PROPOSITION D ALLIANCE ENTRE LE CATHO- LICISME ET LE POSITIVISME
« Nul n'est plus catholique, j'allais écrire, n'est aussi catholique que cet athée agressif, connu sous le nom de Charles Maurras » . Abbé Delfour. V Universilé calhoiqiie, 15 août 1910.
Il « na rien de plus à cœur que de faire triompher l'Eglise, sinon dans les âmes, du moins dans la société ».
P. Descoqs, Eludes, 5 septembre
On sait que jadis Auguste Comte entreprit de contracter une alliance avec la Compagnie de Jésus K Sa pensée était d'obtenir le concours du catholicisme pour l'organisation positiviste de l'humanité. Personne alors, bien en-
1. Les documents relatifs à l'entrevue de M. Sabatier, disciple d'Auguste Comte et son mandataire, avec les .jésuites de Rome, se trouvent dans la Revue occidentale du i«^ juillet 1886 ^Cf. Appendice II).
tendu, n'avait songé à prendre cette avance au sérieux. Il semble que les temps soient considérablement changés. M. Pedro Descoqs a jugé pour sa part que le moment d'une telle alliance était venu.
Le positivisme qu'ilaenface de lui n est plus, il est vrai, celui d'Auguste Comte, mais celui de M. Maurras et de ses disciples. Toutefois, comme nous Talions voir, ce n'est sans doute pas ce qui rend l'alliance plus facile ni plus acceptable : car le positivisme de M. Maurras est assurément d'ordre très inférieur, et combien pauvre et combien simpliste, pour ne rien dire encore de plus, à côté du vaste système qui aboutit à la religion de l'Humanité. Mais si la démarche de M. Descoqs n'en est que plus déconcertante, elle n'en est aussi que plus significative.
Il n'est du reste pas seul à marcher dans cette voie. D'autres l'ont précédé depuis longtemps, prêtres et lidèles, qui, tout en prétendant professer et pratiquer un catholicisme intégral, combattent maintenant dans les rangs de VAciion française ; seulement personne que nous sachions n'avait tenté de faire la théorie de cette alliance pour la justifier aux yeux de Tor-
thodoxie. On supposait sans doute qu'elle n'avait pas besoin d'autre justification que la fin même qu'on poursuivait par elle. « Nous rappelons en le de'plorant, disait la Vérité française, que M. Maurras ne compte pas parmi les croyants catholiques. Cependant le combat qu'il livre pour l'Eglise, parallèlement et en union avec sa campagne monarchique, mérite d'être loué et suivi de tous les catholiques français ^ Rien n'est plus orthodoxe que le plan de ce combat, ni si rigoureux que sa conduite ». - Et en même temps que se formulaient ainsi des adhésions explicites et chaleureuses ou que se manifestaient des sympathies plus ou moins discrètes, spontanément aussi s'organisait toute une complicité du silence qui a permis à V Action française décroître, pourrions-nous dire, à Tombre de Tautel ^
1. Il faut noter que tout combat livré pour l'Eghse, mais qui n'est pas en « union avec une campagne monarchique », ne manque jamais, par une logique admirable, d'être déclaré hétérodoxe, comme mêlant la politique et la religion.