‹ Positivisme et catholicisme à propos de l'Action FrançaiseChapitre 97 sur 124 · LA THESE ET L HYPOTHESE 2O · texte numérisé non relu

LA THESE ET L HYPOTHESE 2O

Si inconscient qu'il soit, il y a là comme un art tout naturel de perfidie qui nous aide à comprendre comment, après cela, M. Descoqs, le plus simplement du monde, admire ces incrédules (ï Action fra)içaise qui eux du moins savent à l'occasion dissimuler leurs pensées intimes, ou ces croyants qui, pour exercer sur leurs alliés leur zèle de pieuse u contrainte », attendent que ceux-ci aient fait le coup^ à leurs risques et périls, et préparé les conditions nécessaires à la saine interprétation des résultats obtenus.

On a ici, prise sur le vif, la manière dont M. Descoqs tâche d'abord de voir, dans les né-

ser librement son point de vue de philosophe catholique, pour rappeler une doctrine méconnue, pour servir la vérité ? Où donc sont les concessions qu'il aurait faites pour satistaire à un pacte quelconque ? Que Ton consulte le vocabulaire de la Société de philosophie aux mois Dieu, foi, immanence, liberté, loi, etc. Les lecteurs de M. Descoqs qui voudront bien faire cette vérification et qui en même temps liront la lettre de M. Blonde) à M. Appùhn, ne sauraient manquer d'appliquer aux procédés de discussion que nous rencontrons ici une épithète que ma plume se refuse à écrire.

cessités de la vie sociale, des raisons de contracter des alliances analogues à la sienne, comme si parla il se justifiait en se présentant comme ne faisant que ce qu'on a toujours fait et ce que d'autres font encore à côté de lui ; et on a aussi la manière dont ensuite il sait, le cas échéant, interpréter en compromission condamnable toute collaboration, toute relation, tout contact avec des incroyants, de manière à ne reconnaître, en fait, le droit de se produire qu'à son alliance propre et au mode d'action qu'elle comporte. C'est que pour lui les autres, rien qu'à se mettre en contact avec les in croyants, ne peuvent toujours être que dupes ou complices, tandis que lui, s'il s'allie avec les athées de ï Action française, ce ne sera toujours que pour être bénéficiaire À\ n'entre dans l'hypothèse, il ne s'y résigne, que pour arriver à pratiquer la thèse. Et de la pratique de la thèse il résultera que les mécréants de toutes sortes, y compris ceux à qui on applique l'épithète de libéraux, seront mis à la raison et que, grâce à cela, grâce aux « commissions mixtes » rêvées par M. Lasserre et oii des athées siégeront assistés d'un P. du Lac, l'Eglise triomphera dans la société ; de telle sorte que l'apostolat, ainsi

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soutenu par des opérations de police, et pouvant s'exercer sans obstacle comme sans risque, obtiendrait enfin sa pleine efficacité sur les âmes. Ne faut-il pas en effet que nous soyons singulièrement pervertis et singulièrement traîtres à l'Eglise pour ne pas entrer avec enthousiasme dans ce merveilleux système ? Et on comprend que M. Descoqs nous dénonce comme nous couvrant d'un masque quand, tout en nous disant catholiques, ce n'est cependant pas pour réaliser un si beau dessein que nous acceptons d'entrer en relation ou de travailler avec des incroyants. Evidemment dupes ou complices !

Ce n'est pas le lieu de faire la théorie des alliances *. Il en est de toutes sortes et de tous

\ . Qu'on me permette toutefois de citer ici la lettre de Léon Xtll à Mgr Fava, 2 juin 1892 :

«... II est vrai que le progrès de la vie religieuse dans les peuples est une œuvre éminemment sociale, vu rétroite connexion entre les vérités qui sont l'âme de la vie religieuse et celles qui régissent la vie civile ; il résulte de là une règle pratique, qu'il ne faut pas perdre de vue et qui donne aux catholiques une largeur d'esprit toute caractéristique. IVous voulons dire que, tout en se tenant fermes dans l'aflirmation des dogmes et purs de tout compromis avec l'erreur, il est de la prudence chrétienne de ne pas repousser, disons mieux,

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les degrés. Il en est de naturelles et de spontanées, pour ainsi dire, qui naissent des nécessités mêmes de la vie, et dans lesquelles on se trouve

de savoir se concilier dans la poursuite du bien, soit individuel, soit surtout social, le concours de tous les hommes honnêtes.

La grande majorité des Français est catholique, mais, parmi ceux-là mêmes qui n'ont pas ce bonheur, beaucoup conservent, malgré tout, un fond de bon sens, une certaine rectitude que l'on peut appeler le sentiment d'une âme naturellement chrétienne ; or, ce sentiment élevé leur donne, avec l'attrait du bien, l'aptitude à le réaliser, et plus d'une fois ces dispositions intimes, ce concours généreux, leur sert de préparation pour apprécier et professer la vérité chrétienne. Aussi n'avons-nous pas négligé dans nos derniers actes de demander à ces hommes leur coope'ration pour triompher de la persécution sectaire, désormais démasquée et sans frein, qui a conjuré la ruine religieuse et morale de la France.

Quand tous, s'élevant au-dessus des partis, concerteront dans ce but leurs efforts, les honnêtes gens, avec leur sens juste et leur cœur droit, les croyants avec les ressources de leur foi, les hommes d'expérience avec leur sagesse, les jeunes gens avec leur esprit d'initiative, les familles de haute condition avec leurs générosités et leurs saints exemples; alors, le peuple finira par comprendre de quel côté sont ses vrais amis et sur quelles bases durables doit reposer le bonheur dont il a soif ; alors, il s'ébranlera vers le bien, et dès qu'il mettra dans la balance des choses sa volonté puissante, on verra la société transformée tenir

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engagé sans l'avoir ni su ni voulu : c'est ainsi qu'on est lié à une famille, à une patrie, et même à l'humanité tout entière, à l'immensité de la création. lien est d'autres au contraire qui sont voulues, consenties, après avoir été élaborées systématiquement en vue de fins qu'on a choisies. N'en déplaise à M. Maurras et aux siens qui se débarrassent « du fantôme obsédant de la morale » pour n'avoir à tenir compte que de ce qu'ils appellent a l'Utilité », et n'en déplaise aussi à M. Descoqs qui ferme les yeux là-dessus, les alliances de cette seconde sorte relèvent de la moralité. Mais quelles que soient celles qui puissent se faire honnêtement, ou bien entre nations, ou bien entre citoyens d'une môme nation \ il en est une qui

à honneur de s'incliner d'elle-même devant Dieu, pour contribuer à un si beau et si patriotique résultat... »

Or c'est là l'esprit dont s'inspirent les catholiques sociaux. Mais ce genre d'alliance ne ressemble en rien à une coalition d'intérêts ni à une entente par et pour des résultats bruts, avecun parti contreles autres partis .

1. Une idée, qui n'est sans doute pas nouvelle mais qui a pris une forme nouvelle s'est fait jour, d'après laquelle dans une nation, parmi ceux qui vivent sous les mêmes lois et qui, s'ils en souffrent d'une part, en bénéficient cependant d'autre part, des groupes ou, comme on dit, des classes peuvent se constituer pour

ne peut jamais se faire, c'est celle de l'Eglise, et par conséquent des catholiques en tant que catholiques, avec une nation ou avec un groupe particulier contre d'autres nations ou d'autres groupes, en vue par là de faire triompher extérieurement le catholicisme, soit par la force, soit par d'autres moyens de même ordre que la force. Et combien surtout une telle alliance répugnerait-elle profondément si ceux avec qui on s'allierait étaient des infidèles ou des incroyants décidés !

Et, s'il en est ainsi, c'est que la fin propre de TEglise, la tin qu'elle poursuit par la mission

lutter contre les autres groupes ou les autres classes, sans tenir compte de la légalité, c'est-à-dire en faisant abstraction du pacte social par lequel on continue néanntioins de rester lié et auquel inévitablement on continue d'avoir recours. Cette théorie qui est celle de la Confédération générale du travail, est aussi celle de VActîon française. Elle est révolutionnaire et anarchique au premier chef. Prétendre que par là on veut rétablir la tradition, n'y change absolument rien. Et le paradoxe d'une telle situation c'est que, tandis qu'on exige impérieusement de la légalité régnante toutes les garanties possibles, on se refuse à lui en donner aucune et on s'attribue le droit de la « saboter » par « tous les moyens ».

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expresse qu'elle a reçue, est au-dessus de toutes les contiDgences qui partagent les hommes en nations et en groupes '. Ceci, je pense, personne n'osera le nier. Et si ce n'est pas ce qu'on signifie quand on proclame, d'une pari, que l'Eglise ne doit sinféoder à aucun parti et quand on réclame, d'autre part, qu'elle soit indépendante des puissances de ce monde, que sera-ce donc? L'Eglise, j'entends l'Eglise de la terre, existe pour une fin qui est l'Eglise du ciel : elle en est le moyen en même temps qu'elle en est l'ébauche,et sans cette fin elle n'a pas de raison d'être. Or à l'Eglise du ciel tous sont appelés. L'Eglise de la terre par conséquent se doit à tous, et se mettre avec les uns contreles autres, quels qu'ils soient, ce serait pour elle abdiquer sa mission qui, le cas échéant, est de courir après la brebis perdue, en laissant au besoin à la garde de Dieu les quatre-vingt-dix-neuf autres. Maissinous imaginons que, par dessus lemarché, il s'agit ici d'une alliance non seulement

1. Aussi serait-il temps den finir avec ces billevesées de < catholicisme national » qui se transforme en outre en catholicisme de classe et en catholicisme de parti, comme si les mots ne hurlaient pas de se trou- Ter accouplés.

avec des incroyants avérés, mais avec des athées systématiques et pratiquants qui se proposent explicitement d'organiser la société d'après un ordre positiviste, on juge ce que cela peut devenir et nous avons vu ce que cela devient. N'est-ce pas la méprise la plus fondamentale qui se puisse commettre ? Et, en outre de toutes les négations, de tous les blasphèmes, de tout l'immoralisme sur lequel il faut passer condamnation, admirez encore la beauté du système en ceci que des athées doivent prêter main forte à des croyants pour mater les hérétiques et, en reconnaissance d'un tel service, être non seulement tolérés, mais félicités et remerciés pour leur œuvre de haute et saine raison. M. Descoqs et M. de la Brière qui vient à son aide considèrent évidemment que c'est là un cas de a coopération tout indirecte » à leur (( impiété ». Et on ne saurait mieux faire, à leurs yeux, que d'être parfaitement libéral pour ceux qui s'entendent si bien à combattre le libéralisme sous toutes ses formes.

Quand A. Comte essaya d'entrer en relation avec les Jésuites, l'alliance qu'il avait à leur proposer était exactement du même genre que celle-ci, puisque ce qu'il demandait, c'était que

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