RIZ. RHUM. SUCRE
Ce que l’on peut dire du blé et du vin, est également vrai des autres produits concurrents de ceux de la Métropole.
Le problème du riz indochinois a perdu sans doute de son acuité depuis la réouverture des marchés d’Extrême- Orient. Mais, est-ce une raison pour continuer à ignorer que la Syrie, pour ne citer qu’un seul exemple, pourrait être un gros consommateur et que nous achetons nous-
. mêmes à l’étranger les qualités supérieures qui sont Com-
plémentaires de nos céréales ?
Nous avons étudié par ailleurs les questions relatives au rhum et au sucre de canne. Nous savons que les conflits qu’ils ont soulevés, ont été réglés par le moyen de contin-
gents. C’est une solution peut-être, maïs il faut bien le dire une solution négative qu’une organisation méthodique de l’Empire devrait toujours permettre d’éviter, en découvrant ou en créant dans nos possessions les débouchés qui nous font faute.
Mais alors, c’est qu’il y à aussi un manque d’organisation ?
Il faut malheureusement le reconnaître en même temps que le déplorer. Beaucoup trop reste à faire, aussi bien dans le domaine de la production que dans celui de la distribution. Il y à lieu de développer largement, nous l’avons vu, tous les produits non concurrents ; ils sont loin encore de faire face à tous nos besoins. Cela relève sans doute de la mise en valeur, mais n'est-elle pas subordonnée pour
AU
les produits minéraux à une prospection qui reste à faire ? Et puis, il ne s’agit pas seulement de produire, il faut encore vendre. C’est toute la question des transports et de l’adaptation du marché qui se pose ; sans compter qu’il faut songer dès maintenant, par une meilleure organisation de la production, à diminuer les prix de revient pour le jour où le marché métropolitain étant saturé, il y aura lieu de se tourner avec des arguments décisifs du côté du marché mondial.
La question de prospection minière à été présentée avec beaucoup d'esprit et d’à propos dans un article du Temps par Pierre Mille, qui, devenu pour là circonstance gouverneur de colonies, adressait à son ministre le compte rendu suivant ! :
« Les années de vache maigre se faisant de plus en plus « maigres, Alors nous avons rogné sur tout. Sur nos pro- « pres appointements, oui, Monsieur le Ministre, nous « avons eu cet héroïsme. Sur les appointements de nos « fonctionnaires à qui nous avons imposé le même héroïsme. « Et nous avons aussi réduit leur nombre.
« Cela surtout n’est pas sans inconvénient. Sûrement, « il peut y avoir des fonctions inutiles. Mais il y avait aussi « des fonctions utiles, et même de celles-ci il n’y en avait « pas assez. Cette affirmation peut paraître paradoxale : « elle n’est par malheur que trop fondée.
« Vous savez bien, Monsieur le Ministre, que, par un « apparent et déplorable miracle géologique, la colonie du « Congo belge, les colonies anglaises, de la Nigeria, de la
1. « L’armature scientifique et technique de nos colonies va-t-elle disparaître ? » dans Revue Politique et Parlementaires, 10 mai 1935.
« Côte d'Or, en Afrique semblent richement minéralisées, « qu’on y exploite le manganèse, le plomb, même For et le diamant ; et que, toujours par un même apparent miracle, mais en sens contraire, cette minéralisation « semble s'arrêter juste à la frontière de nos colonies « françaises. Mais ni votre perspicacité, ni votre compé- « tence n’en ignorent la eause : C’est que nous n’avions, « quand ils existaient, que des embryons de services « géologiques, de prospection minéralogique.. Et c’est «la même chose pour l’agriculture, pour les pêcheries. « Au lieu de développer les embryons de recherches agri- « coles, géologiques, minières, c’est là dedans que nous « avons dû sabrer. Pour cette simple et suffisante raison « qu’il ne fallait pas toucher à l’administrateur, d’ailleurs « parfois réduit à la portion congrue, car Fadministra- « teur est celui qui perçoit l'impôt sur lindigène. Or, « étant donné la diminution du rendement des douanes, « l'impôt indigène devient notre principale ressouree. « Mais ainsi nous avons sacrifié Pavenir au présent. »
Une question de cette importance n'avait pas échappé à la commission spéciale des productions minières de la Conférence économique de la France métropolitaine et d'outre-mer. Elle avait conclu à la nécessité de créer un organisme minier, qui, sous la forme d’une fondation technique dotée de la personnalité civile, serait chargé de procéder à l'exploration géologique et minière de nos possessions.
Ses attributions eussent comporté :
1° La création et le contrôle technique avec l'appui et l’accord des gouvernements locaux intéressés, d’établissements coloniaux ayant pour but l'exploration géologique et minière des possessions françaises d'outre-mer.
29 La constitution et la publication d’une documentation sur la géologie et les gisements miniers coloniaux.
39 L’organisation de cours et stages pour la préparation d’un personnel technique spécialisé pour les colonies.
49 L'aide apportée aux laboratoires s’occupant de recherches géologiques et minéralogiques.
50 L'organisation de missions géologiques et minières dans nos possessions d'outre-mer.
Cette fondation « accomplirait sa mission d'exploration « géologique et minière dans les diverses colonies par l’in- « termédiaire d'organismes locaux, sortes de filiales éta- « blies et fonctionnant avec l'appui des autorités eolo- « niales :. »
Il eut été plus simple peut-être, de confier cette tâche à un établissement déjà existant comme par exemple le Bureau d'Études Géologiques et Minières pour la France d’outre-mer qui, créé par le décret du. 17 août 1931, avait déjà donné des preuves de sa valeur en nous dotant d’un inventaire des ressources déjà existantes.
En tous cas, l’essentiel reste à faire. S’en remettre uni-
quement à l’industrie privée du soin de prospecter notre
Empire paraît insuffisant ; elle ne peut faire preuve des vues d'ensemble qui sont nécessaires et par ailleurs, les dépenses à engager sont souvent disproportionnées avec les bénéfices qu’elle peut légitimement attendre de son activité. Il semble donc qu’en cette matière, une collaboration effective entre l’État et l’activité privée représente la formule la plus heureuse. C’est en tout cas celle du
1. Conférence Economique de la France Métropolitaine et d’Outre-mer. rapport d'ensemble de la commission spéciale des productions minières, p. 13. Président M. Galliot, rapporteur général M. J. Picard, rapporteur adjoint M. Blondel, secrétaire général du Bureau d’études géologiques et minières coloniales.
Comité du Katanga qui a fait ses preuves et duquel, MM. Hoffherr et Mauchaussée ont cru devoir, dans un livre remarquable, rapprocher le bureau minier marocain :. Des expériences ont été tentées en ce sens en A. E. F., entre l'Office National des Combustibles Liquides et le Gouvernement Général, pour la recherche des gisements de pétrole et les résultats ont été probants.
Quoi qu’il en soit, il est bien certain que nous devrions depuis longtemps être sortis du stade des « expériences » et avoir adopté une politique de réalisation. En effet, il suffit de se reporter à l'inventaire que nous avons dressé de nos possibilités minérales, pour constater que cette négligence se chiffre par un déficit de plusieurs milliards de francs chaque année pour notre balance commerciale. C’est une considération positive sans doute, mais il en est une autre plus importante encore : c’est qu’il ne faut pas qu’un jour, prochain peut-être, on vienne reprocher à la France d’avoir failli à sa tâche, en négligeant d'exploiter des ressources qui sont indispensables à la prospérité des nations ?.
Ce qui est vrai des ressources du sous-sol l’est également, mutatis mutandis, en ce qui concerne les produits de l’élevage et de l’agriculture. A vrai dire, ce n’est plus une question de découverte, puis d'exploitation, qui se pose, mais un problème d'adaptation à la demande. Ce qu’il faut, c’est une préparation scientifique et technique qui permette d'obtenir des produits de bonne qualité, à des
1. R. Hoffherr et M. Mauchaussée. Formules modernes d'organisation minière africaine, Sirey, 1933.
2. Henri Hauser. « La question des matières premières et la cou tion des colonies », Revue Econ. Int., janvier 1937, déjà cité.
ie.
prix de revient abordables. Dans ce but, disait Pierre Mille, il faudrait « non seulement multiplier les labora- « toires et les jardins d’essais, mais donner à l’indigène « des professeurs d'agriculture ». Boutade, peut-être, mais qui contient un trop grand fonds de vérité pour qu’il ne soit pas inutile de la répéter ici. Car, en définitive, ce n’est pas au colon ou à l’indigène que l’on peut demander de discerner les cultures qu’il faut ou non développer ; l'utilité des laboratoires et stations de recherches s’avère indispensable et, qui plus est, nous verrons qu’en haut lieu, il est besoin d’un organe coordinateur qui oriente tous ces travaux dans le cadre unique d’une politique complémentaire. :
Employer ici des expressions importées mérite vraiment excuse, mais avons-nous le choix pour caractériser le produit-type, la qualité « Standard » qui doit faire prime sur le marché. “
Les reproches que l’on peut faire en cette matière à nos produits coloniaux sont trop souvent justifiés, et si nous songeons au succès que lui doivent certains pays étrangers, nous saisissons dans son ensemble toute l’importance de la question.
Sans doute, s’il y avait seulement à établir des caractéristiques pratiques, la standardisation serait, somme toute, facile ?, mais où les difficultés naissent, c’est lorsqu'il s’agit de produire les qualités diverses qui ont été défi-
1. Gratien Candace. « Standardisation et politique économique coloniale », dans l’Exportateur français, 22 juin 1933.
2. Les standards ont été établis pour la majorité des produits. Voir par exemple :
Fruits et primeurs, rapport de M. de Lestapis, déjà cité ;
Thés d’Annam, rapport par M. Digonnet, déjà cité ;
Caoutchouc, rapport de M. W. Hausser, déjà cité ;
nies, Si nous ajoutons à cela que l’organisation des transports et du marché reste trop souvent à faire, nous aurons déjà une faible idée du problème complexe qui se pose.
La défense des offices de conditionnement semble désormais superflue. La conquête du marché français par les fruits de Californie en dit plus long à ce sujet que les plus éloquents commentaires. Aussi, là création dans nos possessions d'organismes tels que l'Office chérifien de contrôle et d’exportation 1, l'Office algérien d’action économique et touristique ou l’Office tunisien de standardisation? munis des marques Maroc, Algeria et Tunisia, représente un indéniable progrès.
Mais il y à deux choses qu’il ne faut pas perdre de vue.
C’est que, tout d’abord, la notion de qualité standard doit rester malléable et s’adapter constamment aux besoins de là clientèle dont elle demeure la raison d’être ; le congrès de la standardisation organisé en 1931 par l’Institut Colonial Français à souligné que, dans cette voie, les magnifiques résultats obtenus par l'Afrique du Sud étaient dus à une collaboration effective entre producteurs, importateurs et exportateurs *.
11 semble done, et c’est notre second point, que leurs syndicats soient appelés à jouer ici un rôle de premier plan ; l’estampillage devenant ainsi une suite logique des vœux qu'elle à trop souvent devancés. Car ce n’est pas, bien entendu, en collant l’étiquette « Maroc » sur de mau-