Le Dilemme de Marc Sangnier (p. XXIV
4. Il est bien vrai que jadis il nous a fait savoir qu'il entendait ne jamais être de ceux qui se laissent prendre au jeu des ciioses et des sentiments, s'étant attaché à une doctrine qui consiste à «■ concilier dans nos cœurs le démon religieux et Je voluptueux..., en un mot à créer d'intérieures harmonies », selon les trois modèles qui se trouvent à la fin du livre Le Chemin de Paradis, où il a mis « les traits d'uno simple et pieuse philosophie » qui (• tous, dit-il, apparaîtront à la longue si ma phrase avait longue vie» (Préface passi'm, p. V'-VII-XVl). Et une note termine le volume pour dire que cette <' simple et pieuse philosophie » est sœur de celle de Nietzsche. M. Maurras l'exprime à travers des contes que les amateurs peuvent apprécier littérairement comme bon leur semble, mais qui moralement sont répugnants. C'est tout simplement de la littérature sale : de Térotis-
LES BASES DE lV\LLIA>CE 23
sont ni françaises, ni, au grand sens du mot, humaines. Nous sommes dans la nécessité rime et du sadisme, de la volupté et du sang. Tout cela sous prétexte d'en tirer des leçons ; mais quelles leçons ! Dans le conte de La Bonne Mort, un adolescent est mis en scène qui va faire sa première communion et en qui sévit une fureur diabolique de « pécher ». Pour se garantir contre la colère de Dieu, dans le cas où il serait surpris par la mort, il se munit dun scapulaire et exerce son industrie à l'attacher si solidement qu'il n'aura plus à craindre qu'aucun accident le lui enlève, de manière à pouvoir, en toute sécurité, s'en donnera cœur joie. Et le conte se termine par celte phrase : « Béni soit-il celui qui vient. Il a lié la terre au ciel. »
Ceci est un des trois modèles « d'Harmonies intérieures » que nous propose M. Maurras. Et on peut juger par là combien est profonde et distinguée la pensée de ce « philosophe puissant et de franc lignage», comme on dit à la Revue augustinienne ei ailleurs. Dans ces conditions, le mieux assurément que nous puissions penser pourCriton, quand nous l'entendons célébrer le catholicisme, c'est que, nouveau Simplice, il a fini par laisser prendre au moins son imagination à ce jeu. Mais M. Descoqs qui nous reproche d'avoir recours, pour juger M. Maurras, à des écrits d'antan, est vraiment un ami terrible. Si >1. Maurras, dit-il, était (( appelé aujourd'hu à traiter les mêmes sujets », il « parierait sur un autre ton... », mais u les idées resteraient les mêmes > : car s'il 4 a pu changer de sentiments à l'égard du catholicisme, ses opinions à son endroit n'ont pas varié ; lui-même a pris soin de nous en avertir « Action française, 1*^'" février 1908 » [Etudes, 5 août 1909, p. 336). Des sentiments
goiireuse de les ti aller en ennemies *». Et autour de M. Mauiras les incroyants encore plus que les croyants parlent ainsi à qui mieux mieux. Et en conséquence comment ne serait-on pas pleinement rassuré ? Ce qu'on poursuit à VAclion française c'est donc bien réellement le triomphe de l'Eglise, « sinon dans les âmes, du moins dans la société. Et, si insuffisant que cela soit, ajoute M. Descoqs, au total n'est-ce pas déjà beaucoup " ? )>
Une difficulté se dresse pourtant : l'incroyance de M. Maurras et de ses disciples. Comment surmonter cette difficulté? C'est làdessus que se porte tout l'effort de M. Descoqs. Ne nous lassons pas de le redire, car il ne trouvera jamais que nous le redisons assez, il n'absout pas celte incroyance, il ne la méconnaît pas non plus. Il a trouvé mieux : il la trans-
qui changent sans que les idées changent et quelqu'un qui parle différemment sans penser différemment ! C'est admirable de loyauté et de candeur.