‹ Positioni et articuli beatificationis et canonizationis servorum Dei Societatis Jesu in CanadaChapitre 10 sur 11 · DE VITA ET VIRTUTIBUS SERVORUM DEI · texte numérisé non relu

DE VITA ET VIRTUTIBUS SERVORUM DEI

Isaac Jogues,S.J., Renati Goupil etJohannis de La Lande.

C'est la vérité que le P. Joo^nes naquit à Orléans, le 10 janvier 1607, d'une famille honorable. Il eut pour père Monsieur Laurent Jogues, négociant, et pour mère Madame Françoise de St-Mesmin, qui lui imposèrent à son baptême le nom d'Isaac ; le baptême se fit dans l'église de Saint-Hilaire.

Comme il sera constaté par des témoins bien informés, qui expliqueront comment le fait est parvenu à leur connaissance et qui diront si ce sont bien là des choses constantes et de notoriété publique.

C'est la vérité que René Goupil était angevin et

que, à la fleur de l'âge, il demanda avec empressement à être reçu dans le noviciat de la Compagnie de Jésus, à Paris. Il y demeura quel([ues mois avec beaucoup d'édification, mais ses indispositions corporelles le privèrent (lu bonheur de se consacrer à Dieu dans la religion.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité (jue Jean de La Lande nacpiit à

Dieppe, le Ses parents furent Il fut baptisé dans

l'église de

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité cjue le Père Jogucs, privé de son père, dès son bas âge, fut initié par sa mère à toutes les vertus ; qu'il montra un earactère docile, une très grande ferveur jjour la méditation de la passion de Notre-Seigneur et manifesta le désir de souffrir pour Dieu.

C'est la vérité que Isaac JogLies entra, en 1017, au collège des Jésuites, à Orléans, où il se distingua parmi ses condisciples non seulement par le pénétration de son esprit et la constance de son travail, mais surtout par les cjUc'dités de son coeur et par la praticpie des vertus. Il fréquentait les sacrements et donnait des preuves de charité et de zèle. Il interrogea de bonne heure le ciel sur sa vocation, et se sentant appelé à la vie religieuse et apostoli(pie, il se décida ])our la Compagnie de Jésus. A])rès avoir demandé et obtenu le consentement de sa mère, il entra au noviciat de la Comi)agnic, à Rouen, le 24- octobre 1(Î24-.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la véiité (pK- le T. Louis L.ilemant, directeur spirituel du Serviteur de Dieu, ne tard.-i pnsà recoiin.-iître en lui une âme pleine d'ardeur, un C(L-ur cai)abledes jjIus grands sacrilices, une vert'.i à toute épreuve. Il aimait

à répéter à son discipleccs ])arolcs prophétiques: " Mon frère, vous ne mourrez ])as ailUin's (ju'au Canada. " Comme il sera eonstatc, etc.

C'est la vérité que le Serviteur de Dieu fut singulièrement frappé par le mort héroï([ue du P. Spinola, brûlé au Japon, en 1622. et qu'il fit dès lors la demande d'être inscrit pour les missions d'Ethiopie. Kn attendant, on l'envoya faire sa philosophie à la Mèche et sa régence à Rouen. Il eut l'occasion de connaître ])lusicurs missionnaires du Canada.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité cjue, par les récits du P. de Brébeuf et du P. Massé, le Serviteur de Dieu put se rendre un compte exact des obstacles que la foi rencontrait dans les lointaines contrées du Canada ; mais ces difficultés ne firent qu'exciter son ai'deur. Pour se rendre digne de cette mission, il se livra avec le plus grand zèle à ses fonctions de professeur et à la formation des jeunes gens confiés à ses soins. Chargé de faire une composition pour l'ouverture de l'année scolaire, le Serviteur de Dieu, alors professeur d'humanités, exalta, dans un petit poème les gloires de la sainte Vierge et du saint Sacrement, avec un vif élan de foi et d'enthousiasme.

Comme il sera constaté, etc.

Le Serviteur de Dieu fut ensuite envoyé au collège de Clermont, à Paris, pour y faire sa théologie ; il partageait son temps entre ses études et la surveillance des pensionnaires. Le P. Buteux, qui eut alors l'occasion de le connaître, remarqua "surtout en lui sa rare prudence et sa ponctuelle observance des règles..."

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité qu'au commencement de 1636 le Serviteur de Dieu fut ordonné prêtre ; son plus ardent désir fut ainsi exaucé. En même temps, les supérieurs lui annoncèrent qu'il était désigné pour la mission du Canada. Le P. Jogues, en apprenant à sa mère la nouvelle de sa prochaine arrivée à Orléans, où il devait dire sa première messe, la prie "de réclamer de tous côtés des prières, afin que Dieu lui donne les grâces nécessaires pour s'acquitter d'un si saint ministère." Arrivé à Orléans, après une courte apparition dans sa famille, il s'enferma dans un collège, oii il se livra avec la ])lus grande ardeur aux exercices de la retraite pour se pré. parer à monter à l'autel. Le Serviteur de Dieu offrit pour la première fois l'auguste victime, le 10 février 1636.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité (pic le S. d. D., après axoir passé (pielrpics jours au noviciat de Rouen pour suppléer la

troisième année de probation, s'eml)ar(|ua à Dieppe, d'où il écrivit à sa mère une lettre dont le langage, plein de tendresse et d'énergie, dénote im cœur déjà préparé à tous les sacrifices..

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que, arrivé à Québec, le S. d. D. rei)ai'tit quelques jours après pour les Hurons, à son plus grand contentement; et, malgré les fatigues et les ])érils de ce voyage, il écrivait à sa mère: " L'amour de Dieu qui nous appelle à ces missions et le désir cju'on a de contribuer en (juckjue cliose à la conversion de ces barbares, rend tout cela si doux que nous ne voudrions pas changer ces peines pour tous les contentements de la terre."

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que René Goupil, une fois sa santé rétablie, passa au Canada pour y servir la Compagnie, puisqu'il n'avait pu y entrer en France. Il se mit spontanément sous l'obéissance du supérieur de la Mission qui l'employa, deux années entières, aux plus vils offices de la maison. On lui donna aussi le soin de panser les malades et les blessés de l'hôpital, jusqu'à l'époque où il fut chargé d'accompagner les missionnaires jésuites chez les Hurons. Il reçut cet ordre avec la plus grande joie, quoiqu'il connut les grands dangers qu'il allait courir..

C'est la vérité que le P. Jogues, six jours après son arrivée chez les Hurons, tomlia sérieusement malade, et fut sur le point de mourir. Il n'avait qu'une natte pour lit et quelques tisanes de racines pour tempérer l'ardeur de sa fièvre ; mais, malgré tout, sa patience et sa résignation soutenaient son courage. Il était aussi content de mourir que de vivre. Après une saignée opérée par le P. de Brébeuf, il finit par triompher de la maladie...

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que le S. d. D. employa le temps de sa convalescence à l'étude de la langue indigène que le P. de Brébeuf enseignait aux missionnaires. Il se pliait avec facilité à la manière de vivre des sauvages, liien ciu'elle fut pleine de sacrifices et de privations, afin de gagner plus aisément leur confiance. Il accompagna le P. de Brébeuf au village d'Ossossané et partagea avec lui les travaux apostolicpies. Il fut un des premiers missionnaires qui allèrent résider au village de Teanaustayae, dit de Saint-Joseph, oii il eut le bonheur debajjtiser un prisonnier irofjuols destiné au su|)plicc. Pès la première année, il ba])tisa 4-S enfants et 72 adnltes...

Connue il sera constaté, ete,

C'est la vérité (|ue, lorscjue les missionnaires s'établirent dans leur nouvelle résidetice de Sainte-Marie, le

P. Jogues fut chargé de diriger les travaux de l'enclos, ce qu'il fit avec le plus grand zèle. Le soin du temporel ne l'absorbait pas tellement qu'il ne se consacrât en même temps au soin des sauvages, qui venaient en grand nombre le visiter. Il fit aussi des courses fréquentes aux quatre villages voisins, laissés à la garde des Pères de Sainte-Marie.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que, en 1640, le P. Jogues et le P, Garnier furent chargés d'essayer de fonder une mission chez la nation du Petun, qui est située à 48 kilomètres des Hurons, au lieu que l'on nomme aujourd'hui Montagnes Bleues. Les deux missionnaires surmontèrent avec un grand courage les périls et les difficultés d'un voyage qui devait se faire en raquettes. Au moment du départ, les guides leur firent défaut; incertains sur la route à suivre, ils furent contents de pouvoir s'abandonner entièrement entre les mains de la divine Providence.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que les deux serviteurs de Dieu, s'étant égarés dans leur marche, passèrent la nuit dans un bois, couchés sur la neige ; le lendemain, ils se remirent en route, n'ayant qu'un morceau de pain pour toute nourriture. Arrivés au premier village de la nation du Petun, ils evirent la consolation de baptiser une pauvre femme

mourante qu'ils trouvèrent admirablement prévenue par la grâce.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que, soupçonnés par les sauvages de sorcellerie, les deux S. d. D. ne purent s'arrêter dans aucun village, car personne ne voulait leur donner l'hospitalité. On alla même jusqu'à les menacer de mort.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que quelques mois s'écoulèrent au milieu de périls continuels, ce qui obligea les missionnaires à retourner à Sainte-Marie. Mais si leur mission échoua à cause de l'entêtement des indigènes, ils préparèrent du moins le terrain pour de nouvelles tentatives.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité cjue, en lG4-(), le P. Jogues fut envoyé avec un autre missionnaire au Sault Sainte-Marie, chez les Sauteux. Pour s'y rendre, ils curent à parcourir, dans un canot, près de 400 kilomètres. Ils reçurent le plus bienveillant accueil. Mais, à leur grand regret, ils ne purent rester au milieu de cette tribu. Toutefois afin d'v laisser un souvenir de leur passage, ils i)lantèrent une croix à l'extrême limite de cette coutrée.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que le P. Supérieur de la mission huronne ayant proposé au P. Jogues de faire un voyage à Québec, en le laissant libre d'accepter ou non, le S. d. D. accepta de bon gré, bien qu'il sût qu'il s'exposait à de grands dangers, les Iroquois infestant alors les rives du fleuve qu'il devait descendre. Dans ce long vovage de 35 jours, le P. Jogues, avec un zèle infatigable, partagea son temps entre les soins à donner au P. Raymbault, malade, et les exercices de piété qu'il faisait faire régulièrement à sa troupe.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que, après 19 jours passés à Québec, le P. Jogues en repartit avec René Goupil. Leur convoi tomba dans une embuscade d'Iroquois. Le désordre se mit parmi les Hurons. Le P. Jogues resta à son poste et remplit consciencieusement son ministère, faisant prier ceux qui se disposaient à combattre et leur donnant l'absolution sacramentelle.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que, sur la demande qui lui en fut faite, le P. Jogues baptisa le pilote de son embarcation, au milieu des coups de fusils qui mettaient sa vie en grand danger. En racontant ce fait, ce néophyte disait: "Je remercie Dieu d'être entré par une telle voie

daus son Église, et je n'oublierai jamais ce beau jour. Le dévouement de mon Père suffit pour me confirmer dans la foi. Ovii refuserait de croire ? Il faut que ces hommes qui viennent nous instruire soient bien certains des vérités qu'ils nous enseignent, et que Dieu soit la seule récompense à latjuelle ils aspirent.." Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que René Goupil, de son côté, se distingua non seulement par une intrépidité admirable, mais par une vertu plus grande encore. Enveloppé par l'ennemi, il fut fait prisonnier...

C'est la vérité (|ue le I'. Jogues (|ui n'avait pas ])ris une part active c'iu comljat, voyant la défaite de ses compagnons, et regardant comme providentielle cette occasion de se dévouer jiour le salut des captifs luirons, n'hésita pas un instant à sortir de sa retraite et à se constituer prisonnier. Il avoua lui-même plus tard : " La pensée dem'échappernc i)ut jamaisentrerdansmon esprit; d'ailleurs j'étais nu-jticds. Coninifiit tuir? l'ouvais-je bien abandonner ce b(»n I^ran^ais, les autres Hurons cajîtits et ceux (|ui allaient le devenir, dont plusieurs n'étaient j)as encore b.aptisés ?...."

Comme il serc'i constaté, eti'.

C'est la vérité que le P. Jogues appela un des sauvages préposés à la garde des prisonniers et lui dit : " Apprends que je suis un de leurs compagnons de voyage, il est juste que je le sois de leur captivité ; tu peux te saisir de moi, c'est de bon cœur que je demande à être associé à leur sort." L'iroquois, étonné d'une telle demande et craignant une ruse, n'osait a])procher. Rassuré par les gestes du P. Jogues, il avança et s'empara de lui...

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que le P. Jogues raconta ainsi plus tard sa capture: "Il (l'iroquois) me saisit par le bras, me mit au nombre de ceux que le monde nomme malheureux. J'embrassai tendrement le jeune René, en lui disant : O mon frère, les desseins de Dieu sur nous sont mystérieux, ma /s il est le Maître. Il a fait ce quil a jugé le meilleur ; il a accompli sa volonté; que son saint nom soit béni à jamais.. .^^

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité cjue René Goupil, voyant le P. Jogues, se jeta à ses ])ieds, se confessa et offrit son sacrifice à Dieu..

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que le P. Jogues, profitant d'un reste de lil)erté, acheva de disposer les catéchumènes et leur donna le baptême. Il administra aux autres chrétiens les sacrements. Les transports de charité du P. Jogues furent mal interprétés par les Iroquois qui, exaspérés, le rouèrent de coups et le firent tomber à demi mort. Il reprenait haleine, lorsque deux jeunes Iroquois s'approchèrent de lui comme deux bêtes fauves, arrachèrent ses ongles avec leurs dents et lui mâchèrent l'extrémité des deux index jusqu'à ce qu'ils en eussent tiré les os...

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que les sauvages se jetèrent aussi sur René Goupil et le frappèrent avec la plus grande cruauté...

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité (|ue les deux serviteurs de Dieu furent conduits aux villages Iroquois. Pendant la marche, ils passaient des jours entiers sans nourriture et les nuits sans sommeil ; la chaleur, les ])laies purulentes rongées déjà par les vers et laissées à découvert, les cruelles piqûres d'une nuéede maringouins rendaient leur position horrible; enfin, ils devaient endurer les cruautés de leurs geôliers, des jeunes gens surtout, (pii se glissaient souvent près d'eux et s'amusaient à irriter et à envenimer

les plaies des doigts ou des parties les plus sensibles du corps, en v enfonçant leurs ongles ou en les ])iquant avec des alênes....

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que le plus tourmenté fut le P. Jogues, auquel les sauvages se plaisaient à arracher la barbe et les cheveux. Le serviteur de Dieu souffrait encore plus cruellement, à la pensée du sort réservé aux autres prisonniers, parmi lesquels se trouvaient les principaux soutiens de l'Eglise naissante des Hurons. Cette pensée fit sur lui une telle impression qu'il ne put retenir ses larmes..

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que le P. fogues et René Goupil durent souffrir de nouveaux tourments de la part d'une troupe de sauvages qu'ils rencontrèrent dans une île, le neuvième jour du voyage. On les fit débarquer et passer entre une double haie de bourreaux. Le P. Jogues fut placé le dernie'r, pour que sa marche plus lente et son isolement permissent de le frapper plus à loisir. Les deux serviteurs de Dieu furent ainsi conduits jusqu'au théâtre du supplice, dépouillés de leurs vêtements...

C'est la vérité que le P. Jogues a raconté lui-mêmeau P. Buteux l'horrible scène du supplice dans les termes.

suivants : -'Ils nous accablèrent de tant de coups que je

tombai à terre sous leur nombre et leur cruauté Je

crus que j'allais mourir Une cruelle compassion les fit

s'arrêter, afin de pouvoir m'amener vivant dans leur pa^'S. Ils me portèrent sur le théâtre, à moitié mort et tout ensanglanté.... Ils me brûlèrent un doigt et en liroy-

èrent un autre avec les dents un de ces sauvages,

insatiable de sang et de cruauté, vint à moi et me

saisissant le nez d'une main, il se prépara à le couj)er avec un grand couteau qu'il avait dans l'autre." Le serviteur de Dieu attend immobile le coup, se contentant de pousser intérieurement un cri vers le ciel : " Seigneur, prenez non seulement le nez, mais la tête." Mais une force secrète retient le sauvage et lui fait lâcher prise. Il revint, mais il se sentit repoussé de nouveau.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité c(ue le convoi de sauvages et de prisonniers rei)rit sa route: il rencontra encore d'autres Iroquois, auxtjuels le V. jogues et René Goupil durent payer toujours le tribut de leur sang. Pendant cette marche interminable, ils eurent à souffrir tl'une chaleur excessive et de la privation com])lète de nourriture, et furentréduits à (juelqucs fruits sauvages cueillis dans les bois; on leur Ht aussi porter une grande partie des bagages.

C'est la vérité qu'une fois, à l'entrée de la nuit, le P. Jogues étant en arrière, seul avec René Goupil, à une assez grande distance des sauvages, lui conseilla de se cacher dans le bois et de se soustraire à ses bourreaux ; mais Goupil lui répondit: "Et vous, mon Père, queferez-vous? Pour moi. lui répondit le missionnaire, je ne le puis, je souft'rirai tout plutôt que d'abandonner, à l'approche de la mort, ceux que je puis au moinsconsoler et nourrir du sang de mon Sauveur par les sacrements de l'Eglise. Laissez-moi donc alors mourir avec vous, mon Père ! repartit le pieux René, car je ne puis non plus me séparer de vous."

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité qu'un jeune sauvage, voyant les S.d. D. avancer si lentement, leur ordonna d'ôter leurs culottes, sous le prétexte qu'ils gênaient leur marche. Il fallut continuer le voyage en chemise, avec un mauvais caleçon.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité qu'après treize jours de marche, la veille de l'Assomption de la sainte Vierge, le P. Jogues et René Goupil arrivèrent au premier village, nommé Ossernenon. Toute la population était armée de bâtons et de baguettes de fer pour recevoir les prisonniers. Ils

furcnt accueillis par une «ïrêle de coups. Les chairs du P. Jogues furent tailladées et déchiquetées jusqu'aux os avec les ongles. En se rendant à l'échafaudje P. Jogues fut renversé par une boule de fer attachée au bout d'une corde c[ui le frappa au milieu des reins. Une femme chrétienne captive des Iroquois fut contrainte par un magicien du pavs à couper le ])ouce gauche du P. jogues. René Goupil eut le pouce droit cou])é avec une écaille d'huître. Les deux S. d. D. ne poussèrent pas un soupir; ils s'offrirent de grand cœur à la bonté paternelle de Dieu, comme des victimes immolées à son bon plaisir ; comme raconta plus tard le P. Jogues. Ce S. d. D., lors- (ju'il eut le pouce coupé, le ramassa et le présenta au Dieu vivant et véritable, en mémoire des sacrifices que depuis sept ans il avait offerts sur l'autel et comme une expiation du trop peu d'amour et de respect cpi'il disait avoir eu en touchant le très saint Corps. Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité (|ue les deux S. d. D. furent conduits dans deux autres villages, l'un nommé Andagaron. l'autre Tionnontoguen. Pendant la' marche et sur les deux théâtres, ils subirent de nouveau, (rh()rrii)les supplices. Au village de Tionnontoguen, le P. Jogues rencontra (|uatre nouveaux prisonniers luirons (|ui étaient destinés à la mort. Ils étaient païens. I^ S. d. I). s'apj)rocha d'eux, les disposa A entendre la bonne i)arole (|u'ils ne refusèrent ])as. touchés par la

charité de cet homme qui oubliait ses propres souffrances pour s'occuper des leurs. Le vS. d. D. en baptisa deux, les deux autres le furent plus tard. Pendant le supplice, les Iroquois ordonnèrent au S. d. D. de chanter, comme c'est l'usage desjirisonniers ; ils se mirent à chu nter les cantiques rlu Seigneur sur une terre étrangère. (Ps. cxxxvi. 4-)....

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que dans un premier conseil des guerriers, les deux S. d. D. furent condamnés à périr par le feu. Le P. Jogues plein de résignation à la volonté de Dieu et d'espérance d'une vie meilleure et exempte de péché, ])arla pour la dernière fois à ses compagnons, et les exhorta à persévérer jusqu'à la fin, en se rappelant au milieu des douleurs de l'âme et du corps, celui qui a été en butte à une si grande contradiction de la part des pécheurs armés contre lui, aûn qu'ils ne perdent pas courage et qu'ils ne se laissent pas aller à rabattement. Mais la première sentence fut révoquée par rapport au P. Jogues et à René Goupil qui restèrent en qualité d'esclaves dans le village d'Ossernenon...

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que les deux S. d. D., après tant de souffrances, tombèrent dans un état d'épuisement complet, ils pouvaient à peine se tenir debout et se traîner

péniblement. Leurs mains n'étant (lu'une plaie, ils ne pouvaient s'en servir, et il fallait les nourrir comme des enfants. Ils n'avaient pour manger qu'un peu de farine de maïs, et parfois et peu de citrouille à demi cuite ; pour lit une écorce, pour couverture une mauvaise ])eau de cerf remplie de toute sorte de vermine. Leurs blessures restées sans pansement et à l'air étaient irritées ])ar les piqûres des insectes. Quelques fenmies prirent en pitié les S. d. D. et pansèrent leurs blessures et arrêtèrent l'inflammation avec de l'eau fraîche. René Goupil qui, par suite des coups reçus, souftrait de violentes douleurs de tête et dépérissait à vue d'œil, fut rendu à la santé par une nourriture un peu plus substantielle. Les deux S. d. D. supportèrent ces nouvelles soufi'rances avec une patience et une résignation inaltérables. Enfin, le meutre de René Goupil couronna ses souff'rances ; mais le P. Jogues eut à endurer longtemps encore les mauvais traitements des Iroquois...

C'est la vérité cjue. a])rès le meutre d-j René G()uj)il, le P. logues fut renvové à la famille à qui il ajjpartenait. Son maître lui donna (pichpie témoignage d'intérêt et lui conseilla de ne plus sortir de la bourgade sans être accompagné de quehju'un de la famille, parcecpie de jeunes sauvages avaient formé le projet «le l'assommer. IvC S. d. I). reçut d'autres avertissements du danger (ju'il courait, l'n sauvage vint lui demander les souliers (|u'il avait, ajoutant i|ue l)ientôt il n'en aurait plus

besoin. Le père lui donna sa chaussure en souriant. I^es deux premiers mois de sa captivité se passèrent dans des dangers de mort continuels. Durant l'hiver, à l'époque de la chasse aux cerfs, il partit avec une famille à laquelle il avait été attaché comme domestique. Il dut faire cent vingt kilomètres à pied, tout en étant très mal habillé et très mal chaussé...

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité qu'aux souffrances extérieures vinrent se joindre bientôt des angoisses intérieures bien plus sensibles pour le S. d. D. Il pensait à la mort glorieuse de René Goupil et il lui semblait être rejeté par le Seigneur, privé des sacrements et sans autre bonne œuvre pour obtenir miséricorde. Mais il trouva sa consolation dans les saintes Écritun.'S qui lui aprenaient à voir Dieu en sa bonté Qt à se rappeler que quoique privé des consolations de la piété, le juste vit de la foi...

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que le S. d. D., entre les pénibles occupations de sa vie d'esclave, poursuivait son rôle de missionnaire. Il s'appliqua avec une très grande ardeur à l'étude de la langue des Iroquois. Comme sa cabane était le lieu de rendez-vous où se traitaient les affaires publiques, il trouvait l'occasion de parler de la foi et de la doctrine de l'Evangile à tous les anciens du pays. On l'accablait de questions sur le soleil, la lune, l'étendue de la terre, la grandeur de l'océan. Ses explications

excitaient étrangement leur admiration. C'est ainsi que le S. d, U. élevait par degrés ces sauvages à la connaissance du Créateur et battait en brèche leurs absurdes traditions et leurs pratiques superstitieuses et idolâtres. Ses enseignements portaient la conviction dans les esprits, mais la foi trouvait des obstacles presque insunnontables dans les chaînes puissantes des passions. Toutefois, l'œuvre du S. d. D. ne fut sans fruit et Dieu lui donna la consolation de régénérer dans l'eau du baptême non seulement des enfants et des mourants mais encore des adultes. Le S. d. D. n'oubliait pas les Hurons chrétiens captifs et il allait souvent les trouver pour les consoler et les soutenir par de pieux conseils et par l'administration du sacrement de ])énitence... Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que la mère de son hôte conseilla plusieurs fois au S. d. D. de s'évader, mais le P. Jogues, mettant les intérêts de la religion au-dessus de ses propres intérêts, écrivit une lettre au Gouverneur du Canada pour lui faire connaître les i)rojets des Iroquois, il ajoutait: "Ne tenez, je vous ])rie, aucun compte de ma personne, et (ju'aucune considération avant ra])p()rt à moi ne vous empêche de prendre toutes les mesures qui vous paraîtront ])lus propres à procurer la plus grande gloire de Dieu." Ce fut seulement ])lus tard que le S. d. D. mit à profit les moyens de se sauver que lui offrit un capitaine hollandais. Il prit cette décision après avoir passé

une nuit en prière, suppliant Notre-Seigneur qu'il lui donnât la lumière pour connaître sa sainte volonté. La haine que lui portaient les Iroquois l'empêchait de continuer son œuvre apostolique, et il pouv ait mieux procurer le salut des Français et des Hurons prisonniers par d'autres voies qu'en restant parmi eux. Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité qu'en attendant une occasion pour l'Europe, le missionnaire dut rester caché six semaines dans une cabane des Hollandais, toujours en péril d'être découvert et d'être massacré par les Iroquois. Enfin, il put s'embarquer pour Manhatte et de là partir pour la France, le 5 novembre.

Comme il sera constaté, etc. ,

C'est la vérité que, lorsque le P. Jogues put échapper de sa prison et se rendre à Manhatte, la population de cette ville, quoique protestante, fut dans l'admiration des vertus du S. d. D. A l'arrivée du P. Jogues en France, la reine Anne d'Autriche qui connaissait ses vertus et ses labeurs, dit hautement aux courtisans: "On fait tous les jours des romans qui ne sont que mensonges, en voici un qui est une vérité, et où le merveilleux se trouve joint à l'héroïsme le plus admirable." Elle voulut voir le missionnaire, et elle fut attendrie jusqu'aux larmes en apercevant les traces à peine cicatrisées de la cruauté des Iroquois.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que le S. cl. D. soupirait toujours après sa chère mission avec laquelle il avait contracté une alliance cimentée de son sang. 11 lui semblait que les bienfaits qu'il venait de recevoir de son Dieu lui imposaient l'obligation de compléter son sacrifice. Quelques mois seulement après son arrivée en France, il saisit une heureuse occasion pour repartir, avec la permission de ses supérieurs, et retourner en Canada. Il arriva à Québec vers la fin de juin et fut immédiatement envové à Ville-Marie.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que, cjuelque temps après, on proposa au P. Jogues d'accompagner un négociateur laïque pour hâter la paix avec les Inxjuois, mais surtout pour ])réparer les voies à l'Evangile. La lettre de son supérieur qui lui confiait cette mission le trouva en retraite. Le S. d. D. accepta immédiatement et écrivit une lettre au supérieur où il lui disait: " La pauvre nature qui s'est souvenue du passé a tremblé; mais le Seigneur y a mis et V mettra le calme encore davantage, (^ui, mon Père je veux tout ce que Xotre-Seigneurveut, au ])éril de mille vies. Oh! que j'aurais de regret de manquer une si bonne occasion ! " Le P. Jogues réussit dans ses négociations,. et n'oublia pas le vrai objet de ses désirs et le but secret de sa mission. Il adminisira les sacrements à plusieurs

— lischrétiens hurons et algonc|uins captifs et leur apprit à porter leur croix avec mérite. Il visita et soulagea les malades et baptisa plusieurs enfants moribonds. Puis, avec le commissaire laïque, il quitta le bourg de la Trinité et revint à Québec.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que le P. Jogues possédait au plus haut degré les qualités qui devaient caractériser les missionnaires des Hurons, selon le P. de Brébeûf: "Pour les convertir, il ne faut pas tant de science que de bonté et de vertu bien solide. Les quatre éléments d'tm homme apostolique en la Nouvelle-France sont l'affabilité, l'humilité, la patience et une charité généreuse. Il faut une grande magnanimité et condescendance pour attirer peu à peu les sauvages."

C'est la dévotion au très saint Sacrement qui était le puissant moyen que le Père emplovait pour alimenter sa foi ; c'était devant ce Dieu caché qu'fl aimait à faire ses exercices spirituels; ni la rigueur du froid, ni l'incommodité de la chaleur; ni l'importunité des insectes n'étaient capables de le détourner de ses pieuses pratiques. Il assistait à toutes les messes qui se disaient, voulant compenser le temps j^endant lequel il n'avait pu

offrir le divin sacrifice, et suppléer par anticipation à celui où il serait encore privé de ce bonheur. Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité qu'une foi liéroïcjue excitait le zèle du P. Jogues pour l'administration du baptême et des autres sacrements, même au temps de sa captivité, durant laquelle il baptisa 60 personnes. Pour le faire, il .dût quelquefois recourir à des stratagèmes périlleux.

Comrne il sera constaté, etc.

C'est la vérité que le S. d. D. dit de René Goupil, horriblement défiguré par le supplice et n'ayant pas la force de monter sur l'échafaud: " Dans cet état il était d'autant plus beau à nos yeux qu'il ressemblait à celui de qui il est écrit: " Putavimus eum quasi leprosum percussinn a Deo ; non est ei species ncqiw décor.''

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que, même durant son esclavage, le S. d. D. profitait comme toujours de ses instants de repos pour se retirer en f|ucl(|uc lieu solitaire afin de converser avec Dieu, comme il le dillui-mOnic : "J'évitais les lieux frécpientés et je cherchais la solitude, \:\. je conjurais le Seif^neur de ne pas re/iiser de j)nrler à son serviteur et de lui accoider la force dans les épreuves Je

recourais aux saintes Écritures, mon unique ressource dans les tribulations qui m'ont environné. Je les vénérais et je voulais mourir en m'en servant." Le S. d. D. raconte encore: "De tous les livres que nous portions auxHurons, je n'avais sauvé que l'épitre de S. Paul aux Hébreux. Je portais toujours ce livre sur moi, ainsi

qu'uneimage de S. Bruno à laquelle étaient attachées

des indulgences, et enfin une petite croix de bois que j'avais faite comme j'avais pu." Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que le S. d. D. exprimait cette volonté que "partout oii je recevrais la mort, toujours si présente à mes regards, elle me trouvât prêt, appuyé sur l'Ecriture sainte, qui avait toujours été ma grande consolation, muni de grâces et des indulgences de la très sainte Eglise, ma mère, que j'avais toujours aimée, mais alors plus que jamais, et enfin armé de la croix de mon Sauveur."

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que le S. d. D. voyait avec la plus grande peine les sauvages employer les ornements sacrés à des usages profanes.

C'est la vérité que la vie de René Goupil fut une vie toute de foi. Il avait une très grande dévotion envers la très sainte Trinité, la divine Incarnation et le

— nôtres saint Sacrement. Il honorait aussi d'une manière particulière la sainte Vierge et aimait à réciter le chapelet.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que René Goupil désira beaucoup servir Dieu dans la Compagnie de Jésus ; que ses indispositions corporelles l'ayant privé du bonheur d'entrer dans cette sainte religion, il alla servir la Comp^ignie au Canada pour partager avec les missionnaires les fatigues et les périls de leur apostolat. Pendant sa captivité, il dit un jour au P. Jogues: "Mon père, Dieu m'a toujours donné de grands désirs de me consacrer à son service par lesv(eux de religion en sa sainte Comj^agnie. Mes péchés m'ont rendu indigne de cette grâce jusqu'à cette heure. J'espère néanmoins que Notre-Seigneur aura pour agréable l'offrande que je veux lui faire maintenant, et faire en la façon la meilleure (|ue je pourrai, les vœux de la Compagnie en la présence de mon Dieu et devant vous." Le P. Jogues le lui accorda, et il les fît avec beaucoup de dévotion.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que, (|U.in(l René (îoupil tut j)ns par les Iro(|u<»is, il dit .ni I'. Jogues: "Mdu PCmc, Dieu soii béni! Il l'a permis, il l'a voulu; sa sainte volonté soit faite!" Dans la maivlie (pi'il fit avec les Ircxpiois, il était

toujours occupé de Dieu. Les paroles et les discours qu'il tenait avec le P. Jogues étaient tous de soumission aux ordres de la Providence et d'acceptation volontaire de la mort que Dieu lui laisserait subir.

C'est la vérité que le P. Jogues avec une espérance

héroïque écrivait : " au milieu de tous ces maux nous

triomphons, et avec la grâce de Dieu nous triompherons par la force de celui qui nous a aimés. ( Rom. VIII. 37 ) et dans l'attente de celui c|ui doit venir et qui ne tardera pas ( Hébr. X. 37) jusqu'à ce qu'arrive mon heure comme celle du mercenaire (Job. VII. ) ou c[ue mon changement s'accomplisse. (Job. XIV. II. ) "

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que le P. Jogues, sur le lieu du supplice comme pendant le voyage, exhorta ses compagnons à supporter leurs tourments avec résignation et confiance,

leur disant: "Vous serez affligés et vous pleurei'ez

Mais votre tristesse se changera en joie croyez fermement qu'après ces quelques jours de souffrances, vous goûterez une joie éternelle. Demain nous serons réunis dans le sein de Dieu pour régner éternellement."

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que de la foi si pure de René (toupil jaillissait une héroïque espérance en Dieu, que rien ne

put ébranler et Cjui le soutint clans ses souffrances et clans les su]:)plices. Plus étaient grands ses tourments et plus il se jetait avec un partait al)an(lon entre les bras de la divine Providence. Connaissant les mauvais desseins des sauvages à son égard, il conserva une paix et une sérénitéhéroïque, attendant, plein de joie, le moment où il serait réuni à son Dieu.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que le P. Jogues, dès son plus jeune âge et spécialement après son admission dans la Compagnie, n'avait pas d'autre but que de perdre son âme en Dieu. A l'occasion de la ])reiTiière messe qvi'il dit au Canada, il écrivit à sa mère: "Je ne sais ce quec'estque d'entrer en paradis, inais je sais bien (|u'cn ce monde il est malaisé de trouver une joie plus excessive et surabondante que celle que j'ai sentie en entrant en la Nouvelle- France et en v disant la première messe, le jour delà Visitation. Je vous assure cjue ce tut bien vraiment le jour de la Visitation "

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que lors(|ue les Irorpiois se rendaient à lâchasse, la solitude dans la(|uellc ils laissaient le P. Jogues, le rend.'iit trop heureux, car il en profitait pour vivre en une |>hisgran(le union avec Dieu. Il s'étaitconstruit un petit oratoire dans la lorét et il v restait des

heures entières, à genoux, sur la neige, au pied d'une grande croix cju'il avait taillée dans l'écorce d'un arbre. "Là, dit-il, je pouvais plus à loisir repasser dans ma mémoire toutes les circonstances de la Passion de X.-S. et sécher de douleur à ce souvenir." Comme il sera constaté, etc.

GG

C'est la vérité que. retourné en France horriblement mutilé ])ar le supplice, le S. d. D. profita de la ])remière occasion pour demander à ses supérieurs de s'en retourner au Canada. Sur le point de partir pour sa mission chez les Iroquois, il écrivit: "Quand commencerai-je à me donner totalement à celui qui s'est donné à moi sans réserve ?... Il prendra soin de me rendre meilleur, me fournissant encore de nouvelles occasions de mourir à moi-même et de m 'unir inséparablement à lui. "

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité cjue la charité de René Goupil éclata dans un désir ardent et continuel de plaire à Dieu en tout et partout. Il s'est donné à lui en holocauste pour être réduit en cendres par les feux des Iroquois que la main de ce bon Père allumera. Un peu avant sa mort, le S.d.D. s'était offert avec le P. Jogues à Notre-Seigneur, le suppliant de recevoir sa vie et son sang pour le salut de ces pauvres peuples.

Comme il sera constaté, etc.

C'est Ici vérité que le V. Jo<yues eut toujours le plus grand respect pour sa mère et chercha par tous les moyens de la consoler du chagrin (pie leur séparation lui occasionnait. Dans un voyage vers un village irocjuois, le S. d. D. vit une pauvre femme chargée d'un lourd fardeau et en même temps d'un petit enfant, tomber dans un torrent. Sans penser au péril (|u'il courait, il s'y jeta et réussit, non sans peine, à les sauver. 11 eut la douce récom])ense de ba])tiser l'enfant.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que le S. d. L). ne put retenir ses larmes en assistant au supplice de Bernard Atisronhout Celui-ci dit cà ses bourreaux: "Ce n'est pas le mo.ncpie de courage qui fait couler ses larmes, c'est son amour et son affection pour moi. Dans ses propres douleurs vous ne l'avez pas vu pleurer." T^ missionnaire lui répondit: "Tes souffrances me sont ])lus sensibles (pic les miennes; et malgré mes l)lessures, mon corps (.-st moins affligé (|ue mon c(L'ur. Courage, mon i)auvre irérc,etc.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité (pie le S. d. I>. écrivant à un Jésuite résidant en l'rance, disait de ce i)eu|)le : " sfK>nsuss.'in^''iilnum est ; hiiiic iiiilil dcsjxnuli sniiL^iimc iiica" ( I-'xod I\'. LT))...

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité qu'au milieu des souffrances et des raffinements de cruauté de ses bourreaux le P. Jogues n'eut pas la moindre aversion pour eux ; au contraire, il éprouvait pour les Iroquois des sentiments de tendresse et de compassion, il désirait leur salut et sans cesse il priait pour eux. Il regardait les excès de cruauté de ce peuple comme une mère regarde son entant atteint de frénésie. On peut dire du S. d. D. que sa charité envers le prochain n'eut d'égal que son amour héroïcjue pour Dieu...

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que René Goupil fut toujours dans ses paroles et dans sa conduite im modèle admirable de charité envers le prochain. Le supérieur de la mission à Québec, lui ayant donné le soin de panser les malades et les blessés de l'hôpital, il le fit avec autant d'adresse que d'affection et d'amour, regardant continuellement Notre-Seigneur en leur personne. Le P. Jogues raconta du S.d.D. que dans sa captivité, tout blessé qu'il était, il soignait les " autres blessés, tant les ennemis, qui dans la mêlée avaient reçu C|uelque coup, que les prisonniers eux-mêmes. Il ouvrit la veine à un Iroquois makide, et tout cela avec autant de charité que s'il l'eut fait à des personnes fort amies."

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que le P. Jogues fit usage d'une prudence héroï(|ue pour entretenir des relations avec les Hurons et gagner leur confiance. De cette façon, il lui fut possible d'instruire un très grand nombre de sauvages dans la foi chrétienne et de les régénérer dans le baptême. Chargé de diverses missions difficiles, le S. d. D. montra toujours une extrême prudence, s'adaptant admirablement aux mœurs des indigènes; c'est ce qui engagea le gouverneur Montmagny à le choisir ponr traiter de la ])aix avec les Iroquois...

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que la seule crainte (pic sa mort ne compromit les intérêts de la propagation de la foi, le décida à s'évader; mais (pi'en s'éloigiiant pt)ur le moment des Iroquois. il espérait pouvoir retourner chez ce peuple pour pouvoir continuer son œuvre...

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité (pic René (louj)!! se distingua par une rare prudence en dirigeant toute sa vie vers le salut éternel et en cherchant le salut des âmes.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité (pie le I*. jogues et René (îoiipil rem])lirent toujours trcsexactenient leurs devoirs envers

Dieu et envers le prochain. Ils furent d'une fidélité admirable à rendre à leur Créateur les devoirs les plus assidus d'adoration, de reconnaissance et de prière. Ils déplovèrent un zèle héroïque pour ré])andre la connaissance du saint nom de Dieu, et pour travailler au salut des âmes. Même pendant leur captivité et leur esclavage, ils remplirent fidèlement tous leurs devoirs envers leurs maîtres.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que la vie du P. Isaac Jogues et de René Goupil fut un exercice continuel de tempérance et de mortification. Ils tenaient la partie sensible et inférieure de leur être constamment assujettie à la partie supérieure ; ils préféraient la pratique constante du renoncement et de la mortification à toutes les jouissances de la vie.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que, pendant sa captivité, le P. Jogues fut réduit à mendier des hardes, n'ayant plus de cpioi se couvrir. Cette humiliation qui le faisait resseml)ler de plus en plus à son maître, le comblait de joie. Il souffrait eu silence et sans se plaindre. Il fut confié à un Hollandais très avare, cpii ne lui portait de l'eau (|ue tous les (piinze jours dans un ba({uet servant à faire la lessive; ce breuvage dégoûtant et le manque de nourriture eau-

saient au S. d. I). de violentes douleurs d'estomac. Toutefois, jamais il ne s'en est plaint. Pour comble de malheur, la gangrène, à cause d'un remède mal appliqué, se mit dans une plaie qu'il avait à la jambe. Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que le S. d. D., (|uand il tomba malade, ne pouvait soufifrir les ménagements et les attentions particulières que semblait réclamer sa faiblesse : "Je ne manque de rien, disait-il, je ne veux pas que, lorsque je retournerai parmi les Iroquois, ma misérable nature tourne la tête vers ces maisons où elle aura trouvé ses aises. Je n'ai besoin (|ue des choses absolument nécessaires. "

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que les longues souffrances et les privations c[ue le P. Jogues et René Goupil endurèrent, les difficultés cju'ils surmontèrent, les supplices et la mort qu'ils souffrirent, démontrent admirablement l'héroïsme de leur force. . .

Comme il sera constaté, etc.

C'est la véritécpie le P. Isaac Jogues, humble et résigné comme il l'était lorscpi'il ne s'agissait que de sa personne, devenait fier et énergiipic ponr la déiense de

riionneur de Dieu et de la religion. Un sauvage l'ayant averti que le signe de la croix qu'il aimait à faire avant les repas pouvait lui être funeste, il répondit: ''N'importe, je ne cesserai pas de le faire puisque l'Auteur de la vie l'approuve. Advienne que pourra, je suis prêt à mourir." La sainte hardiesse avec laquelle il s'élevait contre des désordres qu'il espérait corriger, excitait l'étonnement des plus sensés, qui lui disaient : ' ' Tu parles trop hardiment, tu te feras tuer. Si, ici oii tu es captif et seul de ton parti, tu rjous tiens tête, que ferais-tu si tu étais libre et parmi les tiens ? "

C'est la vérité qu'un historien protestant a écrit ce qui suit du S. d. D. : "Un mot qui blessait sa foi le changeait d'agneau en lion, et ses lèvres qui paraissaient si timides, savaient prendre alors le ton de la menace et du reproche."

Comme il sera constaté, etc.

C'fst la vérité que le P. Jogues, dès son noviciat, eut toujours le plus grand respect pour les règles de la Compagnie ; pendant sa captivité, il tâchait de son mieux de suivre tous les exercices de piété de la vie de communauté et quand c'était répo([ue où selon l'usage on faisait la retraite annuelle, il consacrait un certain nombre de jours à ces saints exercices.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que, bien cjue René Goupil n'eut ])rononcé les vœux de la Compagnie de Jésus que quelques jours avant son dernier supplice, toutefois il en suivait fidèlement les règles dès son arrivée en la Nouvelle- France, quand il alla se mettre spontanément au service de la Compagnie.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la véritéque le P. Jogues, naturellement timide et craintif, devenait intrépide quand il exécutait la volonté de ses supérieurs. Lorsqu'il avait entendu ce mot " Allez" il ne connaissait ])lus d'obstacle, il n'a])ercevait plus le danger. Il exécutait la volonté de ses chefs comme la volonté de Dieu. Non seulement il obéissait à ses supérieurs, mais aussi, dans les choses licites, au dernier des sauvages. Ceux-ci lui disaient: " Tu es un enfant obéissant quand on te commande ce cjui est raisonnable." Une fois, pendant sa captivité, le S. d. D' rencontra deux jeunes sauvages qui le pressèrent de les accompagner à un village voisin. "Je ne m'appartiens ])as, dit-il, demandez à mon maître, et s'il y consent, je suis prêt îi vous suivre." Cet esprit d'obéissance le sauva, car son maître, pénétrant le sinistre ])rojet des deux jeunes gens, refusa obstinément de le laisser partir.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que René Goupil possédait à un si "haut degré la vertu de l'obéissance qu'il exécutait volontiers les commandements même des Iroquois. Une fois, il se trouvait en canot avec les sauvages, qui lui dirent de prendre un aviron et de nager. Le S. d. D., tout blessé qu'il était, n'hésita pas un instant à obéir.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que le P. Jogues et René Goupil étaient très contents de l'extrême pauvreté dans laquelle ils vivaient au Canada, parcequ'ils pouvaient imiter leur divin Maître. Ils mangeaient par terre et buvaient dans des écorces d'arbre ; ils dormaient sur une écorce sur laquelle on mettait une couverture ; quelquefois surpris dans leur voyage par la nuit, ils se couchaient sur la neige. Ils souffraient volontiers le froid, la faim, pour gagner à Dieu ces peuples sauvages.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que le P. Jogues brilla par sa chasteté angélique, qui excita l'admiration des sauvages euxmêmes. Le traitement rigoureux f|u'il imposait à son corps prouve bien qu'il ne l'a jamais regardé que comme un esclave, dont on a toujours à craindre la révolte. L'état de nudité presque complète où on le laissa pendant une partie de sa captivité, fut pour son cœur une

croix plus douloureuse que toutes les autres souffrances. Le S, d. D. réprimanda une fois avec beaucoup de force un Hollandais protestant qui, entrant dans sa cabane, avait proféré des paroles indécentes à son adresse et parlé avec ironie de sa pudeur.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que René Goupil conserva avec la plus grande circonspection sa chasteté, imposant à son corps des privations et des souffrances pour l'assujettir et le soumettre.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que le P. Jogues cultiva à un haut desrré la vertu d'humilité. Le P. Butcux, dans ses notes sur les vertus du S. d. D., dit ce qui suit: " La solitude où nous étions et les entretiens que j'ai eus avec lui, m'ont fait admirer sa vertu et découvrir beaucoup de choses que son Ininiilité n'avait jamais manifestées, et néanmoins je n'aurais pas encore su tout ce fjiie je dirai, si je ne me fusse servi du i)()uv()ir (|ue l'obéissance me donnait sur celui qui m'était cependant supérieur en tout et pour tout. L'humiUté est une des vertus (juc

j'ai leplus admiréesen lui A l'entendre, la Compagnie

de IC-i^us n'avait jamais eu un membre moins eai)al)le ([ue lui de servir Dieu, ni de ecL-ur aussi infidèle et aussi ingrat A sa grâce. Il se trouvait indigne de l'habit cpi'ii

portait il gémissait du peu de profit qu'il avait retiré

de la faveur de Dieu Il m'interrogeait comme aurait

fait un novice sur la manière de faire son oraison et son action de grâces après la sainte messe.... il avait un sentiment si bas de lui-même qu'il lui semblait qu'il ne pouvait en parler qu'avec dédain." Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité qu'au retour du S. d. D. en France, la Reine dut renouveler deux fois son invitation avant qu'il se décidât à paraître devant elle. Il ne pouvait se persuader qu'elle en eut véritablement le désir. Il paraissait affligé et honteux lorsqu'on lui témoignait quelque estime pour avoir tant souffert pour Jésus-Christ, et lorsqu'on lui demandait à voir ses mains mutilées.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité qu'après la mort de R. Goupil, le S. d. D. écrivait: "Je pensais à moucher compagnon, dont

le sang m'avait couvert, il y avait peu de temps Alors

me revenait le souvenir de ma vie passée, souillée de tant de fautes. Je gémissais de me voir mourir au milieu de ma course comme rejeté par le Seigneur sans aucune bonne œuvre ])our obtenir miséricorde de monjuge." Et il disait à son Dieu: "Quand jetterez-vous les yeux sur ma détresse et ma tribulation ? '^

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que R. Goupil pratiqua dansundef]^ré héroïque la vertu d'humilité, qui éclata davantage lorsqu'il fut fait ])nsonnier des Irocjuois et])endantsaca])tivité. Son compagnon, le P. Jogues a laissé de lui ce témoignage : "Son humilité et son obéissance à ceux qui l'avaient pris, me confondaient. "René Goupil attribuait à ses péchés le refus qu'on dut lui faire, à cause de ses indispositions corporelles, d'entrer dans la Compagnie, et quand il fut chargé des ])lus vils offices de la maison par le supérieur de la mission, à Québec, il fit l'édification de tous par sa très grande humilité...

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que le P. I. Jogues fut enrichi de grâces spéciales par la bonté divine, telles tjue le don d'oraison et le don d'émouvoir irrésistiblement les cœurs des sauvages, spécialement des Hurons dont il convertit beaucoup à la foi chrétienne. Mais le S.d.D., dans les épi'euves plus difficiles de sa vie a])()st()li(pie, reçut encore plusieurs faveurs célestes (ju'il ne se résigna à mettre par écrit (pic sur l'avis de son confesseur ou pourol)éirà scssujJL'ricurs. Au sujet d'une de ses visions, le S. d. D. raconte (|ue le lô mars 1G37, pendant cpie dans l'après-dîner il étudiait avec le P. Chastclain, il se trouva accablé de sommeil. IvC P. Chastclain lui conseill.n de se retirer dans la chapelle et de rcjjoscr un peu devant le saint Sacrement, ajoutant (prii avait l'habitude d'agii' anisi et toujours

avec profit pour la piété. Le S. d. D. par humilité n'alla pas à la chapelle mais dans un bois qui lui était voisin. Il s'endormit et il crut alors qu'il chantait les psaumes avec le P. Pijart et les domestiques. Le P. Pijart commença: "ler^a meaaurihus percipe. Domine.^' Ce verset terminé, écrit le P. Jogues, il me semblait que je n'étais plus dans notre cabane mais dans un lieu que je ne connaissais pas, quand tout à coup j'entendis chanter les versets (j'ai oublié lesquels) qui ont trait à la félicité des saints et aux délices dont ils jouissent dans le rovaume descieux. Le chant était si beau et la mélodie des voix et des instruments si harmonieuse, que ]e ne me rappelle pas avoir entendu rien de semblable, et même il me semble que tous les concerts, même les plus parfaits, ne sont rien en comparaison. Mettre en parallèle cette harmonie avec celle de la terre serait lui faire injure. Cependant ce concert si admirable des anges fit naître en moi un amour de Dieu si grand, si ardent, si embrasé, que ne pouvant plus supporter une telle surabondance de suavité, tout mon pauvre cœur semblait se fondre et se répandre sous le poids de cette inexplicable richesse du divin amour. J'éj^rouvai ce sentiment surtout quand ils chantèrent ce verset que j'ai bien retenu: " Introibimus in tahernaculum ejus, adorahimus in loco ubi steteruntpedes ejus. " Le S. d. D. ajoute : " Le fruit que j'en ai retiré c'est, il me semble, de me sentir plus porté par amour pour Notre-Seigneur, à soupirer après la céleste patrie et les joies éternelles."

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que dans une autre vision, le S. d. D. vit un ruban flottant avec ces paroles : " Lnudcnt nonicn e/us," et puis, entré dans une espèce de chambre dorée, il y trouva un vénérable vieillard qui prit une verge et le frappa rudement et longtemps sur les épaules, sur le cou et sur la tête, lui causant de très vives douleurs. Le S. d. D. supportait tous ces coups avec résignation et humilité. Alors le juge comme frappé d'admiration pour sa patience, rejeta sa verge et l'embrassa avec ime grande tendresse.

Ma douleur fut calmée, ajoute le P. Jogues, et je me sentis rempli d'une tendresse ineffable et toute divine. Dans l'ivresse de cette joie céleste, je baisai la main qm m'avait frap])é et dans une espèce de ravissement, je m'écriai : " Virga tiin, Domine, mi rex, et hacuhis tuus ipsa meconsolata sunt/' Le S. d. D.. à son réveil, attribua à Dieu ceschosesextraordinaires à cause de l'enchaînement qu'elles avaient entre elles, de l'anlent amour dont il sentit son cœur embrassé cjuand le juge l'embrassa et (|u'il s'écriait:" \ irsi^a tu/i'\ et enfin pour la douceconsolation que lui donnait ce souvenir.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité (|u'une autrefois, le T. jogues. j>en(lant S(jn sommeil, se crut transporté dans sa ville natale, au cloître de Sainte-Croi.x. Il demanda un livreédifiant,et on lui donna la " \"ic des hommes illustres." .\ peineeut-il

ce livre entre les mains qu'il entendit une voix lui dire distinctement : " Ce livre contient la vie des hommes illustres ])ar leur piété, et forts à la guerre." Il se sentit pénétré de cette pensée que ce n'est que par beaucoup de tribulations que nous devons entrer dans le royaume des cieux. En sortant, il crut voir le magasin rempli de croix et il se proposa d'y revenir pour en acheter un grand nombre et de différentes espèces. Un jiutre jour, comme il était accablé sous les angoisses de son âme, il entendit dans le sommeil une voix qui lui recommandait de ne voir en Dieu que sa bonté et de se jeter à l'aveugle dans son sein." Le S. d. D. eut encore une révélation de ce qui allait lui arriver. Étant prosterné la face contre terre devant le très saint Sacrement et demandant avec instance à Notre-Seigneur de boire le calice de ses souffrances, il entendit ces paroles : " Ta prière a été exaucée tes vœux seront accomplis ; arme-toi de force et de courage." Ces paroles restèrent gravées dans sa inémoire, elles lui furent toujours présentes au milieu de ses tourments et le soutinrent.

Comme il sera constaté, etc.

DE MARTYRIO

ET

DE CAUSA MARTYRIl

SERVORUn DEI

Isaac Jogues S. J., Renati Goupil et Johannis de La Lande

C'est la vérité qu'un jour que le P.Jogues et René Goupil étant sortis hors du village pour prier ])lus à leur aise, deux jeunes gens les invitèrent à rentrer dans leur maison. Le P. Jogues eut quelque ])ressentiment du mauvais projet des deux sauvages et dit à son compagnon : " Mon très cher frère, recommandons-nous à Xotre-Seisfneur et à notre bonne Mère, la très sainte Vierge, ces jeunes gens ont quekjue mauvais dessein, comme je pense." Ils se dirigèrent vers le bourg, récitant le chapelet dont ils avaient déjà dit (piatre dizaines.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité (|ue les deux serviteurs s'étant arrêtés vers la porte du bourg pour savoir ce (pi'on voulait leur dire, un des sauvages tira sa haclKMpi'il tcnaitcachce sous sa couverture et en donna un coup sur la tête de

— ISS- René Goupil, (jui tomba raide la face contre terre en prononçant le nom de Jésus.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que le P. Jogues alla à la recherche du cadavre de René Goupil, le lendemain de sa mort, et le trouva dans un torrent où les jeunes sauvages l'avaient traîné avec une corde au cou. Les chiens avaient mangé une partie des chairs. Le P. Jogues le déposa au fond du torrent sous un grand amas de grosses ]3ierres. Deux jours après, il revint pour l'en retirer, mais le cadavre avait disparu. Mais au printemps suivant, a\'ant appris {jue la jeunesse l'avait traîné dans un petit bois, il y alla et trouva la tête et quekjues os du serviteur de Dieu, rongés à demi par les chiens et les corbeaux. Le P. Jogues enterra ces restes dans le dessein de les emporter ; ils se trouvent à présent

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité ([u'ajjrès avoir passé quelque temps à Montréal, exerçant son ministère auprès des sauvages, le P. Jogues fut envoyé de nouveau chez les Iroquois. Il partit le 27 septembre, accompagné dejean de La Lande et de quelques Hurons qui devaient prendre soin du canot et des bagages. Mais bientôt, eftVayés de la témérité de l'entreprise, et rebutés des périls et des difficultés du voyage, ces Hurons, à l'exception d'un seul, abandonnèrent en route le missionnaire. Celui-ci, au contraire,

avança plein de confiance, ne voyant que raccom])lissement de son devoir et de ses plus chers désirs. Le P. J o<j^ues et Jean de La Lande arrivèrent ainsi chez les Iroquois, chez lesquels ils ne trouvèrent pas des dispositions favorables, mais, au contraire, une fermentation très hostile et une violente animosité.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que (|uelf|ues mois avant l'arrivée du missionnaire et de son compagnon, les fléaux les plus redoutables avaient fondu sur le pays des Iroquois. Ce fut premièrement une maladie contagieuse (jui fit beaucoup de victimes, et, ensuite, l'apparition de certains petits vers qui détruisirent ])resque entièrement la récolte. Les Iroquois avaient attriljué ces fléaux aux pratiques religieuses du P.Jogues ([u'ils entachaient de maléfice, et à un petit coffre (|ue le S. d. D. avait laissé, lors de son dernier départ, chez son hôte et qui contenait ([ueUiues objets de ]iiété.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité (|u'avant son dernier départ, le S.d.D. avait ouveri sa inalle cl nionlré à la loulc tout cctju'clle renfermait, afin de dissiper leurs lâcheuses préventions. On avait paru d'abord le croire, mais les fléaux (|ui désolèrent le pays après le départ du missionnaire, firent renaître et croître les craintes des sauvages (pii voyjiientdans

ce coffre un charme secret, cause de la ruine et du malheur de tout le pays.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que les Iroquois, surexcités par ces fléaux, peu de temps avant l'arrivée du missionnaire, s'étaient emparés du coffre et l'avaient jeté dans la rivière sans oser l'ouvrir, et que, pendant tout un mois, les ennemis de la religion chrétienne n'avaient tait que souffler partout la haine et la vengeance contre celui qu'ils regardaient comme l'auteur de tout ce mal et contre la doctrine et les pratiques qu'il propageait.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité qu'une bande d'Iroquois rencontra le P. Jogues et Jean de La Lande à deuxjournées du village. Ils s'emparèrent des deux serviteurs de Dieu, les dépouillèrent de leurs vêtements, les accablèrent d'injures et les emmenèrent prisonniers à leur bourgade d'Andagaron, où le P. Jogues avait déjà passé treize mois dans les terribles souffrances de sa captivité. Ils furent reçus par les sauvages à coups de poing et de bâton.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que des menaces de mort retentirent de toutes parts contre le P. Jogues etjean de La Lande. On leur disait : "Vous mourrez demain; mais ne craignez

pas, vous ne serez pas l)nilés; vos têtes tomljeront sous nos haches, et nous les planterons sur les pieux qui entourent notre villa<ie, pour les montrer longtemps à ceux de vos frères cpie nous prendrons." Comme il sera constaté, etc.

lOO

C'est la vérité qu'un sauvage se jeta sur leP.Jogues et lui enleva des morceaux de chair sur les bras et sur le dos, en lui disant: "Voyons si cette chair blanche est une chair de Manitou." Le S. d. D. supporta patiemment cette cruelle souffrance et répondit au sauvage : "Pourquoi me faites-vous mourir ? Je suis dans votre pays pour cimenter la paix, affermir la terre et vous montrer le chemin du ciel, et vous me traitez comme une bête fauve. Craignez les châtiments du Maître de la vie."

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité (|ue toutes les familles du i)a vs n'étaient pas de l'avis de faire mourir les deux serviteurs de Dieu, et que le conseil (|ui fut convocpié à ce ])roj)os décida de sauver les deux prisonniers. Mais avant (pie cette décision fut connue. nuel(|ues Irocpiois de la fa.mille de l'Ours qui haïssaient plus (pie les autres la doctrine du missionnaire, condanmant leurs passions brutales et leurs pratiques superstitieuses, se hâtèrent de se défaire des deux serviteurs de Dieu. Ils .illèrent d'abord inviter j)erfidement le I*. Jogues à |)rendre son repas dans Kiircabane.

— iso- Habitué à voir en tout une disposition mystérieuse de la Providence, le S. d. D. les suivit humblement. Au moment où il franchissait le seuil de la cabane, on lui asséna un coup de hache qui l'étendit mort. C'était le 18 octobre 1646. La tête du S. d. D.fut aussitôt tranchéeet placée sur un des pieux de la palissade, la face tournée vers le chemin par lequel il était venu.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que le 19 octobre 1646, les sauvages de la famille de l'Ours allèrent s'emparer de Jean de La Lande. Ce S. d. D. avait protesté à son départ que le désir de servir Dieu le j^ortait en un pays où il s'attendait bien à rencontrer la mort. On lui trancha la tête et l'on jeta son corps dans la rivière.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité qu'après le massacre du P. Jogues et de Jean de La Lande, aucun religieux ne se trouvant chez les Irocpiois, les restes de ces deux S. d. D. ne furent pas recueillis ni conservés. Les Iroquois ne remirent aux Hollandais que le missel, le rituel, les caleçons et la soutane du P. Jogues.

Comme il sera constaté, etc.

lli)

C'est la vérité que, dans les dangers continuels de mort, le P. Jogues, René Goupil, Jean de La Lande

s'offraient l)ien souvent à Xotre-Seii^neur, le suppliant

de recevoir leur vie et leur sang et de les unir à sa vie et

à son sang pour le salut de ces ])auvres peuples. Et le

P. Jogues raconte: "Souvent nous nous avertissions

que le saint nom de Jésus fermât et notre voix et notre

vie."

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que René Goupil affronta les dangers de la mission spontanément et uniquement ])our la gloire de Dieu et le salut des âmes. Il avait ])lusieurs fois fait à Dieu le sacrifice de toutsor. être, et l'avait prié de lui accorder comme une grâce insigne de souffrir ])<)ur lui. Un ])eu avant qu'il fut tué, il s'était offert à Xotre- Seigneur avec beaucoup d'affection, le suppliant de recevoir sa vie et son sang et de les unir à sa vie et à son sang pour le salut de ce ])auvre peu])le. Prévoyant cju'il serait massacré ])ar les Iro(|Uois, il s'y pré])ara, demandant tous les deux jours l'absolution sacramentelle au P. Jogues, et, passant tout son temps libre en prières et en discours de piété. Il s'était proposé de prononcer le très saint nom de Jésus au moment de sa mort, afin de gagner les indulgences; il mourut, en effet, le nom de Jésus sur les lèvres.

Comme il sera constaté, etc.

C'est une vérité (|ue la cause immédiate de son massacre fut le signe de la saintecroix (ju'il faisait faire .lux

enfants. Le S. d. D. aurait voulu voir Dieu glorifié par tous ceux qui l'entouraient, mais ne pouvant s'adresser à ses maîtres dont il ignorait la langue, il s'approchait des petits enfants et leur apprenait à faire le signe de la croix. Un vieillard superstitieux auquel ne plaisaient guère les prières du S. d. D., l'aperçut un jour traçant ce signe sur le front de son petit-fils et prenant même la main de l'enfant pour lui apprendre à le former lui-même. Cette vue réveilla en lui toute sa haine ; il appelle un de ses neveux et lui dit : " Va, tue ce chien de Français. Les Hollandais nous ont appris que ces signes qu'il a faits sur mon petit-fils ne valent rien. Je crains qu'il ne lui arrive quelque malheur." La commission fut exécutée. Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que la mère de l'enfant auquel le S. d. D. avait enseigné à faire le signe de la croix, se trouvant dans un voyage avec le P. Jogues, lui dit que c'était à cause de ce signe de croix que René Goupil avait été tué. Et le vieillard qui l'avait fait massacrer, un jour (pi'il appela le P. Jogues dans sa cabane pour manger, le voyant faire le signe de la croix,*lui dit: " Voilà ce que nous haïssons. Voilà pourquoi on a tué ton compagnon et pourcpioi on te tuera. Nos voisins les Européens (les Hollandais) ne font point cela."

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité (|ue le P. Jogues s'exposa à tous ces tom-ments et à la mort, uniquement pour la gloire de

Dieu et pour le salut des âmes qui étaient dans la servitude du démon. L'aveuglement de ees peuples et leur opposition à la foi affligeaient profondément son âme et il offrit à Dieu sa vie et son sang dans l'espérance que cet holocauste hâterait leur conversion. C'est pour continuer son apostolat chez les Ii'oquois qu'il retourna de France au Canada, et (pi'il fit deux voyages chez ce peuple. Lors de son dernier voyage, il écrivait à lui Jésuite résidant en France: "Le cœur me dit que si j'ai le bien d'être employé dans cette mission, iho et non redibo ; mais je serai heureux si Notre-Seigneur voulait achever le sacrifice là où il l'a commencé, et que le sang répandu sur cette terre fut comme les arrhes de celui que je lui donnerais de toutes les veines de mon corps et de mon cœur. Enfin ce peuple-là, sponsus sanguinum mihi

est, hune mihi clespondi sanguine meo Adieu, mon

cher Père, priez-le qu'il m'unisse inséparablement à lui." Comme il sera constaté, etc.

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