SCÈNE TREIZIÈME
BERGERON, lisant.
« Soyez heureux avecErnestine... » — Qu’est-ce qui vous a remis ça ?
LE GARÇON
C’est lui, Jules... le monsieur qui vous servait tout à l’heure.
Le garçon ?
LE GARÇON
Non! ce n’est pas un garçon, c’est un monsieur... il s’est habillé en garçon pour vous faire une farce...
BERGERON, ahuri.
Pour me faire une farce...
LE GARÇON
Oui... puisqu’il est parti avecClotilde !
BERGERON
Comment!., est-ce que par hasard... ah! par exemple... ce serait fort !
LE GARÇON, riant.
Oh !.. oui .. c’est drôle...
BERGERON, lui lançant un regard terrible.
Hein?.. (Eclatant.) Mais alors, vous êtes leur complice, vous !..
Il le prend au collet.
LE GARÇON
Aïe !.. aïe !.. vous m’étranglez !..
BERGERON
Misérable !
LE GARÇON, so dégageant *.
Laissez-moi donc... Ça ne me regarde pas, après tout !
BERGERON, le poursuivant.
Ah ! ça ne vous regarde pas !..
LE GARÇON
On me demande ma veste... je donne ma veste...
BERGERON. s’arrêtant subitement.
Comment!., vous êtes... (Très-calme. j Tiens, voilà vingt fr .. dis- moi ce que tu sais.
* Garçon, Bergeron.
IÆ GARÇON, preuaut le billot.
Mais... je ne sais rien !..
BERGERON
Et la dépêche de tout à l’heure... c’était une craque, hein ?..
LE GARÇON
Oui.
BERGERON, ù lui-même.
Parbleu ! les Bolivars sont montés à 425... C’est bien cela qui me console ! sans quoi... Comprend-on une chose pareille!.. ma femme désertant le foyer conjugal... en plein restaurant !.. Je ne peux pas croire... — après cela, elle était bien exaltée ce soir... elle m’a offert de me tromper quand je le voudrais ! mais avec qui, mon Dieu 1 avec qui?.. (Frappé d’une idée. ) Oh ! imbécile !
LE GARÇON , se retournant.
Monsieur !
BERGERON
Non, c’est a moi que je parle... (Fouillant dans les poches du pardessus.) J’ai trouvé là-dedans un cent de cartes... (Tirant le paquet,) (Lisant. ) « Jules Brizard, employé. » c’est bien cela! c’est notre voisin... celui qui joue de l’accordéon... ma femme m’en a parlé... J’ai mon affaire! (au garçon.) Et vous ne savez pas où ils sont allés ?
LE GARÇON
Non !.. (Montrant la porto.) Ils sont partis par-là !
BERGERON
Ah ! merci !.. je les rejoindrai peut-être !
Il sort en courant.