‹ Possibilités et Conditions d'une Politique ImpérialeChapitre 6 sur 119 · Pierre Lyautey. Chine ou Japon, p · texte numérisé non relu

Pierre Lyautey. Chine ou Japon, p

2. Clément Juglar. Des crises commerciales et de leur retour périodique en France, en Angleterre et aux États-Unis, 2° éd., 1889.

3. Bertrand Nogaro. « Le marché mondial du blé et la crise», dans Revue Politique et Parlementaire, 10 mai 1935.

d'Europe qui produisent maintenant à bas prix non seulement les céréales et les matières premières essentielles mais aussi tous les produits alimentaires de première nécessité que les progrès de l’industrie frigorifique permettent désormais de transporter à des distances considérables.

La fermeté relative des prix dans les pays de l’ancien monde en particulier en France, devait inciter ces nouveaux producteurs à y rechercher des débouchés avantageux. Ce ne pouvait être sans péril pour notre économie tout entière et des mesures gouvernementales $’imposèrent d'extrême urgence. Il ne pouvait être question de relever immédiatement les droits de douane consolidés en général dans des traités de commerce. On prit donc la décision de réglementer directement les importations en les renfermant dans des limites, des contingents, basés sur les chiffres des années normales 1927 à 1929.

A vrai dire, la doctrine du libre-échange, avait subi un recul sensible depuis un certain temps déjà.

Les États-Unis à partir de 1867, l'Allemagne dès 1879 étaient revenus à un système de protection. La Grande- Bretagne adopta en 1919 le régime de préférence coloniale dont Joseph Chamberlain s'était fait le défenseur et la conférence d'Ottawa en 1932 l’étendit aux différentes parties de l’Empire britannique.

En France, les lois du 11 juin 1892 et du 29 mars 1910 rompent définitivement avec le libéralisme et consacrent le régime du double tarif autonome. Les nécessités de la guerre et de l’après-guerre viennent d’abord aggraver cet état de choses et les diverses mesures prises AU COuTS de cette période trouvent leur expression définitive dans

une loi promulguée le 28 décembre 1928. La conclusion d'accords commerciaux marque cependant un temps d'arrêt et un retour à une conception plus libérale. Mais à partir de 1929 la baisse des marchandises étrangères commande l'application d’un protectionnisme renforcé. Inauguré en mars 1931, le procédé des contingentements s'étend bientôt à plus de 1.700 produits et l’étranger ne tarde pas à nous suivre dans une voie qui va être celle des représailles douanières et de la guerre économique.

Dès lors les avantages de la division internationale du travail qui avaient fait la prospérité du siècle précédent disparaissent peu à peu.

La volonté des États se substitue à celle des particuliers dans la conclusion des marchés et si nous nous reportons aux études de Sumner Maine? c’est, à n’en pas douter, un recul de civilisation.

Les poussées nationalistes, viennent encore accroître ces tendances à l’autarcie en postulant pour chaque État la possibilité de vivre en économie fermée.

En peu d’année le monde est revenu à un système économique qui rappelle assez bien celui du moyen âge.

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La décadence financière de l’Europe n’a pas été étran-

gère à ce résultat.

1. Jean Weiller. « Principes et répercussions du contingentement des importations d’après l’exemple français », dans Revue Economique Internationale, juin 1932.

Roland Maspetiol. « Les tendances récentes de la politique douanière française », dans Reoue Economique Internationale, août 1932.

2. Henry James Sumner Maine. « Dissertation on early law and custom 1880 », Lectures on the early history of institution 1875.

C’est que la crise des prix se double d’une crise monétaire et les deux phénomènes réagissent l’un sur l’autre en $s’aggravant mutuellement.

Pendant tout le cours du siècle précédent, l’Europe avait été le banquier du Monde. Chaque année ses capitalistes investissaient dans les entreprises d’outre-mer, des sommes que le professeur Alberto Beneduce, estime avoir atteint le total de 40 milliards de dollars en 1914.

Elle en tirait des revenus, qui étaient notablement supérieurs à ses achats dans ces mêmes pays et sa balance commerciale demeurait constamment favorable.

La guerre donna le coup de grâce, à cette situation privilégiée. Pour faire face aux nécessités de la défense nationale, les États belligérants rapatrièrent leurs capitaux et mangèrent le fonds avec le revenu. Ils s’endettèrent au delà de leurs possibilités financières, tandis que leurs créanciers grisés de richesses, suréquipaient une industrie qui se trouvera bientôt aux abois faute de débouchés ; ruinée par suite du non-renouvellement des crédits à court terme avec lesquels elle avait été en général financée.

Ajoutons à ce total plus de 40 milliards de francs-or engloutis en Russie :, à la suite de la révolution d’octobre et nous aurons une faible idée de la masse de capitaux définitivement perdus.

L’appauvrissement qui en est résulté pour le monde entier est immense et l’effrondrement général des monnaies ne sera qu’une conséquence de cette série de catastrophes.

Inflation, cours forcé, stabilisation à un taux inférieur, moratoires représentant avec quelques variantes,

1. Selon les statistiques de l’Institut des recherches économiques soviétiques.

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l'histoire finaneière de chacun des pays au eours des dernières années.

Les dévaluations successives, l'instabilité ‘des changes, les restrictions concernant lexportation des devises et l'importation ‘des marchandises ont créé une atmosphère d’inséeurité ‘telle que le crédit international en est définitivement ‘ébranlé.

Aux espérances de l'après-guerre devant æne-production croissante suceède désormais une angoisse sans précédent.

“La :surproduction «et la mévente génératriees du chômage) ont faitsentir leurs atteintes dans tous les pays et la crise:prend:de jourcen jour une tournure saciale:qui retient l'attention dé:tous. |

Le proteetionnisme avait ouvert une première brèche dans Péeonomié libérale. Ce nouvel aspect: des événements, oriente:de plus en plus les gouvernements :vers les systèmes :-d’économie dirigée.

«L'Italie ét l'AHemagne :ont ouvert Ja: voie ; les :autres pays suivent-le mouvement.

-Deux:eonceptions s'affrontent, inconeiliables ‘en apparence, qui ne sont en réalité que des expressions difrérentes d’un même état totalitaire. Si l’on fait .abstraction de la question . d’appropriation des :biens, il reste que lune fait le plus. grand cas des valeurs morales qui sont niées par l’autre; mais les deux se caractérisent également par l'intervention croissante de l’état dans tous les domaines de la vie économique et sociale, la négation à peu près absolue de la liberté du commerce et de l’industrie.

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