SCÈNE IX POTINARD, l LKNAND
FERNAND, entrant en coup de veut Bonjour, Ernest.
POTINARD, se levant et se composant vivement un visage Fernand?... toi, ici?... Quel heureux hasard t'amène?
KKRNANt)
Je te «Jérang^e... J'arrive mal à propos. Ta déconvenue se lit sur ton visaiire.
Qui peut te faire supposer? Surprise très agréable, au contraire.
FERNAND
Il y a longtemps que je me proposais d'aller te rendre visite dans ton Palais... (// l'examine) Tu n'es plus le même homme !. Redingote dernier chic.
Ça marche... Ça marche... Soi.xante mille francs cette année.
FERN.AND
L'an prochain tu réaliseras le double.
POTINARO
J'y compte.
FERNAND
Si nous étions encore à la «■ Providence », je dirais : tu me dois un cierge, un gros!... Grâce à moi, tu es quelqu'un dans ton département, tu es une personnalité, tu vis enfin... Ton fils marche sur tes traces?
POTINARD, d'un air détaché Oui, oui, il marche... Aujourd'hui, il s'amuse. Il est naturel qu'un jeune homme prenne quelques distractions... Crois-tu? Il s'est déguisé en pierrot.
FERNAND
En effet, c'est carnaval aujourd'hui.
En Pierrot !... J'ai trouvé l'idée très drôle.
FERNAND
Lucien était peut-Ctre parmi cette troupe de masques que je viens de rencontrer... Ils étaient une trentaine de loustics après une demi douzaine d'imbéciles qu'ils poursuivaient en leur lançant des pruneaux.
POTINARD, à part
Le Syndicat 1 (haut) Très spirituel ! Je trouve cela très spirituel.
FERNAND
Et ton caissier?... Est-ce que mon Gustave court les rues en polichinelle?
Ton fils?. . . Tu le ramènes avec toi, je pense ?
KKKXAM)
Avec moi>... Non. je ne l'ai pas vu... Tu es satisfait de Gustave?... L'n malin en matière financière, nest-ce pasf... Il a une grande part dans le succès de tes affaires, j en suis convaincu.
POTINARO
Est-ce que tu viens directement de Paris >
KEKNANO
J'ai pris le train hier soir, gare d'Orsay 18 h. 35.
POriNARU
Alors tu as vu Gustave >
FERNANO
Je te répète que je n'ai pas vu Gustave.
Il est à Paris depuis liuit jours.
FERNAND
Gustave > A Paris >. Depuis huit jours r
POTIXARD
Samedi dernier il m'a demandé la permission daller embrasser son père... Il est parti le soir mOme. Je l'ai charité de nos amitiés pour toi.
FERNAND
Il n'est pas venu chez moi.
POTINARl)
Tu me renverses.
KKRNAXD
C'est bizarre, en efTet.
l'OTlNARI)
Tu plaisantes, Fernand?... Tu veux m'inlriguer. . . Dis la vérité. . . Vous avez voyagé ensemble, n'est-ce pas? Gustave te suit... Il va nous surprendre dans quelques moments.
FERNAND
Je n'ai aucune nouvelle de mon fils, qui ne m'a pas écrit depuis près de deux mois... Ce long silence ni'étonnait, je te l'avoue. C'est une des raisons, pour lesquelles j'ai pris le train.
POriNARlJ
Je croyais que Gustave t'écrivait tous les dimanches.
(// va vers le fond, chculi'. inquiet, juhiur .ie l.i c.iixsc)
FERNAND, cherc/ijul j se r^tssurer lui-mcme Il te disait cela ! . . . Après tout, il ne s'agit que d'une fugue . . Une équipée de collégien... Il ne faut pas Ltre trop sévère... Où vas-tu ?
POTiNARD, v/"/ tourne jiitour de la caisse Je reirardais... si quelquefois... il n'aurait pas. . . laissé une lettre.
Kr.UN.VNl)
Ne t'énerve pas. Ernest. Il reviendra demain : il sait que tu as besoin de lui. . . Que chorches-tu? Pourquoi fourrages-tu par
là>...
poriN.vRD. qui ouvre sa caisse
Une idée stupide qui me passe par la tae. . .
FKRN.\ND
Cette façon d'ouvrir ta caisse devant moi ne me convient pas,
Ernest... Tu soupçonnerais mon llls... de négligence tu
n'agirais pas autrement.
POTIN.VRl)
Ne te fâche pas, Fernand... Tout est à sa place,., je n'en doute pas... Je tiens seulement à m'assurer par moi-même... Je suisle Directeur de ton fils, après tout... j'ailedroitde vérifier...
{il fouille sa caisse nerveusement, silence) Ah! ça, mais
c'est... c'est e.Ktraordinaire.. . . je ne vois pas... Je ne m'explique pas. . .
KERNAND. X a[^pnicliaul
Ne te trouble pas. Ernest.
J'OTINARI)
Je ne trouve plus. . .
FERNAND, s'approcliant Ici, une liasse de titres. . .
POTINARU
Du papier blanc. . . Les titres n'y sont plus. . . Il y avait vingt mille francs dans ce portefeuille.
FF.RNANI)
Combien as-tu dans ta caisse?
j'OTiNARi), cliercliant toujours
J'avais cent vingt mille francs. . . Tout cela est vide. . . Rien :
Rien! . . , , v,-,
(// V.7 S asseoir a ;^auche. abasuuiJi)
FERNAND
C'est impossible! Tu t'affoles sans raison, Ernest... Laissemoi.. . (// scrute à son tour la caisse dans tous les coins]