‹ Possibilités et Conditions d'une Politique ImpérialeChapitre 25 sur 119 · Jacques Bainville, La troisième République, Fayard · texte numérisé non relu

Jacques Bainville, La troisième République, Fayard

mais nous méconnaissons trop souvent les ressources qu’elles peuvent nous offrir, les débouchés que nous devons y trouver :.

J'entends bien l’objection. Il n’est point question certes, de revenir en arrière à ces pactes surannés que nos doctrines d'expansion ont d’ailleurs définitivement condamnés. Mais l’accroissement de nos échanges avec nos colonies nous place en présence d’un fait qui ne peut être négligé.

Si nous demandons plus à nos possessions, si nous payons nos achats étrangers en denrées coloniales, nous améliorons doublement notre balance commerciale ; nous contribuons aussi à l’enrichissement d’un domaine qui tend à devenir notre meilleur acheteur.

Ainsi le problème est à deux faces. Il y à le côté des importations qui est celui de la demande. II est lié à la mise en valeur. Encore faut-il que les productions que nous allons développer ne soient pas concurrentes des nôtres, sinon nous aboutirions à un conflit qui n’a pas toujours été évité.

En regard, il y a le côté des exportations, de la recherche des débouchés. N'’est-il pas fonction de l’accroissement du pouvoir d’achat des populations indigènes ? et n’est-ce pas précisément en mettant en valeur, en favorisant aussi les transactions de nos colonies avec l’étranger, que nous arriverons à ce résultat ?

En somme, la question est une. Elle forme un tout inséparable. Elle réclame pour sa solution une communauté de vués, une continuité d’action qui sont à la base d’une politique impériale.

4. Nous occupons le deuxième rang après la Grande-Bretagne dont le domaine colonial représente une superficie de 24.909.316 kilomètres carrés, et une population de plus de 403 millions d’habitants.

* # * SECTION 1. — LES IMPORTATIONS DE LA FRANCE ÆET SES RESSOURCES COLONIALES

Il n’est point dans nos intentions de procéder ici à l’inventaire détaillé de notre production coloniale 1.

Une telle étude dépasserait de beaucoup le cadre d’un exposé qui doit rester celui de l’action d'ensemble à réaliser pour harmoniser la vie de notre Empire. Il importe cependant dans chaque cas particulier de placer en regard de notre demande ce que nous offrent nos colonies et d’étudier

ce que nous sommes en droit d’en attendre pour le ravitaillement de la métropole. |

Il s’agit en l’espèce d’un ensemble de produits alimentaires, industriels, forestiers, animaux, et minéraux d’importances diverses.

1. Cet inventaire a été dressé à plusieurs reprises. A titre rétrospectif on -consultera utilement :

— À. Sarraut. La mise en valeur des colonies françaises, Payot, 1935, déjà cité.

— Les cahiers du redressement français, m° 34,in-16, 1927, déjà «cité.

— Conférence du Commerce colonial. Monographies éditées par le Comité national des Conseillers du commerce extérieur 1933.

— Note dactylographiée. Résumé sommaire des travaux .du Comité-de préparation de la conférence économique coloniale, avril-juillet 1934.

— Conseil national économique. Les relations économiques enire la France.et.ses colonies, rapport présenté par M. G. Dayras,Imp. Nat.,1934.

L’inventaire des ressources minières a été dressé par Le Comité d’études -minières pour la France d'outre-mer, dirigé par M. F. Blondel.

Pour les périodes récentes, outre les statistiques des douanes, le Bulletin de la statistique générale de la France publie chaque année dans le fascicule de juillet-septembre des tableaux relatifs au commerce entre la France et ses possessions. Ces tableaux établis par catégorie de marchandises portent sur le commerce spécial (admission temporaire comprise) exception faite toutefois pour la vanille ‘et le thé qui donnent lieu à d'importants mouvements d’entrepôt et qui'sont en conséquence étudiés au titre du commerce général.

Ce qui frappe tout d’abord c'est que les uns sont directement concurrents des nôtres, soit parce qu’ils proviennent de colonies situées dans la zone tempérée : céréales et vins de notre bloc nord-africain; soit parce qu’ils ont, comme le riz, le rhum, le sucre de canne, un succédané européen. Il va sans dire que leur étude présente surtout de l’intérêt si on l’envisage sous l’angle de mesures prises pour éviter les conflits qui ne pouvaient manquer de se produire.

Le but va être d’en faire des productions complémentaires et ce résultat pourra être atteint tant au point de vue qualité qu’au point de vue quantité.

Il en est d’autres au contraire qui ne concurrencent pas directement les produits de la métropole. Ce sont toutes les spécialités coloniales, les fruits et primeurs, les ressources du sous-sol. Nos efforts devront tendre au développement de la production, à,son adaptation, à la demande par des sélections appropriées.

Mais qu’il s’agisse de lune ou de l’autre catégorie, il sera dans tous les cas nécessaire de rechercher à l’extérieur des débouchés pour les quantités que nous ne pouvons pas consommer, Nous touchons ici aux nécessités de la politique dont la production complémentaire et la standardisation ne représentaient déjà que des aspects.

A. — Les productions concurrentes.

Page 1