‹ Positivisme et catholicisme à propos de l'Action FrançaiseChapitre 1 sur 124 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

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Quelques mots d'explication sont nécessaires pour situer les pages qui suivent. M. Pedro Descoqs avait publié dans les Etudes (20 juillet, 5 août, 5 septembre, 5 et 20 décembre 1909) une série d'articles sous ce titre : A trcwers ï œuvre de M. Mourras : essai critiçue^Cei essai critique était, sinon une apologie directe de YActio?i française^ du moins une apologie détournée, et en tous cas une interprétation si bienveillante de ses doctrines et de son attitude queTauteur aboutissait à conclure qu'une alliance des catholiques avec ce nouveau positivisme était légitime et en principe devait être féconde. Dans la Revue des i^evues des Annales de philosophie chré tienne, no\x^ avions cité quelques passages de ces articles et nous en avions signalé le caractère et les tendances par quelques brèves observations. Ces observations, M. Descoqs

n'avait pas cru d'abord devoir les relever. Mais sur ces entrefaites les Annales de philo- Sophie chrétienne publièrent à leur tour, sous la signature de Testis, une autre série d'arlicles à propos de La Semaine sociale de Bordeaux K Dans un de ces articles, après les critiques qu'il avait adressées àMM. Fontaine, Barbier,etc.,J(?<9/w ajoutait quelques citations et quelques jugements empruntés à M. Descoqs et relatifs kV Action française, pour achever de montrer où tendait ce qu'il a appelé le Monophorisme extînnséciste : — erreur qui consiste à supposer que, dans Tordre surnaturel, tout se fait chez l'homme par apport venu de l'extérieur et est reçu passivement, sans coopération du dedans, et qui s'oppose à l'erreur^non moins hm^^i^, an Monophorisme intrinséciste d'après laquelle on considère, au contraire, que l'homme tire tout de lui-même par spontanéité absolue et sans avoir rien à recevoir du dehors. M. Descoqs intervint alors. Et dans une longue lettre qu'il adressa aux A nnales de philosophie chrétienne^ il en- 1. D'octobre 1909 à avril 1910.

treprit de justifier et sa sympathie pour V Action française et son projet d'alliance. Et en même temps que par cette lettre il défendait contre Testis ce qu'il prétendait d'autre part n'avoir pas soutenu^ il profitait de l'occasion pour relever les observations dont les ii?2n«/^^ avaient auparavant accompagné les citations de ses articles. Testis répondit de son côté et je répondis du mien. La lettre et les réponses parurent ensemble dans le numéro de juin J910 des Annales de philosophie chrétienne.

C'est la réponse que j'ai faite pour mon compte que je me suis décidé à publier de nouveau. J'en ai amélioré du mieux que j'ai pu la rédaction qui avait été trop hâtive. Mais les corrections ou adjonctions que j'ai cru devoir y introduire ne portent strictement que sur des détails. Je la fais suivre ici, en appendice,dequelquespagestirées de la réponse de Testis et qui complètent, sur un point de première importance, ce que j'ai dit (Cf. Appendice 1).

Mais si j'ai consenti à reprendre ces pa-

ges, en leur laissant leur forme polémique qui s'explique par les circonstances d'où elles sont nées, je tiens à déclarer que c'est sur des instances nombreuses et réitérées qui me sont venues des côtés les plus divers. On a pensé qu'elles pourraient contribuer à soulager certaines consciences et à en éclairer d'autres. Le cas de M. Descoqs, pris sur le fait, — et M. Descoqs n'est-il pas légion à l'heure actuelle ? — montre comment le souci de faire triompher la religion terrestrement et temporellement, en la mêlant à la politique des partis, ne réussit qu'à en faire perdre le sens par une dénaturation profonde, Et si c'est là un mal, et si ce mal, pour être souvent inconscient et ne pas toujours aller jusqu'au bout de lui-même, n'en produit pas moins des conséquences désastreuses, n'est-ce pas le devoir en effet de ceux qui en souffrent et qui en gémissent de le signaler le plus haut qu'ils peuvent, au risque d'ameuter contre eux d'implacables colères ?

Paris, le 10 décembre 1910.

V. S. — L'impression de ce livre était commencée et l'avant-propos qui précède était écrit, quand les articles de M. Descoqs ont paru en volume à la librairie Beauchesne, sous ce titre : A travers lœiivre de M. Maiirras, C'était une raison de plus de persister dans mon dessein. M. Descoqs en reprenant ses articles, après les avoir plus ou moins modifiés, n'a pas manqué d'y ajouter de longues réponses àTestis et à moi. Ces réponses laissent encore mieux voir que le reste à quelle conception du catholicisme ii se réfère pour sympathiser avecT^lction française et légitimer son projet d'Alliance. J'ai cru bon, pour faire face à ses critiques et à ses accusations, de porter la discussion sur cette conception même. N'était-ce pas le meilleur moyen d'éclairer la situation que de la faire voir de plus haut que les contingences du moment? Mais, du mèaie coup, ce que j'avais écrit d'abord se trouvait être la première partie d'un tout dont cette discussion, qui s'y ajoutait naturellement, devenait la seconde. Et c'est ce tout que finalement je présente ici.

Indépendamment de ce que je dois dire de l'attitude et des idées de M. Descoqs, il m'est impossible de ne pas faire remarquer au moins

lO AVANT-PROPOS

qu'il joue de malheur avec les circonstances. C'est au moment où « ces Messieurs de V Action française », par la brutalité de leurs gestes et la grossièreté de leur langage, par la mise en pratique de leur positivisme athée qui ne croit qu'à la force, viennent d'obliger le duc d'Orléans à désolidariser sa cause d'avec la leur, qu'il entreprend de mettre les catholiques à leur remorque pour faire triompher TEglise dans la société. C'est au moment oiî ces esthètes, qui ne parlaient que de « mesure » et d' « harmonie », sont manifestement tombés, pour employer leur langage, dans « la frénésie toute pure », qu'il ose nous les présenter comme les porte-parole de la tradition et de la raison, et nous dire son admiration pour leur « robuste santé intellectuelle » ^ C'est au moment oiices individualistes sans frein proclament qu'ils ne tiennent de « personne de vivant » leur « poste de combat » -, au moment oij ils s'écrient à leur tour que la révolte est le plus sacré des

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