‹ Positivisme et catholicisme à propos de l'Action FrançaiseChapitre 106 sur 124 · P. 3ol · texte numérisé non relu

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titutions, dans les lois, dans la société » ^ — Evidemment c'est M. Maurras qui s'en charge 1 — Je « ne nie pas absolument, dit-il, que la vérité soit une ; mais les hommes ne peuvent l'atteindre » - et en conséquence j'accorde que Terreur doit être mise sur le même rang que la vérité.

Je ne m'étais jamais apparu à moi-même atteint de ce bel indifférentisme. Mais je vais sans doute aider M. Descoqs à surabonder dans son accusation eu commençant par lui avouer très haut qu'il est très vrai, et même beaucoup plus vrai qu'il ne soupçonne, que je n'admeis pas en effet qu'il faille revendiquer pour l'Eglise un droit conçu à sa façon. Seulement j e pense bien qu'après avoir vu où cela Teut raîne, le lecteur tiouvera que c'est son langage <\m est u stupéfiant » et non le mien.

Je pourrais lui demander d'abord ce qu'ont produit les revendications qu'à ce sujet d'autres, comme lui, n'ont cessé et ne cessent de faire entendre, si ce n'est que le droit reven-

2. M. Descoqs aurait tout de môme bien dû indiquer où ii a cru lire sous ma plume que « les hommes ne peuvent atteindre la vérité >.

.)i4 DEUX GO.°^r:}j;pTiO:\s du catholicisme

«ligué a été chaque jour plus méthodiquement nié : de telle sorte que si jamais exercice s'est montré au moins stérile, c'est bien celui-là. Mais je lui fournirais l'occasion d'une équivoque trop facile ([ui lui permettraitde dire que, dans l'excès de mon libéralisme, je justifie tellement les entreprises du « laïcisme » contemporain et que je sacrifie tellement le droit de l'Eglise que j'interdis à celle-ci, non seulement d'agir, mais encore déparier. Et il se tromperait • lu tout au tout: car ce que je vise à mettre en lumière, c'est que non seulement rien 7ie doit s opposer à ce que l'Eglise agisse et parle, mais encore qu'en réalité rien ne peut s'y opposer, en ce sens que les moyens dont elle dispose et que la fin qu'elle poursuit sont au-dessus de toutes l<^s prises humaines et que rien ne peut prévaloir contre : car il n'y a pas d'homme qui puisse empêcher d'obéir à Dieu. Ce que je vise à mettre en lumière, c'est donc que le droit de l'Eglise, non pas le droit abstrait qu'on lui attribue au nom de la thèseetqui exprime si peu son essence que nous voyons, d'une part, que tout prévaut (•outre lui et que nous constatons, d'autre part, qu'il s'accommode du concours des athées mêmes pour se faire valoir, mais le droit orga-

nique et vivant qui lui vient de son devoir et de sa mission de réaliser l'idéal de la communion des âmes en Dieu, c'est que ce droit-là est intangible et non seulement imprescriptible et • ju'il dépend de nous, à travers tout, de l'exercer, puisque, selon le mot de S. Paul, il a le pouvoir de tourner le mal en bien. Mais ce que je vise aussi à mettre en lumière, c'est qu'à revendiquer l'autre droit, qui est fictif et imaginaire, qui tend à un triomphe chimérique, puisque nous sommes sur terre pour militer et non pour triompher, on oublie d'exercer ce droit-là et on s'égare dans de lamentables et corruptrices compromissions.

Et si la scission survenue à l'ère chrétienne comporte que l'Eglise et l'Etat demeurent distincts, ce n'est point pour que l'Eglise n'entre pas dans l'Etat; c'est pour qu'elle y entre au contraire et qu'elle y soit comme l'âme est dans le corps. Et elle n'a pour cela aucune permission à lui demander, ni aucune autorisation à en obtenir : car, ce faisant, elle agit de par la souveraineté du devoir qui lui incombe, et de par la mission qui lui vient do Téternité poui' aller àl'éternilé. Et c'est bien autre chose qu'un droit à faire valoir temporellement et qui peut

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toujours être méconnu, refoulé, empêché de produire ses effets. Toutefois, si TEglise entre dans l'Etat, ce n'est point pour vivre de lui et encore moins pour vivre par lui ; mais c'est pour le soulever au-dessus de lui-même et le faire vivre d'elle, parce qu'autrement, encore une fois, elle se rabaisserait à son niveau et cesserait d'être elle-même.

Et puisque c'est pour le faire vivre d'elle, c'est donc pour qu'il devienne chrétien, pour qu'il se comporte chrétiennement. Mais que sera-ce donc pour l'Etat que de se comporter chrétiennement ? Devra-t-il, comme le veut M. Descoqs, prendre à sa charge les formules mêmes des croyances chrétiennes telles que les théologiens peuvent les lui fournir à un moment donné et employer la contrainte contre t ont ce qui serait soupçonné d'y contredire, ou , en d'autres termes, se faire le gendarme dn do gme ? Car que veut-il signifier si ce n'est cela, quand il revendique '< pour l'Eglise le droit exclusif d'être religion d'Etat, d'être seule reconnue par lui, défendue par lui, tVit-ce par la force ? » '

\. Ici une observation s'impose, dont je prie le lec-

Eh bien ! je lui en demande pardon, si l'Etat acrissait ainsi, il agirait à la façon turque et non

teur de vouloir bien se souvenir à travers tout ce q ui suivra. Je devine qu'on tenlera de me faire dire que je refuse aux catholiques le droit d'être protégés par l'Eta t et que j'accepte qu'on les mette hors la loi. Eh bien ! non, mille fois non, ce n'est point décela qu'il s'agit. En vertu du pacte social, quels que soient du reste son origine et son caractère, les catholiquessont des citoyens autant quequi quece soit, etjedirais volontiers plus que qui quece soit, en ce sens que si, comme catholiques, ils sont pleinement et pratiquement chrétiens, ils en remplissent lesdf^voirs mieuxque qui que ce soit. Et j'enten ds si peu les désarmer civiquement que je prétends bien au contraire qu'ils doivent puiserdans la hauteur de vue de leur désintéressement chrétien un courage civique qui ne saurait avoir son pareil. Et c'est dans la profession même de leur catholicisme qu'ils ont droit à la protection de l'Etat, de telle sorte que toute entrave, directe ou indirecte, qui y serait apportée constituerait une tyrannie. Mais de ce qu'ils ont le droit d'être protégés par l'Etat dans la profession même de leur catholicisme et par conséquent dans leur prosélytisme même, en tant que ce prosélytisme demeure spirituel par sa fin et par ses moyens, il ne s'ensuit pas que l'Etat doive prendre a sa charge la police intérieure de l'orthodoxie catholique. Ce sont là choses totalement difTérentes et que seuls s'efforcent de confondre ceux qui veulent pêcher en eau trouble. Car pour l'Etat prendre à sa charge de défendre ainsi le catholicisme, ce serait le défendre contre les erreurs et les hérésies en tant que telles et substituer ses tribunaux et sa police aux docteurs et aux

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à la façon chrétienne. L'Etat n'est pas chargé, et il ne saurait être chargé de défendre par hi force des formules si pleines de vérité qu'on les suppose, parce que la vérité ne se défend pas plus par la force quellene se communique par la force. Mais il est chargé ou plutôt, pour parler avec toute la précision désirable, il est obligé, dans la personne de ceux qui gouvernent à tous les degrés — et ici je ne puis que me répéter — de s'inspirer « dans toute sa conduite, dans ses actes et dans ses lois, de l'esprit chrétien lui-même qui est esprit de justice, de charité, de désintéressement » \ Et si on demande comment ceux qui gouvernent ont à pratiquer cet esprit, je dis que c'est par la foi au Christ et par la foi à la vie éternelle dans le Christ : car cette foi seule, dans la mesure où elle est chez eux personnelle et vivante, soit explicitement, soit implicitement, est capable, en les faisant se dominer eux-mêmes avec leurs

apôtres. Et ceci n'a rien de commun avec la protection des catholiques. — Cf. Ed. Jordan: « La responsabilité de l'Eglise dans la répression de l'hérésie au Moyen x\ge. » Annales de philosophie chrétienne^ septembre Cf octobre 1909.

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