LA TERRE
Dans le train, l'enfant guéri regarde le^ champs fuir derrière les vitres.
Qu'il y en a, de ces champs !
Là-bas, où on le soignait, c'était un pays extraordinaire : non point plat et bien disposé pour la culture, mais tout accidenté ; un riche pays, malgré cela ; la ville était bâtie sur une haute colline, dominant une vallée très verte, et une rivière aux belles eaux que l'on nommait d'un nom bizarre.
Au delà, d'autres collines et même des montagnes dont les crêtes nettes coupaient le ciel. Et sur les plus hautes de ces crêtes, quand le soleil les éclairait, on voyait des taches éblouissantes, qui étaient de la neige, blanche ou rose suivant l'heure. Ces crêtes
merveilleuses marquaient le bord de la terre de France.
Pendant im arrêt, Tenfant a vu la mer, plate comme ses champs, et plus immense, creusée de sillons, comme travaillée sans cesse par des milliers de socs invisibles : et c'était un autre bord de la France.
Puis le train a dépassé de nouvelles campagnes, nouvelles, toujours nouvelles. Que de cultures ! Que de richesses !
Il y a un pays où l'on saigne les arbres pour recueilUr leur sève.
Un fleuve est si large que des bateaux y flottent, plus hauts que l'enfant, sur la mer même, ne les pouvait imaginer.
Des champs, des champs encore, des vignes et des fleuves...
C'est beau, pour un jeune regard que l'horizon de la même plaine a toujours arrêté. L'enfant a quitté sa place. Il reste debout pour mieux voir. Ses jambes à peine fortes se fatiguent, et cette fuite perpétuelle des champs par instant l' éblouit. Mais elle le passionne, lui qui sait le prix du sol. Il s'est assis un quart d'heure pour