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fortunatos nimittm, ma ai hom nùrintf

Agricoloêl,.^

POSTHUMES ET RETENANTS. 531

surcroît de salaiiv. que Favide entrepreneur lui paye aux dépens de tous. C'est alors qu'il apprend à sentir la misère sous sa forme la plus hideuse, la misère en face du luxe, au milieu des folles joies d'une grande ville. Dans les Epîtres rustiguesy c'est le même sujet qui vous inspire, avec une sorte d'amer regret d'avoir été mal compris. Nous sommes en 1861 ; la désertion des campagnes continue. Sur la ferme abandonnée vous hissez le pavillon de détresse. Bientôt une noble indignation vous saisit; votre idylle impuissante se fait satire. Ah{ n'exagérons pas. Votre vers n'emprunte rien à la véhémence d'Ârchiloque ou à l'hyperbole de Juvénal. Votre critique se couronne volontiers de fleurs, comme pour un banquet dans le tricKnium ; elle a le rire sérieux, mais bienveillant ; du stylet satirique, elle montre plus volontiers la ciselure élégante que la pointe vengeresse; on a pu dire parfois de vos Églogués, ce que Ghamfort disait des bergeries de Florian : « J'y voudrais mettre quelques loups I » On en trouve dans vos satires. Ils ne sont pas trop méchants; il vaut mieux corriger les gens que les manger; et vous êtes fait pour convertir ceux môme de vos lecteurs que vpus avez le plus charmés. Et puis, quand vous vous êtes un peu plus fâché que de raison, comme dans l'ëpitre intitulée : Hélas ! Hélas ! l'ennui vous prend de ce Paris qui a excité voire bile, vous courez à la gare, vous voilà aux champs! A peine arrivé, vous écrivez à un ami : « Pendant que tu te consumes dans la triste contemplation de tant de misères,

Sais-tu ce que je vois?

Belle autant que jamais je vois fleurir la terre ; Je vois briller aux yeux Tazur que rien n*altére ; Ainsi qu'aux plus beaux jours, de tendresse enivré, L'oiseau chante, et les lis n'ont pas dégénéré... »

On dirait que vous avez emprunté à ces vers le titre de votre dernier recueil : le Poème des beatix jours. Ce qui le caractérise, c*est un accent lyrique plus prononcé que dans aucun de vos précédents ouvrages. Vous élevez jusqu'à son expression la plus idéale la poésie des champs. Vous épurez, dans une sorte d'extase, les joies viriles de l'agriculteur, ses grossières vertus, ses sensations égoïstes et monotones. Disciple des immortelles Géorgiques par la prétision du trait, la description fidèle, la sympathie agricole, et d'aussi prés qu'un rare talent peut approcher d'un génie unique, vous affectez davantage, dans votre dernier livre, les allures plus modernes de la poésie contemplative, et vous en avez les qualités, si voisines de ses défauts. Il y a là, malgré tout, un progrès dans votre style et comme une aspiration nouvelle de votre esprit. Vous aimez à quitter terre sans perdre des yeux les objets sensibles; l'idéal n'est pour vous qu'une sorte de seconde vue de la rea:lité palpable, et vous laissez dans les nuages ceux qui ont intérêt à s'y cacher.

Ai-je bien résumé votre œuvre? Ah ! je le voudrais. Monsieur; j'ai su l'apprécier en la relisant tout entière, et il me semble que, pensant tant de bien de vos vers, j'en ai trop peu parlé. Vous donnez un bon exemple, celui de vous corriger sans cesse et de marquer par un progrès sensible chacun de vos pas. Vous diriez presque comme notre vieux Montaigne : « Mes ouvrages, il s'en fault tant qu'ils me rient, qu'autant de fois que je lesretaste, autant de fois je m'en despite... » Vous n'êtes pas de ceux qui, ayant obtenu un grand succès littéraire, l'escomptent (c'est un mot du temps) sans se gêner avec le public contemporain, et avec la postérité encore moins. Me permettrez-vous de le dire? Je n'avais à vous relever d'aucun oubli, puisque vous êtes à cette place tant désirée où l'Académie, quoi qu'on en dise, aime à rencontrer, prècé-

dant les élus de son choix, le suffrage du vrai juge, qui est le public. Pourtant j'étais un peu las de vous entendre appeler, depuis 1848, fauteur de la Fille d* Eschyle, comme si depuis vingt ans vous n'eussiez rien fait. Nous avons tous ainsi, dans la série de nos travaux littéraires, un de nos ouvrages qui fait plus ou moins oublier les autres, à moins, hélas! qu'on ne les oublie tous. L'éclat d'un succès public et populaire éteint cette douce lumière qui brille modestement, au foyer de quelques-uns, sur une œuvre estimable. Les livres ont leur destin. « Âh ! disait un poète du dernier siècle, qui avait beaucoup écrit, trop écrit, l'auteur de /a Métromanie, ne me parlez pas de cette misérable ! c'est un monstre qui a dévoré tous mes autres enfants. » Les vôtres ont vécu, Monsieur, ils vivront, et le public, fort rassuré sur leur existence, pourrait me reprocher, si j'insistais davantage, d'avoir voulu leur donner un certificat de vie dont voire talent n'avait pas besoin.

L'éminent écrivain auquel vous succédez avait plus d'un point de rapport avec vous. Il était un poète, il n'avait jamais écrit qu'en vers. Comme pour vous, Monsieur, tout son bagage de prose était à peu près compris dans son discours de réception à l'Académie, qui fut jugé excellent, même après la brillante et forte réponse qui lui succéda. H. Ponsard n'avait jamais été qu'un poète, invariablement fidèle à sa passion des beaux vers, comme vous l'avez été toute votre vie.

Comment n'est-on qu'un poète dans un temps qui est, dit-on, si peu favorable à la poésie ? 11 y faut sans doute ce que Voltaire appelait « le diable au corps ». Ne vous y trompez pas, il y faut autre chose, un peu d'écho tout autour de soi.

On nous dit tous les jours : i II n*y a plus de poésie en France. » On nous dirait presque : c II n*y a plus de poètes, » le jour môme où, dans cette enceinte, c'est l'auteur de la Fille d'Eschyle qui remplace Tauteur de Charlotte Corday, Ah ! nous manquons à la poésie plus qu'elle ne nous manque. Que de gens se croient très spirituels en se vantant de ne pas aimer les vers, même les bons ! C'est se vanter d'une inOrmitè. Quant à la poé« sie, elle fait son œuvre. Remontez seulement au début de ce siècle. A quelle inspiration sérieuse a-t-elle fait défaut? Après que la Terreur avait abattu les autels, chassé et persécuté les prêtres, exilé Dieu lui-même, — pour restaurer les idées religieuses il fallait un grand docteur chrétien, un Bossuet peut-être. Un poète parut. Le Génie du Christianisme, les Martyrs étaient des poèmes. Quand l'Empire succomba sous le poids de ses fautes, entraînant la France dans sa chute, qui relevait et consolait la patrie? Un poète, celui qui nous disait :

J*ai des chants pour toutes ses gloires, Des larmes pour tous ses malheurs I

Des larmes, il en fallait beaucoup... Quand la France monarchique, frappée au cœur par le poignard de Louvel, renaissait à l'espoir quelques mois plus tard :

Versez du sang! frappez encore 1 Plus vous retranchez ses rameaux, Plus le tronc sacré voit éclore r

Ses rejetons toujours nouveaux!

Ainsi parlait Lamartine. Quand Napoléon s'éteignait dans le long martyre de Sainte-Hélène, qui le vengeait de son geôlier ? Des poètes encore, quelques-uns sortis des rangs des royalistes, qui, sans pitié pour son ambi-

tion, revendiquaient pourtant, au nom du pays, son immortelle gloire qui était la nôtre. Pendant trente ans après sa mort, de 1821 à 1851, et jusqu'à Theure où l'admiration, au lieu de rester une libre croyance, parut imposée comme un dogme politique, le poème du premier Empire ne fut pas interrompu, même dans l'histoire^ éloquente et vraie, de nos grandes guerres.

Non, la poésie en France n'a jamais manqué, depuis soixante ans, à aucun sentiment, à aucun besoin de notre pays. Le patriotisme a eu sa poésie comme l'industrie, la révolution comme le royalisme, la cabane comme le château, le salon comme l'atelier. Les « enfants du siècle » ont eu leur poète, « le vieux sergent » de la grande armée a eu le sien. Ceux qui ont fait la chasse aux rois, comme ceux qui ont couru à la « curée ji des places, ont trouvé un poète pour les entraîner ou les flétrir. A. de Vigny a chanté, dans une confession posthume, la perte de ses illusions ; Lamartine» les radieuses extases du cœur humain; M. Victor Hugo, son «crépuscule » assombri. Et non seulement tous les sentiments de l'époque ont eu leurs organes dans cette phalange si mêlée des fils de la Huse, «le plaisant pays de France », comme l'appelait Marie Stuart au moment de le quitter, a eu ses poètes, passionnés à décrire sa beauté physique, aussi bien les sommets sourcilleux de ses montagnes que ses champs fertiles et ses prairies émaillées de fleurs, les grèves étincelantes de cette mer de Provence, votre première inspiration, comme les plages de l'orageuse Armorique où se plaisait Brizeux. Ainsi le passé a eu sa part de poésie largement faite. Qui voudrait dire que le présent n'a pas la sienne, quand vous êtes là. Monsieur, entouré de tant d'amis qui vous estiment, noblement envié, hors de cette enceinte, par tant d'émulés qui vous honorent? Et si nous devions regarder aussi à l'avenir, à cette Europe si mal

faite ou si mal défaite, s*il fallait prévoir les mauvaises chances qui, du dehors, peuvent menacer la paix si chère à la liberté, Alfred de Musset y pensait avant nous. Tout le monde a lu ce défi railleur et hardi qu*il adressait au Rhin allemand ; je crois même que tout le monde pourrait le chanter : la musique, dit-on, en est déjà faite...

M. Ponsard mérite de figurer au premier rang des poètes qui ont le mieux traduit les idées de notre temps, sans les outrer, sans s*y asservir. Ce fut une erreur de croire, quand sonna son heure, qu*un chef d*école était venu. Maison le crut, et comme nous sommes un pays qui aime, quoi qu'on en dise, à être mené, on applaudit à ce jeune maître qui semblait avoir caché une férule sous le manteau de Melpomène et qui débutait traîtreusement dans le drame par une imitation de Tite-Live. M. Ponsard eut cet honneur étrange, n'étant qu'un artiste ingénu qui avait obéi à son instinct, de passer pour un magistrat de Tart qui venait faire la police dans la République des lettres et rétablir Tordre au Parnasse. Vous avez très bien marqué la mesure de cette prétendue réaction. L'auteur de Lucrèce était surtout un libre esprit, sans prétention et sans pédantisme. Volontiers solitaire, ayant trouvé vers la fin de sa trop courte existence, dans la plus charmante union, ce légitime bonheur à deux où la jeunesse s'épure et où l'âme s'affermit, il avait voulu écrire suivant son goût et penser librement, non régner. Il n'a pas été sans quelque influence sur les procédés d^art de son temps. Son temps ne l'avait ni appelé ni formé.

Vous avez, à propos de ses débuts, beaucoup parlé des classiques et des romantiques, et moi qui ai vécu au milieu de ces querelles, j'ai souri. Elles sont si loin de nous! Elles étaient, au fond, si innocentes dans leur vivacité • Elles se rattachaient, par un lien si naturel, au mouvement libéral qui emporta les esprits après' la chute de l'Empire I

Le romantisme était-il une école? J'oserais presque dire aujourd'hui que c'était pliis que cela, et qu*il faudrait le ranger parmi i les anciens partis » ; c'était le parti de la liberté dans l'art et la littérature, comme le libéralisme l'était dans la presse et le parlement. On en usait, on en abusait. J9emam était un noble fils de la Charte. M. Alexandre Dumas, un des combattants de Juillet, n'avait peutêtre pas pris le Louvre; il avait pris les trois unités de la vieille tragédie» et les avait mises, sous bonne garde, dans un de ces châteaux du Rhin qu'il a si bien décrits, fin sortiront-elles jamais ?

Notre temps, même dans cette guerre apparente des œuvres et des' systèmes, a été marqué d'une singulière insouciance dans Tordre des choses littéraires ; non qu'il ne les aime, mais il aime tout :

Sur quelque préférence une estime se fonde, Et c'est n'estimer rien qu'estimer tout le monde.

Le siècle est plein de Philintes; facile au vice sans être vicieux, sceptique dans ses idées et dans ses goûts, allant à ce qui l'amuse salis regarder à renseigne ; — courant de Marion de Lorme réhabilitée à Camille rajeunie, de Dorval à Rachel, de Roscius à Tabarin ; — flatté, il y a trente ans, dans sa sensibilité patriotique et bourgeoise par la comédie moyenne, telle que l'écrivait un charmant esprit; gourmande aujourd'hui par la comédie satirique, qui semble avoir mis par moments le fouet de Némésis dans la main de Thalle. N'importe» ainsi battue, la société est comme la femme de Sganarelle, elle est contente.

Ceux qui chercheront un jour Thistoire de notre temps dans certaines comédies modernes croiront que cette société était en effet un ramassis de filles perdues, de pères

prodigues, d*mtrigants subalternes et de coquins enri* chis. Mais soyons de bon compte, est-ce vraiment le fond de la société qu'on a voulu peindre? N'est-ce pas le tapage des mauvaises mœurs qui attire ces spirituels inventeurs plus que la profondeur du mal lui-même, sérieusement étudié, qui les provoque? Le vice a plutôt triomphé de ces peintures, dont la répétition uniforme semble le lais* ser maître du terrain. Vous Tavez dit. Monsieur, en très bons vers, quand vous avez été réduit à signaler cette inexplicable faiblesse de rhonnéte femme, si attentive aux mœurs, aux toilettes, aux prodigalités insolentes de celles qui ne le sont plus ou qui ne Tout jamais été :

A ces tableaux impurs voile-l-elle ses yeux?

Fait-elle tout son soin de la sagesse? Non, Elle n'a qu'un souci : voir de près la Ninon. Quelle est de ses amants la plus récente liste? Où loge son coiffeur, lequel vaut un artiste?... De ces menus détails, scabreux à raconter, Qu'un auteur fasse un livre, elle court l'acheter ; Qu'en drame pathétique il arrange la chose, Elle y court la première et de larmes l'arrose. Que dis-je? autre scandale à (.es yeux familiers, Que Ninon à l'encan mette son mobilier, Qu'on annonce à grand bruit cette vente, l'épouse Y court encor, fiévreuse et de tout voir jalouse; Et la plus vile aiguière, instrument de mépris, A ses yeux se transforme en relique sans prix...

Tout cela est-il vrai. Monsieur? je le crois, puisque vous le dites. Quel contraste ! une société, non pas vertueuse, mais honnête, polie, intelligente, et à côté ce monde d^exception que nous montre le théâtre. Serait-ce que la tâche la plus difficile pour le poète comique est de trouver l'intérêt et l'émotion où ils sont vraiment

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(quelques-uns de nos contemporains le prouyent encore chaque jour) dans la forte et naturelle yérité de la vie réelle, éclairée par ce maître supérieur de tous les arts, ridêal?

H. Ponsard, docile par le cœur et facilement dominé par ses affections, avait de plus une qualité qui m*a toujours attiré vers ses œuvres et fait aimer sa personne. Vous ne l'avez peut-être pas assez relevée en lui, Monsieur, cette vertu de votre éminent devancier, qui est une des vôtres, et qui est de plus, dans un écrivain, un mérite tout à fait littéraire, la sincérité. La sincérité ! que j'aime ce mot, et quel sujet de dissertation, si on avait le temps ! Marivaux rapporte que, rencontrant un jour un jeune mendiant de bonne mine et fort bien portant : (( N*avez-vous pas honte, lui dit-il, de mendier à votre âge? Pourquoi ne travaillez-vous pas? — Ah ! Monsieur, répondit le pauvre du ton le plus naturel, je suis si paresseux ! » Marivaux lui donna un louis. Si la sincérité vaut de For, même chez un vicieux, à quel prix Testimerezvous dans une Âme honnête ? Ponsard, avec toute sorte de raisonnables réserves, était essentiellement Thomme de son inspiration et de sa fantaisie ; partout très vrai, obstiné à son œuvre tant qu'elle dure, esclave de son sujet, mais ne creusant pas éternellement le même sillon, sachant changer de ciel et d'époque, alterner la tragédie et la comédie sans les confondre, sans en faire un mélange trop répugnant ou un plat trop indigeste.

En réalité, son drame est bien à lui. Il ne s'est pas plus absorbé dans ses modèles, quoique leur marque y soit,, que Corneille dans les siens. Corneille, il est vrai, les domine de plus haut. Qui ne sent, en le lisant, ce grand souffle qui vient de lui, non de Sénéque ou de Lucain, ses maîtres ? 11 semble avoir inventé. Auguste et Cinna^ Sertorius et Nicomède. M. Ponsard, lui aussi, a

donné à sa Lucrèce une grâce et une placidité qui semblent moins d*une fille de la louve, au temps de Bnitus, que d*une sainte du temps de Dioclétien. Il ne vise pas au grand éclat de ses personnages; il les colore d'une douce lumière. Il ne lés fait pas médiocres ; il les fait vivre dans une sorte de milieu tempéré. C'est ainsi que dans le royal amant d'Agnès de Méranie il a diminué, peut-être à dessein, l'énergique adversaire dlnnocent 111. G*est ainsi qu'il a pu mettre sur la scène les héros de la Terreur, et les rendre possibles pour le spectateur, en les diminuant. Les événements étaient grands, les hommes ne l'étaient pas. Pour les atteindre dans leur grandeur factice, il fallait les rapprocher des sentiments communs de l'humanité, de ses passions avouables. M. Ponsard Ta fait. Il a réduit, pour les adapter aux exigences de la scène, ces proportions non pas grandes, mais hyperboliques, aux' quelles il faut les vastes horizons de l'histoire, ses diversions qui reposent, ses jugements qui vengent, ses contrastes qui consolent. M. Ponsard ne pouvait emprunter ses personnages à M. Hichelet ou à M. Louis Blanc, ni même aux deux illustres précurseurs, vos compatriotes, qui ont eu, les premiers, le mérite de rendre vraisemblables ces malfaiteurs stoîques et ces dictateurs-bourreaux. Il lésa refaits pour son drame. Robespierre y parle en philosophe et il invoque Socrate ; Danton y joue, tout aussitôt après le 31 mai, le rôle d'un modérateur inquiet et impatient. EtHarat I « Dieu, disait unjour Louvet, après l'avoir nommé à la tribune, Dieu ! j ai prononcé son nom!... a Épouvanté, il s'arrêtait. M. Ponsard fait plus que denommerMarat; il lui prête l'éloquence, il lui prodigue la poésie. C'était l'affaiblir. Ainsi dépouillé de l'affreux prestige de sa vulgarité sanguinaire, Marat disparait. Tel qu'il était, qui eût osé exposer, sous le feu de la rampe, devant un public français, ce pamphlétaire assassin ?

M. Ponsard n'adoucit pas seulement l'histoire révolutionnaire, il l'attendrit. Le Lion amoureux est bien son œuvre. Quel charme et quel attrait ! Dans la scène du troisième acte entre Humbert et la marquise, quand c'est Corneille qu'il imite, comme il se souvient de Racine ! Combien de nuances délicates ! que de douceur dans l'énergie et de grâce dans la fierté ! Que nous sommes loin de la Terreur î

Dans la comédie de mœurs qui, entre 1850 et 1860, remplit toute la carrière dramatique de M. Ponsard, je veux relever encore ce trait caractéristique de son œuvre entière. 11 a touché aux mœurs pour les peindre, non pour les outrer. Il n'est pas un vengeur, mais un moraliste, aussi étranger aux grands éclats de la passion qu'aux bruyantes explosions de la gaieté. Ses comédies n'en ont pas moins une très grande valeur, une animation saine, la justesse, la bonne humeur, et, comme vous l'avez si justement remarqué. Ta propos. Mais, vous le dirai-je. Monsieur? vous m'avez fait peur quand, après avoir rendu une si complète justice à la meilleure comédie de Ponsard, rHonneuret V Argent^ vous l'avez comparée à Timon d'Athènes.

On peut traduire Shakespeare, non l'imiter. Son originalité l'isole, son génie étrange vous défie. Tout en lui semble confus ou confondu, et tout concourt à l'effet. 11 brise en morceaux son drame; il en réunit d'un coup d'aile les fragments épars. Dans ce grand désordre où il se plaît, c'est au cœur qu'il vise. « Il demande à l'homme (je cite quelques lignes d'un orateur illustre qui est parfois un profond critique), non pas : Qu'as-tu fait? — mais : — Comment es-tu fait? D'où est née la part que tu as prise dans les événements où je te rencontre? Que cherchais-tu? Que pouvais-tu? QuLes-tu? Que je te connaisse ; je saurai tout ce qui m'importe dans

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ton histoire^ » Tel est Shakespeare. On croit que c'était chez lui parti pris de brouiller les lieux, les temps, les unités, les dates. Son but était d'arriver par tous les chemins au cœur de l'homme, de le saisir vivant et palpitant, et de le peindre en dépit de tout.

M. Ponsard avait lu Timon d'Athènes. De ce personnage, à moitié chimérique, il n'avait rien pris que dans sa vraie mesure, avec ses tempéraments ordinaires : Rodolphe, le célibataire philosophe dans ï Honneur et V Argent^ c'est un Âlceste adouci, George, le riche ruiné, est, avec simplicité et décision, un martyr de l'honneur paternel. Ah ! l'honneur, il faut bien le dire, H. Mercier l'entend autrement que Timon, et quand on vient lui dire que le fiancé de sa fille s'est ruiné par un trait de généreux désintéressement :

G*est avec ces traits-là que Ton meurt misérable!

s'écrie-t-il. Vivre et mourir pauvre, voilà la honte ! L'honnête H. Mercier a touché du doigt la plaie du siècle.

Est-ce donc que notre temps serait plus menacé qu'aucun autre ne l'a été jamais par ce fléau des nations vieillissantes, la recherche du bien-être à tout prix, l'idolâtrie du luxe sous toutes ses formes? Le veau d'or est déjà dans la Bible. P/t/^ttôest le litre d'une des meilleures comédies d'Aristophane. V Avare de Plante n'est pas d*hier. Entendez-vous, à travers les siècles et au début même du christianisme, cette religion de la sainte pauvreté, entendez-vous ce cri jeté par un païen de bonne foi, un sensualiste indigné :

civesy cives! quœrenda pecunia primum!

Yirtus post nummos!,.,

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