‹ Positivisme et catholicisme à propos de l'Action FrançaiseChapitre 96 sur 124 · Mai 190d. Séance du 2o février 1905, p · texte numérisé non relu

Mai 190d. Séance du 2o février 1905, p

blesser les consciences, des croyances qu'il ne partage pas. Cette réponse est la suivante : que le professeur, en tant que professeur, a « à enseigner non ses propres convictions, mais comment on se fait des convictions sincères et respectables » ^ M. Descoqs, en reproduisant et en soulignant cette phrase, ajoute en note qu' « un tel conseil sous cette forme générale paraît très difficile, pour ne pas dire impossible à suivre par un professeur catholique ». Et qui donc après cela, parmi ses lecteurs, ne sera persuadé qu'en effet Testis, en défendant M. Blondel, prescrit l'attitude du silence officiel et justifie la neutralité du professeur ?

Mais c'est là exactement le contre-pied de sa pensée. Et si M. Descoqs a lu en entier le texte auquel il nous renvoie, il ne peut pas ne pas avoir senti qu'ici il paye d'audace. Car c'est justement à la fois contre une neutralité qu'il condamne absolument et contre une indiscrète intrusion de l'histoire critique des religions dans renseignement donné par des maîtres étrangers ou hostiles, que s'insurge le contra-

1. On voudrait bien savoir quel conseil donnerait M. Descoqs à ceux de ses amis incrédules qui seraient chargés d'enseigner.

LA THESE ET l'hYPOTHÈSE :?55

dicteur de M. Apptihn. « L'abstention totale, dit-il, est impossible et mauvaise. Pas plus qu'on ne laisse jeûner un enfant pour attendre qu'il ait l'âge de philosopher sur la vie et de savoir s'il accepte librement d'entretenir son existence, on ne saurait refuser tout aliment religieux à l'âme encore en tutelle, sous pre'texte de réserver son choix futur ' ». Peut-on affirmer plus énergiquement l'erreur de la neutralité ?

M. Blondel, d'autre part, n'est pas plus tendre pour l'embrigadement sectaire, non plus que pour Tattitude de dissimulation respectueuse et de juxtaposition intéressée. « Le rôle du professeur, dit-il (it s'agit de l'enseignement public tel qu'il résulte des circonstances présentes), ne sera jamais de substituer une crédulité à une autre crédulité ; son rôle ne saurait être que de préparer, d'initier méthodiquement l'esprit qui lui est confié à transformer la crédulité initiale en une foi éclairée, morale, tous éléments qui sont les conditions nécessaires, mais non suffisantes d'une foi religieuse, digne d'une âme libre ». C'est ainsi que le professeur, pour

i . Bulletin de la Société française de philosophie, t. V, p. 167, de Tannée 1905.

ne pas empiéter sur « le rôle des ministres de la religion même », se trouve avoir à enseigner non ses propres convictions, mais comment on se fait des convictions sincères et respectables (( et que, s'il laisse apparaître ses convictions intimes», ce sera « comme un exemple personnel de droiture, de réserve et de liberté » *.

Voilà ce que M. Descoqs appelle «neutralité,... indifférence..., détachement à l'égard delà vérité..., conseil très difficile, pour ne pas dire impossible à suivre par un professeur catholique ». Voilà de quelle manière il en use avec les faits et les évidences les plus littérales - .

i. Si M. Blondel avait dit que le professeur doit enseigner la religion, M. Descoqs n'aurait certainement pas manqué de signaler là une invasion du sanctuaire par le laïcisme.

2. Et quand, à ce propos, il reproche en générai à M. Blondel de collaborer au Bulletin de la Société française de philosophie, que veut-il insinuer par là? Que signifie « la facilité excessive » dont il parle ? car enfin il faudrait mettre sous ces mots si graves un sens précis. Oui ou non, est-il mauvais de porter un témoignage bon dans un milieu quel qu'il soit ? Et S. Paul coopérait-il au paganisme en allant à l'Aréopage ? Et oui ou non, M. Blondel a-t-il atténué, dénaturé une vérité pour faire accepter son concours? Oui ou non, n'est-il pas au contraire toujours intervenu pour expo-

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