Trois idées politiques, p
68 PROPOSITION d'alliance
En d'autres termes, c'est toujours « l'obscène chaos )i au dehors comme au dedans.
Avec des hommes qui croient en Dieu et qui vivent leur croyance, c'est-à-dire qui considèrent qu'en ce monde, à travers même l'engrenage des nécessités physiques où ils se débattent, ils doivent poursuivre la réalisation d'un idéal de justice d'oii personne n'est exclu et dont le terme est dans l'éternité, n'est-il pas impossible en effet d'établir l'ordre qui consiste en ce que des hommes sont organisés en d'autres hommes ? Certes, nous n'y contredirons pas. Et il n'est pas besoin pour cela que ces hommes se révoltent et qu'ils usent de violence, ainsi que M. Maurras suppose qu'ils ne sauraient manquer de le faire, — comme si ceux qui le font ne montraient pas qu'ils redeviennent à leur tour terrestres et charnels en voulant triompher en ce monde et pour ce monde même; — il suffit, dussent-ils être jetés aux bêtes ou aux bûchers ou à l'échafaud, qu'ils ne consensentent pas intérieurement à être des instruments, à être des esclaves, et que le cri de leur conscience, allant éveiller inlassablement d'autres consciences, nie victorieusement toutes les victoires des a maîtres » qui prétendent les posséder.
iMais ne voit-on pas enfin contre quoi s'insurgent M. Maurras et ses disciples en s'insurgeant contre cela, en voulant faire disparaître cela ? Ne voit-on pas que c'est à la conscience chrétienne elle-même qu'ils en veulent avec tout ce qui la conditionne et tout ce qui l'alimente ? Et vraiment il faut qu'on se crève les yenx comme à plaisir pour trouver là de la neutralité, car le cri de Voltaire : Ecrasons l'infâme ! ne fut jamais plus net, ni jamais sans doutesidécidéque leur déclaration à cet égard ^ . Oui, nous le savons bien, ils appellent cela du protestantisme, de l'anarchisme, du kantisme ; ils disent que ce sont des « idées suisses ». iMais si c'est une habileté, elle ne peut tromper que ceux qui le veulent bien : car en même teaips ils disent très haut et sans ambages que c'est aussi le christianisme même, dans son essence même. Et ce qu'ils poursuivent à travers le protestantisme, le kantisme et les
1. Tout ce qu'ils reproctient à Voltaire c'est son déisme ; mais ils ne l'excluent pas de « la tradition française ». — M Sans parler du précieux antisémitisme de Voltaire. . .11 n'y a pas de meilleur antidote des idées suisses que la lecture et ia méditalion de Candide... !^ous en faisons nos délices. » Ainsi parle M. Ch. Maurras.
« idées suisses », ce n'est rien de moins que la
doctrine de l'Evangile.
Selon eux en effet, et très explicitement, très brutalement, le désordre dont soufFrele monde vient des Prophètes et du u Christ Hébreu». Ne sont-ce pas ceux-ci qui ont inventé « la morale des esclaves », cette morale qui permet aux faibles, aux opprimés, aux malades, àtous ceux que broie la dureté des choses et des hommes, de s'élever au-dessus de la Nature et de concevoir un monde meilleur d'où ils jugent la nature mauvaise ? Ne sont-ce pas eux qui ont ainsi renversé les valeurs ?
Ils ont fait croire en efl'et qu'on pouvait valoir autrement que par le succès, la puissance, la gloire et la joie qu'on étale au soleil, et d'une valeur dont chacun est capable avec la grâce de Dieu. Et, ce faisant, ils ont porté aux « forts » et aux « maîtres », par qui l'ordre règne en ce monde, un coup mortel. Ceci, c'est la vengeance des Juifs. Sans doute les Juifs en furent d'abord les victimes : « Chez les anciens Israélites, les prophètes élus de Dieu en dehors des
personnes sacerdotales furent des sujets de désordre et d'agitation » K Mais par suite de « leur nullité militaire )),coinme les Juifs furent constamment écrasés par leurs ennemis, ils se serrèrent (^ le plus fortement possible autour de leur dieu pour suppléer à la caducité du lien politique » -. De là naquit l'idée de la « cité céleste )>. Les Juifs s'en sont faits les prosélytes. Et avec elle « ils ont régné sur le monde et se sont vengés de tous leurs adversaires par la religion » ^ La religion est donc le venin dont ils les ont empoisonnés, u Le juif monothéiste et nourri des prophètes est un agent révolutionnaire » \ Et si vous doutez encore qu'il s'agisse ici du monothéisme le plus spécifiquement chrétien, de la croyance en Dieu le Père, principe de justice et fondement d'espérances éternelles, écoutez encore ceci : « Isaïe et Jésus, David et Jérémie, Ezéchiel et Salomon... donnaient par leurs exemples et par leurs discours les modèles delà frénésie toute pure » °.