L’OXYGÈNE-MÉDICAMENT
arsenal thérapeutique cet élément dont l’importance s’avérait si grandiose, Fourcroy, en 1790, Baumes, la même année, faisaient pratiquer à leurs malades des inhalations d’oxygène. Ils agissaient ainsi un peu au petit bonheur et le plus souvent ce fut sans grand succès.
Nous avons changé tout cela. L’oxygène est devenu pour nos thérapeutes un agent précieux qu’ils savent manier selon une technique bien précisée dont les variétés s’adaptent parfaitement à la diversité des cas. Ils ont approfondi les circonstances où l’administration du précieux gaz est, pour l’homme malade, un facteur de soulagement, parfois même de salut. Il eût été surprenant que ce principe vital n’eût pas, employé à propos, le pouvoir de faire reculer la mort.
Il montre sa puissance, tout d’abord, dans les asphyxies par les gaz nocifs, au premier rang desquels il faut placer l’oxyde de carbone. On sait que celui-ci, lorsque les circonstances le font parvenir dans le poumon, s’empresse de se combiner avec la matière colorante des globules rouges, prenant justement, en ce faisant, la place de l’oxygène et frustrant ainsi les tissus de l’organisme de l’aliment sur lequel ils comptent. Cette combinaison anormale est tellement stable que la simple respiration artificielle pratiquée au grand air ne suffit pas toujours à la détruire. Mais les physiologistes ont constaté que si l’on augmente la teneur de l’air en oxygène, l’oxyde de carbone ne peut continuer à résister à l’assaut de celui qu’il croyait avoir supplanté et que celui-ci finit par reprendre sa place. Cet accroissement est, bien entendu, à son maximum, si c’est de l’oxygène pur que l’on fait respirer à l’asphyxié. Lorsque le coupable est un autre gaz que l’oxyde
, no
de carbone, le drame est identique, le résultat du conflit analogue, le plus souvent.
Les noyés, les électrocutés réclament un traitement semblable. Les uns comme les autres ont été privés plus ou moins longtemps de l’indispensable oxygène : les premiers parce qu’ils ne pouvaient respirer dans le milieu où ils étaient plongés, les seconds parce que, sidérés par le courant, ils n’ont plus que des muscles inutiles, devenus incapables d’effectuer le mouvement nécessaire à l’appel inspiratoire.
Mais il n’est pas d’asphyxiés qu’au cours de drames de ce genre. La maladie, trop souvent, produit, par d’autres mécanismes, un état comparable. Lorsque, au cours des affections aiguës des poumons, des parties entières de ces sacs à air sont encombrées par le sang qui y stagne, comme dans les pneumonies et les broncho-pneumonies, il est évident que le champ est considérablement réduit où peut se faire l’absorption de l’oxygène par les globules. Dès lors, au rythme habituel de la respiration, la quantité d’oxygène introduit dans l’organisme est fortement diminuée. Si, en attendant que cette congestion se dissipe, on accroît la quantité de gaz vital qui parvient aux alvéoles pulmonaires libres, on rétablit l'équilibre et on franchit la passe difficile. L’inhalation d’oxygène en abondance est une pratique qui a sauvé bien des existences d'enfants atteints de broncho-pneumonies et les adultes sont, à cet égard, logés à la même enseigne. Il n’y a pas bien longtemps que le souverain d’un pays ami trouvait, dans ce procédé de traitement, le pouvoir de surmonter l’insuffisance de sa respiration ainsi entravée. A la même heure, la même thérapeutique était mise en œuvre dans d’innom-
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brables logements modestes et dans bien des salles d’hôpital.
L’oxygène ne s’en tient pas, d’ailleurs, à cette fonction d’approvisionneur d’un mécanisme privé momentanément du nécessaire. Nous le voyons jouer encore d’autres rôles que nous expliquons, avouons-le, plus difficilement. Pourquoi et comment diminue-t-il le nombre et l’intensité des quintes chez les petits enfants atteints de coqueluche? Pourquoi et comment arrête-t-il cette toux « émétisante » qui force certains tuberculeux à rejeter presque immédiatement la nourriture qu’ils viennent de prendre? Qu’est-ce qui le rend capable non seulement de dissiper rapidement l’abattement de maint malade et même — nous y reviendrons — de soulager ou de guérir des troubles nerveux autrement graves? Ce sont là des cas où son action est évidemment tout autre que dans les précédents et nous essayerons, un peu plus loin, de la comprendre. Pour cela il nous faudra tenir compte de cette particularité que sa voie d’introduction es.t, assez souvent, également différente.
Jusqu’ici, en effet, nous n’avons eu en vue que l’inhalation directe de l’oxygène. Puisque c’est par le poumon que, normalement, l’oxygène pénètre en nous, c’est aussi par les poumons que, logiquement, on a pensé d’abord à le dispenser à ceux qui en avaient un besoin pressant. L’outillage, en cette tèchnique, est le plus simple qui se puisse imaginer. A l’aide de ces récipients métalliques robustes où l’industrie emmagasine ce gaz sous pression, on remplit, à l’ordinaire, des ballons de caoutchouc qui servent ensuite à le faire respirer aux malades dans les salles d’hôpitaux comme dans les demeures
particulières. Un tube souple prolonge ce ballon et porte à son extrémité soit un embout en verre pouvant être tenu entre lès dents, soit un entonnoir ou un masque destiné à s’appliquer sur le nez et la bouche. Quelques-uns de ces masques, comme celui de Legendre et Nicloux, sont ingénieusement construits de façon à ne laisser entrer que l’oxygène, à permettre cependant aux gaz de l’expiration de sortir. On presse sur le ballon de caoutchouc pour le vider lentement de son contenu et tout est dit.
Procédé logique, avons-nous dit, et facile à mettre en œuvre ; il n’en a pas moins des inconvénients. Faut-il noter, en passant, que le ballon d’oxygène a mauvaise réputation, qu’on le considère trop souvent (mais à tort) comme une ressource in extremis dénonçant un état presque désespéré? Ne tenons pas compte de cet argument sentimental et erroné; il est plus regrettable que l’inhalation d’une quantité anormale de ce gaz détermine une irritation et un assèchement fâcheux des muqueuses respiratoires qui sont pénibles pour le malade et lui font souhaiter que le traitement soit court, alors que bien souvent il doit, au contraire, être prolongé. Il est fréquemment, en outre, du plus haut intérêt de savoir quelle quantité du gaz-médicament a été absorbée par celui qui en doit profiter, révélation dont le ballon d’oxygène est bien incapable, d’autant qu’il y a des pertes sensibles au niveau de l’embout et de l’entonnoir. Enfin on peut se trouver (la chose n’est pas exceptionnelle) en présence de poumons largement atteints où les voies d’accès aux alvéoles, siège de l’oxygénation du sang, sont tellement encombrées par les mucosités ou les gonflements des muqueuses que le gaz ne peut arriver aux globules qu’en propor-