‹ Positivisme et catholicisme à propos de l'Action FrançaiseChapitre 33 sur 124 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Entre Tordre établi une fois pour toutes et consistant en ce que des hommes sont organisés en d'autres hommes pour leur servir d'instrument, et le désordre résultant de ce que chacun, au nom de son droit individuel, exigerait en ce monde les mêmes richesses, les mêmes pouvoirs, etc., il n'y a pas de milieu. A ces « pontifes » de la religion positiviste qui veulent se suffire avec la terre et tirer parti des choses et des hommes, en les prenant et en les maintenant comme ils sont, l'idée ne saurait venir d'un monde en travail intérieur oîi, à travers les multiples inégalités de fait et au besoin par elles en les dominant, chacun à son rang se fait le serviteur de chacun et le collaborateur de Dieu, pour réaliser l'œuvre éternelle au dessus des apparences et au-dessus de la mort. Et non seulement cette idée ne peut

leur venir; mais ils la repoussent et la maudissent comme la source de tous les maux.

Nous verrons tout à l'heure comment, sous prétexte d'en expliquer la genèse, ils s'efforcent de la salir. Mais en attendant^ ce qui ressort de là, c'est que, de même que pour créer Tordre, l'harmonie, pour mettre en eux la mesure et réaliser leur «volonté de maîtrise )),ilséliminent Dieu de leur vie personnelle, de même ils l'éliminent de la vie sociale *. Ecoutez plutôt :

« En dépit du grand préjugé que l'autorité de Voltaire a fait régner en France, c'est une question de savoir si l'idée de Dieu, du Dieu unique et présenta la conscience, est toujours une idée bienfaisante et politique. Les positivistes font observer avec raison que cette idée peut aussi tourner à l'anarchie. Trop souvent révolté contre les intérêts généraux de l'espèce et dessousgroupements humains (patrie, caste, cité, fa-

1. M. Descoqs est capable de nous dire encore que ce n'est pas vrai et de nous opposer que les ((libertins» de V Action française tiennent compte de la croyance en Dieu, ou même de prétendre que ce qu'ils éliminent, c'est seulement le Dieu intérieur des protestants. La suite montrera ce que vaudrait cette réponse qui ressemble à celles qui! nous a déjà faites.

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mille) l'individu ne s'y soumet, en beaucoup de cas, que par nécessité, horreur de la solitude, crainte du dénûment : mais si dans cette conscience naturellement anarchique, l'on fait germer le sentiment qu'elle peut nouer des relations directes avec l'être absolu, infini et tout puissant, l'idée de ce maître invisible et lointain l'aura vite éloignée du respect qu'elle doit à ses maîtres visibles et prochains : elle aimera mieux obéir à Dieu qu'aux hommes * ». Et de tout ce qui peut sortir de cette idée, M. Maurras ne retient pas autre chose si ce n'est qu'elle ajoute « un multiplicateur immense... au caprice individuel ». Avec elle, « accru à l'infini, multiplié par l'infini, chaque égoisme se justifie sur le nom de Dieu et chacun nomme aussi divine son idée fixe ou sa sensation favorite, la Justice ou l'Amour, la Miséricorde ou la Liberté » -. Et de plus — car l'esthète ne perd jamais ses droits — elle (( enlève... aux passions leur air de nature, la simple et belle naïveté. Elle les pourrit d'une ridicule métaphysique : entendez Julie, Lélia, Emma, Elvire et tout le chœur des amoureuses romantiques, protester aux bras

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