‹ Posthumes et revenantsChapitre 41 sur 43 · M. Guiiot, Shakespeare et son temps ^ p · texte numérisé non relu

M. Guiiot, Shakespeare et son temps ^ p

De Targent 'd'abord, puis de la vertu, s'il en reste ! Non, nous n'avons pas in venté la passion de Tor. On remplirait cent volumes des plaintes qu'elle a arrachées aux moralistes de tous les temps, aux fidèles de Jufâter et à ceux du Christ, aux Césars et aux papes, aux croyants et aux philosophes. Mais savez-vous? Défiez-vous du luxe, quand un air libre, un contrôle vivifiant, la raison publique^ n'animent pas et ne règlent pas cet ^ssor de la prospérité générale I En sommes-nous là? A Dieu ne plaise que je porte ici, dane cette calme enceinte, sur mon époque et sur mon pays, un jugement si sévère! Nous sommes sortis des temps difficiles et des défilés périlleux. Une lueur de liberté saine sourit à nos travaux. L'opinion, une reine, dit*on, est en train de rajuster sa couronne sur son front longtemps dépouillé. Confiance donc, ici surtout. Monsieur, où l'étude nous apprend à ne désespérer de rien, et nous soutient quand il faut tout craindre.

Et tenez, quand un pays est bien occupé de ses grandes affaires, il est moins asservi aux petites. « L'argent, disait madame de Lambert, est un bon serviteur et un mauvais maître. » Faites-le servir au bien sous toutes ses formes. Ne lur livrez ni Socrate ni Jésus I Ne laissons pas dire dans le pays de l'honneur et de l'esprit, de toutes les noblesses naturelles et héréditaires, que tout est perdu hors l'argent. Ne laissons pas faire sur le marché la cote de nos vertus et de nos vices. Combien ce sourire et cette courbette? combien ce dévouement? Combien cette prose et cette poésie?....

Des poètes tels que vous. Monsieur, et tels que l'auteur de Galilée, sont bien au-dessus de pareils reproches. Us en sont au besoin les nobles et courageux organes. Vous n'entrez pas à l'Académie pour rencontrer aucune opposition au sentiment qui a dicté quelques-unes de vos dernières et de vos meilleures ëpitres» celles où le spec-

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tacle des folies prodigues de notre temps vous a si remarquablement inspiré. M. Ponsard non plus, quand il fut reçu dans cette compagnie, n'avait pas eu à retenir les paroles qu*il lui adressait d*un accent si élevé et si libre. Certes, il ne comptait, lui, dans aucun des partis qui se disputent rinfluence politique, en France, depuis cinquante ans. Naturellement libéral, il Teût été sous- Périclès ou sous Auguste, sous Léon X ou Louis XIV, de la même manière, avec une sorte d'ingénuité forte et incorruptible. Son dernier drame, Galilée^ dont il est impossible de parler après vous. Monsieur, cette belle élude où la sève du libre esprit abonde, était dédiée à un prince. Rudement traité par la foilune, à laquelle il n'avait jamais vendu son art, tout le monde sait comment le généreux lutteur, héroïquement acharné à cette œuvre suprême, était venu mourir, et de quelle mort! sous le toit hospitalier d'un admirable ami. Aussi, quand il réclamait jl y a douze ans, pour l'Académie française, le droit de penser et de sentir, de recevoir et de propager, dans l'ordre des idées, les impressions extérieures et contemporaines, M. Ponsard n'était pas suspect. « Simple homme de lettres, disait-il, je n'ai à parler que d'un homme de lettres (il succédait à Baour-Lormian). » Est-ce à dire que le seul rôle qui convienne à la littérature soit une discrète neutralité en présence des événements ? Est-ce à dire que, dépouillée de conviction, elle doive abdiquer toute ininfluence sur l'esprit public et les affaires du pays ? Ce serait l'amoindrir singulièrement et lui ôter ses plus beaux titres de noblesse.

Dans une longue enfance on la ferait vieillir !

« On la réduirait à n'être plus qu'un amusement frivole, un art matériel comme ceux qu'on abandonnait, dans Rome, aux esclaves et aux affranchis ! »

J*aime à finir, Monsieur, par ces graves paroles du plus modéré des hommes et du pluâ sincère.

La tribune nous reprochait récemment, dans une assemblée de législateurs, d'être une a académie politique ». La tribune est une ingrate! Oui, nous choisissons parfois des confrères parmi ses orateurs les plus illustres. Et elle s'en plaint ! On a fait de semblables choix sous tous les régimes. La chaire chrétienne nous reproche- t-elle de lui prendre tantôt un éloquent évéque, tantôt un prêtre de l'ordre de l'Oratoire ou de Saint-Dominique ? Un prédicateur qui a du génie, un docteur qui a écrit de beaux traités de morale évangélique, fils de l'Église, ne sont-ils plus membres de la grande famille littéraire de leur pays ? Est-ce qu'un grand orateur parlementaire n'est qu'un politique? L'illustre . Berryer n'était-il qu'une savante mécanique entre les mains d'un parti ; Lamartine, un grand orgue d'harmonie dont un pied étranger pressait les pédales retentissantes? Défendons-nous, Monsieur, de la politique passionnée et de la polémique courante. Personne ne vous reprochera, à vous, d'y avoir jamais sacriGé. Laissons vibrer l'instrument sonore qu'anime un esprit libre et que remplit une âme généreuse. Vous avez reçu mission d'ajouter à son charme et à sa puissance. Vous n'avez ici qu'à continuer votre œuvre et à remplir votre destin.

RÉPONSE AU DISCOURS DE R^GEPTIOlf

Di K, lom LKHoinni'.

Monsieur,

Vous Tavez dit avec raison, et je le dirai à mon tour, sans être arrêté par votre modestie : vous entrez ici comme journaliste. Laissez-moi ajouter que si vous avez été, dès votre première candidature, accepté par notre compagnie, c*est que, comme puUiciste, vous avez été distingué parmi les meilleurs, que vous avez gardé un style original dans cette confusion des langues qui caractérise trop souvent les luttes de la presse périodique, et enfin que vous avez montré, dans une circonstance récente et terrible de'notre histoire, comment la plume peut devenir, au milieu d'un grand péril social, une arme vaillante dans la main d un homme de cœur.

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