‹ Positivisme et catholicisme à propos de l'Action FrançaiseChapitre 32 sur 124 · Le chemin de Paradis : La reine des nuits · texte numérisé non relu

Le chemin de Paradis : La reine des nuits

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et eux, les esclaves qui le servent et qui n'ont de consistance que par lui, il y a une distance infinie : ils ne sont pas de même essence.

Et ce qu'il faut noter encore, c'est que, pour que se maintienne l'ordre dont jouit Griton, il faut que cette distinction d'essence soit maintenue. Le relativisme était bon tout à l'heure quand il s'agissait de se libérer, soi, de toutes les entraves intérieures. « L'inviolabilité de quelque chose » 1 Fi donc ^ ! Mais méconnaître le caractère des esclaves, voilà l'absolu dans le crime. « L'humain mépris devrait frapper quiconque fait vagir la première concupiscence dans le cerveau ou dans les entrailles d'un instinctif, quiconque diminue le vénérable privilège qu'ont parfois ces bénis de mourir sans avoir vécu - ». Et M. Gilbert, mettant en formule cette belle indignation, s'exprime ainsi : (( Quelle petite chose devient alors à nos yeux l'individu au sein d une société ainsi construite ! Dans son essence il est nu et dépouillé de tous les agréments dont les rhéteurs se plaisent à parer son type idéal. Etre dépourvu de conscience et de responsabilité, il se décharge de

4. P. Lasserre, Action française, t. V, p. 2S3. 2. Le chemin de Paradis, Préface, p. XXII.

l'une sur ses gouvernants et de l'autre sur ses institutions tutélaires, il quitte toute responsabilité aux institutions S c'est-à-dire au passé garant de l'avenir, et contie à l'aristocratie le dépôt de la conscience publique... Cette conscience ne paraît que dans les aristocraties, oi^i elle est corollaire d'une masse énorme d'incons - ^ience ' » .

Faire vagir la concupiscence et troubler l'ordre, c'est donc entreprendre d'amener cette inconscience à la conscience : car il ne faut pas ici que le mot concupiscence nous trompe sur la pensée de M. Maurras. Ce qui caractérise sa manière imitée de Nietzsche, c'est d'intervertir la signification des termes \ ou de signifier par le même terme des choses absolument opposées, de manière à rabaisser les unes au niveau

\. Et on a osé dire à Testis qu'il avait inventé le nionophorisme.

2. La valeur de la science sociale, p. 149. Librairie nationale.

3. Divinité sous sa plume signifie la Mesure, le Nombre, le Fini au sens grec du mot ; et « Tobscène chaos », c'est l'infini, c'est Dieu.

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des autres. Et il ne manque guère d'escompter l'équivoque qui en résulte. Par exemple, la phrase que nous venons de citer est accompagnée d'une note reproduisant ce mot deLassalle: « La première chose à faire, c'est de faire comprendre à l'ouvrier allemand qu'il est malheureux ». Il semble ainsi au premier abord que M. Maurras, par le mot concupiscence, désigne les appétits et qu'il vise les agitateurs qui ne savent que les exciter elles déchaîner. Et c'est vrai sans doute; mais en même temps c'est bien autre chose qu'il désigne et bien d'autres gens qu'il vise. Et on ne tarde pas à s'apercevoir que concupiscence signifie ^ourluiaspiration aussi bien qu appétit ; de telle sorte qu'à ses yeux on excite et on déchaîne des appétits quand on rappelle aux hommes^ quels qu'ils soient, qu'ils sont des hommes, que par destination a u moins ils ont une dignité, une valeur, une fin qui est plus haute que de ne pas rester (( étranger à l'éclat de la chevelure dorée » d'un maître.

En conséquence, ce que lui et ses disciples nomment démocratie, c'est tout autre chose encore qu'un régime politique et que les abus qu'ils y découvrent. Sans doute, pour se rendre la

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tâche facile, ils supposent toujours que la démocratie c'est l'égalitarisme, le nivellement en vertu duquel chacun dès maintenant, dans le devenir même et l'inachèvement de la société temporelle, aurait un droit égal à se juger apte atout. Mais en même temps, avec cette conception d'une égalité de fait, dont Rousseau dans les temps modernes leur apparaît être le fauteur principal, ils identifient la conception de l'égalité idéale vis-à-vis de la fin suprême à atteindre, ou au moins ils considèrent que celleci se transforme nécessairement en celle-là.

Et en effet, pour eux, l'égalité idéale vis-àvis de la fin suprême à atteindre n'a pas de sens, puisqu'il n'existe pas de fin suprême. Ils ne conçoivent pas, ils ne veulent pas concevoir qu'une aspiration, qu'un effort puisse se réaliser dans un autre plan, dans une autre perspective que la perspective temporelle et terrestre, au-dessus des besoins égoïstes de l'animalité et des besoins non moins égoïstes de l'esthétisme intellectuel. Et alors l'égalité idéale leur semble ne pouvoir se traduire qu'en affirmation d'un droit à faire valoir terrestrement et temporellement. Voilà pourquoi et voilà comment, en surabondant dans leur sens, ils exorcisent

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brutalement toute doctrine qui attribue à l'être humain, en tant qu'être humain et sans acception de personne, sinon de valoir en fait, du moins d'être appelé à valoir ; car c'est cela même qui est la démocratie pour eux. Et c'est cela même qui est le christianisme pour nous.

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