. •

Alors on publia devant tous la lettre du pape Jean XXII

« Les meurtriers de dona Inez avaient été reçus par le roi de Castille avec accueil favorable; ils recevaient de lui bienfaits et courtoisie , et ils vivaient en son royaume tranquilles et sans crainte ; mais depuis que l’infant don Pedro avait commencé a régner, il avait rendu sentence de trahison contre eux..

Et de même, vers cette époque, s’étaient enfuis de Castille , par crainte du roi qui voulait les faire mourir, don Pedro Nunez de Guzman, grand adelantade du pays de Léon, Meem llodriguez Teuoiro, Fetnam Goliel de

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Tolledo et Fernam Sanchez Caldeirom , et ils vivaient en Portugal, sous la protection du roi don Pedro. Les Portugais, comme les Castillans, pensaient ne recevoir jamais de dommage , parce que c’était la réflexion qui leur avait fait choisir ce redoutable asile . à l’abri d’une assurance formelle qui ne fut guère observée par les rois. Ceux-ci firent secrètement une convention par laquelle celui de Portugal devait remettre prisonniers au roi de Castille les gentilshommes vivant en sou royaume, taudis que l’autre livrerait Diogo Lopez Paeheeo et ses deux compagnons, qui s'étaient réfugiés en Espagne. Us ordonnèrent de plus qu’ils fussent tous pris en un jour, pour que la captivité des uns ne pdt pas avertir les autres.

« La convention étant faite de cette manière, les gentilshommes dont nous avons parlé furent faits prisonniers en Portugal; mais le jour où arrivèrent les ordres du roi de Castille, à l’endroit où l’on devait s’emparer de Diogo Logez et des autres, il advint que, le matin de fort bonne heure, celui-ci était allé à la chasse aux perdrix. Après s'être emparés de Pero Coellio et d'Alvaro Gonçalvez, ils voulurent le faire prisonnier et 11e trouvèrent personne; ils firent alors fermer les portes de la ville, afin que qui que ce Hit ne pilt lui envoyer de message et le prévenir; en conséquence, ils l'attendaient pour le prendre lors de sa venue. Un pauvre estropié, qui recevait toujours quelque aumône quand Diogo l.opez mangeait chez lui , et avec qui il causait quelquefois , vit comment les choses se passaient et songea à l’aller prévenir avant qu’il rentr.lt en son logis. Il s’informa adroitement de l'endroit où était allé Diogo l.opez; il se présenta alors aux gardes des portes de la ville, et les pria de le laisser sortir, et eux , n’ayant aucun soupçon sur un tel homme, ouvrirent les portes et le laissèrent aller. 11 se dirigea vers l'endroit où il pensait (lue Diogo Lopez devait venir, et enfin il le rencontra avec ses écuyers et ne pensant nullement aux nouvelles qu’il lui apportait. Notre pauvre lui dit alors qu’il voulait lui parler, et celui-ci, ne soupçonnant pas de quel message il était chargé, aurait bien voulu se dispenser de

l’écouter : mais le pauvre insistant, il lui conta comment un garde du roi de Castille était venu avec beaucoup de gens armés à sou |ialais, pour le prendre , après s'étre empare des autres.

Quand Diogo Lopez eut entendu cela, la raison lui dit bientôt ce qui en était; la crainte de la mort le troubla , et il devint tout pensif. Le pauvre , le voyant ainsi , lui dit : « Croyez-en mon conseil, il vous sera utile; séparez-vous des vôtres; allons dans une vallée qui n’est pas loin d’ici, et je vous dirai comment vous devez vous y prendre pour vous sauver. » Alors don Diogo Lopez dit aux siens qu'ils s’en allassent par-là à quelque distance en chassant, qu'il voulait entrer seul avec ce mendiant en une vallée, où il lui affirmait qu'il y avait grand nombre de perdrix. Ils firent ce qu’il disait , et ils s'eu allèrent tous deux en cet endroit. Et le pauvre lui dit alors que, s'il voulait s'échapper, il fallait qu il revêtit ses baillons déchirés et qu’il s’en allât ainsi à pied jusqu'à la route qui conduisait dans l’ Aragon; qu’à sa première rencontre avec des muletiers, il pourrait se mettre à leur solde, et que de cette manière, ou sous l'habit d'uu moine , s'il lui était possible de s’en procurer un, il se mettrait en sûreté dans le royaume d'Aragon ; car nécessairement on allait le chercher par tout le pays. Diogo Lopez prit son conseil , et s'êu fut à pied do cette manière; et le pauvre ne retourna pas sur-le-champ à la ville... Ceux qui avaient souci de prendre le fugitif sVn furent le chercher en lieux bien différents ; et quant à ce qui lui arriva en chemin , comment il passa par l' Aragon our aller en France, près du comte on Henrique, la manière dont celui-ci lui fit gagner les campagnes d'Avignon, et les autres choses qui lui advinrent, nous n'en parlerons pas, pour ne poiut sortir de notre sujet.

« Qunndle roide Castille sutque Diogo Lopez n’avait pas été pris, il en eut grand chagrin , mais il ne sut qu’y faire ; toutefois il envoya Alvoro Gonçalvez et Pero Coellio, bien garrottés et sous bonne garde, au roi de Portugal , son oncle , selon qu’il avait été convenu entre eux, et quand ils arrivèrent à la frontière , ils trouvèrent là Meeni Rodriguez Teuoiro et les autres Castillans que le roi

don Pedro envoyait; et depuis Diogo Dopez, parlant de cette histoire , disait que ça avait été échange de bourrique contre bourrique. Alvoro Gonçalvez et Pero Coelho furent donc conduits en Portugal et arrivèrent à Santarein , où était le roi don Pedro ; et le roi , eu grande joie de leur venue , mais bien mal satisfait aussi de ce que Diogo Lopez s’était échappé, s’en fut les recevoir, et , fureur cruelle ! il les fit mettre de sa propre main à la géhenne, voulant leur taire confesser qu’ils étaient coupables de la mort de doua liiez, et que c’était là ce que son père avait commué contre lui quand ils s’étaient brouillés à sa mort; mais aucun d’eux ne répondit à telles demandes choses qui convinssent au roi ; et l’on rapporte qu’en sa colère il donna à Pero Coelho de son fouet par le visage, et que celui-ci, s’abandonnant contre ledit roi en paroles vilaines et déshonnêtes, l’appela traître, sans foi , parjure, bourreau et boucher des hommes. Et don Pedro, disant qu’on lui apportât des oignons et du vinaigre pour assaisonner ce lapin (*), commença à se moquer d’eux et ordonna qu’on les fit mourir. La manière dont se passa leur mort, étant dite tout au long, serait chose bien étrange et bien cruelle à raconter : à Pero Coelho il lui fit tirer le cœur par la poitrine, et à Alvoro Gonçalvez ce fut par les épaules. Les paroles qu’il y eut en cette occasion, le peu d’habituue qu’avait en un tel office l’exécuteur, tout cela serait chose bien douloureuse à entendre.

Enfin don Pedro ordonna qu’ils fussent brilles. Tout cela eut lieu devant le palais où il faisait sa demeure, de manière qu’en dînant il avait l’œil à ce qu’il faisait faire. Ce roi perdit beaucoup de sa bonne renommée par un tel scandale. En Portugal et en Castille cela fut regardé comme une action très-mauvaise, et tous les honnêtes gens qui en entendaient le récit, disaient que les rois avaient commis très-grande erreur en allant ainsi contre leurs promesses , parce que ces chevaliers s'étaient réfugiés en leurs royaumes sous la foi

( * ) Disemdo' que lhe trouzessem cebolla r vinagre jiera o coelho. Pour comprendre cet affreux jeu de mots, U faut se rappeler tjuc coelho signitie lapin en portugais.

de leur parole

« Si quelqu’un dit que beaucoup ont existé qui ont aimé autant et plus que don Pedro, telles que Ariane et Didon, et d’autres que nous ne nommons pas, nous répondrons que nous ne parlons pas d'amours imaginaires , lesquelles certains auteurs, bien fournis d’éloquence et fleuris en beau discours , ont rapportées selon leur fantaisie , disant au nom de telles personnes raisons auxquelles elles n’ont jamais songé; mais que nous parlons de ces amours qui se content et lisent dans les histoires, et qui ont leur fondement sur la vérité. Ce sincère amour, le roi l’eut pour dona Inez dès qu’il s’éprit d’elle, étant alors marié et encore infant, de telle sorte qu’au commencement il semblait perdre près d'elle la vue et la parole ; il ne cessait de lui envoyer des messages, comme vous l’avez vu plus haut.

Les efforts qu’il fit pour la posséder, ce qu'il accomplit à cause de sa mort, et les justices qu’il rendit sur la personne de ceux qui étaient coupables envers elle , bien qu’il allât contre ses serments , tout cela est attesté par ce que nous avons dit. Et s’étant rappelé a honorer ses ossements , puisqu’il ne pouvait plus faire davantage (*), il ordonna de leur élever un monument de pierre blanche subtilement ouvragé , et

( I ) On voit que. Fernam Lopes ne fait nullement mention ici du couronnement <1*1 nez. ■Voici le passage le plus concluant qu’on puisse alléguer en faveur <le ce fait célébré : dans ses commentaires au ch. lil des Lusiades, Faria y Souza s’exprime ainsi : « La mataron yel « principe no ciexo de amarta muertn. 1 assl « luego que murio su padre i empuno el cetro, « hizode senterrar a l). liiez. I, colocarla en un « trono, adoude fue coronaua coino reyna, « i alli hizo que sus vassallus besassen aquel- « los huessns , que avian y a sido ma nos bel - « las : puhlicando primero cou Juramenlo , y « olros aetns solenes que avia sido su muger « légitima. Tenemos en nuestro potier la copia « del instrumente publico.que mande hazer a de todo esto i se conserva en el archivo « real. etc. » Lorsque nous publiâmes l’ouv rage intitulé : Chroniques chevaleresques de l’Espagne et du Portugal , nous n’avions pas encore rencontré ce document. Il est, comme on le voit, plus explicite en faveur du couronnement d’inez qu’aucun de ceux venus en notre possession; et ces mots, nous avons entre nos mains copie du proces-verbal qu’il JU .faire et que l’on conserve dans les archives royales,

firouveraient ou que Fernam Lopes n’a pas oui dit , ou qu’une pièce concluante a été perdue ; elle existe peut-être dans les riches archives de Lisbonne.

L’UNIVERS

fit placer sur la pierre du tombeau son image avec la couronne sur la tête, comme si elle eût été reine; et ce monument, il le fit placer dans le monastère d’Alcobaea , non à l’entrée , où reposent les rois , mais dans l’église à main droite, près de la grande chapelle : et il fit transporter son corps du monastère de Santa-Clara où elle reposait, le plus honorablement qu’il se pouvait faire. Elle venait dans une litière fort bien ornée pour le temps, laquelle était portée par d’illustres chevaliers, accompagnés de grands seigneurs et de beaucoup d’autre monde, de dames, et dedeinoiselles et de gens d’église. Par le chemin il y avait grand nombre d'hommes avec des cierges à la main , rangés de telle manière que , le long de la route , le corps fût toujours entre des torches enflammées. C’est ainsi qu'ils arrivèrent au monastère, qui était à dix-sept lieues de là. Le corps fut placé dans le monument, avec grand nombre de messes et solennités, et cette translation fut la plus honorable qui eût été vue jusqu’alors en Portugal. Semblablement il lit faire un autre monumentbien ouvragé pour lui, et il le fit placera côté de celui d’inez, afin que, quand il viendrait à mourir, on l’y déposât; et étant à Estreinoz il tomba malade , de ses dernières douleurs. Et gisant ainsi malade il vint à se souvenir qu’après la mort d’Alvoro Gonçalvez et Pero Coelho, il avait été prouvé que Diogo Lopez Pacheco n’avait pas été coupable de la mort de dona Inez , et il lui pardonna tous les griefs qu'il avait contre lui , ordonnant qu’on lui rendit tous ses biens , ce que fit le roi don Fernando son fils. Et le roi ordonna , par son testament , qu’on attachât à tout jamais audit monastère six chapelains qui chantassent et eussent a dire pour lui chaque jour une messe officiée, à laquelle ifs devaient se rendre avec la croix et l’eau bénite. Et le roi don Fernando son fils, pour que s'accomplissent et se chantassent avec plus d’efficacité Iesdites messes, donna au monastère, en pure donation, le lieu désigné sous le nom de Paredes, district de Leirea, avec toutes les rentes et seigneuries qui y étaient attachées (*)... »

(*; Les derniers récits qui nous aient été faits

DERNIÈRES ANNEES Dü RÈGNE DE

D. pedro. — Après le récit de cette grande catastrophe , ce qui nous reste à dire sur le règne de l’amant d’inez n’occupe plus qu’un rang secondaire aux yeux des autres nations. Le Portugal, au contraire , voit dans cette période , assez * ignorée, de son histoire une époque de repos qui prépare des temps plus glorieux. L’inflexible sévérité du prince, unie à un sentiment profond de la justice, donna à son règne une valeur tellement significative aux yeux du peuple , qu’il consacra sa mémoire par un mot (font on admire encore la simplicité et la profondeur. C’est dans Fernand Lopez et dans Avala qu’il faut étudier le caractère original de ce roi , c’est là qu’on trouve dans leur vérité première cette multitude d’anecdotes que les chroniques successives ont peu à peu altérées et qui se trouvent dans tous les recueils historiques : celle où un évéque est menacé du fouet parce qu’il a été surpris en adultère; l’histoire du maçon condamné à ne se point servir de la truelle pendant un an, à la suite du meurtre d’un prêtre, cette parodie quelque peu audacieuse de l’indulgence de certaines lois ecclésiastiques, tout prouve qu’en affectant des formes bizarres dans Inexécution de ses volontés, I). Pedro n’en poursuivait pas moins le plan de son aïeul à l’égard du clergé. Il parait certain qu’il favorisa le peuple toutes les fois qu’il le put faire, aux dépens même de ce pouvoir qu’on redoutait partout ailleurs dans la Péninsule. Les grands et le clergé, d’accord peut-être avec eux,

sur Inez sont bien récentset bien tristes; ils datent (lu mois de décembre 1835, à l'époque où M. Taylor achevait sa tournée artistique en Portugal. Celte reine, qu’on avait jadis tirée de son cercueil pour la ceindre du diadème, avait été arrachée ignominieusement de la lombe, et sea ossements , à demi consumé», étaient épars sur les dalles du couvent d’Alcobaça; il en était de même des restes de don Pedro. C’est aux soins pieux du voyageur français qu’on doit la réparation d’un tel sacrilège; la tombe de marbrequi fut élevée au treizième siècle a reçu de nouveau celle qui ne fui reine qu'après sa mort, comme disent les vieux poètes dramatiques de l’Espagne. Quant aux fondateurs, aux vieux religieux français venus pour instituer le couvent d’Alcobaça, leur cendre n'avait pas été respectée davantage. Aujourd’hui ce qui reste de leurs ossements repose dans un reliquaire, entre la riche collection du eu rieux antiquaire et les beaux livres qu’il a rassemblés sur 1 art.

surnommèrent D. Pedro , le Cruel ; le peuple ne s’y méprit pas , et il l'appela le Justicier. De sou temps, en effet, une entière sécurité pour les personnes et les propriétés régna dans toute l'étendue du Portugal-, les rouages delà judicature et de l’administration furent simplifiés jusqu'à l’extrême. Le trésor fut plus riche qu’il n’avait été sous aucun des rois précédents. En évitant de donner des secours intempestifs au roi d’Espagne, qui les réclamait à titre de proche parent, ce souverain détourna également du pays une guerre désastreuse avec la Distille. Frappé de si réels avantages, le peuple persévéra dans son opinion, et en parlant du Justicier après sa mort, il disait qu’un tel monarque ou n’edt pas dd naître ou n’eüt pas dü finir (*). Le roi dont son peuple parlait ainsi mourut à Estremoz, le 18 janvier 1367. Scs dernieres volontés furent suivies ponctuellement . et on le transporta après sa mort àAlcobaça, dans la tombe de • marbre qu’il avait fait faire pour reposer près de son liiez. y v

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