‹ Poulot en ItalieChapitre 8 sur 35 · COMBAT. L'ENFANT BLESSÉ · texte numérisé non relu

COMBAT. L'ENFANT BLESSÉ

On avait tant parlé de l'émotion habituelle pour l'assaut, que l'enfant, lorsque vint son tour, fut sans surprise.

Le canon ne le trouble pas plus qu'un danger permanent. Tout est prêt. Il sait où il va. Il faudra seulement faire bien attention, et ne pas se tromper, rester lié à ses camarades.

Le reste est facile : marcher vite, sous le tonnerre des obus et la pluie qui siffle des mitrailleuses : c'est facile ; le tout est de bien comprendre, une fois, qu'on va probablement mourir.

La montée hors de terre : l'arrachement.

C'est fait. L'enfant avance, entre les autres. Cela éclate, siffle, fume, hurle, assourdit. Il marche toujours, et rien ne

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le touche. A droite, dans le rang, il y a un creux... Ce n'est pas si difficile : dans un instant il arrivera... Une meurt pas.

Et à son flanc, il sent un coup : une pierre ou un coup de bâton ?...

... Quand il rouvre les yeux, le bleu du ciel, à plein, les éblouit. Le fracas est moins fort, plus loin. Sur son front, quelque chose doucement passe.

Un visage d'homme se penche sur le sien, des doigts lui caressent la tête.

C'est un autre, moins blessé que lui, qui est là et qui le soigne, et le rassure comme 1 peut.

L'enfant ne s'étonne pas. Il ne remercie pas. Mais ayant reconnu, dans les yeux de l'homme, le regard qu'on a devant les blessés graves, il dit d'abord, pour le rassurer, lui aussi :

— Ça va, ça va. Ce n'est rien...

Puis il ajoute :

— Qu'est-ce que j'ai?

L'ENFANT BLESSÉ (Suite)

Si doucement que marchent les brancardiers, c'est une chose pénible que le transport d'un blessé. Sur le terrain, d'abord, puis au fond des boyaux encombrés où chacun, cependant, se range de son mieux, que de lenteurs, de heurts, et de douleurs !

Douceur de ce train, où l'on est couché dans du linge propre ; aux stations, des dames vous offrent à boire. Comme tous les médecins ont demandé à l'enfant s'il crachait du sang, et qu'il n'en crache point, l'enfant, qui ne souffre guère, croit qu'il ne mourra pas. Seulement, ce voyage est long ; passent des nuits et des jours et des jours et des nuits. Tout le corps fait mal. On n'arrivera jamais...

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Que c'est calme et frais, cette ville lointaine où une nuit, enfin, le train s'arrête !

L'hôpital aussi serait doux, s'il n'y avait pas le médecin. Pourquoi veut-il ouvrir cette plaie? L'enfant est effrayé par les soins qu'on prend de lui, et par les blessures des autres, qu'il a vues... Cette tranchée qu'on coupe dans la chair...

... C'est vrai, pourtant : on l'a opéré et il n'a pas souffert.

Décidément, il ne mourra pas.

Le voilà, maintenant, une sorte de chose fragile et qu'on semble juger précieuse. Jamais, à aucune époque, personne, même sa mère, ne s'est tant occupé de lui.

L'infirmière a les mains douces et blanches. Elle sent bon, et donne des cigarettes. Mais il préfère la fille de salle qui rit touj ours et ne le gêne pas.

S'il n'y avait pas l'heure du médecin... On l'attend chaque matin, l'heure du déchirement. Il y a la douleur qu'on souffre. Et puis les cris des autres...

Et le médecin, un jour, a cessé de faire mal à l'enfant.

Joie de se lever, de sortir pour vivre...

Mais pourquoi, à chaque pied, traîner ce poids inconnu? Comment, ces jambes robustes, devenues molles et pliantes ? Ah ! de lui, il en est sorti, de sa vie ! Il en a donné, de son sang !

L'enfant promène, à travers la ville, la fierté de sa faiblesse.

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