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CHIRURGIE DE LA TUBERCULOSE PULMONAIRE

lisée. La méthode est donc imparfaite parce que le résultat est incomplet. Elle n’a que des indications restreintes et représente surtout un adjuvant à d’autres moyens de cure.

Pour la troisième fois donc, le recours à la chirurgie est encore envisagé. Le pneumothorax étant reconnu impossible, la phrénicectomie ne devant donner qu’un résultat parcellaire, le chirurgien en vient à une opération plus sérieuse, la thoracoplastie.

Cette fois, c’est sérieux. Le pneumothorax artificiel n’est pas très impressionnant : une piqûre, sans anesthésie préalable, à travers la peau, une ou plusieurs insufflations de gaz, cela ne saurait passer pour très grave. Pour la phrénicectomie, il fallait, sous anesthésie locale à la cocaïne, faire une incision dans les environs de la clavicule, rechercher le nerf phrénique qui passe là à bonne portée et enfin lui faire subir le traitement radical que j’ai indiqué. Avec la thoracoplastie, nous entrons dans la grande chirurgie. Elle ne s’en prend plus à la cloison musculaire qui limite en bas la cage thoracique, mais aux parois de cette cage, c’est-à-dire aux côtes. Elle détruit (toujours d’un seul côté, celui qui est malade), en supprimant une portion de plusieurs d’entre elles, la rigidité de cette paroi dont l’expansion, sous l’injonction du système nerveux, entraîne, comme je l’ai dit, celle du poumon. Ce n’est plus l’agent de liaison qui est supprimé, mais il ne trouve plus personne pour recueillir et exécuter l’ordre qu’il apporte. La cage solide n’existant plus, il ne peut plus y avoir d'inspiration et le poumon est définitivement au repos, puisque aucun vide ne l’attire plus qu’il soit appelé à combler.

Évidemment, enlever un morceau de plusieurs côtes, ce n’est pas une affaire banale et simple. C’est en outre définitif. On ne peut pas les remettre, pas plus qu’on ne peut ressouder les deux bouts du nerf phrénique coupé, et c’est ce qui fait l’importance de ces opérations. Avec le pneumothorax, on avait du moins une ressource. Le gaz que l’on injecte dans la cavité pleurale n’y demeure pas éternellement. Peu à peu, il se résorbe, disparaît, ceci à tel point qu’il est nécessaire de procéder de temps en temps à de nouvelles insufflations ou, suivant l’expression consacrée, d’« entretenir» le pneumothorax. Si l’on juge un jour que son action a été suffisante, qu’il a donné tout ce qu’on lui demandait, on n’a qu’à supprimer ces séances complémentaires. Progressivement le gaz s’enfuit et le poumon reprend ses fonctions qui n’auront été que momentanément interrompues.

Et puis, les opérations de ce genre sont délicates et difficiles'. Il y faut une rare habileté, une expérience consommée. Quand on entend des hommes comme M. Bérard (de Lyon) ou M. Lardennois (de Paris) exposer comment ils procèdent, ainsi qu’ils l’ont fait au congrès de chirurgie, on a l’impression que cette succession de gestes est naturelle et d’une belle simplicité. A la réflexion, on s’aperçoit que ce n’est là qu’une apparence née de la maîtrise de ces opérateurs, de la connaissance parfaite qu’ils ont de leur sujet. Ils sont, nous sommes si sûrs d’eux que cette confiance nous masque les difficultés qui, il est vrai, pour eux, n’existent guère. En réalité, il s’agit là de délabrements assez notables pour qu’on ne s’y résigne qu’à bon escient. Ainsi diminuent, à mesure que nous avançons, les indications de ces interventions de la chirurgie. C’est une gamme que

CHIRURGIE :DE LA TUBERCULOSE PULMONAIRE. 107 nous parcourons et nous devons être satisfaits qu’elle existe, puisque les éléments dont elle est faite nous permettent de parer à des périls que nous ne saurions conjurer autrement.

Toutefois il est évident que la chirurgie n’est appelée qu’exceptionnellement à la rescousse dans le traitement de la tuberculose pulmonaire et surtout sous ses deux dernières formes. Le pneumothorax lui-même n’est pas un procédé qui puisse être appliqué de façon courante. Ce sont cependant des acquisitions'qu’il faut connaître, car elles constituent parfois notre seul recours et elles nous offrent quelques possibilités et quelques sécurités de plus dans un domaine où nous en avons besoin. Mais, répétons-le, il ne faut les rechercher par l’acte opératoire que faute de les trouver ailleurs. « Audessus de la chirurgie, a dit un maître chirurgien, il y a la science qui nous en délivrera. » Tournonsnous vers les laboratoires et demandons-leur ardemment la découverte tant attendue, celle qui nous délivrera de cette chirurgie à laquelle nous consentons actuellement parce que nous n’avons rien, dans certains cas, pour la remplacer. Demandonsleur surtout le remède qui nous délivrera de la « grande tueuse », cette tuberculose qui est, avec le cancer, la maladie la plus étudiée dans le monde entier, ennemi redoutable contre lequel nous nous heurtons dans une lutte de tous les jours et qui semble trop souvent se rire de nos efforts et de nos angoisses.

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